‹ Essai sur l'évolution de la civilisation indienneChapitre 15 sur 104 · A. LA RELIGION · texte numérisé non relu

A. LA RELIGION

Les religions de l'Inde. — Les relations des Églises et du gouvernement.

Dans l’Inde comme en tous pays, c’est principalement par la religion que se conservent les

kada, zi hijja. Certains mois sont de trente jours, les autres de vingt-neuf.

Voici les jours de la semaine à commencer du dimanche. Le premier nom est hindou, le second musulman. — Rabî bar, itwâr — 8om bar, somwâr ou pîr — mangal bar, mangal — budk bar, budh — brihaspati bar, juma rat — sukrâ bar, juma — sanî bar, sajiîchar.

coutumes et les croyances du passé. Mais plus qu’aucune autre institution, la religion est attaquée parles mœurs nouvelles que créent et l’évolution de la société et l’influence de l’étranger. Aussi tout dans les religions de l’Inde est-il chaos, transformation, combat.

D’abord le régime administratif.

En principe, l’État reconnaît la liberté de tous les cultes ; en pratique, il a dû intervenir dans leur exercice et de deux manières. D’une part des lois supprimèrent quelques pratiques cruelles ou immorales comme les sacrifices humains, les satîs, les cultes orgiaques. D’autre part la Compagnie, reprenant à sa charge les droits et les obligations des anciennes dynasties, nommait les titulaires de certaines dignités religieuses, administrait les biens des couvents et des sanctuaires hindous ou musulmans et se chargeait de les entretenir. Mais un Acte de 1863 dépouilla le gouvernement de ces attributions malgré les protestations des indigènes. Les fonctions qu’il remplissait furent attribuées à des trustées élus, nommés ou quelquefois héréditaires : les fidèles peuvent d’ailleurs attaquer les trustées et la législation indienne diffère peu sur ce point de la législation anglaise. La séparation des Églises et de l’État est aujourd’hui plus rigoureuse dans l’Inde qu’en aucun autre pays (1).

(1) Sous le régime ancien de la Compagnie la situation des

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La religion hindoue. — Les cultes populaires. — Les sectes vishnuites. — Les réformateurs Ràm Mohan Ilay. — Keshab Chandar Sen.

La première religion qu’il convienne d’étudier est la religion hindoue, puisque ses adhérents forment les deux tiers de la population.

Pour nous conformer au programme tracé, nous mettrons d’abord en relief les dogmes et les pratiques qui sont restés purement hindous, puis nous examinerons quelle fut l’influence de l’Europe sur les nombreuses sectes qui se formèrent au dix-neuvième siècle. C’est en traitant de la caste et de la famille qu’il conviendra d’exposer les devoirs sociaux que l’hinduisme prescrit.

Toute la foi, toute la vitalité, toute la beauté de l’hinduisme, c’est dans l’histoire des sectes qu’il nous faut les chercher, et c’est son rôle,

hindous et des musulmans convertis au christianisme était défavorable. Car la Compagnie respectait les lois indiennes et celles-ci excluaient le renégat de la famille et de la caste, le privaient par suite de tout droit sur la propriété familiale. Des Actes de 1832 et de 1850 ont assuré le sort des indiens convertis au christianisme.

social qui en fait une puissance civilisatrice. Considéré seulement comme religion populaire, l’hinduisme nous apparaît dans un état de décadence lamentable. Sans doute on peut y retrouver et le souvenir des anciennes doctrines et l’influence de l’islam et du christianisme, mais presque cachés sous les pratiques superstitieuses. La principale cause de cette décadence est le mépris des brahmanes de haute caste pour la foule ignorante. Dans les autres religions les rapports sont continuels entre le clergé et les fidèles. Le clergé empêche que les dogmes ne se corrompent et que les cérémonies ne dégénèrent en actes idolatriques. La foi, l’enthousiasme du peuple conservent leur vie aux croyances et aux manifestations du culte : un clergé sans fidèles transforme le culte en canon et les dogmes en formules scolastiques. Mais les brahmanes de basse caste encouragent le grossier fétichisme de la foule qu’ils exploitent, tandis que les brahmanes lettrés méprisent et la foule et les brahmanes de basse caste Aussi ne se plaisent-ils qu’aux arguties ; dans leurs commentaires des ouvrages sacrés ils épiloguent sur la lettre, l’esprit leur échappe. Ceux qui ont adopté la civilisation européenne se détournent des études religieuses; les fonctionnaires, les membres des professions libérales, les marchands, tous les lettrés non brahmanes n’ont point profité des facilités que le gouvernement leur donne d’apprendre le sanscrit. Autrefois ils se plaignaient que la première caste se réservât le

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monopole de la langue sacrée ; aujourd’hui l’étude de l’anglais leur paraît plus utile. Les collèges de sanscrit perdent chaque année des élèves.

Européens et américains, écrit un auteur national, s’intéressent à notre religion, et nous la regardons avec indifférence comme si elle ne nous concernait point. Sans aucun doute cette indifférence aux plus nobles idéaux de sa religion est la première cause de la dégradation du peuple hindou... Si les étrangers les plus intelligents et les plus instruits jugent que tant de dogmes de la religion hindoue méritent d’être admirés, méritent d’être adoptés, les hindous eux-mêmes pourraient ouvrir les yeux, s’appliquer à l’étude du sanscrit, car sans la clef de cette langue, qui ouvrira le coffre où l’hinduisme a enfermé son trésor (1) ?

De même pour les ordres religieux. Le recencement de 1891 porte à cinq millions un quart le nombre des ascètes et des moines vivant d’aumônes. Parmi les yogis quelques-uns obéissent à de nobles motifs, mais comment ne pas déplorer

(1) We see the Americans interesting tliemselves more and more in tlie cardinal doumas of the Ilindu religion; day by day, we see the most distinguislied living Englisli woman (Mme Besant) openly professing the sarne creed^ and y et the Ilindus themselwes only languidly look on, as if their religion was a matter of the very slightest importance to tliem. We say, it is this indifférence to the higher ideals of their religion that is mainly responsible for the dégradation of the hindu people.

Surely, if most intelligent and Iearned foreigners see so much to admire and adopt in the hindu religion, the Ilindus tliemselves might open their eyes, and betake tliemselves to Sanskrit study, for without tlie key of that language, the treasure-chest of Ilinduism cannoi be well opened. ( Indian Mirror ). Cite dans Bose, Hindu civilisation, t. I, p. 93,

leur énergie perdue dans des pénitences qui énervent le corps et abrutissent l’esprit? La plupart sont des charlatans ou des paresseux, qui vivent aux dépens des fidèles. Des moines, les uns sont pieux et instruits, d’autres oisifs et superstitieux. Seuls quelques ordres vislinuites connaissent les préceptes de la charité : dans son ensemble la religion hindoue est une religion de terreur et pas une religion d’amour.

Des coutumes, des croyances de la foule beaucoup sont poétiques et touchantes; l’on y trouve le respect de la divinité, la croyance à la Grâce, qui seule purifie les créatures ; la religion populaire n’en est pas moins la plus grossière que professe un pays civilise. Au fétichisme des sauvages l’hinduisme ajoute toutes les superstitions, toutes les pratiques maladives des sociétés en décadence.

En principe, les dogmes sont ceux qu’enseignent les Epopées, les Purànas et les Taniras , mais partout mélangés de mythes locaux. Chaque village, chaque quartier de ville, chaque caste a ses dieux. Et quels dieux! Les idoles de Jagannath à Purî sont de hideux fétiches de bois à peine dégrossis (1).

