DEPUIS CONSTANTIN JUSQU'A MAIIOMET. ^ DE 323 A
Établissement du système patriarcal.
L'association chrétienne prend une forme nouvelle «t des développements nouveaux. L'autorité suprême est devenue chrétienne y et imprime atout ce qui est chrétien un caractère temporel de puissance et d'authenticité. Les premiers pasteurs prennent leur rang près du trône. Celui qui l'occupe est leur disciple , leur appui J quelquefois leur instrument, d'autres fois leur maître. Les événements , les dogmes du christianisme deviennent des objets d'intérêt public. En s'associant à l'unité de l'Empire, l'Église acquiert une certaine unité; les commotions qui y surviennent se ressentent plus universellement de cette organisation nouvelle qui lie étroitement toutes ses parties. Les hérésies, les opinions novatrices excitent une fermentation plus générale. Ce qui autrefois n'agitait qu'une ville , qu'une province , devient un objet de discussion pour tout l'Empire romain. Les assemblées des pastetÉes,, synodes suivant l'étymoïogie grecque, conciles suivant l'étymologie latine , prennent une forme plus officielle et plus imposante. Leurs décrets deviennent des lois de l'Empire sanctionnées par son chef. Déjà les partisans de l'évêqtie Donat l avaient été condamnés par le concile tenu
* Pendant la persécution, plusieurs ecclésiastiques chrétiens ayant eu la faiblesse de livrer aux autorités païennes les Saintes-Écritures et les vases sacrés, Donat, évêque africain , vers 311 , voulut qu'on jes déclarât indignes du sacerdoce. N'ayantpas pu faire prévaloir
à Arles, en 314. Mais la première hérésie majeure qui fit l'épreuve des forces de l'Église réunie fut celle d'Anus, philosophe néoplatonicien et prêtre d'Alexandrie. C'était là qu'on se représentait le Christ, le fils de Dieu, comme son verbe. L'évêque Alexandre d'Alexandrie voulait que ce logos, ce verbe fut côéternel et consubstanliel avec Dieu. Arius, qui d'ailleurs aimait peu cet évêque et qui avait été son concurrent à la vacance du siège , soutint , au contraire, que le logos, procédant de Dieu, ne pouvait être côéternel et consubstanliel avec lui. Ce débat a mis en feu l'Église chrétienne pendant plusieurs siècles. Constantin convoqua la fameuse assemblée de Nicée, en 325, la première qui reçut le titre de concile œcuménique , c'est-à-dire universel. Arius y fut condamné, et le concile déclara que le logos , le fils , était côéternel et consubstanliel avec le père; ce qui n'empêcha pas les Ariens de triompher depuis à plusieurs reprises et sous divers noms. Le concile de Nicée composa, contre là doctrine d'Arius, le fameux symbole f attribué depuis aux apôtres, et il fixa une pâque uniforme pour toute la chrétienté. Cependant l'évêque adversaire d'Arius était mort, et le diacre Athanase l'avait remplacé à Alexandrie. Celui-ci fut , comme son prédécesseur, le plus ferme appui de l'orthodoxie nicéenne , et il eut bientôt la douleur de voir l'inconstant César changer de croyance. Eusèbe, évêque du parti d'Arius, gagna la sœur de l'empereur, et celle-ci persuada son frère. Arius fut solennellement réintégré dans la communion de l'Église
son opinion , il sortit de 1 Eglise et fonda une secte qm regardait comme nuls les sacremeuts conférés par d'autres que par elle, et qui, en conséquence, rebaptisait ceux de l'Église catholique qui venaient à elle. Les Donalistes croyaient, en outre, avec Novdtien, hérétique du troisième siècle, qu'il fallait retrancher de la coninïunion des fidèles quiconque, après le baptême, était retombé dans une faute grave et n'était pas rigoureusement orthodoxe.
