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Essai sur l'établissement monarchique de Napoléon

L’Âssemblée constituante, en brisant les restes de la société féodale, avait religieusement conservé à la société rajeunie l’antique base du principe monarchique. La royauté, il est vrai , était descendue de la sphère isolée d’où elle avait si longtemps dominé tous les grands pouvoirs : c’était une exigence des nouvelles théories sociales ; mais l’Assemblée n’était pas allée au-delà ; mais toujours onia vit travaillant à entourer le trône de puissantes garanties contre l’envahissement du flot populaire.

Sous l’Assemblée législative la lutte prend un

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autre caractère; se fortifiant de toutes les fautes coiimiises, déjà la démocratie a mis la main sur la royauté.

Au sein de la ConTenlion nationale, le trône disparaît : de ses ruines a surgi une république. Toute l’Europe s’avançailen armes; au dedans, la contrerévolution se dresse menaçante : alors éclate , contre l’Europe, contre ses alliés .du dedans, une guerre à outrance; dans cette immense tourmente où tout devient gigantesque, vertus et crimes, ce qui restait de l’ancien régime , hommes et choses, est englouti : triomphante, la France a refoulé l’Europe hors de son territoire un moment envahi.

C’est le génie delà révolution, allumant sa foudre à l’incendie même dont on l’a menacé, et couvant , au sein des tempêtes, ces principes chargés de tant d’avenir!

Sous le Directoire, la lotte se poursuit avec acharnement sur le sol étranger où la France vient implanter ses formes nouvelles , tandis qu’à l’intérieur le pouvoir exécutif, réuni en un petit nômbre de mains, indique déjà une modification considérahle au système républicain.

. Bientôt on voit, le- principe révolutionnaire.

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après ane série d’oscillations violentes, revenir à l’unité gouvernementale, p(nnt de départ de 89.

Le GïUEUlat, c’est un premier retourjà la monarchie.

Eu 1800 s’arrête la fermentation intérieure.

Sortie victorieuse des plus terribles épreuves qui aient jamais assailli une nation , déblayant les débris de l’arène révolutioiinq^ire , la France va poa* voir enfin se reconstituer.

Non, certes, que les gouvernements venus avant le Consulat n’aient sougé qu’à renverser, sans jamais reconstruire; non que chacun d’eux n’ait tenté des essais de réorganisation; beaucoup de ces essais leur ont sui'vécu , ils sont là, debout , parmi nous, enracinés au cœur de la nation , et, tous les jours, dans les mille détails de la vie administrative, leurs Ipis et décrets sont appliqués; mais ce que nul d’entre eux n’avait pu faire , et ce ^ qu’on ne saurait reprochera aucun d’eux de n’avoir pas fait, car à chaque ouvrier sa tâche, c’était * d’asseoir la société française. . . <

-L’Empire; ramenant brusquement tous les pouvoirs à l’action unitaire , concentre dans sa main puissante toutes les forces du pays , coupe court aux essais déformés gouvernementales un instant

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AVCRTlSSESEirr.

oominandées par une situation extrême, mais repoussées par les habitudes et les mœurs ; il rend une assiette fixe à tous les éléments sociaux , si profondément ébranlés.

L’Empire, c’est la dictature, c’est la suspension delà liberté, au profit incontestablement d’une ambition démesurée , mais aussi au profit del’ordr^j c’est le despotispae, mais paré de gloire et enveloppé de bienfaits. C’est, malgré toutes ses déviations, la voie préparée à la monarchie constitutionnel le qui à l’ordre est venue joindre la liberté.

Au dehors , réagissant contre l’Europe , l’Empire lui impose , en courant, les humiliations et les démembrements dont elle avait menacé la France. En définitive, pourtant, il a succombé' sous l’effort de l’Europe; mais dans sa défaite même, il a été la consécration, à tout jamais, de l’indépendance

et de la nationalité française.

Car, en 181S, lorsque se termine; au sein même de la France, dans Paris tombé aux mains de l’étranger, cette grande lutte de la révolution , la France conserve, avec l’intégralité de son territoire, ces conquêtes politiques, contre lesquelles tant de coalitions s’étaient inutilement soulevées.

AVEBTISfiMEîTT.

