‹ Essai sur l'esthétique de DescartesChapitre 8 sur 18 · RACINE · texte numérisé non relu

RACINE

Lfis préfaces. — La (héoric du minivium de lenips el de matière.

Ce chapitre consacré à Racine n’a pas pour objet de chercher dans les tragédies de Racine la confirmation des vues de Roileau, ni des exemples de clarté, d’unité, de simplicité et d’analyse. Une telle recherche est inutile et ferait ici double emploi. De plus, elle exigerait une série de citations qui chargeraient outre mesure ce travail, et le transformeraient dès maintenant en une étude purement littéraire dont les traits principaux risqueraient fort de n’etre que des lieux communs.

R serait facile, en effet, sans même sortir de Bérénice^ que nous avons adoptée comme type et comme exemple, d’y faire voir réunies toutes les conditions de la perfection classique dont Roileau nous a donné les définitions et les raisons.

Pour montrer l’extrême simplicité du sujet qui est bien conforme au goût classique, il suffirait de rappeler le jugement de Voltaire : « Jamais on n’a mieux senti quel est le mérite de la difficulté surmontée : cette difficulté était extrême, le fond ne semblait fournir que deux ou trois scènes et il fallait cinq actes. » Faire cinq actes (parce qu’il en faut cinq) avec la matière de deux ou trois scènes, voilà bien, dans un cas particulier, la tendance et la manière caractéristique du genre.

Quant à l’esprit d’analyse psychologique, il domine tellement dans la pièce qu’il serait malaisé de trouver

un endroit où il ne parût pas. Cette analyse, qui suspend raction ou la tourne toute à l’intérieur des personnages, est même si minutieuse dans Bérénice, elle y prend tellement son temps et s’y développe avec tant de complaisance et de ressource, qu’elle s’accuse même dans la forme par une tournure de langage qui est le propre du dédoublement par la conscience, à savoir la parenthèse.

La parenthèse est en effet comme une halte volontaire de la pensée qui tient à se ravoir, à se reposer, à se rajuster avant d’aller plus loin. Quelquefois même elle est plus qu’une station, elle est un véritable retour en arrière, pour s’expliquer le chemin parcouru et ne pas s’engager plus avant, sans se rendre un compte exact de ce qu’elle laisse derrière elle. Rien n’exprime donc plus, dans le langage, la conscience psychologique avec ses précautions, ses scrupules, ses curiosités rétrospectives et ses délicates lenteurs, que cette espèce de refuge, ouvert dans le courant de la phrase à la réflexion par la parenthèse.

Or, Bérénice offre l’exemple d’un curieux abus des parenthèses. Ainsi :

'Fout cela (qièun amant sait mal ce qu'il désire !)

Dans Tospoir d’élovor Bérénice à l’Empire. . .

(Acle II, 2.)

Je l’aimai, je lui plus ; depuis cette journée. .

(Dois-je dire funeste^ hélas! ou fortunée?)

Sans avoir, en aimant, d'objet que son amour. . .

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