DES ROIS DE VALABHI
Par M. Sylvain LÉVI
La tradition, — La dynastie qui régna sur le Kalhiawar entre le VI« et le VIII® siècle, et qui prit pour capitale Valabhi*, n'a laissé de souvenirs vivaccs que dans la tradition des Jainas. Lorsque James Tod se mit à recueillir, pour les coordonner et les interpréter k sa manière dans une monumentale compilation*, les légendes épiques des Rajpoutes, les Jainas encore si nombreux dans la région* lui révélèrent le passé glorieux de la capitale disparue a où jadis trois cents cloches appelaient les fidèles à la prière* » et le
1. Aujourd'hui la bourgade de Wala, au nord-ouest de Bhaunagar, non loin du golfe de Cambay. sur la route de Gogo à Abmadabad. V. Notes on the ancient city of Valabhipura^ par B. A. R. Niciiolson, J. R. A. S., old ser. XIII, 146-163.
2. Colonel James Tod, Armais and Antiquttics o/' Rajasthan, Londres, 1839, 2 vol. 4* (réimprimé à Madras, 1873). — Du môme, Traccls in WcsUrn India, Londres, 1829.
3. Le dernier recensement (1891) compte 50,332 Jainas dans le territoire du Guikowar de Baroda, 417,618 dans le Rajputana, 314,773 dans les Bombay States, 239,513 dans la division Bombay de la Bombay Presidency, ^,939 dans Ajmire. soit 1,049,175 Jainas sur un chiffre total de 1,416.6:^ Jainas dans l'Inde entière.
4. Toi), TraeeU, p. 268. Dans les Annals, I, 213, le chiffre des cloches est réduit sans explication à quatre-vingt-quatre.
nom béni du prince Çîlàditya qui avait rendu à l'Église età la Loi leur lustre ancien, terni par de longues persécutions. Le zèle pieux de Çilàditya avait même valu au royaume de Valabhi un secours miraculeux; touché de ses ferventes prières, le Soleil avait fait sortir dupe source qui lui était consacrée le cheval à sept têtes qui conduit son char dans les espaces célestes, et il Tavait laissé à la disposition du roi comme un gage infaillible de victoire. En vain les barbares du Nord menaçaient la ville; leurs assauts étaient impuissants. Mais un ministre déloyal souilla clandestinement la source sacrée avec du sang, et quand Çîlàditya vint y réclamer son auxiliaire coutumier, le cheval ne parut pas'. Valabhî fut prise, et la dynastie issue de la Race Lunaire, chassée de la ville où elle régnait depuis Tan 318 (ap. J.-C), émigradans le Mewar, à Udaipur, où elle retrouva des jours glorieux.
La légende du coursier miraculeux montre Torthodoxie jaina associée chez Çilàditya au culte du Soleil. Tod, sur la foi d'informateurs mystérieux, aflirme ailleurs que « le disque solaire et le feu, son représentant, étaient les principaux objets d'adoration de Çilàditya de Valabhi. Y ajoutaitil l'adoration du liiiga, symbole de Bâla-nâtha (le soleil), objet essentiel du culte de ses descendants? On peut en douter' ».
Un document jaina publié par .M. Weber' corrobore en partie les assertions de Tod et associe le roi Çilàditya de Valabhi à la restauration du jainisme. L'auteur du Çatruftjaya-màhàtmya, Dhaneçvara Suri, se donne pour le contemporain et même pour le précepteur spirituel de cet illustre roi*. Vira, le dernier Jina, prophétise en ces termes, à la tin