(1) Les principaux dieux populaires de l’Inde moderne sont (avec quelques dieux védiques comme Indra et le soleil, les avatàrs de Vislinu et les différentes formes de Pârvati, surtout Durgâ, Kâli, Tara, etc.) les enfants de Çiva et de Pârvati : Ganeça (Galiapati), le dieu de la sagesse et de la littérature, représenté avec une tête d’éléphant; Kàrtikkeya (SuLuamanya), le

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Pour comprendre l’état religieux des hindous, il faut se rappelerque les cultes orgiaques comptent encore des milliers d’adhérents secrets, que les temples sont couverts d’images obscènes. La magie est en honneur : on croit à la puissance des mots. Les pénitences imposées par les brahmanes sont sales et stupides : les pécheurs boivent de l’urine de vache; tous les hindous se frottent le corps avec des cendres de bouse de vache. Le prince ou l’homme riche qui a commis quelque grave offense fait fondre une vache en or ou en argent; on l’y enferme et il doit en sortir de telle manière qu’on puisse le dire rené à une vie

dieu de la guerre, aux tètes superposées; les liéros du Mahàbhârata; les héros du Râmâyana, surtout Hauumân, le dieu des singes, l’une des divinités les plus populaires de l’Inde ; Kuvera, le dieu de la richesse; la déesse du Gange; la déesse de la petite vérole (Sbitala dans le Bengale) ; la déesse Manasâ, qui protège les serpents; Sasti, la protectrice des femmes mariées et des enfants; enfin tous les fondateurs de sectes, surtout Caitanya, etc., etc.

Voici les principales fêtes religieuses des hindous : Makcirasankrânti (vers le 12 janvier) qui correspondrait assez à notre jour de l'an ; Vasanta-pancamî , une fête du printemps dans le mois de uiaglià ; dans le Bengale cette fête est consacrée à Sarasvati, la déesse de la littérature; — ATahâ-Çiva-râtri en llionneur de Giva (mâgha) ; Holi, en l’honneur de Krishna (phàlguna); — JRàma-navamî (naissance de Rama); — Krishna-janmashtainî (naissance de Krishna : srâvana, dans le sud; bhàdra, dans le nord), la plus grande fête des hindous; — Ganeça-caturthî (naissance de Ganeça (bhadrâ) ; — Durgâ-pûjâ (fête de neuf jours en l’honneur de Durgâ; àçvina); — Dîuàlî , fête des lampes en l’honneur des divinités féminines (àçvina et kàrttika).

Les jeûnes sont nombreux, longs et rigoureux. Chaque jour de la semaine est consacré à une divinité.

nouvelle. Depuis une dizaine d’années il s’est fondé une puissante société qui prétend défendre l’usage de la viande de bœuf : les persécutions exercées sur les musulmans ont amené de graves désordres. Malgré les sévérités de la loi, les sacrifices humains ne sont pas inconnus. En 1901, un homme de la province de Madras décapita son fils devant un linga. Aussitôt arrêté, il déclara que Civa lui était apparu en rêve, le dieu lui promettait de riches trésors en échange de la tête de son fils, tête que le dieu s’engageait à replacer aussitôt sur le cou de l’enfant. L’homme était persuadé que sans l’intervention intempestive de la police le dieu aurait tenu sa promesse.

La capitale religieuse de l’Inde est Bénarès ; il faut la visiter l’hiver, pendant les pèlerinages.

Un ciel d’un bleu sombre sans aucun nuage. Le soleil brûlant. Un air léger. La poussière subtile qui monte du sol aride, et que les rayons font d’or. Le large Gange, dont les eaux jaunes, déjà baissées, découvrent des bancs de sable où s’arrêtent les cadavres couverts d’oiseaux de proie. L’on ne jette dans le Gange que le corps des êtres sacrés : brahmanes de haute caste, yogis, les vaches et les singes. Quelquefois un brahmane fait un pèlerinage de mille lieues pour mourir sur les bords du fleuve.

La rive méridionale, des berges de sable jaune; au pied des garçons nus gardent les vaches qui s’abreuvent. Drapées dans un manteau sombre

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où sont attachés leurs enfants, des femmes descendent lentement vers le fleuve, calmes, droites, sLir leur tête raidie une pyramide de vases de cuivre brillant au soleil.

Au nord, la ville; ses énormes soubassements, couverts en été par les eaux, paraissent maintenant des remparts. Dans les murs comme des portes fortifiées, les ghàts dont les larges escaliers s’enfoncent dans le Gange.

Là sur des substructions colossales, flanquées de tours, des palais aux nombreuses fenêtres, des terrasses où s’élèvent des kiosques. Ici la berge dégarnie avec les bûchers où l’on brûle les morts. Au-dessus la mosquée d’Aurangzeb, ses dômes en bulbe, ses minarets évasés. Plus en amont, à l’endroit où la rive forme comme une baie, où les collines s’élèvent couronnées d’arbres, les temples serrés. Dans le vieux style hindou. Petits. Sur des bases assyriennes, sur des portiques de style persépolitain (colonnes aux tambours inégaux et chapiteaux débordants) la coupole de pierre en forme de mitre contre laquelle se pressent par dizaines des ébauches de petites coupoles : ainsi un lotus près d’éclore. Ces coupoles nombreuses, en quelques endroits crevassées, penchées vers le sol qui s’affaisse. Derrière ces temples d’autres encore où l’on adore des singes, des paons, des vaches, la ville aux rues étroites où les taureaux de Ci va bousculent la foule bruyante.

Le long de la berge et des ghàts de larges parasols plats piqués en terre. Sous ces parasols, des

marchands de toutes sortes : ils vendent des vêtements, du bétel, des victuailles, des sacs de cendre, des chapelets, des idoles. Et voici que les pèlerins s’assemblent sous les porches, ils descendent les grands escaliers : les hommes avec le bonnet ou le turban et le dhuti blanc; les femmes avec le sari blanc ou rouge, celles de haute caste voilées; les enfants nus. Tous le front marqué des raies de Giva ou du trident de Vishnu. Dans le Gange, un espace réservé aux brahmanes; mais le long des bords la foule si dense qu’on ne peut voir l’eau. Et les pèlerins se plongent dans le fleuve, boivent à longs traits l’eau sale où flottent des cadavres d’hommes et d’animaux, où l’on jette les cendres des corps brûlés par centaines sur les bûchers des rives.

Cependant le soleil éclatant se reflète dans le Gange, sur les murs qui paraissent de feu, fait flamboyer les façades polychromes, les ombrelles, les turbans, les robes bariolées, les bannières, le sol jaune et les coupoles pointues de pierre grise ou rousse.

A ce premier tableau qui nous montre l’évolution régressive de la religion populaire restée indépendante des influences extérieures, il faut en opposer un autre, l’évolution progressive des sectes sous l’action de l’islam, du christianisme et de la philosophie européenne.

