‹ Essai sur l'esprit musicalChapitre 2 sur 24 · Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

Paris, F. Alcan

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j£ PRÉFACE

dont nous nous étions appris à aimer la musique, en remontant, aussi haut qu'il nous était permis, dans les perspectives de notre mémoire, nous nous sommes vite convaincu qu'entre un amateur de musique et le. . . premier venu, l'écart n'est pas infranchissable. Et la preuve c'est que nous l'avons franchi. Car, si, tout enfant, il nous est arrivé de donner quelques promesses et de manifester « des dispositions pour la musique », ces dispositions, très réelles à vrai dire, ne nous élevaient guère sensiblement au-dessus d'un adolescent médiocrement exercé à la lecture et à l'interprétation musicales. Nous marchions sur la route commune. Nous y marchions, seulement, d'un pas plus accéléré que les autres. Etions-nous plus sensible que d'autres à certaines beautés musicales? Nous aimions les concerts militaires, les seuls, d'ailleurs, auxquels il nous fût donné d'assister. Nous en écoutions volontiers les morceaux sérieux, tels que la Bénédiction des Poignards, Mais — et nous ne nous en souvenons que trop — une misérable polka de Paul Henrion, Fifre et ï^am6o2«r, excitait aussi notre enthousiasme. Bref nous manquions de goût et de discernement. En dépit de notre précocité, un musicien psychologue nous eût pris, plusieurs fois par jour, en flagrant délit de béotisme musical. Plus de doute alors. Nous aussi, nous avons passé par où chacun passe.

Mais par où chacun passe-t-il ? Si nous avons écrit le présent ouvrage, c'est pour nous l'apprendre. Nous devions commencer par cet apprentissage, avant d'aborder notre psychologie du musicien. C'est à peine si Gabriel Séailles exagérait le jour où il écrivait qu'un homme de génie n'est qu'un homme .grandi dans toutes ses puissances. Nous sommes loin d'avoir tous du génie. Encore est-il que cette menue monnaie dont la multiplication fait le grand homme, ne manque presque jamais là où l'homme se rencontre. Ce n'est plus, dès lors, chez le

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musicien amateur que veulent être cherchés les éléments d'une psychologie >îu musicien. C'est chez tout le monde. Si la psychologie du musicien est une spécialité ^ il est une généralité qui la domine, infiniment supérieure en extension, mais d'une compréhension singulièrement moindre et, par là même, d'une observation plus facile et plus sûre. C'est l'ensemble de ces facultés présentes à tout esprit humain, en notre temps et dans les milieux des deux mondes où la civilisation a pénétré, facultés qui ont rapport à l'audition et à la jouissance de la musique. Et puisque ce sont elles dont l'exaltation progressive permet au génie musical d'éclore, ce sont elles aussi dont l'analyse s'imposait à notre attention.

Ainsi s'explique le rang « d'introduction » donné à notre première étude. Car s'il y est question de l'amateur, du virtuose, du compositeur et même du critique, il n'y est, pour ainsi dire, jamais question de l'homme tout court. Or c'est lui que nous allons observer et* décrire, non point, encore une fois, « l'homme éternel », cette fiction des métaphysiciens, mais celui des psychologues qui, sans perdre sa qualité d'homme, n'est pourtant jamais le même à deux moments de son histoire.

Inutile d'ajouter, au grand scandale des rédacteurs de Y Année Psychologique^ que nous avons écrit notre livre sans recourir, soit à la statistique, soit aux instruments de mesure. Nous avons pratiqué la méthode des vieux psychologues. Nous avons fait de l'observation, de la description. Nous ne sommes pourtant pas, ce nous semble, réactionnaire en psychologie : nous ne méprisons ni la psychométrie, ni la statistique. Nous pensons que la véritable psychologie expérimentale ne peut s'obstiner à rester « introspective ». Nous sommes tout près de convenir que le moindre inconvénient de l'observation intérieure est de maintenir le psychologue dans la situation d'un officier aux arrêts à qui l'autorité supérieure interdit

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