CHAPITRE II
Tous les esthéticiens, avant d*étudier les arts particuliers, se sont efforcés d'en établir une classification,
Lotze reconnut ce qu'un tel travail avait d*artificieU et il en conclut qu'au lieu de chercher à classer les arts particuliers suivant une méthode plus ou moins arbitraire, il est préférable de déterminer ce qu'est en soi, et quelle est la nature et la valeur des procédés employés parles divers arts particuliers.
Dans les Grundzûge, il semble bien, au premier abord, que Lotze ait mis en pratique cette théorie. Cependant une analyse plus profonde révèle que Lotze, comme tous ses prédécesseurs, a classé les arts d'une façon méthodique.
En effet, Lotze admet, dans les Gvundzûge, les cinq arts que l'on distingue le plus généralement : la mur sique, l'architecture, la sculpture, la peinture et la poésie \ Or, il les étudie dans l'ordre où nous venons de les énoncer; et d'abord il semble que cet ordre ne
1. Ni la danse, ni la toilette (malgré l'opinion de Renan qui appelait cette dernière le plus charmant des arts) n'apparaissent à Lotze comme des arts proprement dits, bien qu'elle» présentent certains caractères esthétiques. Aussi les retranchet-il de sa classification. — Cf. Kœgel, op. cit., IIP partie.
saurait répondre à aucune classification réelle, fondée sur un principe bien déterminé. Pourtant ce principe existe, car, chez Lotze, la hiérarchie des arts est établie d'après le degré auquel chacun d'eux manifeste par ses. productions le rôle du bien moral dans la connexion de l'univers^ : on peut voir aisément, en effet, que ce principe est applicable à la classification contenue dans les Grundziige^ si Ton admet qu'il y ait gradation delà musique à la poésie. Nous ferons remarquer, à ce sujet, que ce principe est analogue à celui de la classification hégélienne.
D'après négel,en effet, un art est d'autant plus élevé que ses productions réalisent plus complètement l'idée : ainsi, l'architecture est à la base de la classification, car elle ne représente l'idée que d'une manière vague et indécise; puis, danslasculpture,resprits'individualise; la peinture est un art plus spiritualiste encore, moiUvS cependant que la musique, qui, grâce à sa richesse d'impression, constitue un art supérieur; enfin, seule, la poésie peut exprimer toutes les idées'.
Lotze, au contraire, croyait la musique moins expressive que l'architecture, et c'est par là que sa classification diffère de celle de Hegel: peut-être n'a-t-il vu, comme Kant, dans la musique, qu'un (( beau jeu de sensations ». Cependant, cette théorie suivant laquelle la musique est incapable d'exprimer Vidée (ou les idées) se retrouve chez Richard Wagner; mais elle prend chez lui une