‹ Essai sur l'évolution de l'assistance aux aliénés à MarévilleChapitre 25 sur 27 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La guerre éclata alors et toute l’organisation et la vie même de l’asile furent bouleversées. Cette période malgré son intérêt, sort du cadre de notre travail et ne nous retiendra pas.

En 1918, M. Paris conserva le service d’admission, M. AuBry devint médecin chef du service des Hommes, M. LALANNE de celui des Femmes, en conservant de plus le Pensionnat Sainte-Anne. Un nouveau médecin-adjoint est nommé en 1919 et chargé du service des vieux chroniques.

En 1922, le quartier Pinel, autrefois infirmerie des Hommes, fut réservé aux malades tuberculeux hommes et femmes. Il y fut aménagé des boxes d’isolement et le personnel fut choisi parmi les infirmières âgées, afin d’éviter les risques de contagion. Mais, dès cette époque, l’encombrement était si grand dans le service des Femmes que la destination de ce quartier fut modifiée et qu’il ne reçut que des femmes.

En janvier 1922, l’adjuvat est supprimé et tous les médecins des Asiles reçoivent le titre de médecins-chefs de services avec les attributions des anciens médecins en chef. Il fut alors décidé que chacun des médecins aurait à sa charge un service d'admission pour les indigents. Chaque service devenait ainsi autonome et com-

plet, comprenant des pavillons d'admission d’infirmerie et de chroniques.

L’Asile comporte alors quatre services autonomes :

1° Service mixte, clinique d'enseignement.

2° Service des hommes.

3° Service des femmes.

4° Service mixte.

En 1933, la création d’un cinquième service, nécessitée par l’accroissement de la population, entraîne une nouvelle répartition qui est la répartition actuelle.

Un service mixte (enseignement).

Deux services d’hommes.

Deux services de femmes.

La guerre avait engendré un essor intense et marqué dans les domaines de l’Hygiène, de la Médecine générale et de la Médecine mentale, elle va créer un renouveau de progrès dans les asiles. Les médecins, dont le niveau scientifique s’est accru, dont la situation matérielle s’est améliorée, vont déployer toute leur activité et tout leur dévouement à transformer l’asile dans le sens d’une meilleure hygiène.

À Maréville, dans l’impossibilité où l’on se trouvait de démolir et d’étendre les nouvelles constructions en raison de la configuration du terrain et de l’étroitesse du terrain d’assiette, tout l’effort des médecins et des administrateurs va se porter sur l’aménagement inté-

rieur des quartiers. MM. Paris et LALANNE qui avaient construit pendant la période précédente de nouveaux pavillons vont maintenant moderniser sur le même modèle et dans la mesure du possible, l’aménagement intérieur des vieux bâtements de leurs services. En cela, ils seront bientôt imités par les autres médecins, de plus, ils trouveront dans cette tâche un appui administratif solide que les fera largement profiter des crédits d'entretien. Tous ces efforts auront pour résultats la multiplication des perfectionnements hygiéniques. Dans tous les quartiers, l’aération sera réalisée, l’eau sera abondamment dispensée, le mobilier sera aménagé.

Puis, un peu plus tard, on travaillera dans une orientation plus strictement médicale et de là naîtront les Laboratoires, le service chirurgical, le pavillon des Contagieux, le pavillon des Tuberculeux.

En même temps, les services administratifs et généraux étaient centralisés et améliorés.

Le service chirurgical et les laboratoires ont été aménagés dans un vieux bâtiment affecté jadis aux bains des hommes et dont les murs seuls étaient utilisables. Ce pavillon porte aujourd’hui le nom du Professeur ROHMER qui remplit pendant longtemps et avec dévouement les fonctions de chirurgien de l’Asile. Il a été transformé intérieurement et groupe aujourd’hui les services médicaux annexes. L'ancien bâtiment était composé d’un sous-sol, d’un rez-de-chaussée et d’un étage.

C’est au rez-de-chaussée qu’on a groupé le service chirurgical, à savoir, une salle d’opérations, une salle ‘ d’anesthésie et deux chambres d’opérés.

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La salle d'opérations, rectangulaire, a une superficie de 30 mètres carrés environ. La surface intérieure de ses murs est revêtue d’une peinture émaillée blanche, les angles sont arrondis, le sol est en céramique et légèrement incliné afin d’en faciliter le lavage. L’éclairage naturel est assuré par de larges baies vitrées, on a aménagé en outre un éclairage artificiel digne des salles classiques. Une table d’opérations, une table roulante, une armoire et un lavabo en constituent le mobilier. |

Contiguë à cette salle est une pièce plus petite, servant aux soins préopératoires et également destinée à la stérilisation des instruments. C’est là que nous trouvons autoclaves et étuves.

