‹ Essai sur l'évolution des idées qui ont régné en hydrologie et influé sur le mode d'emploi des eaux thermales et minéralesChapitre 15 sur 16 · TECHNIQUE ACTUELLE DES CURES HYDRO- MINÉRALES · texte numérisé non relu

TECHNIQUE ACTUELLE DES CURES HYDRO- MINÉRALES

Il est tout naturel que le développement des connais-. sances sur les propriétés intrinsèques de l’eau et le résultat des travaux physico-chimiques de ces dernières décades aient provoqué des modifications profondes dans l'application thérapeutique des eaux thermales et minérales. L'emploi en boisson ou en applications externes constitue aujourd’hui l’élément principal d’une cure hydrologique. Celle-ci n’est plus limitée ni dans sa durée, ni dans son intensité ; seul le résultat qu’on pêut attendre d’elle domine le problème au point de vüe médical, suivant la nature de la maladie, sa gravité ou les particularités qu’elle présente.

On estime cependant d’une façon générale, qu’une courte cure de 8 à ro jours ne saurait procurer un résultat sérieux ; il est prudent, en effet, de ne pas brusquer le traitement hydrom'néral dans les premiers jours de la cure, mais de tâter au contraire la sensibilité du sujet en lui appliquant les eaux d’une façon progressive ; ce procédé a évidemment pour effet de prolorger la cure, d'autant plus qu'il sera souvent nécessaire d'interrompre l'administration de l’eau à la suite des phénomènes fréquents de saturation de l’orgarisme.

On a constaté notamment que les eaux réagissent souvent d’ure façon plus énergique pendant une deu-

xième ou troisième cure, et on a trouvé chez le sujet une accentuation de la sensibilité de l’organisme, ce qui a amené les praticiens à recommander à certains malades un renouvellement de la même cure deux ou trois fois par an. D'autre part, dans beaucoup de stations on administre simultanément l’eau de plusieurs sources, de telle sorte que les différents traitements se complètent et se corrigent.

Mais il serait vain de croire, que les cures thermales se passent de tous incidents ; au contraire, on remarque souvent chez le malade une répugnance aiguë de continuer l'absorption de l’eau, l’organisme étant saturé et incapable de supporter plus longtemps la cure. C’est dans les premiers jours du traitement qu'on trouve généralement des réactions qui nécessitent une interruption de la cure et que l’on désigne sous le nom de « Crise thermale » ou « Poussée thermale». On connaît mal les causes de ce phénomène de crise qui varie d’ailleurs avec chaque catégorie de sources, sulfurées, arsénicales, chlorurées, bicarbonatées ou simplement thermales.

«Nous croyons, disent MM. Perrin et Mathieu, que la crise thermale est la résultante et la traduction clinique de deux ordres de phénomènes qui se passent dans l'organisme tout entier. D’une part, sous l’action du soufre, du chlore et du sodium contenus dans les eaux minérales, et aussi en raison des propriétés radioactives de ces eaux, les oxydations intracellulaires se trouvent être considérablement accrues dans tout l'organisme et cet accroissement peut être tel que la température du corps s'élève de plusieurs degrès. Parallèlement, la suractivité des combustions s'accompagne d'une augmentation des déchets. Si ces derniers ne sont

pas éliminés aussi rapidement qu'ils sont formés, ils ont le temps d’exercer leur action toxique sur les cellules organiques et particulièrement sur les cellules nerveuses, d'où résulte l’apparition de phénomènes de malaise général et d’excitation nerveuse » 1.

Dans un très grand nombre de stations, l’eau minérale en boisson est le facteur principal de la cure. L'eau ingérée, prise en petite quantité (250 centimètres cubes renouvelées à 15 ou 20 minutes d’intervalles), sera absorbée plus ou moins rapidement et plus ou moins . complètement suivant que sa tension osmotique est plus ou moins voisine de celle du sérum sanguin. Les eaux minérales ainsi appliquées peuvent avoir un effet purgatif par une action immédiate sur les secrétions et les mouvements péristaltiques de l'intestin.

Elle provoquera souvent une augmentation de la quantité des urines et déterminera ainsi une diminution de la surcharge aqueuse de l'organisme. Une pareille cure de diurèse exige cependant que l’eau soit peu chargée de principes minéraux et qu'elle contienne l'élément sodium et l’élément calcium.

