Cf. Hegel, Cours d'Esthétique, I" partie, I
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•insuffisante: il n'était pas besoin de s'attaquer aux questions de détail ; il eût été suffisant d'en repousser le principe général comme purement hypothétique. Mais Lotze est trop métaphysicien lui-même pour s'attaquer au dogme fondamental de Thégélianisme.
Il semble que, pour un psychologue, la distinction entre ces trois modes de l'activité intellectuelle s'établirait plutôt de la façon suivante: dans Iz. religion, l'imagination et la raison, ne se basant sur aucune donnée positive, édifient une représentation de ce que nous ne connaissons nullement et attribuent au contenu de cette représentation une existence réelle ; dans la philosophie, ou pour mieux dire dans la métaphysique, notre intelligence fait subir une certaine élaboration aux données de l'expérience, c'est-à-dire qu'elle induit du particulier au général, que des phénomènes elle s'élève aux lois et aux principes: mais ce qu'elle gagnait en valeur effective, grâce à un point de départ expérimental, elle le perd en voulant réaliser ces principes qu'elle a conçus ^ ; enfin, dans ïati, nous idéalisons (et au fond, nous généralisons aussi) les ^données de l'expérience, sans croire d'ailleurs à l'existence réelle de cet idéal.
A notre avis, l'art est donc, en essence, diamétralement opposé à la religion, et d'autre part ne peut être identifié à la philosophie ; et pourtant il n'y a là que trois manifestations différentes d'une seule et même tendance de l'esprit humain : l'aspiration vers un idéal
1. Qu'on se rappelle en effet la théorie de V apparence transoendantalc, telle que l'établit Kant.
supérieur au monde réel. Ce que l'homme cherche dans les fictions de la religion, dans les hypothèses de 3a métaphysique, c'est aussi ce qui le charme dans les productions de l'art : c'est l'élévation au-dessus de la t)analité de la vie réelle, de la monotonie de l'existence •quotidienne. Le penseur profond, qui, chez Richard Wagner, s'alliait à l'artiste de génie, avait bien com- |>ris la communauté de but, la parenté intime qui se ♦cachait sous la différence de méthode et l'opposition a,pparentede ces trois modes de notre activité mentale. 'Suivant lui, l'artiste, par ses symboles, traduit pour S'homme en fjénéral^ pour le peuple, ce que le sagç •conçoit rationnellement et ne peut communiquer qu'à é'homme raisonnable au moyen de formules scientifiques ou philosophiques. De même, Wagner regarde i'œuvre d'art comme la représentation vivante de la religion ^ .
Cette vision grandiose du rôle régénérateur de l'art manque chez Lotze. Or, c'est une théorie bien étroite que celle qui regarde l'art comme simplement
1. « Das Kunstwerk ist die lebendig dargestellte Religion. » — Cf. R. Wagner, Gosammelte Selirlften und Dlchtungen tlO vol., 2' édit. Lpz., 1887-88), III, p. 63, X, p. 214 sqq., et •p. 247 sqq.
On trouve déjà chez Gœthe l'idée de l'union intime de ces 'trois manifestations diverses: a Comme poète, dit Gœthe, je :suis polytliéiste ; comme naturaliste, je suis panthéiste; comme *étre moral, déiste; et j'ai besoin, pour exprimer mon sentianent, de toutes ces formes. »
Au sujet des idées de Wagner sur l'art, cf. Chamberlain, IR. Wnf/iwr, p. 182 sqq. — Dinger, Waprters qclstliche Entavir/dunff, p. 308 sqq. — Freson, Esthétique de R. Wagner. — A. Ernst, L'Art de R. Wagaer. — H. Lichtenberger, Richard Wagner, poète et penseur (1898), p. 229 sqq., p- 342 sqq.
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destiné à nous procurer une jouissance d'un ordre plus élevé que les autres : le plaisir esthétique. Que certaines personnes ne cherchent rien d'autre dans le.s manifestations artistiques, c'est un fait indéniable. Il n'en reste pas moins vrai que Tartiste doit se proposer un tout autre idéal. Cette théorie d'ailleurs n'est pas nouvelle et Toriginalité de Wagner consiste surtout en ce qu'il a joint la pratique à la théorie : il n'a pas cru avec Renan, avec Hartmann, avec Taine, que « la beauté disparaîtra presque à l'avènement de la science », que chaque jour nous rapproche du « règne de la platitude' ». Il a eu foi dans le rôle « rédempteur » de Tart, parce que l'art répond à un besoin du peuple. Aussi s'est-il efforcé de créer un théâtre où l'homme puisse trouver, sous la forme de ces mythes qu'il crée spontanément, la représentation artistique et intégrale de l'a éternel humain », de ce qui constitue toujours le fond essentiel de l'âme humaine. Ce théâtre de Wagner est comme un temple de l'idéal, où l'homme, même s'il n'a plus la foi, et s'il croit sans valeur la spéculation du philosophe, pourra se réfugier, et satisfaire le noble et légitime instinct qui le pousse à s'élever ^u-dessus de la médiocre et morne réalité.
« Dans notre époque, a fort bien dit Bernard Perez» où les anciennes croyances, qu'on les regrette ou non, «'en vont à la dérive, peut-être faudrait-il réserver une place d'honneur et un asile respecté à l'art, la dernière des religions humaines. »
1. Au sujet de ces théories, cf. Guyau, Probl. /h VKi^tliètique contemporaini\ p. 98 sqq.