Au même étage, et sur l’autre façade, sont deux chambres d’opérés qui comportent, outre le lit du malade, un lit supplémentaire pour l’infirmier chargé de le surveiller. Ces chambres sont indispensables pour prévenir les accidents pulmonaires que pourrait provoquer le transport immédiat de l’opéré dans son quartier. Une sœur se tient en permanence dans ce pavillon, chargée des travaux de stérilisation et prête, le cas échéant, à aider activement aux interventions.

Le service chirurgical est assuré par M. le Professeur MICHEL et par M. le Docteur GuiBaL, qui prêtent leur concours aimable et dévoué. En 1935, 37 interventions ont été pratiquées.

Un escalier conduit à l’étage supérieur, réservé au Laboratoire, au service dentaire et au service de radiologie.

Créé en 1923, et fonctionnant depuis cette même

année, le Laboratoire spécialisé dans les recherches de Biologie, de Chimie biologique et de Bactériologie est placé sous l’autorité de M. le Docteur HAMEL qui, aidé des conseils compétents de M. le Docteur Vérain et grâce à la précieuse collaboration de M. le Préfet A. MAGrE et de M. le Directeur de GENNEVILLE, a réalisé un service remarquable.

Durant l’année 1936, 2.600 analyses ont été effectuées. Les plus importantes concernent la recherche de la syphilis dans le sang et dans le liquide céphaiorachidien; en outre, tous les examens entrés dans la pratique courante sont réalisables à Maréville. Le ministère de la Santé publique a témoigné l'intérêt qu'il portait au Laboratoire de Maréville en le dotant de l’appareil de Vernes, dont le prix onéreux arrêtaït l’Administration.

À jour fixe, une fois par semaine, des séries d’analyses sont pratiquées. Les recherches éventuelles et urgentes sont exécutées à la demande du service, cha-

que jour.

Un crédit annuel de 6.000 francs d’entretien est accordé au Laboratoire et l’expérience de plusieurs années montre que le prix de revient est minime.

Dès 1925, le rendement du Laboratoire s’est affirmé et n’a cessé depuis de progresser.

Au même étage également, on trouve le service de Radiologie, qui comporte essentiellement une salle de radio-diagnostic. C’est à la générosité du Conseil général que l’Asile doit son installation radioscopique et la

lampe à rayons ultra-violets qui fonctionnent depuis 1930. Dans un cabinet attenant, on a installé le développement et le fixage des clichés. Ce service trouve régulièrement son activité dans la vie de PAsile. Chaque semaine, à jour fixe, le médecin-chef qui en est chargé consacre une partie de l’après-midi à l’examen radioscopique de tous les entrants. Exceptionnellement et sur demande spéciale, sont pratiqués d'urgence tous les examens nécessaires.

Contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, les malades, même les plus agités, se prêtent avec beaucoup de docilité à l’examen et sur un nombre de cas déjà considérable, nous n’avons relevé jusqu’à ce jour qu’un nombre infime d’échecs.

Des travaux récents ont permis d’étendre les recherches scientifiques en créant un laboratoire spécialisé d'anatomie pathologique. Les locaux ont été aménagés dans l’amphithéâtre et pourvus de tout l'outillage nécessaire au fonctionnement de ce nouveau service dont M. le Docteur BEAUDOIN, médecin-chef, a bien voulu se charger et qui est appelé à rendre de grands services.

Un cabinet dentaire est contigu au Laboratoire. C’est une salle bien éclairée par de larges baies, comportant l’outillage moderne et permettant à M. BARTHE- LÉMY, Professeur à l’Institut dentaire, de donner ses soins à la satisfaction de tous.

Pavillon de Contagieux

Malgré un état sanitaire généralement bon, il importe, dans un établissement aussi vaste et peuplé que Maréville, d’être en mesure de pouvoir préserver les malades en traitement des contagions diverses et des menaces que peuvent faire peser sur eux des voisins atteints de maladies transmissibles.

Pendant longtemps, comme nous l’avons vu au cours de l’histoire de l’Asile, il exista un lazaret où l’on isolait les aliénés contagieux, plus tard on les groupa dans un vieux bâtiment, voisin du quartier Saint-Charles. Mais c’est depuis l’année 1932 seulement qu’il existe un véritable pavillon destiné à cet isolement. Pratiquement, il reste inoccupé, c’est vrai, mais son existence est nécessaire et pourrait rendre les plus grands services, en cas d’une épidémie toujours à craindre dans une agglomération aussi dense que Maréville.