L'eau minérale peut être administrée également en injections sous-cutanées, intra-veineuses ou intra-musculaires. Par la méthode des injections sous-cutanées, l’eau minérale arrive directement en contact des tissus et se mélange aux humeurs. Elle garde ainsi l’intégrité de ses propriétés physico-chimiques, ce qui permet d’administrer au malade un traitement exactement dosé et intensif. Une pareille injection faite avec doses

1) Perrin et Mathieu: Les eaux minérales. Leurs modes d'action, leur emploi, p. 133.

moyennes de 50 à 80 centimètres-cubes ne provoque chez l'adulte aucune réaction fâcheuse, et ce à la différence de l’injection intra-veineuse, qui a Souvent pour conséquence des frissons et des poussées thermiques élevées.

Mais les eaux chlorurées sodiques sont celles dont on se sert le plus souvent et le plus utilement, puisque leur propre composition les rapprochent le plus de celle du plasma sanguin.

Les bains et les douches d’eau minérales n’ont rien perdu, cependant, de leur ancienne importance et ils continuent à être aujourd’hui comme jadis des procédés courants. Utilisées sous cette forme, les eaux minérales exercent à la fois une action thermique et une action mécanique en tant qu’elles provoquent d’une part une vaso-constriction des vaisseaux superficiels et de l’hypérémie avec élévation de la pression sanguine, et d'autre part un congestionnement de la périphérie sur la peau et un décongestionnement des parties centrales du corps. Le bain exerce ainsi une action particuhèrement efficace, la peau pouvant absorber certains gaz et l'hydrogène sulfuré, l’acide carbonique et l’émanation du radium et du thorium pénétrant dans le corps à travers la peau. Le malade respire pendant toute la durée du bain un air qui contient ces gaz et la radioactivité émanée de l’eau.

La balnéothérapie conserve une place prépondérante dans cette ordre d’idées. C’est un bain ordinaire dans l’eau minérale que le malade prend dans une baignoire ou encore dans une piscine. Ces bains à eau courante agissent par leur thermalité, leur minéralisation, leur radio-activité et par la pression qu’ils exercent sur le

corps. Aucune règle rigoureuse ne prescrit une durée déterminée, celle-ci devant être adaptée suivant l’appréciation du médecin à la nature de la maladie et à la constitution physique du sujet.

L'eau minérale est également employée en douches ; la réaction provoquée par elles étant d'autant moins forte que la température de l’eau se rapproche de celle du corps. L'application est générale ou locale suivant qu'on impose au malade une douche thoracique, épigastrique, dorsale, périnéale, etc. La durée en doit varier de quelques secondes à quelques minutes.

Mais à côté de ces deux applications essentielles des

eaux minérales, bains et douches, on peut faire agir

sur la peau et les muqueuses tégumentaires uniquement les gaz et les vapeurs qui en émanent spontanément. On se sert le plus souvent de l’étuve, qui est un local clos dans lequel pénètrent les gaz et les vapeurs. Le bain complet d’étuve agit à la fois par l’inhalation des vapeurs, par les modifications circulatoires qu'il détermine et par une action résolutive sur les articulations. Le bain de vapeur qui se combine en général avec la douche, le massage ou le bain de piscine, doit être réservé aux sujets jeunes et vigoureux, dont l’appareil circulatoire est en bon état.

En résumé, les pratiques hydrologiques ont subi une transformation complète sous la poussée de l'observation clinique et des données nouvelles apportées par les recherches des physiciens et des chimistes. Chaque science a été étudiée avec un soin meticuleux ; de nombreuses observations ont été rassemblées puis confrontées, et c’est ainsi que chaque station s’est progressivement spécialisée en adaptant ses moyens à

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la cure de maladies bien déterminées. En même temps les médecins combinaient d’une façon judicieuse la cure de boisson aux pratiques hydrothérapiques. Enfin s'inspirant des notions nouvelles introduites en hydrologie, par lesquelles il s'avère que l’eau agit autant par le dynamisme des actions moléculaires ou des différents produits qui résultent de la dislocation de la matière, que par la masse des substances chimiques qu'elle renferme, les médecins ne recourent plus aux doses massives, si en honneur au «grand siècle » et obtiennent des résultats très positifs avec des quantités d’eau très réduites.

Une révolution complète s’est accomplie ; nous avons essayé d’en relater les différentes phases.

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