Montrouzier, loc. cit., p
C'est encore une cérémonie magique et d'ordinaire accomplie par un enfant qui détaboue les objets ou les fruits dont l'usage a été momentanément intcrdit\ Il semble donc que les tabous agraires aient en Nouvelle-Calédonie la même signification et la même portée que dans le reste de la Mélanésie.
Cette signitication a été méconnue par bon nombre de voyageurs et d'ethnographes, mais cest à l'aide des faits qu'eux-mêmes ont recueillis que nous avons pu montrer l'inexactitude de leur interprétation. M. Imliaus nie qu'aux Nouvelles-Hébrides le tabou ait aucun caractère religieux, et à ses yeux « l'origine toute simple » de l'interdiction de s'approcher de la « case tabou », c'est l'utilité qu'il y a pour le chef et les anciens de hi tribu de tenir secrètes leurs délibérations sur les affaires publiques. Ur, il ajoute lui-même que les pigeons qui viennent se poser sur les grands arbres qui abritent cette case sont sacrés et que nul n'a le droit de les tuer. La chost; s'explique aisément par le caractère contagieux du tabou, mais il faut avouer c|ue c'est là une interdiction qui a dû paraître à M. Itiihaus bien obscure '.
Il est certain que les croyances qui ont donné naissance à l'institution du tiibou vont disparaissant, que la foi aux sanctions magiques s atténue chaque jour, que les interdictions tendent à prendre un caractère exclusivement civil et (^ue le respect en sera dès lors surtout assuré par dos pénalités. Mais de ce que le tabou, expression solennelle de la volonté des chefs, affirmation des droits du possesseur sur sa terre, est destiné, en certaines régions du moins, à survivre (juclque |)eu à l'ensemble de conceptions animistes et niagiciucs (|ui seules le rendent intelligible, il n'en faut pas conclure (juc
1. Rev. P. Rougeyron in Vieillard et Deplanelie, lo<?. c//., p. 'M).
2. Les Xoucellf'S'Hùhrifics, p. 47. M. Imliaiis affirme du reste qu'il n'existe aux Nouvelles-Hébrides de pratiques ni de croyances religieuses d'aucune sorte. I^s travaux de Codrington montrent ce ({u'il convient de penser de son talent d'observateur.
l'institution aurait pu naître là où les conceptions n'eussent point existé. C'est cependant ainsi que beaucoup d'ethnographes ont raisonné, oubliant que les rites, les usages et les coutumes ont d'ordinaire une vie plus longue que les conceptions et les croyances dont ils ne sont cependant que Texpression pratique.
Lorsqu'aura disparu à son tour l'habitude, incomprise pour ceux-là même qui y obéissent, de protéger sa case et ses plantations par des pierres fichées en terre ou des statuettes de bois, des noix de cocos fixées au haut d un bâton planté dans le sol ou des palmes tressées, quelque chose encore survivra peut-être de la longue pratique de ces coutumes : le respect de la propriété, le respect des champs et de la maison d'autrui, respect sans cesse combattu dans les âmes brutales des sauvages de Mélanésie par de cupides et violentes passions, mais qui se fortifie et grandit lentement. Comme tant d'autres, ce sentiment social, parmi ses multiples origines, en a de magiques et de religieuses, mais nous ne pouvons ici qu'indiquer ce rôle des tabous agraires dans l'évolution économique de l'humanité.
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