Ce pavillon est situé dans une extrémité retirée de l'établissement, loin des autres quartiers, relié seulement au service des tuberculeux par une galerie couverte. Il comporte une salle de traitement de six lits, une salle de convalescence de six lits et huit chambres d'isolement. Il possède un service de bains complet et un service de désinfection autonome.

Car si l’état sanitaire est aujourd'hui satisfaisant dans l’ensemble à Maréville, il n’en fut pas toujours ainsi et autrefois les médecins eurent à compter avec de fortes épidémies.

Vers 1850, la fièvre typhoïde faisait un grand nom-

bre de victimes. Elle a régressé à l’asile comme elle a régressé dans le département, grâce aux travaux d’assainissement et à la disparition des locaux insalubres.

Un fléau dont l'asile eut longtemps à souffrir fut l’entérite chronique qui fut la cause de nombreux décès parmi les malades. Les cas en sont moins nombreux aujourd’hui en raison des améliorations qu’on n’a cessé d’apporter au régime alimentaire. Mais c’est surtout le goître qui exista de façon endémique à Maréville, puisqu’en 1850 on en relevait environ 150 cas. Cette maladie n’y existe plus depuis 1880. Enfin, nous avons déjà mentionné l’ophtalmie purulente au cours de notre historique, et nous n’y reviendrons pas ici.

Les nombreux travaux extérieurs ont amené la cessation des cas fréquents de fièvre paludéenne dont tous les ans à l’automne, la population était atteinte jusque vers 1860.

Le Docteur CHRISTIAN écrivait, dans son rapport médical : « l’étude des maladies incidentes prouve qu’à Maréville l’état sanitaire est excellent, je dirai même exceptionnel ». En feuilletant les rapports annuels des différents médecins-chefs, on remarque qu’on n’observe presque pas de maladies incidentes aiguës, mais seulement et surtout des indispositions légères et des troubles passagers sans conséquence, de même que quelques affections chirurgicales sans gravité. Cette situation particulière, si elle tient pour une part aux conditions climatiques très favorables, tient pour autant aux améliorations qui se développent de jour en jour dans l’établissement, Il faut bien reconnaître enfin

que les malades, par la vie régulière qu’ils mènent, sont à l’abri de bien des troubles physiques.

Si les épidémies tiennent une petite place, il n’en est pas de même de la tuberculose à laquelle il est fréquemment fait allusion dans les rapports médicaux.

En 1903: « Il est surprenant que la tuberculose ne soit pas plus répandue dans l’asile. Le bacille, en effet, est rejeté au dehors par les malades qui n’ont aucun soin, aucun souci des mesures hygiéniques les plus élémentaires. Certains tuberculeux s’intoxiquent constamment, car la plupart des aliénés avalent couramment leurs crachats ».

En 1905, on constate dans le rapport médical que les manifestations tuberculeuses ont causé la mort de vingt malades, c’est un chiffre assez élevé, notablement supérieur à la moyenne habituelle et on note une augmentation passagère du nombre des entérites bacillaires. En effet, les formes généralisées ou à lésions intestinales sont plus fréquentes dans les asiles que la tuberculose pulmonaire. La diarrhée chronique des aliénés est liée d’ordinaire à une entérite tuberculeuse.

C’est en 1906 qu’on s'aperçoit qu'il est réellement impossible d’appliquer les mesures d’isolement quand on se trouve en présence de malades contagieux et qu’on reconnaît la nécessité absolue d’un véritable quartier d’isolement comme il en existe d’ailleurs déjà dans plusieurs asiles importants.

Le Sanatorium Archambault

(Renseignements fournis par le Docteur Elisabeth CuLLERRE, médecin-chef chargé du pavillon).

Le Pavillon Archambault a été ouvert le 26 janvier

C’est un bâtiment en rez-de-chaussée surélevé, dont toutes les pièces destinées au séjour des malades sont exposées au midi, au moins par une de leurs parois.

La construction est divisée en deux moitiés symétriques séparées par un vaste hall d’entrée qui les isole; l’une des moitiés étant réservée aux femmes, l’autre aux hommes.

Chaque division comprend, à l’extrémité du bâtiment, un dortoir de 9 lits avec W.-C. et lavabo réservé aux malades dont la bacillose est déjà avancée et pouvant être considérés comme contagieux.