Les vainqweurs ne se sentent plus la force demies lui ravir.

Napoléon seul a disparu. L’Europe n’exige d’autres satisfactions que la chute de cet homme ^ seul en cause dans un débat où les institutions, qui en avaient été le prétexte primitif, semblent n’être plus pour rien.

Par quelle succession d’événements, par quelle surprenante péripétie, Napoléon se trouve-t-il, pour ainsi dire, substitué à la France, comme objet du ressentiment et des terrenrs de la coalition européenne?

Comment cette colossale monarchie de Napoléon a-t-elle grandi, s’est-ellc écroulée en douze années ? comment ce rêve d’une vaste ambition s’est-il si rapidement réalisé , si rapidement évanoui? ComQicnt dans l’œuvre d’une intelligence plus vaste encore, peut-être, que cette ambition, • tant de force, tout à la fois, et tant de fragilité?

L’examen de ces -questions, le développement des réflexions quijes précèdent, sont la matière du présent Essai.

Déjà plus d’une main habile a retracé ce drame immense : les historiens n’ont pas fait fayte au

moderne roi dos rois. •

AVERTISSEMENT

Mais la génération contemporaine de Napoléon, partie dans tous ses actes, a-t-elle pu se constituer juge du procès qu’il a dû subir, comme tout ce qui fut grand sur la terre?

Les républicains , tout meurtris encore par le bras de l’Empereur, lui ont gardé rancune de la défaite , ou trop rigoureusement appliqué leurs doctrines ennemies.

Des hommes qui furent associés à ses victoires , à ses actes diplomatiques , à son administration ,

qui furent admis au partage de sa prospérité, les

uns , fidèles à sa mémoire n’ont pu se défendre, ou de l’enthousiasme du dévouement , ou des embarras de la solidarité, ou des préoccupations de l’amour-propre, ou des illusions, des ménagements de la reconnaissance : les autres, engagés au service d’une nouvelle cause, out bien souvent - cru devoir faire , à des positions diverses , le sacrifice do passé.

Parmi ceux qu’atteignirent les rigueurs de Napoléon , vous ne retrouverez que l’aigreur de la haine, que les misères de la vengeance.

Chez beaucoup de Français, qui, sans autre relalio|| avec le chef de l’Empire , n’ont fait qu’en supporter les charges, perce l’amer souvenir des

ATSRTIS8EKENT.

Mcriflces qu’il dut imposer, des larmes que* dut faire couler l’accomplissement de sa mission.

Quant aux vaincus de la grande lutte révolutionnaire, et aux afEiliés de leur passagère résurrection , l’insulte, la calomnie, sont tout ce qu’on pouvait en attendre pour Napoléon, résumant, alors même encore qu’il la désertait , personnifiant un lui la révolution.

En un root, les jugements des contemporains sur l’Empire sont, trop souvent, a£Eaire de passion ou d’intérêt.

. En outre, plus cette grande figure s’éloignera, plus aussi elle devra se poétiser dans* le souvenir des hommes. Pour elle, peut-être, le temps n’est pas loin où son histoire deviendra l’épopée des temps modernes.

La génération actuelle semble donc dans les véritables conditions de l’impartialité !

Etrangère, par son âge, aux joies comme laùx ,

douleurs de l’Empire , ellè n’a à se défendre ni de

la reconnaissance , ni des ressentimepts. Napoléon

lui apparait comme un personnage antique i une telle situation d’esprit donne le ^oit d’interroger cette grande ombre. , . ' ’ y

En coutact, un moment, avec les hommes de

AVERTISSEMENT

cette époque, elle a pu recueillir, dans leurs entretiens , bien des secrets qu’elle eût vainement demandés à ses actes officiels , à ses archives occultes , à toutes ses traditions écrites.

Un instant, peut-être, elle put se :faire illusion sur les erreurs, sur les vices de l’Empire, c’est celui où les gloires de ce temps resplendissaient d’autant plus à ses yeux, que les passions dominantes cherchaient davantage à les voiler, à les flétrir.

