Coran, x\i, 30 et
2. Caussin de Pereeval, Essai sur l'histoire des Arabes acant Piî' lamismc, II, p. 303.
3. Voir surtout le Tndj al-^iroùs et le Z.fô\m a /-M rn 6, à la racine
4. Fr. Riickert, AinrilLais dcr Dichtcr und Kônig, StuUgard, 1843.
r>. Iinrou'ou '1-Kais était surnommé jJLâlI wLjLll;cf. Lanc, ^fi Arabic-Emjlish Lcxicon, p. 1798 b.
LE POKTE ANTKISl.AMIQUK IMKOi: OU L-KAIS 121
'Abd Al-Kais, c'est-à-dire le (i serviteur d'Al-Kais^ ». Al- Kais ne représente certes pas la tribu bien connue de Kais, toujours désignée sans l'article*. Ce n'est pas non plus une manière de parler écourtée pour la tribu Kais *Aihin, où l'article aumit été substitué au second élément de la composition. Cette abréviation si fréquente ne soulèverait aucune objection, si *a6rf, « serviteur », ne précédait pas d'ordinaire un nom de dieu ou un attribut divin.
Les conclusions qui résultent de ces prémisses, c'est que, d'une part, imrou'ou ne signifie pas a le seigneur », comme dans les inscriptions sabéennes, mais « l'homme », presque « le serviteur », à l'égal de ^abd; que, d'un autre côté, Al-Kais est nécessairement une divinité du panthéon arabe ou au moins un adjectif divinisé, élevé au rang de substantif théophore. L'homme de Dieu est une conception sémitique réalisée dans le nom de l'ange Gabriel (*?K^n:3| = l'homme de Kl) et aussi dans la locution biblique appliquée aux prophètes D^frif t'¥i ou encore B^f?H^ tt^-K. « l'homme de Dieu », le familier d'Élôhim. Les noms propres composés de même ])rovenance. ntf2-t?*K, nirns^^K, h^tjni, hv^tn, ces derniers défigurés par laMassore, appartiennent aussi à cette catégorie, ainsi que •''Sra. Une inscription carthaginoise n'appclle-t-ellc pas un personnage ronci^, c'est-à-dire l'homme de la déesse Tan if ? •nrano, dans un texte épigraphique sabéen d'Arabie, ne signifie pas « la princesse de Wadd », mais bien plutôt « la femme Vouée il Wadd* ».
1. Ibn Doraid, IschtihùL, p. 196; Yàkoùt, index du Mou^djatn, VI, >- 2:)1; Ibn Al-Athlr, inîlex du KâmÙ, XIV, p. 40r)-4(K), etc., etc.; ^'Ceniment, J. De Goeje, dans le Journal asiatiqnn de 18i)5, 1, p. 21, 25, 2i>.
2. Voir cependant la note q, p. 222, d'Ibn Doraid, Isditihâh, où est
'^tinée l'explication do ^^Ji J>-j « riiomiue de Kais », avec addition
*^ expliquée de Tarticle.
n. Euting, Sum/nlung dcr carthaQiscJuVi Inschrifien^ n' 227, 1. 3; '<^rpu9 Inscriptioruini Scmiticanim, 1, p. 319-320.
A. D, H. Muller, Epigraphischc Den/anf'iler ans Arabicn, p. .30,
122 LE POÈTE ANTKISLAMIQUE IMROU'OU 'L-KAIS
Dans le surnom parallèle Imrou'ou '1-Kais, quelle place assignerons-nous au dieu Al-Ç.ais? Cet habitant vénérable de la Ka'ba a-t-il disparu du panthéon, où il était adoré, sans laisser aucune trace de son passage ni de son culte? Ne retrouverons-nous son nom nulle part, en dehors des quelques poètes qui ont eu le privilège de le sauver en s'en parant dans une composition devenue inintelligible pour le monothéisme ombrageux de leurs descendants?
Si notre raisonnement semble plausible, nous ne pouvons encore Tétayer que sur un ])etit nombre de faits isolés. On en groupera peut-être d'autres, lorsqu'une fois le branle aura été donné. M. Wellhausen a cru entrevoir le souvenir d'un dieu arabe Kais dans le nom propre biblique «^p*. Je proposerai d'aller plus loin et d'expliquer par le dieu Al-Kais le surnom énigmatique du prophète hébreu Nahoum. entête du livre auquel sa prophétie sert d'étiquette : ^p^^wnj Nahoum Elkôschî, comme il est nommé au premier verset du premier chapitre, est une épithète d'une saveur toute arabe, avec son article bien caractérisé, malgré le schiii hébreu substitué, comme d'ordinaire, au sîn. Le grec des Septante 'EXxEdaTo;, la transcription latine Elcesœus de laA'ulgate nous rapprochent tout îi fait de notre Al-Kais.
Oserai-je ajouter que je suis obsédé par la pensée que le surnom d'Imrou'ou '1-Kais pourrait bien couvrir quelque réminiscence d'une proche parenté entre le dieu Al-Kais et kîjio;, surnom d'un dieu sémitique que l'on identifie avec Zej;'? Le souvenir de ce Ba^al n'a-t-il pas été conservé par le ojvirn;; Kidto;, dans la théogonie orientale d'Évémèrele Messénien*?
n* VII, I. 1; J. H. Mordtmann, Himjarischc Inschrijïen und Alterthûmer, p. 68.