par un décret impérial et Athanase destitué de son siège. Ce fut ce même arien Eusèbe qui , peu avant sa mort , administra à Constantin le baptême, que, jusqu'alors, ce prince avait négligé de recevoir. Sans doute que, s'il eût vécu plus longtemps, l'arianisme, dont l'adroit Eusèbe avait fait la doctrine de la cour impériale, serait devenu la doctrine dominante du monde chrétien. Mais il mourut; ses trois fils se partagèrent l'Empire, et protégèrent chacun des partis différents. Les partisans du concile de Nicée , dont le système était fixé par une formule invariable, restèrent étroitement unis; les Ariens, comme il arrive à tous les réformateurs dont l'opinion trop libérale ne saurait se lier à une forme irrévocable, se divisèrent en tant de sectes différentes qu'ils s'affaiblirent et ne purent résister en détail à des adversaires plus unis. On vit des semi-Ariens opposés aux Ariens, des Pneumatomaques opposés aux Eunomiens1. Chaque parti se ralliant à son César, l'animosité religieuse devint animosité politique et nationale. Plus - Constant soutenait avec vivacité les Nicéens en Occident, plus Constance mettait de chaleur à favoriser l'arianisme mitigé d'Eusèbe, en Orient. Le concile général que les deux empereurs convoquèrent . en 344 , à Sardique, pour réconcilier les deux partis , n'eut d'autre résultat qu'une haine plus envenimée que jamais entre les évêques nicéens et ceux du parti d'Eusèbe, ainsi qu'il arrive d'ordinaire
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*Les semi-Ariens disaient avec le concile de Nicée , que Jésus- Christ est le "Verbe j la raison ou la sagesse divine, Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré du père avant tous les siècles, et qui a fait toutes choses; mais ils n'avouaient pas que ce Verbe fût engendré de toute éternité ; ils n'admettaient pas que Jésus fût consubstantiel, homoousios , ils ne le regardaient que comme semblable en substance , homoiousios , au Père. Les Eunomiens pensaient que Jésus-Christ n'était Dieu que de nom et qu'il n'était pas uni substantiellement à l'humanité. Les Pneumatomaques niaient la divinité du Saint-Esprit.
quand on s'avise de mettre en présence des ennemis irréconciliables par l'opposition de leurs intérêts et l'aigreur de leur emportement. Après le meurtre de Constant, son frère Constance , resté seul maître de l'Empire, fit triompher ses chers Ariens aux deux conciles de Sirmium, en 357 et 358, où Phothi, évéque de cette ville, fut condamné. Une foule de sectes, que Constance s'efforça d'étouffer ou de contenir, troublèrent sa vie , et il mourut au milieu du tumulte qu'elles élevaient de tous côtés. Son successeur, Julien l'Apostat, loin de chercher comme lui à les apaiser, les excitait à plaisir, les encourageait , riait d'elles dans son palais, et les traitait au dehors avec la plus sérieuse ironie. Il ne pouvait choisir une marche plus sûre pour ruiner l'Église chrétienne qu'il n'aimait pas. Aussitôt les évêques nicéens de se rassembler en concile à Paris, en 361, et de déclarer apostats tous les évêques ariens. Àthanase, revenu de son exil et remonté sur le siège d'Alexandrie, inclina considérablement à destituer ceux de ces apostats qui se trouvaient dans son ressort. Lucifer, évêque de Cagliari, en Sardaigne, allant plus loin encore que le concile de Paris, blâma hautement l'amnistie accordée par lui aux Ariens qui signeraient le formulaire de Nicée , et se sépara des catholiques tièdes , qui consentaient à souffrir au milieu d'eux de ci-devant hérétiques. Cependant Julien régna trop peu de temps pour voir réussir son adroite politique. Les deux partis principaux, celui de Nicée et celui d'Arius, se soutinrent avec des chances égales sous ses successeurs Valens et Valentinien; celuici protégeant le premier parti en Occident, et celui-là le second en Orient. Valens, Arien décidé, employa toute son autorité pour extirper le semi-arianisme et le catholicisme des provinces de sa domination. La mort d' Athanase et celle de Valentinien rendirent sa tâche d'autant plus facile, qu'Apollinaire, évêque de Laodicée, qui
soutenait que le Verbe était descendu du ciel dans le sein de la Vierge Marie avec un corps impassible qui n'était pas né d'elle, de sorte que Jésus -Christ n'avait souffert , n'était mort et ressuscité qu'en apparence, causa bien des embarras aux orthodoxes. Enfin , sous Gratienet Théodosele-Grand, le catholicisme nicéen se releva victorieux par la protection de ces deux princes qui ne négligèrent rien pour réduire au silence les docteurs de l'arianisme. Cette doctrine eût même été frappée de mort, si elle n'avait pas trouvé un appui inespéré dans les Goihs qui , en entamant les frontières de l'Empire , se firent chrétiens ariens.