BENARES

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Si le çivaïsme en décadence ne produit plus de réformateurs, le vishnuisme témoigne toujours de la même souplesse et de la même vitalité (1). Dans sa transformation il faut signaler deux développements parallèles. Le premier, où l imitation du christianisme est moins marquée que celle de l’islam et dont les grandes lignes restent purement hindoues. Un nom surtout mérite d’être signalé. Au début du dix-neuvième siècle, Svàmi Nàràyana (1780-1829), dont la secte compte encore deux cent mille fidèles dans la région d’Ahmadàbàd. Nàràyana admet le polythéisme, mais pour lui tous les dieux sont des émanations du dieu unique, Krishna. Au lieu du mysticisme il enseigne une morale pratique : l’hommage que réclame Krishna est celui d’une vie pure, et la piété reste inefficace sans les bonnes œuvres. Nâràvana défend de tuer aucune créature vivante, de boire des liqueurs fermentées ; le suicide, fût-

(1) Voici les principales sectes vishnuites dans la seconde moitié du dix-huitième siècle et au dix-neuvième siècle. Charan Dâsis, fondé par Charan Dâs vers 1758 (culte de Krishna et de Râdhà) — Kartà Bhajà, fondé par Aulé Ghând, au commencement du dix-neuvième siècle. (Cette secte adore son fondateur comme une incarnation de Vishnu, elle admet les membres de toutes les castes et de toutes les religions.) — Spashtadâyaka fondé par Ruprâm Kabirâj — Bâul — Nyârâ — Sahaji — Sakhibhàvaka — Haribolâ. (Ces sept dernières sectes répandues seulement dans le Bengale.) — une secte d’ascétiques fondée en 1850 et qui a pris les noms musulmans de darwish-fakirs — Paltu-Dâsi — Apâpanthî — Khusi Biswâsi — Balarâmi — Satnâmi — Sàhebdhani — Deva Samâj (une secte monothéiste) — Kudàpanthi — Kuka. — ( Hindu civilisation de Bose, I, p. 103 et suiv.)

il inspiré de motifs religieux, l’adultère, le vol, le faux témoignage, le blasphème, le mensonge, la mauvaise foi sont sévèrement défendus.

Voici quelques versets du Siks/ià-Pai?'î, la bible de Svâmi Nârâyana :

Tous les jours mes disciples se rendront dans le temple divin pour y répéter les noms de Krishna (63).

Il faut écouter avec respect l’histoire de sa vie et dans les jours de fête chanter des hymnes en son honneur (64).

Que dans le temple de Krishna les hommes et les femmes se tiennent séparés et ne se touchent jamais. (40).

Voici les cinq divinités qu’il faut honorer : Vislinu, Çiva, Ganeça, Pârvatî et le soleil (84).

La conscience qui dirige l’esprit de chaque homme, regardez-la comme l’ètre suprême existant par luimême, qui donne à chaque acte sa récompense (107).

Quand la méditation abstraite lui aura fait comprendre que l’esprit est distinct du corps, une partie de l’esprit universel, chaque homme devra constamment adorer Krishna dans son esprit(116).

Ceux de mes disciples qui suivront mes enseignements atteindront les quatre fins de tous les désirs humains : le mérite acquis par les pratiques religieuses, la fortune, le plaisir, la béatitude céleste (206) (1).

Les doctrines de Râma-Ivrishna (1833-86), l’un des derniers réformateurs influents, marquent l’autre terme de l’évolution des sectes vishnuites. Râma-Krishna menait la vie d’un ascète ; ravi en

(1) Gf. Sir Monier Monier-Williams, Bi-âhmanism and Hindûism, p. i55 et suiv.

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extase, il avait des visions : Kâlî lui apparaissait, mais non plus la déesse cruelle, la mère de miséricorde et d’amour. Pâle , émacié , marchant à peine, il ravissait la foule par son éloquence.

Je citerai quelques passages de ses œuvres :

La fable connaît l’oiseau homâ, qui vit au plus haut des cieux et ne daigne jamais descendre sur la terre. Pond-il, ses œufs tombent attirés vers le sol par la pesanteur, mais ils éclosent au milieu de leur chute et les petits, se raidissant aussitôt, se relèvent vers le ciel. De même les saints renient dès leur plus jeune âge tout attachement aux biens de ce monde et s’élancent vers les hautes régions de la vraie science et de la divine lumière.

En traversant une rue encombrée, un saint heurta du pied un violent, qui le battit à le faire tomber évanoui. A grand’peine les disciples du saint le firent revenir à lui : « Maître, lui demandèrent-ils, reconnaissez-vous qui vous soigne? » Et le saint de répondre : « Celui qui m’a frappé. » Pour un vrai saint, aucune distinction entre l’ami et l’ennemi.

Seuls dans leur chambre, les enfants s’amusent avec leurs poupées. Mais voici leur mère; et, jetant leurs poupées, elles courent à elle : « Maman, maman. » Ainsi de vous, qui jouez dans le monde, absorbés par ces poupées : richesse, honneur, gloire... Qu’elle paraisse la mère divine, dégoûtés de tous les biens, vous courrez à elle (1).

(1) Max Muller, Râmakrishna , his lifc and sayings, p. 111.

L’influence directe de l’Europe suscita dans l’hinduisme un mouvement pi us fécond. Râm Mohan Rai (1774-1833) enseigne le monothéisme ; au dieu unique il donne le nom de Brahma. Dans la préface de sa traduction anglaise des Upanishads , Ram Mohan s’exprime ainsi :

En suivant la voie que m’imposaient ma conscience et ma sincérité, moi, brahmane de naissance, je me suis exposé aux plaintes et aux reproches de mes parents : leurs préjugés sont tenaces et leurs avantages temporels dépendent de la continuation du présent système. Mais ces reproches, si nombreux soient-ils, je les supporte avec calme; j’ai confiance qu’un jour viendra où l’on rendra justice à mes humbles efforts, où peutêtre on les récompensera par la reconnaissance. D’ailleurs, quoi que pensent les hommes, une consolation me restera, dont nul ne saurait me priver : mes motifs trouveront grâce devant Celui qui découvre le secret des cœurs pour les récompenser publiquement selon leurs mérites (1).

(1) « By taking the path wliich conscience and sincerity direct, I, born a Brahrnan, hâve exposed myself to the complainings and reproaches, even of sonie of my relations, whose temporal advantage dépends upon tl»e présent System. But these, however accuinulated, 1 can tranquilly bear, trusting that a day will arrive, when my humble endeavours will be viewed with justice, perhaps acknowledged with gratitude. At any rate, whatever men may say, I cannot be deprived of tliis consolation ; my motives are acceptable to that Being who beholds in secret and compensâtes openly » . (Dutt, Literature of Bengal, p. 141.)

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Et plus loin :

Quiconque lira sans préjugé ce livi'e et les autres livres du Veddnta se convaincra que le principe môme de leur enseignement est l’unité divine; que leur but est d’apprendre à l’homme comment il adorera Dieu d’une adoration toute spirituelle. Pour les Veclas , sans doute ils tolèrent l’idolâtrie; ne leur fallait-il pas s’occuper de ceux qui ne peuvent élever leur esprit jusqu’à la contemplation du dieu invisible de la nature? Mais, à maintes reprises, les Vedas recommandent d’abandonner l’idolâtrie, ils prêchent une religion plus pure, ils affirment que les rites des idolâtres ne donneront jamais la béatitude éternelle (1).

