‹ Essai sur l'esprit musical (volume 2)Chapitre 1 sur 80 · Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

Paris, F. Alcan

DALUIAC. ^

jj PRÉFACE

dont nous nous étions appris à aimer la musique, eu remontant, aussi haut qu'il nous était permis, dans les nerspectives de notre mémoire, nous nous sommes vite fonvaincu qu'entre un amateur de musique et le. . . premier venu, l'écart n'est pas infranchissable. Et la preuve c'est que nous l'avons franchi. Car. si, tout enfant, il nous est arrivé de donner quelques promesses et de manifester « des dispositions pour la musique », ces dispositions, très réelles à vrai dire, ne nous élevaient guère sensiblement au-dessus d'un adolescent médiocrement exercé à la lecture et à l'interprétation musicales. Nous marchions sur la route commune. Nous y marchions, seulement, d'un pas plus accéléré que les autres. Etions-nous plus sensible que d'autres à certaines beautés musicales? Nous aimions les concerts militaires, les seuls, d'ailleurs, auxquels il nous fût donné d'assister. Nous en écoulions volontiers les morceaux sérieux, tels que la Bénédiction des Poignards. Mais — et nous ne nous en souvenons que trop — une misérable polka de Paul Henrion, Fifre et Tamboîir, oxcii-dit-dussi notre enthousiasme. Bref nous UKUKiuions de goût et de discernement. En dépit de notre précocité, un musicien psychologue nous ei\t pris, plusieurs fois par jour, en flagrant délit de béotisme musical. Plus de doute alors. Nous aussi, nous avons passe par oii chacun passe.

Mais par où chacun passe-t-il? Si nous avons étiit h' nréscnl ouvrage, c'est pour nous ra|)prendre. Nous devions commencer par cet apprentissage, jivant d'abiu-dcr ne psvchologie du musicien. (Vest à jteiiie si (lab Séailles exagérait If j'>nr ofi il écrivait (inim lioii de génie n'est qu'un homme grandi dans toutes ses p .^ sauces. Nous sommes loin d'avoir tous du génie. En(\,re est-il (jue celle tneuue monnaie «lont la multiplicntiou fait le uraiid lioiiime. ne m;m(|iie |)i'e>que jjimajs |;"i où riloiimie se rencoiilre. Te II e--| plll;,. (|("-s lois, elle/ le

PRÉFACE m

musicien amateur que veulent être cherchés les éléments d'une psychologie du musicien. C'est chez tout le monde. Si la psychologie du musicien est une spécialité, il est une généralité qui la domine, infiniment supérieure en extension, mais dune compréhension singulièrement moindre et, par là même, d'une observation plus facile et plus sûre. C'est l'ensemble de ces facultés présentes à tout esprit humain, en notre temps et dans les milieux des deux mondes où la civilisation a pénétré, facultés qui ont rapport à l'audition et à la jouissance de la musique. Et puisque ce sont elles dont l'exaltation progressive permet au génie musical d'éclore, ce sont elles aussi dont l'analyse s'imposait à notre attention.

Ainsi s'explique le rang « d'introduction » donné à notre première étude. Car s'il y est question de l'amateur, du virtuose, du compositeur et même du critique, il n'y est, pour ainsi dire, jamais question de l'homme tout court. Or c'est lui que nous allons observer et décrire, non point, encore une fois, « l'homme éternel », cette fiction des métaphysiciens, mais celui des psychologues qui, sans perdre sa qualité d'homme, n'est pourtant jamais le même à deux moments de son histoire.

Inutile d'ajouter, au grand scandale des rédacteurs de V Année Psychologique^ que nous avons écrit notre livre sans recourir, soit à la statistique, soit aux instruments de mesure. Nous avons pratiqué la méthode des vieux psychologues. Nous avons fait de l'observation, de la description. Nous ne sommes pourtant pas, ce nous semble, réactionnaire en psychologie : nous ne méprisons ni la psychométrie, ni la statistique. Nous pensons que la véritable psychologie expérimentale ne peut s'obstiner à rester « introspective ». Nous sommes tout près de convenir que le moindre inconvénient de l'observation intérieure est de maintenir le psychologue dans la situation d'un officier aux arrêts à qui l'autorité supérieure interdit

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