Les Goths n'empêchèrent pas la foi de Nicée de s'affermir dans l'Empire. Théodose porta à un haut degré la puissance et le crédit du clergé. Un évêque devint par lui un personnage plus important que jamais. Ceux des évêques à qui les circonstances avaient donné une certaine primatie sur les autres devinrent plus importants encore; et les plus considérables de tous , ceux de Rome , de Constantinople , d'Alexandrie , d'Antioche et de Jérusalem , qui prenaient le titre de patriarches, de pères ou de papes, furent peu à peu regardés comme les princes et les chefs de l'Église chrétienne. Élevés au-dessus des autres, il ne restait plus à chacun d'eux que l'ambition de s'élever au-dessus de ses collègues. Ceux d'Alexandrie , d'Antioche et de Jérusalem, trop éloignés du centre de la puissance , ne pouvaient parvenir à une prépondérance capable de les mettre hors de pair. 11 est évident qu'il ne pouvait y avoir rivalité qu'entre les deux patriarches dont les sièges étaient placés dans les deux capitales de l'Empire , tout proche des deux trônes d'Occident et d'Orient. Les talents , l'adresse , l'ambition , les vertus de ceux qui occupèrent tour à tour ces deux sièges, la faveur des princes, leur prédilection tantôt pour l'ancienne , tantôt pour la nouvelle Rome , une foule de circonstances qui appartiennent à l'histoire de l'Empire
aussi bien qu'à celle de l'Église, firent pencher alternativement la balance de l'un et de l'autre côté. Si le patriarche de Constantinople avait pour lui la résidence plus continue de l'empereur, il avait aussi contre lui le voisinage de la cour, qui ne permettait pas à un prêtre de s'élever trop haut. Les évêques, qui dès lors résidaient assez mal et qui abondaient dans la capitale , intriguaient souvent contre le patriarche et réussissaient parfois à l'humilier. Le pasteur romain, au contraire, n'avait pas tant à redouter cet importun et dangereux voisinage de la majesté impériale et des intrigues de la cour. Il avait pour lui ce grand nom de Rome , devant qui les nations étaient accoutumées à fléchir. On sait que la translation du gouvernement à Gonstantinople n'eut d'autre effet que de l'affaiblir, et que jamais cette seconde capitale ne put parvenir à la considération de la première. Le patriarche de Constantinople ne se trouvait donc qu'en sous -ordre dans une ville tenue elle-même pour subordonnée, tandis qu'on laissait son rival à Rome jouer le premier rôle dans la première ville du monde. Ajoutons à cela que les peuples qui soumirent Rome et l'Occident devinrent chrétiens , tandis que ceux qui soumirent Constantinople et l'Orient y établirent la religion de Mahomet. Il est donc naturel que l'évêque romain, politique habile et opiniâtre, l'ait enfin emporté sur tous ses rivaux. Le prestige du nom de Rome a fasciné tous les siècles.
