IV PREFACE
de quitter son domicile. N'insistons pas : les arguments à l'aide desquels on met les « vieux psychologues » on fâcheuse posture sont déjà rebattus. Le malheur est qu'on ne peut se passer des vieilles méthodes dans les questions où la psychologie n'a poussé, jusqu'à l'heure actuelle, que de rares et courtes reconnaissances. Et tel est le cas de la psychologie des facultés musicales. Avant de soumettre les phénomènes à l'expérimentation et à la mesure, il faut les dégager, les isoler. Il faut différencier les fonctions en se réservant d'étudier, par après, la manière dont elles réagissent les unes sur les autres. Avant d'expérimenter, il faut observer et décrire, même quand il ne s'agit pas de l'homme, à plus forte raison quand c'est l'iiomme qui est en cause.
Notre dessein n'a donc jamais été de réagir contre les méthodes nouvelles. Notre illusion n'a jamais été de croire, qu'une fois nos descriptions alignées, il ne resterait plus rien à tenter dans le champ de nos recherches présentes. Si nous avons mené hi psychologie des fonctions musicak^s jusqu'au point où les nouvelles méthodes d'expérimentation objective pourront lui être appli(iuées utilement, nous nous estimerons satisfaits.
11 reste à justifier notre titre. Nous l'avons choisi en raison du résultat auquel il nous semble que nous aient conduits nos recherches. Nous ne croyons pas qu'on ait suffisamment distingué, avant nous, « l'intelligence musicale » de « l'oreille musicale ». En insistant, comme nous l'avons fait, sur cette distinction (jui nous paraît des plus importantes, et eu (''lal)liss;iul, dans la mesure de nos forces, la réalité d'un Esprit musical, c'est-à-dire d'un ensemble de fonctions intellectuelles ayant la niusi([uc pour objet et pour fin. nous comptons bien provoquer des discussions et susciter des défiances. Er rejintche d'avoir fait une fausse di'couverle est de ceux qu un psycliologue n'évite qu'à la condition de n'avoir
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l'ion découvert. Au surplus, qu'est-ce que découvrir, en psychologie, si ce n'est attirer l'attention sur des faits qui ont, maintes fois, passé le seuil de la conscience, qui ne sont, dès lors, qui ne peuvent jamais être absolument ignorés? Une fausse découverte ne peut avoir pour objet qu'un fait imaginaire. Or les phénomènes de l'Esprit musical sont assez nombreux pour que leur réalité ne soit plus mise en cause. La question est donc moins de les mettre en évidence, que de justifier leur rattachement à une fonction distincte des fonctions de l'oreille proprement dite. Ainsi, c'est sur une question de nomenclature que nous nous attendons à être critiqiiés. Mais les questions de nomenclature ont leur importance. On sait assez que le jour où tous les philosophes s'entendraient sur les mots, ils ne seraient pas très loin de s'entendre sur les réalités désignées par ces mots.
Lionel Dauriac.
Le Praz de Saint Don (Savoie), le 21 juillet 1903.