Plus tard, Ràm Mohan Rai se rapprocha du christianisme. L’on trouve même dans ses écrits :

Après de longs, d’incessants efforts pour découvrir la vérité religieuse, j’ai dû reconnaître que la doctrine du Christ est moralement plus féconde et mieux adaptée à l’usage d’êtres raisonnables qu’aucune autre connue de moi... Ce simple code de religion et de

(1) « An attentive perusal of this, as well as of the remaining books of the Vedànta, will, I trust, convince every unprejudiced mind that they, with great consistency, inculcate the unity of God; instructing tnen, at the saine time, in the pure mode of adoring him in spirit. It will also appear évident, that the Vedas, although they tolerate idolatry as the last provision for those who are totally incapable of raising their mincis to the contemplation of the invisible God of Nature, yet repeatedly urge the relinquishment of the rites of idol-worship, and the adoption of a purer system of religion, on the express ground that the observance of idolatrous rites can never be productive of eternal béatitude. These are left to be practised by such persons only as, notvvithstanding the constant teaching of spiritual guides, cannot be brought to see perspicuously the Majesty of God through the works of Nature ». ( Biàhmanism and Hindûism, p. 481.)

moralité est si admirablement calculé pour élever les idées de l’homme à de hautes et de libérales notions du dieu unique ; il est si propre à diriger la conduite des hommes dans l’accomplissement de leurs divers devoirs envers Dieu, leur prochain et eux-mêmes, que j’espère les meilleurs résultats de sa diffusion (1).

Cependant Râm Mohan Ra n’embrassait point le christianisme ; il repoussait le dogme de la Trinité.

Depuis longtemps j’abandonnai l’idée de plusieurs dieux ou de plusieurs personnes divines telle que l’enseignent les différents systèmes de l’hinduisme moderne ; aussi mon esprit et ma conscience me défendent-ils d’accepter un dogme qui est de môme nature malgré les atténuations apportées par les réformateurs modernes. Les arguments qui valent contre le polythéisme, valent aussi contre l’admission de plusieurs personnes divines ; et les arguments qu’on donne en faveur de cette admission peuvent s’appliquer au polythéisme (2).

(1) The conséquence of iny long and uninterrupted researches into religious truth lias been that I liave found the doctrines of Christ more conducive to moral principles and better adapted for the use of rational beings than any other winch liave conie

to my knowledge Tliis simple code of religion and morality

is so admirably calculated to elevate men’s ideas to high and liberal notions of one God... and is so well fitted to regulate the conduct of the human race in the discharge of tlieir various duties to God, to thernselves and to society, that I cannot but kope the best effects from its promulgation in ist présent form. ( Brâh manism and Hindûism , p. 483.)

(2) « Affer I liave long relinquished every idea of a plurality of Gods, or of the persons of the Godhead, taught under different Systems of modem llindooism, I cannot conscientiously and consistently embrace one of a similar nature, though greatly refined by the religious reformations of modem times. Since whatever arguments can be adduced against a plurality of Gods strike witli equal force against the doctrine of a plurality of persons of the

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En 1830, Râm Mohan Rai fonda la secte du Bràhma Samâj ; s’inspirant des chrétiens et des musulmans, il voulut enseigner aux hindous la prière collective. Dans ses temples, ouverts aux fidèles de toutes les religions et de toutes les sectes, on adorait le dieu unique sous le nom de Brahma; l’office comprenait quatre parties : récitation de textes védiques, lectures tirées des Upanishads, un sermon, des chants sacrés. Les temples n’étaient décorés d’aucune image.

Mais dans la vie de Râm Mohan Rai le rôle du réformateur religieux le cède en importance au rôle du réformateur social : il proclamait l égalité des castes, tout en maintenant que les brâhmanes devaient se considérer comme les prêtres héréditaires de l’hinduisme ; il s’efforça d’améliorer le sort de la femme et contribua plus que tout autre à l’abolition des satîs.

Après la mort de Râm Mohan Rai ses partisans se divisèrent. Debendra-nâthTâgore, né en 1818, se rapprocha de l’hinduisme orthodoxe, tandis que Keshab Ghandra Sen (1838-84) s’en sépara complètement. Ce dernier professa tour à tour les opinions les plus diverses.

D’abord le déisme vague du protestantisme libéral : Dieu considéré comme la cause première

Godhead; and on the otber hand, whatevev excuse may be pleaded in favour of a plurality of persons of tlie Deity, can be offered with equal propriety in defence of polytlieism » . ( Brâhmanism and Hi?idûism} p. 484.)

du monde; l’immortalité de l’âme; le rejet du dogme de l’incarnation. Il n’existe que deux livres inspirés : la nature et le cœur de l’homme.

Puis Keshab, revenant au mysticisme indien, réforma en 1878 son Église (fondée en 1866) pour établir le culte de l’Éternel Féminin, dont la forme la plus digne d’adoration est la Divine Mère de l’Inde. En 1879 il honora le Jésus de Renan dans un célèbre discours.

Un pouvoir supérieur a touché, conquis vos cœurs. Ce pouvoir, vous le nommerai-je? C’est Christ. Le roi de l’Inde britannique, est-ce la Grande-Bretagne? Non, c’est Christ. Une prodigieuse force morale s’est établie dans l lnde avec le régime anglais. Cette force? La vie, le caractère du prophète qui conquit et qui garde cet immense empire. L’Inde, sublime diadème, ne peut appartenir qu’à un roi, un seul, Jésus, Jésus, Jésus (1).

Enfin, en 1881, Keshab établit l’Église de la Grâce nouvelle dont les dogmes rappellent ceux des théosophistes. Ses funérailles furent vraiment nationales et pour la première fois un bengali fut honoré par l’Inde entière.

(1) Gentlemen, you eannot deny that your hearts hâve been touched, conquered and subjugated by a superior power. That power, need I tell you? is Christ. It is Christ wlio rules British India and not the British Government. England has sent out a tremendous moral force in the life and character of that mighty prophet to conquer and hold this vast empire. None but Jésus, none but Jésus, none but Jésus ever deserved this briglit, this precious diadem, India, and Jésus shall bave it. ( Brâhmanism and Hindûism , p. 516.)

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Si les adhérents de Ràm Mohan et de ses émules ne furent jamais nombreux, leurs réformes méritent à trois points de vue d’attirer l’attention. Indirectement ces réformes influencèrent les idées religieuses et sociales des hindous instruits dans les écoles du gouvernement ; elles sont un symptôme de leur effort pour s’assimiler la civilisation européenne; enfin elles marquent un moment capital dans l’évolution de l’hinduisme. De panthéiste l’esprit des hindous est devenu monothéiste; mais dans la pratique l’idolâtrie prévaut encore ; si des réformateurs aussi intransigeants que Ràm Mohan Rai ne peuvent avoir d’action sur la foule, ils inspirent des hommes d’esprit plus souple et ceux-ci réussiront à faire condamner les plus basses superstitions, à transformer les cultes idolâtriques en cérémonies symboliques. Et c’est là un des points où il est difficile de marquer nettement la part qui revient à l’influence de l’Europe et celle qui revient au développement de la religion hindoue. Car de tous temps les brahmanes lettrés n’ont attribué aux mythes qu’un sens figuratif, et depuis des siècles révolution de la religion hindoue la conduit au monothéisme (I).

(1) Premières sectes monothéistes modernes : Rarnsanehî fondé par Râmcharan (1719-98), et Râmballavi fondé par Ràmballava dans le premier tiers du dix-neuvième siècle.

Ram Mohan Rai né en 1774 à Râdhânagar (district d’IIûgli) et fils d’un petit zamindàr. Etudie le persan, l’arabe, le sanscrit, l'anglais, voyage dans l’Inde et au Thibet. Au service du gouvernement de 1800 à 1814. Fonde en 1814 VAtmiya Sabha

Les jains. — Les bouddhistes. — La religion des birmans.

