Coincidences morbides
Nous avons exposé les coïncidences morbides qu’on rencontre avec les varices secondaires en parlant de leurs causes, variables suivant les régions où on les observe. Le rapport qui existe entre ces états morbides et les varices consécutives n’est pas difficile à saisir, puisqu'on peut, dans la majorité des cas, surprendre l'agent pathogène en flagrant délit.
Il n’en est pas de même pour les varices primitives. Leurs causes occasionnelles ne pouvant pas, à elles seules, expliquer leur développement, il a fallu admettre une prédisposition individuelle. C’est pourquoi la plupart des observateurs se sont adressés à l’état général de l’organisme, aux coincidences morbides que l’on rencontre chez les variqueux, pour se rendre compte de la nature de cette prédisposition. |
Les anciens qui expliquaient leur apparition par l «épaississement des humeurs », par « l’impureté du sang mélancolique », les considéraient comme dues à la fixation de la bile ou du phlegme dans les veines et leur attribuaient des propriétés salutaires. Par là même ils regardaient l’organisme atteint de varices comme étant dans un état anormal, morbide, ayant besoin d’une purification. Hippocrate croyait à une certaine corrélation entre la folie, l’hydropisie, certaines affections cutanées, les mala-
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dies des reins d’un côté, et les hémorrhoïdes et les varices de l’autre. Gallien insistait surtout sur leurs rapports avec la goutte et les rhumatismes. Nous avons vu l'importance que Stahl attribuaitaux fluxions hémorrhoïdaires.Trnka (4) admettait une goutte hémorrhoïdaire, et Grant donnait comme signe certain d’une constitution goutteuse la présence des hémorroïdes unies à la disposition mélancolique.
Et même ces auteurs qui, avec J.-L. Petit, Briquet, Gosselin, insistaient sur l'influence mécanique de la stase, étaient obligés d’invoquer, a priori, la «qualité de l’étoffe » qui constitue les parois veineuses et l’état général de l’organisme susceptible de rendre le système veineux plus vulnérable chez un sujet que chez un autre.
IL va sans dire qu'avec {outes ses explications on ne faisait que constater les faits et qu’en réalité la véritable cause prédisposante échappait. C’est seulement depuis les travaux les plus récents sur les maladies engendrées par les troubles de la nutrition que lon commence à comprendre la nature de ces états morbides dont l’ensemble constitue la diathèse arthritique, et leurs rapports avec les varices.
En effet, la fréquence de l'altération variqueuse dans cette diathèse a été signalée par plusieurs auteurs : sur 160 cas d’herpétisme, M. Lancereaux (2) a trouvé 50 fois les hémorrhoïdes et 25 fois les varices des jambes. Sur 179 cas d’arthritisme, Soula (3) a noté 46 fois Les hemorrhoïdes et Crèvecœur (4) les à vues 11 fois dans 52 cas de rhumatisme chronique. D’un autre côté, sur
(4) Audoin. Th. de Paris, 1861.
(2) Traité de l’herpetisme, p. 278.
(3) Th. de Paris, 1884.
« (4) Th. de Paris, 1889-90.
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103 cas de varices, Moreau (4) a constaté 83 fois des mani-
festations arthritiques ; chez 15 variqueux Schreider (2) à
trouvé Lä fois l’arthritisme, et dans la thèse de M. Broca (3), sur 64 observations dansilesquelles les antécédents héréditaires et personnels sont igneusement, notés, il y en a 44 se rapportant à des sujets variqueux ayant présenté des manifestations arthritiques.
Nous avons continué les mêmes recherches, et nous avons recueilli 71 observations de varices des différentes régions. Voici les affections que nous avons trouvées chez nos variqueux : Rhumatismes 32 fois ; épistaxis 29 fois; hernie 23 fois ; céphalée, migraine 21 fois ; artériosclérose 18 fois ; emphysème pulmonaire 43 fois ; calvitie 12 fois ; psoriasis, prurit, eczéma, acné 10 fois ; névralgie, sciatique 9 fois : obésité 7 fois ; paralysie 3 fois; lithiase biliaire 2 jois ; asthme 4 et diabète 1 fois. ;
Excepté dans deux eas de varices consécutives à une phlébite aiguë, nous avons toujours trouvé des manifestutions arthritiques, soit chez le malade lui-même, soit dans ces antécédents héréditaires. Parfois elles sont nombreuses chez le même malade, et leur rapport avec Îles varices est incontestable, Dans Pobservation I, nous rapportons l’histoire d’un homme qui est un véritable musée des déterminations arthritiques. Les manifestations articulaires, nerveuses et cutanées sont représentées par larthrite sèche, la migraine, la sciatique et l’eczéma chronique ; l’artériosclérose est généralisée et celle des artères cérébrales s’est révélée trois fois par une, hémiplégie gauche. De plus, ce malade a une hernie, bien qu'il ne se
(1) Th. de Paris, 1877.
(2) Th. de Paris, 1883.
© (3) Th. de Paris, 1886.
soit jamais livré à dés travaux pénibles nécessitant de gran ls efforts. Et à côté de toutes ces manifestations arthritiques, cet homme présente un varicocèle, des hémorrhoïdes et des varices des jambes.
Ce cas si frappant met en relief le lien qui existe entre les altérations variqueuses et les autres manifestations arthritiques, et confirme le résultat de nos recherches et de celles des autres observateurs qui voient dans l’arthritisme la véritable prédisposition aux varices.
Le rôle que l’hérédité joue dans l’étiologie de ces lésions n'a pas manqué d'attirer l’attention de tous les auteurs. Dans nos observations elle a été constatée 22 fois. Ces varices qu’on peut appeler héréditaires se développent soit dans la même région que celle dans laquelle elles existent chez les parents, soit dans une autre ; ce qui veut dire qu'on n'hérite pas d'hémorrhoïdes, de varices des ambes ou de varicocèle, mais d’un système veineux susceptible d’être atteint d’altération variqueuse dans la région où les causes morbides ont l’occasion d'exercer leur influence.
Lorsque le système veineux est prédisposé à l'alléra-
ion variqueuse on trouve souvent plusieurs localisations. Parmi les cas que nous avons observés, il n°’v en a que 25 dans lesquels les varices ont été trouvées dans une seule région (varicocèle, hémorrhoïdes ou varices d’une seule ambe) ; dans 44 cas les localisations ont été multiples : 32 fois il y avait des varices des deux jambes; dans Î1 cas il y'avait deux localisations différentes (5 fois varices et hémorrhoïdes, 5 fois varices et varicocèle et 1 fois hémorrhoïdes et varicocèle) ; enfin dans le cas dont nous avons parlé plus haut, le malade présentait un varicocèle, des hémorrhoïdes et des varices des jambes.
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C’est à cause de cette prédisposition incontestable que quelques auteurs ont admis l’existence d’une diathèse variqueuse. Nous ne trouvons pas cette expression heureuse, car elle est trop exclusive en ne visant que la prédisposition du système veineux. Eu effet, les varices ne sont qu’une manifestation de l’arthritisme et c’est seulement l’arthritisme qu’il convient de qualifier de diathèse.