Essai sur l'esthétique de Lotze
La philosophie de Lotze est très connue et fort appréciée en Allemagne et en Angleterre. Les nombreux ouvrages critiques ' qui lui ont été consacrés dans ces deux pays en font foi. En France, au contraire, la doctrine de Lotze est à peu près complètement ignorée ; on ne signale guère qu'une théorie, d'un grand intérêt d'ailleurs et tout à fait originale, mais qui ne représente qu'un minime fragment de sa philosophie, à savoir l'hypothèse les «signes locaux» [ràumliche
1. Voici les plus importants de ces ouvrages : Hugo Sommer, Die Lotzesche Philosophie {Prouss. Jahrb., 1875, 3 Artik.); — Rehnisch, Lotze { Ne /crolof/.^ 1881, appendice aux Grund^ufje der yEst/fetUi-, 1884) ; — Th. Achelis, Lotzes Philosophie ( Viêrteljahrf<r/u\far tcissenschaft. Philos.^ 1882, p. 1 à 27) ; — Ed. V. Hartmann, Lotzes Philosophie^ Leipzig, 1888; — Lindsay, Hermann Lotze {Mind^ juillet 76) ; — H. Jones, A critiral arcount of the philosophy of Lotse^ Glascow, 1895.
Anschauung), grâce a laquelle il explique le phénomène de la localisation dans la perception extérieure'.
Et certes, s'il existe un chapitre de la philosophie de Lotze qui soit tout à fait inconnu en France, c'est bien son Esthétique. Pourtant Lotze a consacré à cette science un grand nombre d'écrits dans lesquels plus d'une idée est digne de remarque et d'attention.
En effet, Lotze, homme de science au sens le plus large du mot, savant médecin en même temps que profond philosophe*, semblait revenir toujours avec plaisir à ces études sur le beau et sur l'art. Il n'y a là rien d'étonnant, car Lotze était une nature d'artiste et de poète (n'a-t-il pas en effet publié un volume de vers ?) .
Dès les premières années de son enseignement à l'Université de Gôttingen (où, sur les instances du physiologiste Rud. Wagner, il était venu remplacer le célèbre Herbart, mort en 1844), Lotze publia dans les Gôttinger Studien deux articles concernant l'esthétique, l'un Sur le concept du beau^, l'autre Sur les conditions de la beauté dans Vart^. Puis, une dizaine
1. Seul, son curieux ouvrage, le Microcosme^ jouit aussi d'une certaine notoriété chez les philosophes français.
2. Lotze, né en 1817, fut reçu en 1838, à Leipzig, docteur en philosophie et docteur en médecine (Sa thèse de médecine avait pour titre : De futurœ biologiœ philosophicis principibus).
3. ileber den Begrlff der Schônheit, in Gôttinger Studien^ 1845, 2' partie, p. 67-125. [Paru aussi séparément dans les Klcine Schriften, 1. 1 (Lpz., 1885), p. 291.]
4. Ueher die Bedingungen der Kunstschônheity in Gôttinger Studien, 1847, 2» partie, 1" v., p. 73-150. [Paru aussi dans les Kleine Schriften, 1. II (Lpz., 1886), p. 205.]