Mais ces réflexions ont anticipé sur les événements : les évêques et les patriarches composent encore une oligarchie où nul ne se soumet légalement à l'autorité d'un seul. Laïques et prêtres conservent encore leurs droits, et les patriarches ploient devant l'autorité du concile, diète ou parlement de cette Église-République. Reprenons la série des faits principaux. Basile-le-Gi^and , évêque de Césarée, soutenait par ses rares talents et par ses écrits la croyance
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de Nicée, tandis que Théodose l'appuyait de ses édits. L'un d'eux portait : « que ceux-là seuls seraient reconnus pour chrétiens catholiques qui confesseraient avec Damase, évêque de Rome, et Pierre, évéque d'Alexandrie, la divinité consubstanticlle et éternelle du Père , du Fils et du Saint-Esprit. Les récalcitrants devaient être regardés comme hérétiques, comme insensés, et être livrés au bras séculier. » Grégoire de Naziance, alors patriarche de Constanlinople et ami de Basile , n'approuva qu'à regret cette rigueur, et s'il ne la blâma pas ouvertement, ce fut sans doute dans l'espérance de ramener plus tard la paix et l'accord dans l'Église. Son attente fut trompée, et un second édit impérial , qui interdisait l'exercice public du culte à tous autres chrétiens qu'à ceux de la confession de Nicée, ne produisit pas un effet plus salutaire. On résolut, en conséquence , de convoquer un second concile œcuménique , dont on se promettait le remède à tous les maux qui affligeaient l'Église. Ce nouveau concile, qui eut lieu à Constanlinople en 381 , confirma et détermina avec plus de précision encore le dogme d'un Dieu en trois personnes, et de la consubstantialité de ces trois personnes. L'autorité impériale sanctionna ces décrets, les fit reconnaître publiquement pour symbole du catholicisme, et prononça des peines corporelles contre ceux qui pensaient autrement.
Après avoir mis ce frein à la liberté des opinions et à l'esprit de secte parmi les chrétiens , Théodose s'appliqua
Si%poursuivre les restes du paganisme, qui ne trouvait plus 4e sectateurs que dans les dernières classes du peuple. Il eut moins de peine à obtenir ce résultat qu'à calmer les théologiens chrétiens. Les controverses continuaient
sjê^ dépit des édits impériaux; l'opiniâtreté inflexible, la fureur des adversaires, la haine qu'ils se portaient, pro"
Cuisirent des excès dont l'Église eut à rougir. Le noble
Hl ESOCISSE DE L'HISTOIRE
-P-riscilli&i* fut la première victime illustre qui offrit l'exemple de sang chrétien répandu par le fer des chrétiens. Deux évêques , indignes de ce titre , le poursuivirent -avec acharnement devant Maxime, tyran des Gaules., et ni sa science, ni ses vertus ne purent le sauver du supplice. Tant de disputes théologiques et d'opinions subtiles commençaient à lasser les esprits de la multitude qui ne pouvait plus suivre ses pasteurs dans la discussion ides ^dogmes. Sous les, deux fils de Théodose , les barbares l, péaiétrant de divers côtés dans l'Empire romain , y apportèrent l'ignorance, la dévastation et la guerre. Les querelles de religion au dedans , les Goths , les Alains , les Suèves , les Vandales , les Bourguignons au dehors: il n'en fallait pas davantage pour faire tomber toute la chrétienté dans les ténèbres de l'ignorance.- Les ecclésiastiques restèrën seuls dépositaires du savoir. C'était en Orient surtout que les controverses faisaient le plus de bruit. Les esprits, contemplatifs de ces contrées prenaient plaisir aux discussions dogmatiques , tandis qu'en Occident les esprits plus positifs contestaient de préférence sur le rang et sur la primauté. Là, des articles de foi; ici, des articles de discipline. Les patriarches romains qui se trouvaient revêtus de la primatie en Occident, y entretenaient cet esprit pour accroître leur puissance et leur considération» Il arriva plus d'une fois que , pendant que les bons Orientaux se divisaient ingénument sur quelque question mystique, le pontife romain jouissait du triomphe d'être établi juge sur
i Priscillien , noble Espagnol, renommé par l'austérité de ses mœurs, et suspect par sa tendance à nier la réaliLé de la naissance et de l'incarnation de Jésus-Christ, à admettre la doctrine des gnostiques sur les éons ou émanations de Dieu et celle des Manichéeas sur la création du monde par le mauvais principe , fut accuse par tes évêques Ithace et Idace, condamné à mort et exécuté à Trêves en 384, malgré les supplications de Saint-Martin, de Tours , qui conjura I'en/pereur Maxime d'épargner sa yie.
ses collègues de Constantinople ou d'Alexandrie; ainsi qttll arriva à Anastase Ier, au sujet des troubles causés par les Origénistes.
