‹ Essai sur l'évolution des idées qui ont régné en hydrologie et influé sur le mode d'emploi des eaux thermales et minéralesChapitre 16 sur 16 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

L'histoire de l’hydrologie est étroitement liée à celle de la médecine. Mais si elle a connu des heures de splendeur, elle à été négligée pendant de longs siècles pour reprendre aujourd’hui une place importante dans l’arsenal thérapeutique.

Dès l’origine la plus lointaine de l’activité médicale de l’homme, nous le voyons attiré par un instinct très sûr vers la faculté mystérieuse de guérison qu’on découvrit aux eaux thermo-minérales. Voyant qu’elles prodiguaient comme par enchantement un admirable soulagement des souffrances et des troubles fonctionnels, les hommes accoururent en masse vers les sources minérales ; les conceptions religieuses du paganisme antique s’emparèrent de ce mystère, et bientôt l'usage simplement instinctif des eaux fut entouré du cérémonial d’une véritable pratique religieuse. La guérison, n'est-ce pas là, aux yeux des païens de cette époque, la plus grande preuve de la clémence de la divinité? La notion du surnaturel fut pendant des siècles la base même de l'explication de l’action bienfaisante des eaux.

Mais bientôt les philosophes mirent à profit les expériences pratiques, sans trop s'arrêter aux explications uniquement théologiques, et examinèrent l'eau par rapport aux propriétés chimiques qui lui appartiennent

et en recherchant un mode d'application approprié au but poursuivi, c'est-à-dire à la guérison. Ce fut l’apparition d’un rationalisme ordonné, la condamnation de cette absence de toute méthode qui a précisément caractérisé les débuts de la pratique hydrologique.

Mais les destinées de la science médicale étaient trop liées à celles de la connaissance générale de la matière, encore rudimentaire et obscure. La pathogénie des maladies, à peine connue, était confinée dans le cercle très étroit des expériences, qui dirigeaient presque seules la façon de guérir les malades. Encouragés par l'incontestable succès que procuraient les cures d’eau, les romains ont su porter à la perfection l'installation des bains, dont les ruines sont restées jusqu’à nos jours un témoignage de leur grandeur.

Puis c'est une longue période de décadence; les bains ont perdu leur fortune d'autrefois, et toute la première moitié du moyen-âge se distingue par une inaction complète dans le domaine qui nous préoccupe.

Le mouvement de la renaissance a remis la science hydrologique au plan de l'actualité, et les médecins ont recommencé à s’en occuper avec plus d'intérêt et de zèle. Il n’y eut guère, cependant, à cette époque, de système de traitement classique et solidement fondé sur une connaissance parfaite des eaux thermales et minérales ; au contraire : les erreurs les plus absurdes furent enseignées et pratiquées, si bien que la valeur scientifique de l’hydrologie y perdait plutôt qu'elle n'y gagnait, Au xvre et au xvrI® siècle encore, nous voyons des hommes, et parmi eux les plus illustres de leur temps, se livrer à des pratiques insensées et

se servir des eaux d’une façon si peu médicale et rationnelle qu'il faut avouer que la thérapeutique hydrologique a été à cette époque rien moins que scientifique.

C'est d'autant plus curieux, sans doute, que ce soient précisément ces siècles, sur lesquels planaiïent si tragiquement l'erreur et l’ignorance, qui ont marqué un étrange tournant dans l’histoire du savoir humain et qui ont été les précurseurs directs de celui qu’on a appelé avec beaucoup de raison «le siècle des révélations scientifiques ». La thérapeutique hydrologique est devenue au xix® siècle une science au sens étroit du mot. Les innombrables découvertes nouvelles dans le domaine de la chimie et les progrès décisifs qui en furent la suite ont permis de découvrir enfin le secret de l’action guérissante des eaux minérales et d’en faire une classification suivant leurs propriétés chimiques, leur action thérapeutique respective et leur mode d'application. La découverte des gaz rares, de l’ionisation, des colloïdes, de la catalyse, etc., ont ouvert des horizons tout nouveaux. Aujourd’hui le médecin connaît bien l’analyse chimique et le dynamisme des eaux ; grâce aux publications de notre maître le docteur Paul Blum, il dispose d’une rigoureuse classification et il est en mesure d'adapter à chaque cas particulier le traitement hydrominéral qui lui convient le mieux.

Loin de nous la pensée que la science hydrologique est arrivée à son développement définitif. Comme les ‘autres sciences, elle suivra pas à pas les étapes de l’esprit humain. Mais c’est déjà beaucoup qu’elle soit sortie de l’empirisme qui pendant des siècles a gêné son essor, pour s'appuyer maintenant sur les bases

solides de la clinique et de la physico-chimie. Les pratiques hydrologiques tiennent maintenant une large place dans l’arsenal thérapeutique.

C’est pour cette raison qu'il nous à paru intéressant d’esquisser dans ce travail l’évolution des dées d’où procède l’hydrologie et de mettre en relief la série des découvertes physico-chimiques grâce auxquelles l’hydrologie est entrée définitivement dans une voie scientifique et expérimentale.

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Le Président, Le Doyen, MERKLEN. WEISS.

Vu et permis d'imprimer :

Le Recteur de l’Académie de Strasbourg CHARLÉTY.

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