D’autres religions que l’hinduisme sont sorties du brahmanisme ancien. Fondé quelques siècles avant l’ère moderne, florissant au moyen âge,

pour l’adoration du dieu invisible et unique des Upanishads , en 1838 le Brahma Samâj. Se rend en Angleterre en 1830, meurt à Bristol le 27 septembre 1833.

Devendranath Tagore, ne en 1818 d’une famille riche, réforme en 1843 le Brahma Samâj en décadence depuis la mort de Ram Mohan Rai, fonde avec Akshaya Kumâr Datta le journal bengali Tattwaboclhini patrikâ (nombre des membres du Samaj en 1843, 83, en 1847, 573).

Keshab Chnndra Sen, né en 1838, fonde en 1855 le Kalutolà evening school et en 1857 le Good will fraternity , devient membre du Brahma Samâj en 1857, fonde le Brahma school en 1859; devient ministre (âchârya) du Brahma Samâj en 1862.

En 1862, séparation de Devendranath et de Keshab. Le premier dirige dès lors Y Adi brâhma samâj ou ancien samâj, bientôt en décadence; le second le Brâhma samâj of India. Conférence sur Jcsus-Christ (1866). Tournée dans l’Ouest; l’on veut proclamer Keshab guru et le déifier (1868). Voyage en Angleterre (1870).

En 1879 Keshab marie sa fille au maharaja de Kucli Behar; la cérémonie se fait suivant les rites idolâtriques de l’hinduisme. D’où scission dans le Samâj of India.

D’une part l’Eglise de Keshab (Churchofthe neiv dispensation ). Mort de Keshab (1884). Protâp Chandra Mazumdâr lui succède. Mais les dissensions amènent la décadence de l’Eglise.

D’autre part 1 Eglise dissidente ( Sâdhâran brâhma samâj ) fondée le 15 mai 1878 avec le concours de 29 samâj s provinciaux et la déclaration de 425 brâhrnas. En 1891, 1677 membres dont 1539 bengalis. Ce même recensement donnait 3,051 brâhmas pour l’Inde entière, dont 2,056 dans le Bengale.

Dayânanda Sarasvatî, né en 1824, fonda en 1877 Y Arya

AIIMEDAB A D

TOMBE d’hATHI S I N G

(xixc siècle)

(Bourne et Shepherd)

L’INDE MODERNE

le jainisme compte encore un million et demi de fidèles. Les jains vivent d’ordinaire en bonne intelligence avec les hindous ; ils forment des castes et recourent souvent aux services des brahmanes : ceux du Gujarat s’adonnent au commerce, ceux du Dcccan à l’agriculture. Dans toutes les grandes villes on trouve des jains établis comme banquiers. Chez les fidèles rien ne subsiste des tendances ascétiques qui firent des jains les adversaires acharnés des bouddhistes. Mais parmi les moines, beaucoup se dépouillent de tout vêtement pour les repas en commun; par crainte de tuer aucune créature vivante, ils se voilent la bouche, et font balayer le sol que leurs pas doivent fouler.

Contemporain du jainisme et jadis bien plus puissant, le bouddhisme a disparu de l’Inde ellemême. Il s’est maintenu dans les vallées de l’Himâlaya, notamment au Nipâl, mais, sous une

Samâj à Lahore, mort à Ajtnir le 30 octobre 1883. Recensement de 1891 : 39,952 aryas dont 22,053 dans les N. W. provi nccs et 15,539 dans le Panjâb. Les Aryas s’appuient sur les Vedas , mais ils en expliquent le texte dans un sens moderne.

(1) Les jains se divisent en prêtres (yatis) et fidèles (. çrâvctkas ). Les prêtres vivent dans des séminaires défrayés par les fidèles, mais ils ne mendient plus et leur règle monastique n’est pas sévère; il n’y a plus d’ordre de femmes. Les jains forment deux sectes : celle des jains nus ( digambaras ) est la plus ancienne, mais celle des jains vêtus de blanc ( çvetâmbaras ) est la plus influente.

forme confuse, où se mêlent les superstitions du lamaïsme et du brahmanisme. La conquête de la Birmanie a donné à l’empire indien neuf millions de bouddhistes véritables. Les birmans professent les doctrines de l’Hînayâna ou Petit Véhicule. II faut distinguer entre la religion des moines et celle du peuple. Les moines ont conservé l’enseignement de Gautama dans toute sa pureté. Le peuple adore surtout les divinités naturelles; il unit cependant à son fétichisme des croyances plus pures, car tous les jeunes gens sont obligés de faire au moins un an de noviciat dans un couvent : ils y reçoivent l’enseignement général en même temps que l’enseignement religieux; les moines ont beaucoup contribué à répandre l’instruction. Tolérant, le bouddhisme ne met pas d’obstacles à la diffusion de la civilisation européenne : mais le mépris où il tient tout désir, toute action, a contribué à rendre le birman insouciant et paresseux.

Les pârsîs. — Leurs évêques, leurs prêtres. — Cérémonies religieuses. — Le baptême, les funérailles.

Avec l’hinduisme et les autres cultes issus du brahmanisme, l’Inde a conservé les deux religions

(1) D’après le recensement de 1891, il y avait en Birmanie 15,371 couvents. Les moines birmans portent le nom de pbongiis. Les européens les appellent vulgairement talapoins.

(2) Voici les noms des trente jours pàrsis : hormazd, baliman.

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étrangères qui ont le plus influé sur le développement de ses idées métaphysiques et morales : le mazdéisme et l’islam.

Le mazdéisme compte, il est vrai, peu de fidèles (9 4,190 en 1901), et ce sont, tous, les descendants de réfugiés persans, le mazdéisme, religion nationale, n’admettant pas de conversions.

Bien que les pârsîs parlent aujourd’hui le gujaratî, les prières se font encore en zend. Le clergé pàrsî se compose d’évêques (dastùrs) et de prêtres (mobeds): contrairement à l’ancienne loi, le sacerdoce est devenu héréditaire. A plusieurs reprises de graves disputes ont éclaté entre les laïques (ostà ou behdîn) et le clergé (andiaru).

Dans les temples, où nul infidèle ne peut pénétrer, on garde le feu sacré dans un vase d’argent rempli d’encens et de bois de santal : le feu est l’image d’Ormuzd, le symbole des trois grandes

ardibeliest, shurever, aspundad, khordad, amerdad, depadur, adur, ava, khorshed, mhor, tir, gosh, depmetur, meher, serosli, rashne, furevurdin, bel ram, ram, guvad, depdin, din, ashasang, ashtad, asman, zemiad, maharesphand, aniran. Les noms des mois : furvurdin, ardibehest, khurdad, tir, amerdad, sherevur, meher, aban, addar, deli, Lehman, aspendadmad.

La plus grande fête des parsis est le jour de Tan ( pappati ). L’ère pars! date de l’avènement de Yesdezerd, le dernier roi de la dynastie des Sassanides; l’année est de 365 jours. Les autres fêtes sont le Khordad-scil (anniversaire de la naissance de Zoroastre), le Furrohurdin jasan (en l’honneur des morts), le Noivroz (équinoxe du printemps) , Y Addar jasan (fête du feu), etc.

Il y a deux sectes de pârsîs, les Kudmis et les Shenshoys, ceuxci de beaucoup les plus nombreux.

vertus : des pensées pures, des paroles pures, des actes purs.