Faisant suite à ce dortoir, en allant vers l’axe, c’està-dire entrée principale de la construction, une galerie vitrée permet à certains malades de séjourner sur une chaïise-longue. Sur cette galerie s'ouvrent quatre chambres. Deux de ces chambres avec W.-C. et lavabo formant en arrière cabinet de toilette, sont destinées à des malades choisis, soit en raison de leur état physique grave, soit en raison de particularités dues à leur état mental.

Les deux.autres chambres sont réservées au personnel.

Une porte qui doit être constamment fermée isole

cette partie du reste du service qui est consacré aux

malades peu atteints et dans les crachats desquels on n'a pas trouvé de B. K. Ces malades disposent d’un dortoir de huit lits et d’une salle de jour, donnant sur une galerie de cure.

Près de l’entrée se trouve une cuisine-office. En arrière, parallèlement au grand axe de la construction, un couloir dessert toutes les pièces, avec toujours la séparation entre les malades contagieux et les autres. Sur ce couloir s'ouvrent les W.-C. pour les malades levés, ceux du personnel, et des salles de baïns-lavabos.

Dans les sous-sols qui sont vastes, est installée une chambre de désinfection où le linge est traité avant d’être envoyé à la buanderie centrale. Il est soumis à des vapeurs de formol; un système de ventilation avec ventilateur électrique et tuyau d’échappement permet au personnel les manipulations sans être incommodé par le formol.

Bien entendu, il existe un cabinet médical, isolé des salles de traitement ».

Le pavillon étant ainsi conçu, il est placé sous le contrôle de l’un des médecins-chefs de l’Asile et chacun des services y envoie ses malades bacillaires en choisissant ceux qui présentent des lésions ouvertes ou contagieuses. [Il serait souhaitable de posséder un appareil à pneumothorax, afin de pouvoir donner aux malades tous les soins qu’ils réclament.

N. B. - Plan élaboré grâce à la collaboration de M. le Professeur J. PARISOT et de M. le Docteur J. HAMEL.

Clinique Sainte-Anne

En 1934, le Pensionnat Sainte-Anne va prendre une extension nouvelle avec l’ouverture du centre de Malariathérapie. C’est sur le vœu exprimé en 1930 par M. le Professeur CLAUDE, dans une réunion à l’Académie de médecine de Paris, de voir s’ouvrir en France des centres spécialisés de Malariathérapie que cette idée fut mise à profit en Lorraine, grâce à l’initiative de M. le Docteur LALANNE et de M. le Doyen Spirt- MANN.

C’est d’après les plans élaborés par M. LALANNE que furent commencés les travaux vers 1932. M. le Doyen SPILLMANN obtint la création de ce centre, de M. MAGRE, alors Préfet de Meurthe-et-Moselle. Après la mort de M. LALANKNE, le Pensionnat Sainte-Anne fut confié à M. le Docteur AUBRY qui devint en même temps chargé de la direction du centre de Malariathérapie. Celui-ci fut inauguré en 1934, par M. le Préfet RoBLorT.

Le Pensionnat Sainte-Anne qui, jusqu'alors était placé sous le régime de la loi de 1838, a été ouvert, du fait de la création du centre libre de Malaria, et de impossibilité légale de grouper dans une même enceinte deux services hétérogènes, l’un fermé, l’autre ouvert. C’est ainsi que Sainte-Anne, englobant sous ce nom le vieux Pensionnat et le Centre de Malaria est devenu depuis ces dernières années « la partie libre » annexée de Maréville. L’essor qu’il a pris et le nombre de malades traités suffit à montrer combien un

tel service était nécessaire. Il date, en fait, de cette période même où la création de services ouverts était depuis peu à l’ordre du jour. Il constitue un service ouvert à l’exemple de l'Hôpital Henri-Rousselle, à Paris. L'existence et la nécessité de tels organismes ne sont plus à discuter aujourd’hui. Les préjugés qui s’attachent encore actuellement aux noms d’asiles d’aliénés, ont trop souvent pour effet, comme nous le savons, de retarder l’internement des malades et personne ne nie plus aujourd’hui l’importance du traitement précoce de l’aliénation mentale. Le service ouvert répond au mieux à ce besoin particulier. De plus, nombreux sont les petits mentaux qui ont avantage à être traités en cure libre. Ce sont ceux, par exemple, dont l’état mental est lié à l’évolution d’une maladie fébrile ou à des troubles neurologiques souvent curables.

Le service est en quelque sorte l’antichambre de l'asile. On y recueille les malades dont la psychose est aiguë, peu intense au point de vue des réactions sociales et susceptible d’une guérison plus ou moins rapide.