C'est vers ce temps que vécut le prêtre Hiêronyme ou Jérôme y homme d'une grande capacité. Il résida tantôt à Rome et en Grèce , tantôt en Syrie et à Jérusalem , ce qui IuLdonna une égaie connaissance des langues hébraïque , grecque et latine. Il publia la traduction en langue vulgaire de toutes les écritures , qui forme encore aujourd'hui la base de la version nommée Vulgate. C'est avec peine, et non sans quelques doutes sur la pureté de son christianisme, qu'on le voit au nombre des plus ardents persécuteurs de l'éloquent patriarche Jean Chrysostôme1. A cette époque aussi, un autre prêtre, nommé Rufin, traduisait les livrés $ûrigèney éeJosèphe, d'Ensèbeyet cultivait l'histoire ecclésiastique en Occident. Sa traduction du premier de ces auteurs lui attira de vives persécutions. Il eut pour contemporain le célèbre docteur d'Hippone, saint Augustin, l'athlète du catholicisme , et le véritable inventeur de la subtile dialectique des théologiens. Les sectes des Donatistes et des Pélagiens- occupèrent d'abord son activité, puis il se livra à la réfutation du système de la prédestination et de celui des Manichéens, dont il avait été d'abord partisan. Il luttait , enseignait , écrivait encore , quand l'invasion des Vandales ariens qui , sous Genséric, vinrent assiéger Jiîp- :pone , accéléra 5a mort. Avant sa mort il y eut toutefois une nouvelle querelle dans l'Église d'Orient. Nestor, pà-
4Évêque de Constantinople qui mourut dans l'exil en 407, victime de la haine injuste de l'impératrice Eudoxie. Il était le plus grand orateur de son temps.
2 Secte fondée au cinquième siècle par le moine anglais Pelage, qui niait la nécessité de la grâce, le péché originel, la damnation des enfants morts sans baptême, et pensait que le libre arbitre suffisait à l'homme pour triompher du péché.
triarche de Constantinople ., aidé du prêtre grec Anastase^ soutint que le Christ étant à la fois homme et Dieu, c'était du Ghrist comme homme que Marie était devenue mère, et non du Christ comme Dieu. «Car, disait-il, |1 est absurde de penser qu'une créature humaine , que Marie, ait enfanté Dieu.» En conséquence, il appelait la Vierge , mère du Christ, mère du fils de Dieu; mais il lui refusait le titre de mère de Dieu. Du reste, il ne prétendait en rien se séparer de la foi catholique de Nicée, ni même admettre pour cela une double personnalité dans le Christ. On a peine à comprendre jusqu'où fut portée l'aniinosité dans cette malheureuse guerre de vaines subtilités. Il s'agissait de reconnaître en Jésus, ou une nature en une seule personne > ou deux natures et deux personnes. La cour, l'Empire, les évêques, toutes les classes des chrétiens furent agités à ce sujet d'épouvantables convulsions. En 431 , on convoqua le troisième concile œcuménique à Éphèse, où le fougueux Cyrille, évêque d'Alexandrie, les JSestoriens et un tiers-parti s'anathérnatisèrent avec un acharnement scandaleux. Le moine Eutychès, confident, de Cyrille, qui, durant la tenue du concile, avait si puissaniment concouru à la condamnation de Nestor, se vit , dixsept ans après , condamné à Constantinople , par un autre concile , pour avoir nié l'humanité du Christ. Ces discussions se, prolongèrent et se modifièrent à l'infini, L'Église dominante, et qui se disait universelle, adopta l'opinion des deux natures en une personne; opinion qui fut solennellement consacrée au quatrième concile œcuménique qui se tint à Chalcédoine , en 451, et où le patriarche romain, Léon-le-Grand , eut par ses légats la satisfaction de voir reconnaître sa primauté1 et sa doctrine. Les Monophysites,
îoàiLeSpèites du concile donnèrent pour raison de cette primauté' celle de la ville de Rome dans l'Empire. Voyez le vingt-huitième canon de ce concile , qui déclare au reste le patriarche de Gons-
de l'église chrétienne , etc. 285
ou partisans d'une seule nature , furent loin cependant de se croire vaincus, et le débat n'en devint que plus vif. Léon mourut sans le voir terminé. Six ans après , l'un de ses successeurs, Simplicius, vit toute l'Italie conquise par lès barbares : Odoacre, roi des Hérules, mit fin, sous ses yeux, à l'Empire d'Occident. Le trône d'Augustule fut renversé , et le siège pontifical , qui était alors au second rang , se trouva par là élevé au premier dans l'opinion des Romains et des nations occidentales.