Les pârsîs instruits subissent l’influence de la philosophie européenne, les illettrés, celle des superstitions hindoues, mais tous ont conservé les anciennes cérémonies de la vie familiale. C’est entre sept et neuf ans que les pârsîs reçoivent le baptême : on place l’enfant nu sur un siège de pierre, un prêtre lui répand de l’eau sur la tête. Puis, assis en plein air sur un autre siège de pierre, l’enfant mange deux feuilles de grenadier, boit de l’urine d’un taureau blanc (les pieux pârsîs se lavent tous les matins avec de l’urine de vache et en absorbent quelques gouttes) . Dans un appartement attenant au temple, le néophyte revêt la chemise et la ceinture sacrées ( sadara et kusti ) .

Non moins étranges sont les rites des funérailles. Les pârsîs tiennent les cadavres pour impurs; au lieu d’en souiller les éléments qui sont sacrés, on les abandonne aux oiseaux de proie.

Cinq touj'S du silence ( dakhmas ) s’élèvent sur la colline de Malabar qui ferme la Back Bay vers le nord. Un paysage magnifique. Comme fond les Ghâts, leurs châteaux de rochers aux formes étranges, aux dures arêtes, que le soleil déclinant fait d’or, puis roses, puis violets. Plus près les collines moins abruptes des Iles de Trombay et d’Elephanta, la grande île de Salsette, l’île plus petite de Bombay qui s’avance dans la mer. Sur la

TOI’ RS DU SILENCE (fiOMBAï)

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rive opposée à la BackBay, Sion, Siwri, Mazgaon, les mâts des vaisseaux du port; sur la rive de la Back-Bay, Bombay en partie caché par les arbres, 1 extrême pointe de l’île avec ses monuments romans et gothiques, la cathédrale, le palais du gouvernement, une autre église et le phare; de part et d’autre de la ville où se croisent les rayons et les ombres, les nappes éclatantes des deux golfes. Autour de la Back Bay une forêt de palmiers, où brillent les taches blanches des villas. Au sommet de Malabar Hill un jardin tropical; des palmiers; des cyprès, des arbustes en fleurs. Quand les rayons du couchant dorent, puis rougissent les monuments de Bombay, les Gliàts fantastiques, une procession de formes blanches monte par la route qui serpente sous les arbres, franchit la porte du jardin. Tous vêtus de longues tuniques, coiffés de mitres blanches. D’abord un homme avec un pain enveloppé dans un linge. Puis une civière portée par quatre hommes, sur la civière le cadavre nu recouvert d’un linceul ; derrière deux hommes barbus, les nasa sâlârs , qui seuls peuvent toucher les morts. A quelques pas les prêtres. PI us loin, les parents deux par deux tenant les bouts d’un mouchoir. Au milieu du jardin la procession se partage : prêtres et fidèles se rendent dans le temple du feu, le sâgrî, pour y chanter des hymnes; les nasa sàlàrs s’approchent d’une tour, un grand édifice de granit qui à l’intérieur semble un amphithéâtre ; un puits, trois rangées de gradins percées de niches horizontales.

Et voilà que venus de toutes parts les vautours au vol lourd s’arrêtent sur le parapet. Les nasa sâlàrs ont pénétré par la porte basse, ils déposent le cadavre dans une niche, ils se retirent. Deux, trois, dix vautours descendent du parapet, dévorent la proie. Leur morceau arraché, ils cèdent leur place. Aucune hâte, aucune lutte. Chacun, son repas fait, se perche lentement, essuie son bec à ses pi urnes et s’endort, sa tête chauve sous son aile. En moins d’un quart d’heure rien ne reste du corps dépouillé que le squelette dont le soleil consumera les os; dans trois semaines les nasa sâlàrs en jetteront les restes dans le puits. Cependant prêtres et parents, vêtus de blanc, s’éloignent lentement de ces tours où riches et pauvres doivent connaître l’égalité dans la mort, tandis que le soleil, disparu dans la mer de pourpre, darde encore quelques longs rayons qui enflamment les vitres de la ville, les roches tourmentées des Ghâts perdues dans la brume (I).

Les musulmans. — Leur nombre dans les différentes provinces. Leurs croyances. — Leurs mœurs.

La seconde religion étrangère qui se soit maintenue dans l’Inde est l’islam; d’après le dernier

(1) Au fond des puits sont placés des filtres avec des désinfectants; ces puits sont mis en communication avec la mer.

LINDE MODERNE

recensement il y compte soixante deux millions de fidèles. Sur dix mille habitants, il y avait, en 1891, 7,051 musulmans dans le Kashmîr, 7,714 dans le Sindh, 5,575, dans le Panjàb, 4,170 dans le Quettah, 3,285 dans le Bengale (lislam se répand parmi les tribus sauvages de l’Est) et seulement 631 dans la présidence de Madras, 805 dans celle de Bombay (moins le Sindh) (1).

Les soixante-douze sectes de l’islam ont des adhérents dans l’Inde ; quatre seulement y sont fortement représentées : d’une part les shiites, d’autre part les sunnites sous trois formes principales : orthodoxes, wahâbites, faràzites; mais de fait la grande majorité des musulmans indiens est sunnite orthodoxe.

Le fatalisme du Coran, le quiétisme des sufis ont fâcheusement influé sur les mahométans indiens : ils cherchent peu à s’instruire, leur activité industrielle et commerciale est médiocre, ils se mêlent rarement aux mouvements politiques.

D’une manière générale on peut dire que, malgré ses progrès numériques, l islam est en déca-

(1) Voici les chiffres pour les autres provinces : Ajmir, 1,369 sur 10,000; Assam, 2,710; Beràr, 717; Etats dépendant de Bombay, 1,060; Birmanie supérieure, 144; inférieure, 452; Provinces centrales, 276; Kurg (Coorg), 732; Etats dépendant de Madras, 609 ; N. W. Provinces, 1,380 ; Etats en dépendant, 3,060; Oudh, 1,281; Haidarâbâd, 987; Baroda, 781; Mysore (Maisûr), 512; Râjputâna, 825; Central India, 551. Pour l’Inde entière, 1,996, pour l’Inde britannique, 2,240 sur 10,000.

En 1901 : Assam (1,581,317), Bengale (25,265,342), Bombay (3,760,175), Madras (2,467,351), Panjàb (10,825,698), Provinces Unies (6,731,034).

dence. Ses adhérents se détournent des sciences où les arabes étaient jadis les premiers, ils ne donnent à la littérature que des œuvres sans intérêt; leurs livres de droit et de théologie sont d’oiseux commentaires des auteurs classiques; dans les discussions des sectes n’apparaît aucune tentative généreuse, aucune idée originale.

Pour le peuple il faut distinguer entre les paysans et les habitants des villes. Ceux-ci observent les prescriptions relatives aux jeûnes et aux prières quotidiennes; ils se gardent de l’idolâtrie; par contre leur fanatisme est grand, et, forment-ils la majorité, seul le gouvernement britannique les empêche d’attaquer les hindous.

M. Rudyard Kipling donne cette description de la prière de nuit à Lahore pendant l’été.

La Cité de la nuit terrible vue au clair de lune du haut d’un minaret.

