‹ Essai sur l'esthétique de DescartesChapitre 10 sur 18 · IV · texte numérisé non relu

IV

Mais on en pourrait faire autant de toutes les pièces de Racine (1). Nous préférons nous en tenir aux préfaces, où Racine en se montrant critique et en prenant conscience des procédés et des règles de son art, se rapproche de cette philosophie de la littérature que nous essayons de constituer pour le XVIR siècle.

Ranslapréface tï Alexandre Ptacine en répondant

aux objections et aux reproches de ses détracteurs, est amené à bien déterminer en quelques lignes les principaux caractères de la tragédie classique : « La plus importante objection qu’on me fasse, dit-il, c’est que mon sujet est trop simple et trop stérile. Je ne représente point à ces critiques le goût de fantiquité. Je vois bien qu’ils le con-

(1) Voir comme modèle du genre, l’intéressaiile et originale étude de M. P. Janrt, Ln psychologie de Racine. {Revue des Deu.r - Mondes ,)

naissent médiocrement. Mais de quoi se plaignent-ils, si toutes mes, scènes sont bien remiolies, si elles sont liées nécessairement les unes aux autres, si tous mes acteurs ne viennent point sur le théâtre qu’on ne sache la raison qui les y fait venir, si avec peu d'incidents et peu de matière, j’ai été assez heureux pour faire une pièce qui les a peut-être attachés malgré eux depuis le commencement jusqu’à la fin (1). »

Nous trouvons dans cette préTace les principales règles de Boileau sur le théâtre et presque dans les mêmes termes que les siens :

fo Que les scènes soient remplies ;

2o Qu’elles soient nécessairement liées les unes aux autres;

30 Que « l’action marche où la raison la guide, » c’està-dire que les « acteurs ne viennent point sur le théâtre sans qu’on sache la raison qui les y fait venir ; »

40 Enfin que le sujet admette « peu d’incidents et peu de matière. »

Lors de la réception de Thomas Corneille à l’Académie française (2 janvier 1685), Racine ayant à faire l’éloge du grand Corneille, le loue surtout d’avoir soumis l’art dramatique aux lois de la raison : « Inspiré d’un génie extraordinaire, et aidé de la lecture des anciens, il fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable (2). »

Dans la deuxième préface à' AndromaciueÇlÇTiQ), Racine revendique la liberté du poète, le droit d’inventer et un affranchissement relatif à l’égard de l’histoire. S’appuyant

(1) Edition Régnier. T. I, j). 519,

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