La controverse sur la simple et la double nature de Jésus, sur sa simple et sa double 'personnalité, fut le principe de la scission définitive des deux Églises d'Orient ou grecque et d'Occident ou romaine. L'irritation des esprits était devenue impossible à calmer, et le fameux décret connu sous le nom de YHénoticon1, que Zenon Ylsaurien fabriqua en 482 , dans l'intention de raccommoder les deux partis, ne fit qu'accélérer le schisme et le rendre plus éclatant. Ce Zenon déshonorait le trône impérial par ses débauches et sa vie n'était que l'expression des mœurs du temps. Les mœurs publiques étaient aussi différentes de celles des premiers chrétiens, que la doctrine des théologiens était devenue différente de celle des apôtres.
Le coup qui venait d'être porté au pontife romain par une séparation qui l'isolait dans son patriarcat d'Occident , où il était tourmenté par les Ariens , fut singulièrement amorti par la conquête que son siège fit vers cette époque du roi franc Clovis, que sa femme Clotide, chré* h
tantinople en tout égal a celui de Rome, et ne le place au second rang que parce que Constantinople était la seconde capitale de l'Empire. (Note de routeur.)
*On y faisait profession de recevoir le symbole dressé à Nicée et renouvelé à Constantinople, rejetant tout autre symbole. Et quoiqu'on y souscrivît à la condamnation de Nestor et à celle d'Eutychès, ce décret d'union fut récusé par les catholiques.
tienne zélée, la bataille de Tolbiac qu'il crut avoir gagnée par un miracle, et Févêque Rémi, convertirent à la foi romaine en 496. Depuis le baptême de ce prince barbare, le puissant Empire qu'il a fondé est resté dévoué au patriarche romain. Pourtant , dans ces premiers siècles , le dé" vouement des princes n'était pas tel, que Clovis dans la Gaule, et Théodoric en Italie, ne traitassent assez rudement patriarches, évéques et clercs.
Vers l'an 518, Justin, empereur d'Orient, qui avait quelques raisons d'humilier le patriarche de Constantinople, lequel s'élevait trop à son gré, conçut l'idée de réconcilier les deux Églises , afin de rendre la primauté au pontife romain; mais son dessein n'aboutit qu'à quelques démarches isolées qui achevèrent d'aigrir l'Église orientale. Nous trouvons dans cette tentative la confirmation de ce que nous avons dit ci-dessus, savoir, que le voisinage du trône impérial à Constanlinople était aussi fatal à la considération du patriarche de cette ville , que l'éloigné-, ment de ce même trône était favorable au patriarche de Rome. Justinien, qui succéda à Justin, suivit ses errements à l'égard de la préférence accordée au catholicisme occidental sur le catholicisme oriental, et, par ses mesures impolitiques et précipitées , porta au désespoir une multitude innombrable de ses sujets. On vit se renouveler, parmi les chrétiens de l'Empire grec , ce qu'on avait déjà vu un siècle et demi auparavant , et ce qu'à la révocation de l'édit de Nantes , on vit parmi les calvinistes de France. Les Monophysites persécutés quittèrent l'Empire , pour s'établir en Abyssinie , en Nubie , en Perse et en Arménie. Us eurent plusieurs patriarches qui sont demeurés indépendants jusqu'à nos jours. Pendant cette désastreuse période, le chef principal des Monophysites d'Orient fut un moine très-actif, Jacques de Baradée, lequel organisa la secte et la sépara pour jamais du reste de
l'Église. Depuis ce temps l'Église chrétienne fut partagée en trois grandes sections, qui eurent chacune leurs pasteurs , et qui ne communiquèrent plus entre elles , les Roftiains, les Grecs -et les Jacobites. Ceux-ci, ennemis surtout des Grecs, furent, un demi-siècle plus tard, d'un puissant secours à Mahomet et aux califes ses successeurs.