Pour le peindre il faudrait Doré, pour le décrire Zola, ce spectacle de milliers de gens dormant dans les rayons et les ombres de la lune. Les toits des maisons chargés d’hommes, de femmes et d’enfants; l’air rempli de bruits vagues. Tous agités dans la Cité de la nuit terrible. Gomment s’en étonner? le prodige, c’est qu’ils respirent encore... Toute la ville apparaît dans la lumière sans pitié de la lune, et la plaine aussi; ça et là, en dehors des murs, un bout de la rivière Ravi. Un léger nuage cache la lune; la cité, les habitants qu’on voyait distinctement en blanc et noir, s’effacent dans l’obscurité toujours plus épaisse... Des pas dans la cour. Le muezzin. Il disparaît; bientôt un mugissement, pareil

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à celui du taureau; le muezzin vient d’atteindre le haut du minaret. Son cri, on a dû l’entendre jusque sur les bords du Ravi au lit diminué. Le nuage passe; voici la silhouette noire du muezzin qui se détache sur le ciel clair : les mains sur les oreilles, la large poitrine haletante sous l’effort des poumons. «Allah ho Akbar. » Une pause et dans la direction du Temple d’or un autre muezzin répète : « Allah ho Akbar ». Encore, encore; quatre fois. Déjà une douzaine d’hommes s’est levée « Je rends témoignage : il n’y a qu’un Dieu, c’est Dieu. » Quel cri magnifique, cet acte de foi qui, au milieu de la nuit, arrache des centaines d’hommes à leurs couches !... Tous les muezzins de la ville jettent leur appel ; sur les toits les hommes commencent à s’agenouiller. Une longue pause, un dernier cri : « La ilaha Illalà », puis partout le silence...

Dans les campagnes la religion est plus corrompue que dans les villes. Fanatiques, les tribus belliqueuses de la frontière occidentale fuient le contact de l hindou comme celui du chien, mais pour elles l'islam se réduit au respect du mulla, qui est un sorcier.

Sir Herbert Edwards écrit des Bannuchis :

Pour eux le sifflement des balles, l’éclair d'une lame nue ne valent pas la peur; le sang n’est qu’un liquide rouge; couper une tète n’a pas plus d’importance que de couper un concombre. Mais une malédiction en arabe... le crachat d’un saint irrité, les enchantements d’un haji qui donne la gale aux chameaux et la clavelée aux moutons, voilà de quoi faire tomber le sabre et trembler les genoux (1). »

(1) Cité dans Report on the census of the Panjâb, I, p. 143.

Dans l’Inde même, surtout dans les provinces où les musulmans sont en minorité, l’islam s’est corrompu au point d’en devenir méconnaissable. Ni jeûnes, ni prières. Des sacrifices, des processions, le culte des reliques ; des pèlerinages tantôt aux chapelles des saints musulmans, dont les corps produisent des miracles, tantôt dans les temples mêmes des dieux hindous. Des villages où ne vivent pas d’hindous ont leurs idoles et leurs brahmanes qui se chargent du culte et accomplissent les cérémonies familiales.

A l’exemple des hindous, les musulmans ont formé des castes, mais les règlements n’en sont pas sévères et le mariage n’est pas défendu entre les membres des différentes castes. Excepté dans les provinces où ils sont nombreux, ils ont perdu leur fanatisme; souvent hindous et musulmans habitent les mêmes villages et vivent en bonne intelligence. Sans zèle religieux, les musulmans ne font plus guère de prosélytes que dans les basses castes, surtout parmi les sauvages du Bengale oriental (1) .

(1) Dans son Report on the Census of the Panjâb (17 février 1881), p. 178 du vol. I, M. Ibbetson écrit : « Au commencement de ce chapitre j’avançai, avec quelque exagération sans doute, que la caste n’était rattachée que par des liens très faibles à la religion hindoue et que la conversion de l’hinduisme à l’islam pouvait n’avoir aucun effet sur la caste. J’examinerai maintenant dans quelle mesure je dois modifier cette assertion. J’ai essayé de montrer dans les paragraphes précédents que l’orgueil de la naissance dans les hautes classes, le mépris de certains métiers dans les basses classes étaient les principaux facteurs qui

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Le christianisme. — Catholiques, protestants, chrétiens de Saint- Thomas. — Néo-hindous déistes.

Telles sont les religions de l’Inde. L’Europe, qui n’a pu en renouveler l’esprit, n’a «point non plus réussi à leur enlever leurs fidèles. Dès le cinquième siècle le christianisme fut prêché dans l’Inde par les nestoriens, dont les Églises subsistent encore ; depuis le seizième siècle les portugais y ont répandu le catholicisme par la persuasion et par la force; les missions françaises sont anciennes et nombreuses; enfin les protestants de toutes sectes ont, avec l’aide du gouvernement, fait de grands efforts pour évangéliser musulmans et hindous. Cependant sur près

dans toutes les sociétés donnent le rang social. En développant la caste, le brahmanisme... n’a rien fait que fortifier les principes de l’hérédité des métiers et de leur hiérarchie... par tout un ensemble de règles et de défenses... Voilà pour moi les seuls liens qui unissent la caste à l’hinduisme; et il va de soi que, restrictions et préjugés une fois greffés sur le système social, un simple changement de religion ne produit pas forcément des effets sur leur nature et leur opération. De fait, dans l’est du Panjâb, la conversion ne produit absolument aucun effet sur la caste du converti. Le râjput musulman, le gûjar musulman, le jat musulman, est pour tout ce qui concerne le rang social, la tribu, la politique, l’administration aussi bien un râjput, un gûjar, un jat que ses frères hindous. Ses coutumes sociales ne changent pas, aucun adoucissement aux lois restrictives de la tribu, aucune modification dans les règles du mariage et de l’hérédité. » Voir p. 224.

de trois cents millions d’habitants, l’Inde ne compte que deux millions de chrétiens (s’entend de chrétiens indigènes), soit douze cent mille catholiques, près de six cent mille protestants et deux cent mille jacobites (1) .

Plusieurs causes expliquent cet insuccès.

D’abord la division en castes. Un homme qui se convertit isolément est un hors-caste; les familles qui abjurent l’hinduisme perdent leur rang et leurs privilèges sociaux. Seuls les membres des basses castes trouvent leur intérêt à renier une religion qui les avilit pour adopter celle des vainqueurs ; dans les temps de famine beaucoup y sont poussés par la misère ; sur la côte de Coromandel certaines tribus infâmes se sont converties au

(1) Dans le Bengale (en 1891) 192,484 chrétiens dont 90,117 catholiques). N. \V. Provinces, 58,518 (catholiques, 10,354). Panjâb, 53,909 (7,113). Birmanie, 120,708 (24,542). Central Provinces, 13,308 (5,547). Assarn, 16,844 (734). Ajrnîr, 2,683 (598). Kûrg, 3,392 (2,588). Madras, 1,580,179, (1,008,023 catholiques, 200,464 jacobites). Bombay, 170,009 (catholiques 125,280). Haidarabâd, 20,429 (10,274). Iles Andaman, 483 (57). Baluchistan, 3,008 (697). Baroda, 646 (298). Râjputâna, 1,855 (389). Central India, 5,999 (1,574). Etats shan, 154 (19). Mysore, 38,135 (26,518). Berar, 1,359 (541.) Kashmir, 218. — Sur ce nombre, Européens, 168,000, dont 35,645 catholiques (en majorité des soldats irlandais); Eurasiens, 79,790 (36,089); indigènes et immigrés d’Afrique, 2,036,590 (1,243,529).— En 1901,2,923,241 chrétiens. Bengale (275,125). Bombay (208,930). Birmanie (147,525). Madras (1,024,071). Étals dépendant de Madras (910,409). Panjâb (65,811). Provinces Unies (102,469).

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christianisme et forment des castes chrétiennes, mais en général les missionnaires sont peu favorables au régime des castes.