Du point de vue administratif, la Clinique Sainte- Anne est placée sous le contrôle de l’Asile de Maréville, du point de vue médical, elle est dirigée par un médecin-chef, placé lui-même sous l'autorité d’une Commission médicale composée de professeurs de la Faculté de Médecine et de spécialistes en Neurologie et et Psychiatrie.

Le service ouvert sert dans une certaine mesure, à la prophylaxie et au dépistage des troubles mentaux. Le Centre de Malariathérapie qui s’appelle Hôpital Lalanne, en même temps qu’il est destiné au traite-

ment, représente également un organisme de prophylaxie de tous les cas de syphilis nerveuse et travaille en collaboration directe avec le service du Dispensaire Fournier, en coopérant à la prévention de la Syphilis.

Pour donner une idée du fonctionnement de ce service, disons que le Service ouvert a reçu 279 malades pendant l’année 1936. Ce seul chiffre suffit à juger du mouvement important qui existe dans ce service. Il est encore plus significatif, si on y joint le chiffre des sorties qui atteint pendant la même année le nombre de

Sainte-Anne constitue un véritable hôpital départemental où les malades peuvent être placés sans certificat médical et sans formalités administratives, tout comme dans une clinique privée. Les pensionnaires sont à la charge de leurs familles, les indigents peuvent y entrer au bénéfice de l’assistance médicale gratuite.

Services Administratifs et Economiques

Les services de la Direction, de la Recette et de l’'Economat sont réunis, depuis 1934, dans un bâtiment d'Administration générale. C’est une vaste construction quadrangulaire où prennent place, en outre, les cabinets médicaux de réception des familles, ainsi que la Bibliothèque médicale. Contrairement à ce qui se passe dans nombre d’asiles, aucun fonctionnaire n’habite ce bâtiment, à l'exception d’un garçon de bu-

reau et de l’huissier chargé du central téléphonique.

Nous croyons utile de fournir un plan détaillé de cet élément primordial des services administratifs. Ce bâtiment comporte un étage.

Au rez-de-chaussée, le visiteur entre dans un vaste hall sur lequel donne la loge de l’huissier qui est chargé en même temps du standard téléphonique. D’un côté se trouve le service de la recette, comprenant le bureau du Receveur, une salle pour les employés et une chambre coffre-fort à fenêtre solidement grillée, où sont mis en sûreté, outre le numéraire de la caisse, les bijoux, titres de rentes ou valeurs déposées par les malades.

De l’autre côté, symétriquement disposé, se trouve le service de l’Economat, comprenant le bureau de l’Econome, un bureau pour ses commis, une salle pour les employés et une salle d’attente pour les visiteurs. Intercalé entre ces deux services, se trouve le Bureau des Entrées, comportant un bureau d’examen où l’Interne de service reçoit les malades, un bureau où deux préposés font les travaux d’écritures relatifs aux malades entrants, et une salle d’attente.

Au premier étage, où l’on accède par un vaste escalier central, se trouvent encore différents bureaux : D’un côté, les cabinets médicaux de réception des familles, en nombre égal à celui des Médecins Chefs de service, chacun étant simplement, mais confortablement meublé et pourvu d’un appareil téléphonique; et la Bibliothèque médicale, vaste, bien éclairée et bien organisée.

L’autre côté est entièrement réservé aux services de la Direction. Il comprend : le bureau du Directeur

avec antichambre spéciale, le bureau du Secrétaire administratif; une salle pour les employés de direction. Entre ces deux services et au-dessus du hall, se trouve la salle des Commissions. Les Archives ont été aménagées dans le grenier. Chaque étage comporte, il va de soi, des vestiaires, lavabos, et W. C., pour le per-

sonnel.

Pensionnat Anne-Fériet

Dans la division des femmes, étant donné le nombre croissant des entrées, le pensionnat Sainte-Marie, s’est montré insuffisant. Un nouveau pavillon a été construit par l'architecte départemental. C’est un vaste bâtiment à deux étages, situé à flanc de coteau, audessus de l’ancien pensionnat. Malgré son aspect grandiose, ce quartier n’a pas comblé les espoirs que sa création avait fait naître. Il est regrettable, en effet, que les architectes ne consentent à soumettre leurs compétences techniques aux nécessités utilitaires exigées par leurs constructions. On chercherait vainement dans ce bâtiment Anne-Fériet (c’est le nom du nouveau pensionnat), l’idée directrice qui a présidé à son élaboration et il semble que l’avis médical y a cédé le pas aux préoccupations architecturales.

