‹ Essai sur l'esprit et l'influence de la reformation de Luther;Chapitre 56 sur 63 · XIV. NÉCESSITÉ DE LA RÉFORMATION; PRIERE; MORT DE LUTHER · texte numérisé non relu

XIV. NÉCESSITÉ DE LA RÉFORMATION; PRIERE; MORT DE LUTHER

On ne peut donc soutenir sans une insigne impudence qu'une réforme n'ait point été nécessaire dans une telle doctrine. Il est notoire qu'une grande partie des sophismes qui en formaient le tissu , n'étaient pas même compris de ceux qui avaient blanchi dans ce genre d'études. Cette doctrine d'ailleurs ouvre la porte à toutes les pratiques idolâtres, puisqu'elle enseigne que les seules œuvres extérieures suffisent pour s'appliquer le mérite du sacrifice; puisqu'elle fournit de spécieux prétextes à l'invocation des images; qu'elle nie l'efficacité de la foi pour la rémission

i Conrad Summenhard, un des meilleurs esprits de ce temps, qui, après avoir étudié à l'Université de Paris, devint professeur de celle de ïubingue, répétait souvent: «Qui me délivrera, malheureux, de cette querelleuse théologie?» Bossuet lui-même, dans son Histoire des Variations, liv. v, § 1er, convient qu'on s'était beaucoup écarté de la simplicité du dogme primitif. «Plusieurs, dit-il, ne prêchaient que les indulgences, les pèlerinages, l'aumône donnée aux religieux, et faisaient le fonds de la piélé de ces pratiques. Ils ne parlaient pas autant qu'il le fallait de la grâce de Jésus-Christ.» Un autre aveu naïf d'un prélat du seizième siècle ne sera peut-être pas déplacé ici. C'était Y abbé de Neuhaus, qui exprimait ainsi son regret de ce que la réformation était survenue si mal à propos : « Si Luther n'était pas venu, nous aurions fini par persuader à ces gens-là de manger du foin. » Ce mot est peut-être la plus heureuse apologie qui existe de Luther et de sa réforme. {Note du traducteur.)

gratuite des péchés; qu'elle fait de simples cérémonies humaines un sujet de tortures pour les consciences ) et qu'enfin elle fait éelore tant d'atrocités et d'absurdités, que la seule pensée en fait frémir.

Grâces soient donc rendues à Dieu , Père dans l'éternité des temps de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a voulu que, par le ministère de Martin Luther, les sources évangéliques fussent purgées de toute fange et de tout venin, et que la pureté de la doctrine fut restituée à l'Église ! Que tous les hommes pieux* méditant sur cet état des choses, unissent leurs vœux et leurs gémissements, et d'un cœur ardent demandent à Dieu qu'il daigne achever ce qu'il a opéré en nous pour l'honneur de son saint temple. C'est de toi, Dieu vivant et vrai Père dans l'éternité de notre Seigneur Jésus-Christ, Créateur de toutes chqses et de ton Église, c'est de toi que vient cette parole et cette promesse : Pour l'amour de mon nom j'aurai pitié de vous, pour l'amour de moi je ne souffrirai point le blasphème. Je te conjure du fond de mon âme, pour la gloire de ton nom et pour celle de ton Fils, de maintenir à jamais et de former au milieu de nous, par la voix de l'Evangile, une Église impérissable; je te conjure par l'amour de ton Fils, notre Seigneur Jésus-Christ , crucifié et ressuscité pour nous , notre Médiateur et notre Intercesseur, de régir mon cœur par ton Saint-Esprit , afin que nous l'invoquions avec vérité , et que nous t'offrions un culte qui te soit agréable.

Daigne aussi veiller sur les études de la sainte doctrine, gouverne et conserve ces institutions et ces lois qui sont les lieux de refuge de ton Église, et puisque tu as créé le genre humain à cette fin , que les hommes te connaissent et t'invoquent, ne souffre pas la dispersion de ces troupeaux parmi lesquels ta parole retentit. La veille de son agonie, ton Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, éleva la voix pour nous : Mon Père, dit-il , sanctifie-les par

la vérité, ta parole est la vérité! A cette prière de notre pontife, nous joignons nos vœux, et te demandons avec lui que ta doctrine brille à jamais au milieu de nous et qu'elle seule nous gouverne.

Nous avons entendu Luther prononcer cette prière tous les jours , et c'est pendant qu'il la prononça que son âme fut paisiblement rappelée de cette terre , dans la soixantetroisième année de son âge.

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