Une seconde cause a contribué à l’échec de la prédication chrétienne, c’est l’éclectisme de la religion hindoue. Le peuple qui adore des millions de dieux accueillerait volontiers sur ses autels et le Christ, et la Vierge, et les saints, il les regarderait même comme des incarnations de Vislinu, mais il ne peut comprendre que le culte du nouveau dieu doive exclure le culte des anciens dieux.

Les hindous instruits montrent dans un autre ordre d’idées la même disposition d’esprit. Ainsi M. Bhandarkar.

Voici comment je répondrai aux missionnaires chrétiens. Ils nous offrent une religion qu ils prétendent révélée de Dieu, révélée en toutes ses parties, la seule révélée. . . Mais non, le christianisme n’est pas la seule religion humaine ; l’hinduisme, le bouddhisme, le mahométisme, combien d’autres religions ont fleuri dans le monde et florissent encore ! Dirons-nous que toutes sont l’œuvre de l’illusion? Mais c’est jouer le jeu des adversaires de toute religion. Car de quel droit une religion en particulier se donnerait-elle comme la seule révélée? Chaque religion a sa part de vérité, chacune a sa part d’erreur que la connaissance des autres devrait nous permettre de découvrir et de dissiper. Toutes les religions sont inspirées par Dieu, mais dans toutes, l’homme, faible d’esprit, a mêlé l’erreur à la vérité inspirée par le père. Nous croyons fermement que Dieu prodigue à l’homme son amour et nous dirions : « Dieu attendit des siècles avant de faire connaître à l’homme la vérité ; un seul

peuple put en avoir la connaissance. » Non, si la religion a pour l’homme une importance capitale, c’est dès l’origine que Dieu l’aura révélée; c’est dans la nature meme de l’homme que Dieu l’aura implantée, en sorte qu’il l’emporte partout avec lui comme son ombre. Et voilà bien ce qu’en effet nous trouvons. Partout où l’homme va, il emporte sa foi religieuse comme son ombre ; la religion est aussi répandue que l’humanité elle-même. La révélation divine, l’homme ne l’a pas reçue à une certaine période de l’histoire du monde; cette révélation a commencé avec l’éveil même de l’intelligence humaine, cette révélation s’est développée à travers les âges et se développera toujours. Dieu est toujours avec nous; plus notre intelligence s’affine et se purifie, et plus complètement il nous communique sa vérité (1).

(1) « My answer » says Dr. Bhandarkar « to the second class of persons spoken of before (Christian Missionaries) who hâve placed before us a religion whicli they say was alone revealed by God in ail its paris at a certain period in the history of inan, and who call upon us to accept it on thatground, also rests similarlv on the basis supplied to us by the critical method. Christianily is not the only religion professed by inan ; Hinduism, Buddhism, Mahomedanism, and a varietv of other religions bave flourished in the world, and are still flourishing. Are these the work of selfdeception? If we say so, we shall simply be playing into the liands of the opponents of ali religion. Wliat are the spécial daims of one of these religions to be considered as the onlv révélation? There is truth in ail, and ail hâve something objectionable winch the light received from the others sliould enablc us to discover and cast aside. AU bave been revealed by God, but man,from the very weakness of his appréhension lias mixcd a great deal of falsehood with the truth cotninunicated to him by his Father. It certainly is not consistent with our ideas of God’s love for man to think Him to hâve communicated tliat truth which it is so important for men to know, only at a late period in the history of the world, and only to a certain people. If religion is of suprême importance to man, we must expect that it

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Le moine hindou Swâmi Yivekânanda s’exprimait ainsi au congrès de Chicago.

Que n’a-t-on pas dit de l’unité religieuse? Je n’exposerai pas ici ma propre théorie. Mais si quelqu’un de vous espère obtenir cette unité par le triomphe d’une religion et la destruction de toutes les autres, je lui dirai : « Frère, votre espérance est une espérance impossible. » Souhaiterai-je que le chrétien devienne un hindou? Dieu m’en préserve. Souhaiterai-je que l’hindou ou le bouddhiste devienne un chrétien? Dieu m’en préserve » .

La graine est déposée dans le sol; elle est entourée d’air, de terre et d’eau. La graine devient-elle de l’air, de la terre ou de l’eau? Non, elle devient une plante, qui s’assimile et l’air, et la terre, et l’eau, qui en fait sa propre substance de plante. Ainsi de la religion. Le chrétien ne deviendra pas hindou ou bouddhiste, l’hindou et le boudhiste ne deviendront pas des chrétiens. Mais chaque religion devra s’assimiler les autres, tout en conservant son individualité, tout en se développant conformément à sa propre loi de développement (1).

should Lave been revealed to liim in the very beginning; implanted by God in bis very nature so that whereverhe went heinight carry it witb him iike Lis shadow. And this is wliat we actually find. Man lias been carrying religious belief like bis shadow wherever lie goes ; religion is as widely spread as humanity itself. Tbus, tlien, God’s révélation to man vvas made not only at a certain period in tke world’s bistory, but il began witb tbe dawning of human intelligence, and went on progressing through ail âges, and it is going on still and will go on. God is ever witb us, communieating more and more of liis trutb to us as our powers of appréhension becorne purer and keener. (Anniversary Address at tbe Pûna Prârlhana Samâj. Miss Collet. Brahma Y car Book for 1882 » p. 51.

(1) « Mucb bas been said on tbe coimnon ground of religious unity. I arn not going just now to venture my own theory. But if any one bere hopes that this unity would corne by tbe triumpb

Une troisième cause arrête les efforts des missionnaires. Le gouvernement observe la neutralité; aucune école, aucun collège ne donne d enseignement confessionnel ; les philosophes, les écrivains européens dont s’inspirent les hindous instruits repoussent toutes les religions révélées.

Convertir l’Inde au christianisme semble donc une tâche impossible. Mais l’influence du gouvernement britannique réussira sans doute à moraliser les cultes populaires; mais l’influence de la littérature anglaise a déjà purifié les croyances des hommes instruits.

Les jeunes hindous élevés par les européens ne sont pas portés comme les japonais vers le positivisme, mais plutôt vers une philosophie qui rappellerait tantôt le panthéisme de Schellinget tantôt l’idéalisme pessimiste de Schopenhauer (1). Si l’Inde et le Japon réussisent à produire des pen-

of any one of these religions and the destruction of the otliers, to hirnj I say, « Brother, yours is an impossible liope. » Do I wisli tliat the Christian would become Ilindu? God forbid. Do I wisli that the Ilindu or Buddhist would become Christian? God forbid. »

« The seed is put in the ground, and earth and air and water are placed around it. Does the seed become the earth, or the air, or the water? No. It becomes a plant, it assimilâtes the air, the earth, and the water, couverts them into plant substance and grows a plant. Simiiar îs the case with religion. The Christian is not to become a Ilindu or a Buddhist, nora Ilindu or a Buddhist to become a Christian. But each religion must assimilate the Others and yet préserve its individuality and grow according to its own law ofgrowth. — Jndian Mirror , 7 décembre 1893.

(1) L'Inde a cependant des positivistes (voir p. 303).

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seurs et à exercer une action sur le développement moral de l’humanité, l’on peut déjà dire que les tendances des deux pays seront contraires, que par suite ils ne jouiront pas en même temps d’une égale autorité. Mais de longues années s'écouleront sans doute avant que l’Inde nouvelle ne puisse exercer pareille action. Dans ses conceptions religieuses l’on ne trouve que doute, étonnement, chaos.

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