Quand il s’agit de créer un asile de toutes pièces, quand on peut discuter à priori le but d’une fondation nouvelle, le choix peut se faire librement entre différents systèmes; mais Maréville n’était plus à créer, il fallait y opérer les transformations réclamées par les progrès de la science, en respectant, dans la mesure du possible, les traditions de son histoire. Il s’agissait de tirer le meilleur parti de ce qui existait déjà et de faire du neuf avec du vieux. C’est donc de l'étude de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire que nous tenterons de dégager les conceptions de la doctrine hospitalière.

Maréville est situé à 5 kms de Nancy, à l’ouest de la ville, entre les villages de Laxou et de Villers, sur le revers oriental d’un coteau élevé de 320 mètres audessus du niveau de la mer et formé de calcaire jurassique inférieur. Ce coteau à crêtes couronnées de bois, se présente sous la forme d’une espèce d’amphithéâtre, dont l'Etablissement, assis dans un enfoncement sur les marnes du lias occupe le centre. Ce sol offre donc des garanties de salubrité et de solidité désirables. C’est un emplacement vaste et étendu, sans marécages, aujourd’hui sans prairies humides, mis à l’abri des vents dominants par les forêts attenantes. Maréville est loin des routes fréquentées, celle qui y conduit étant sans autre issue. Etabli en dehors de Nancy, l’Asile en est cependant très proche et dispose de grandes facilités de communications avec lui, un tramway le relie au centre de la ville et depuis 1905, une route donne l'accès facile jusqu’à l’Etablissement. La position topographique de l'asile est excellente. Abrité,

comme nous l’avons dit, à l’ouest et au nord, exposé principalement au sud et à l’est, entouré de bois, il occupe la partie la plus élevée de lextrémité d’une vallée. De par sa situation, Maréville peut done servir d’exemple.

Il est construit dans une région centrale du département, au voisinage de Nancy, qui est à la fois le plus important client et le siège des autorités administratives et du tribunal. La proximité de la ville rend facile la visite des familles de malades, tout comme les communications des fonctionnaires qui ont à se déplacer entre l’asile et Nancy.

L’éloignement des voisinages incommodes constitue également un gros avantage. L'absence en particulier de chemins de fer ou de cours d’eau dans la proximité immédiate de l'Etablissement est un point important qui n’est pas respecté dans certains asiles, plus modernes cependant. En ce qui concerne les bâtiments eux-mêmes, le visiteur ne devra pas s’étonner de la diversité qui règne à Maréville. Beaucoup d’entre eux sont des constructions anciennes, d’autres ont été utilisés après transformation; des pavillons modernes viennent jeter une note quelque peu discordante dans cet ensemble où l’ancien prédomine.

Mur d'enceinte extérieur.

L’Etablissement est entièrement entouré d’un mur en pierres. Celui-ci n’a pas seulement pour but d’empêcher les évasions; il sert aussi et surtout à faire de l'asile une propriété privée, où les étrangers ne peu-

vent pénétrer, poussés par la curiosité ou par le mobile de vol, ou tout autre mobile.

Outre cette enceinte extérieure, chaque pavillon est isolé par une clôture, le plus souvent en pierres, parfois en grillage de fil de fer galvanisé, ce dernier ayant l'avantage de ne pas masquer l'horizon aux malades qui n'ont pas, de la sorte, la triste impression d’être enfermés. Ce mode de elôture gagnerait, à ce point de vue, à être généralisé.

Une petite critique pourrait être faite à la séparation, plus virtuelle que réelle à Maréville, des divisions d'hommes et des divisions de femmes. Elles ne sont pas ici nettement isolées l’une de l’autre et les allées et venues des travailleurs mettent souvent les deux sexes en présence, au voisinage des services généraux. Néanmoins, bien rares sont les asiles où cette séparation est strictement réalisée et à Maréville, pas plus qu'ailleurs, cet état de choses n’entraîne aucune

complication.

La question des eaux.

L’approvisionnement en eau est l’un des problèmes essentiels dans un asile. L’eau doit y être abondante pour les besoins de l’alimentation humaine et animale pour le nettoyage et pour la balnéothérapie qui tient une grande place dans ce genre d'établissements. Il ne faut pas une quantité inférieure à 300 ou 400 litres par tête et par jour. Bien entendu, la quantité n’importe pas seule, la qualité doit être périodiquement vé-

rifiée. À Maréville, la question des eaux est résolue de facon satisfaisante. d

Les eaux de source viennent directement de la Forêt de Haye par une longue galerie souterraine qui débouche dans l'enceinte de l’établissement et que l’on peut suivre sur un parcours de 3 kilomètres environ. Le débit en est régulier et suffisant. La question du périmètre de protection est grandement facilitée du fait que l’émergence de la source se trouve à l’intérieur de l'asile.