Ce que Basile avait fait pour les moines de l'Orient en 357, Benoît l'entreprit avec plus de succès et des vues plus saines pour ceux de l'Occident. Il devint , en 515, le fondateur de l'ordre des Bénédictins, à qui la société et les sciences, aussi bien que l'Église romaine, ont eu de si grandes obligations. La règle de Basile n'a produit, pour ainsi dire , que des cénobites ignorants et fanatiques. Celle de Benoît a produit une foule d'hommes utiles qui ont défriché une partie de l'Europe et porté courageusement la culture et les lumières dans les contrées les plus barbares. Elle a civilisé et arraché à une grossière idolâtrie une partie des Gaules , de l'Angleterre et de l'Allemagne. L'ignorance des moines de l'Orient contribua beaucoup à entretenir l'esprit de secte et de division dans l'Empire grec , tandis que la subordination des moines de l'Occident fut te principe de l'autorité absolue qu'obtint peu à peu le chef de l'église latine.
Justinien , au règne duquel on doit le beau code de lois qui porte son nom et la réformation du calendrier par Denis-le-Petit, n'a pas aussi bien mérité de la religion que de la jurisprudence et de la chronologie. Il alimenta et échauffa, en 544, une querelle qui s'éleva sur trois chapi 1res l
* C'est-à-dire sur les écrits de Théodore de Mopsueste, sur un ouvrage de Théodoret , contre les anathèmes de Saint-Cyrille , et sur la lettre d'Ibas, évêque d'Edesse, à un hérétique persan, suspects de nestorianisme , que, par erreur, on avait cru approuvés par le concile de Chalcédoine. Toute la querelle reposait sur un maU entendu, et n'en produisit pas moins un schisme. ab erefji ah w3mje§
des actes du concile de Chalcédoine. Le faible Vigile, qui occupait le siège de Rome , fut mandé à Constantinople par l'empereur, pour qu'il eût à y condamner ces trois malheureux chapitres. Vigile , balançant entre le respect qu'il devait à un concile et l'obéissance qu'il devait à l'empereur, se déclara d'abord pour les chapitres , puis les condamna , puis se rétracta , mécontenta tous les partis , et finit par être exilé. Ceci prouve seulement qu'à cette époque les papes étaient encore très-soumis à l'autorité des empereurs. Quand , par la valeur du fameux Bélisaire, Justinien eut reconquis une grande partie de l'Italie, il établit à Ravenne un officier supérieur de l'Empire sous le titre d'Exarque, auquel les évëques de Rome obéissaient comme au lieutenant de l'empereur. Les rois goths et autres barbares , à mesure qu'ils se trouvaient maîtres de la ville de Rome, traitaient les papes comme leurs sujets, et les envoyaient même fréquemment comme négociateurs à Constantinople. Déjà alors toutefois on voit percer les immenses prétentions du premier siège de là chrétienté. Pelage, qui l'occupait vers la fin du sixième siècle, dispute au patriarche de Constantinople , Jean~le-Jeûneur, le titre d'évêque universel. Autant en fit, après Pelage, Grégoirele-Grand. Les papes virent alors, et presque simultanément , les armes de Bélisaire s'employer en Occident à l'extirpation des Ariens , et le roi des Visigoths , Récarède, le roi des Suèves en Espagne , Théodemir,et le roi des Lombards, Agilulf, se déclarer pour la communion romaine. Les Anglo-Saxons eux-mêmes qui, depuis leur invasion en Angleterre , y avaient presque étouffé le christianisme -, suivirent bientôt l'exemple de leur roi Ethelbert , qui devint catholique romain à la persuasion de l'éloquent Augustin, religieux de Saint-Benoît. :o f Jiniiom terne
Ainsi finit cette seconde période, où l'on vit se développer et s'affermir le système patriarcal. Les évêques des
grandes villes cherchèrent à s'élever au-dessus des autres, dès que les premières dignités ecclésiastiques devinrent des emplois lucratifs et honorifiques. Tant que l'Église fut militante, ses humbles pasteurs, étrangers à l'ambition, ne se distinguaient que par leur piété. Quand elle fut triomphante, l'intrigue et la faveur distribuèrent les1 places et les mœurs devinrent dissolues. Saint Jérôme, qui avait si bien connu Rome, donne a cette ville le norii infamant de Babylone.