Aujourd’hui que l’Empire a cessé d’être un précédent qui gène le pouvoir, un objet de regrets pour la nation , il n’est plus , aux yeux de la génération actuelle, qu’un solennel enseignement : non cet enseignement qu’offrent, à côté de Marengo et d’Austerlitz, Moscou et Waterloo; en face des pompes des Tuileries, l’exil de Sainte-Helène : combien peut-être s’écoulera-t-il de siècles avant que . . ce^ mémorables leçons puissent être rappelées à . un autre Napoléon f Et d’ailleurs , pour de pareilles

natures, ces leçons du passé n’existent pas : il n’y

a que les émotions du présent les prestiges de *

l’avenir! Mais douze années d’efibrts de génie, pour contenir, au fond dp volcan , Ja lave encore bouillonnante, peur assurer la paix intérieure au

ATERTIS8E3IE!<IT.

xni

milieu de la guerre universelle I quel précédent pour la génération présente et celles qui la sui- * vront ! Comme elles apparaissent difficiles et lentes à résoudre ces hautes questions dont, chaque jour, les nations sont saisies! et que la prudence est nécessaire, même à l’esprit de progrès le plus consciencieux !

Pour la génération actuelle, enfin, suivre dans ses développements l’organisation intérieure de l’Empire, c’est, en grande partie, étudier les origines du système administratif qui la régit racore : car cette puissante et vivace organisation ne pouvait périr avec son créateur.

VEêsat qui va suivre est donc un regard à la fois sur le passé et sur le présent.

L’étude de l’ Établissement monarchique de Napoléon semble moins l’ét^ude de l’homme que des choses, que des institutions transmises par les .gouvernements antérieurs et consolidés par Ini, de celles qu’il a créées, de celles dont il a légué la pensée à ^ successeurs. :■

Mais l’œuvre, la pen sée de Napoléon , son t l’hom me même : l’édifice de sa puissance, il le domine comme il dominait tous ses champs de bataille; il est là comme sur le plateau d’Austerlitz. *

AVKBTISSEMEnT.

li’humrae 86 retrouvera donc à chaque page, presque à chaque ligne.

L’ Étahlisêemeni monarchique de Napoléon a été le résultat d’uue immense série défaits militaires, de combinaisons politiques, législatives, administratives. On n’a touché qu’aux faits principaux, aux grandes combinaisons.

Seulement, dans le tableau sommaire de l’organisation intérieure de l’Empire, quelques détails, à dessein minutieux, indiqueront jusqu’où pénétrait l’œil sagace du maître, tout ce qu’embrassait son infatigable activité.

Senlement aussi, quand une simple anecdote révélait l’esprit d’un acte important, caractérisait une situation, offrait, entre deux événements de quelque intérêt, un rapprochement curieux, cette anecdote a été recueillie,

Pour l’exposé de certains faits, la parole si ^ énergique, si pittoresque , si saisissante de Napoléon, ne pouvait être remplacée.

Dans le compte sévère, , demandé au grand homme, des fautes du monarque, il fallait bien se prévaloir des termes mêmes qui formulent certains aveux de Napoléon : il fallait bien laisser place à ceux à l’aide desquels il a essayé sa justification.

AVERTISSEHENT.

Les citations auraient donc pour excuse leur nécessité; à défaut de ce charme, dont la puissance est si grande, surtout dans les suprêmes épanchements de Saint-Hélène! mélancolique dénouement delà plus imposante trilogie qu’offrent peut-être les annales humaines! déclin si sombre après le lever, le midi, si brillants du Géiiéralut, du Consulat, de l’Empire !

Et cet accablant exemple du néant de l’homme ne devait pas être, pour nous, le dernier des avertissements que la Providence envoie sur la terre aux jours des grandes agitations.

Bien peu d’années se sont écoulées depuis qu’un vaisseau anglais emportait Napoléon aux confins du 'monde, depuis que ce météore, sorti des flots (le la Méditerranée, allait s’éteindre dans l’Atlantique, depuis qu’une pellée de terre recouvre l’ancien maître de l’Europe.

Déjà, pourtant, des deux héritiers d’une race royale longtemps proscrite, auxquels la patrie et le trône furent rendus quelques instants, l’un repose, seul de tant de rois, dans les caveaux déserts de Saint-Denis; l’autre, à la face de cette même Europe, où l’épée de ses aïeux pesa d’un si grand ' ' poids, a recommencé l’exil en cheveux blancs!

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