Quant aux eaux de Moselle, rendues potables par l’usine d’ozonisation, elles proviennent directement du Bassin de Beauregard, sans emprunter une canalisation publique. En outre, une conduite supplémentaire venant de Nancy, permet, le cas échéant, d’obtenir une pression suffisante qui pourrait être rendue nécessaire en cas d'incendie, par exemple.

Ainsi donc, l’asile tire ses eaux de deux origines différentes et ne saurait en manquer. L’existence de ch4teaux d’eau permet d’asurer un débit et un approvisionnement suffisants, même par les grandes sécheresses de l’été.

Une question connexe à celle des eaux, celle de l’évacuation des eaux usées, a trouvé aussi une solution heureuse : les canalisations d’égouts ne présentent rien de particulier. Tout un système de canaux secondaires vient se jeter dans un collecteur central qui va rejoindre celui de Laxou et de là gagne la Meurthe. L’écoulement est facilité par l'abondance des eaux souterraines qui viennent balayer les égouts, grâce à l’abouchement des captages anciens.

Chauffage.

La question du chauffage, primordiale dans un établissement aussi vaste que Maréville, ne se montre pas entièrement satisfaisante.

Actuellement, 64 chaudières sont en service dans l'asile; elles sont presque toutes de modèles différents et en tous cas, sont insuffisantes, puisque certains pavillons ne reçoivent pas l’apport thermique qui leur serait nécessaire.

Le ravitaillement de ces chaudières exige une consommation énorme de combustible; de plus, leur fonctionnement nécessite un personnel nombreux.

En 1928, l’administration, pour remédier à cette situation défectueuse, avait projeté la création d’une centrale thermique avec soute unique et unique équipe de chauffeurs. Cette installation n’a pas été réalisée devant les inconvénients qu’elle soulevait en raison de la dénivellation des terrains et le chauffage reste tel qu’il était auparavant.

La dispersion des chaudières fait que le combustible doit être lui aussi réparti dans de nombreux dépôts. Il y a néanmoins un chantier distinct où l’on emmagasine une grosse réserve de charbon et de coke et en face un hangar pour le bois à brûler et les fagots.

Ateliers occupant des hommes.

De vastes ateliers sont aménagés, servant à la fois à répondre aux besoins de l’Etablissement et à faire travailler des malades hommes. Ils sont disposés dans un

bâtiment en rez-de-chaussée, allongé et comportant des machines variées pour la menuiserie, la serrurerie, la chaudronnerie, l’étamage, la plomberie, la fumisterie mécanique et l’ajustage.

Ces ateliers s'ouvrent sur une cour fermée d’une grille, où les malades peuvent aller et venir sans risque d’évasion.

Toutes les précautions sont prises afin d'éviter les accidents qui pourraient être causés par les appareils

mécaniques.

Services généraux.

C’est depuis 1929 qu’on a centralisé les magasins généraux de l’asile. Jusqu'à cette date, les denrées alimentaires étaient entreposées dans des locaux dispersés et non aménagés dans ce but particulier. Elles y étaient souvent exposées à l’humidité et à la dent des rongeurs; il en résultait un coulage et un gaspillage importants.

Il en était de même pour le linge, celui-ci était placé au hasard, dans de nombreux vestiaires disséminés dans les pavillons, échappant ainsi au contrôle rigoureux de l’économe.

Bref, l'établissement manquait de magasins pour ses services généraux. Il n’en est plus de même aujourd’hui; depuis 1929, en effet, on a installé un grand magasin central aménagé spécialement pour recevoir en dépôt toutes les denrées alimentaires. Ce bâtiment, contigu à celui de la cuisine centrale, donne accès, par un quai de déchargement sur une cour où les autos de

livraison, venant de l’extérieur peuvent parvenir sans difficulté.

De même en ce qui concerne tout ce qui touche au vêtement, on a aménagé près de la buanderie, une lingerie importante. Elle est placée à peu près au centre de l’asile et tous les gardiens peuvent venir s’y approvisionner. Ce bâtiment comportant seulement un rezde-chaussée, groupe les #léments suivants : une salle de distribution, un magasin avec casiers et armoires. Le fonctionnement de la lingerie est placé sous la surveillance d’une sœur, et où travaillent des couturières de métier et des malades chroniques.

L’asile de Maréville, comme on peut s’en douter d’après son histoire, ne répond pas effectivement aux principes émis par l’Inspecteur Général Parchappe sur « la Fondation et la Construction des Asiles d’Aliénés vers 1853 » et pourtant, il ne manque pas de satisfaire aux exigences générales du traitement de l’aliénation mentale.

Son origine ancienne explique suffisamment pourquoi il s'éloigne du type moderne de ce genre d’établissement.

Il ne présente ni la disposition classique de l'asile symétrique, ni le type de l’asile-village, pas plus que

celui de l’asile par zones, et il offre en grand nombre ces vastes bâtiments du type « caserne » condamnés par les conceptions actuelles.

Maréville se présente sous forme d’une masse de pavillons irrégulièrement groupés et d’inégale hauteur. Sa situation topographique le met en dehors des systèmes architectoniques. Les quartiers isolés et individualisés sont bâtis au hasard, dans toutes les directions, ils n’en sont pas moins dotés de cours extérieures, de vue étendue pour la plupart d’entre elles. La dispersion des bâtiments, complique le chauffage, les canalisations, la surveillance et entraîne aussi de sérieuses difficultés d'organisations dans la vie de l’asile.

Et néanmoins, les progrès qui n’ont cessé d’améliorer l'asile permettent d’y trouver aujourd’hui la répartition des quartiers de classement telle que la conçoit l’Inspection Générale de 1923.

On y trouve les quatre éléments essentiels :

1° La partie hôpital comprenant :

a) Les services d’admission, d’observation ou de traitement.

b) Les services de convalescents, encore peu développés et mal individualisés.

L’infirmerie est le plus souvent confondue avec le SR ad à ; service d'admission qui existe dans le même pavillon, en raison des vastes dimensions de ceux-ci, à l’excep-

tion des services de contagieux et de tuberculeux qui existent.

2° La partie hospice comprenant :

Des pavillons de chroniques travailleurs ; Des pavillons de chroniques incapables de travailler. Des pavillons de chroniques très affaiblis.

3° Un quartier de sûreté commun aux différents services.

IV° Une partie libre, non soumise au régime de la loi de 1838, formée de bâtiments entièrement distincts et séparés et comportant un hôpital pour psychopathes réservé aux affections mentales de symptomatologie fruste et présumées curables à bref délai, complété par un centre libre de malariathérapie.

Cette répartition, quoique très suffisante dans la généralité des cas, comporte cependant quelques lacunes importantes.

C’est surtout la partie libre qui est trop restreinte : elle devrait compter un quartier de vieillards difficiles; ceux-ci forment en effet une catégorie nettement individualisée de malade: ; on ne peut les placer dans la partie hospice, puisqu'ils ne sont pas à proprement parler aliénés, ni dans le service ouvert pour psychopathes, puisque leur état n’est pas susceptible d’amélioration et peut parfois durer plusieurs années.

Une lacune plus grave encore est l’absence à Maréville d’un service d’enfants anormaux et l'obligation dans laquelle on se trouve malheureusement de placer parfois ces derniers dans des quartiers d’aliénés, ce qui, en aucun cas, n’est une solution favorable, car de

tels quartiers ne sont pas outillés pour leur donner les soins tout particuliers qu’ils réclament.

On doit enfin regretter le manque d’un service spécial réservé aux épileptiques non aliénés et où l’on pourrait, tout en soignant ces infortunés, tenter de

remédier à leur infériorité sociale.

Chacun des quartiers de classement, comme nous l'avons déjà dit, est doté d’une cour-jardin vaste d’où s’étend une vue variée. Comme le faisait remarquer le docteur Henri Napias : « Il semble que les larges horizons où la vue s'étend à loisir, aient sur les pauvres cerveaux malades un effet en quelque sorte sédatif et qu’avec le regard, s’en aille, par instants, bien loin, l’obsession délirante ou maniaque. » Quoi qu’il en soit, ces vastes horizons, s’ils ne profitent pas à la santé psychique des malades, dans tous les cas, profitent toujours à leur santé physique. Les cours sont disposées différemment suivant le genre de malades qui y sont reçus. Toutes ont une superficie suffisante atteignant au minimum 50 mètres carrés par individu. Toutes possèdent un abri, préau ou galerie couverte, permettant aux aliénés de rester dehors même par pluie ou mauvais temps. Il faut remarquer que dans certains cas, ces galeries couvertes sont malheureusement adossées aux salles de malades et privent, de ce même fait, les locaux d’une partie de l’air et de la lumière qui leur seraient nécessaires. Cette disposition est critiquable du point de vue de l’hygiène. Il est non moins regrettable que certaines cours soient situées du côté même de la façade d’accès du pavillon intéressé, dis-

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