‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 121 sur 212 · DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

DE LA BIBLE

(juges — SAMUEL — ROIS)

Par Maurice VERNES

môme travail méticuleux de dislocation des textes par nparaison de leur contenu et par Tanalyse philologique, fourni des données si précieuses pour la composition lire de VHexateuqiie, a été poursuivi pour la série vres historiques, qui embrassent les destinées dlsraël s la mort de Josué jusqu'à la destruction de Jérusalem îs Chaldéens. On peut, en se reportant aux derniers els d'Introduction critique à rAncien-Testament parus lemagne, se rendre compte des résultats que Ton croit >ir proposer au public instruit pour résoudre ce curieux nnc: — Quelles sources ont été â la disposition du réir des livres historiques, quels documents cet écrivain eus sous la main pour tracer le cadre de son ouvrage et nplir les différents chapitres?

ci l'essentiel des indications que fournit à cet égard le el de M. Cornill, qui peut passer pour un résumé se des vues le plus généralement acceptées* :

. II. Cornill, ElnlciUinfj in das Alto Testament y 2* édition, rg-en-Brisgau, 1892.

126 SOURCES DKS LIVRKS HISTORIQUKS DH LA BIBLE

— En dehors de quelques morceaux poétiques, en petit nombre, contemporains des événements, Ton doit signaler comme contribution du rovaume d'Israël ou des Dix-Tribus dans ce qui devait former un jour l'ouvra<^c d'ensemble Juges-Samiiel-Rois : 1® de vieilles rédactions historiques relatives àÉphraïm (ou aux dix tribus), qui ont été remaniées par le rédacteur élohiste avant de prendre place aux livi-es des Juges et de Samuel; 2^ des récits, également d'origine éphraïmite, relatifs aux prophètes Élic et Elisée, récits qui ont été incorporés aux Rois après remaniement. — Vers h même époque, c'est-à-dire au IX*' siècle avant notre èrn. le royaume de Juda voit se produire de vieux récits relatifs» David, cpie le rédacteur jchovisle devait remanier avant qu'ils figurassent dans Samuel.

Apres la destruction de Samarie, il ne pourra plus être question de contribution littéraire de la part des tribus du Nord; le royaume de Juda fournira pour Tépoque antérieure à Josias une série de textes, destinés à compléter ceux qui ont été déjà énoncés; mais le fait littéraire le plus considérable sera la forme, presque définitive, donnée aux livres des Rois, quelques années avant la destruction de Jérusalem (vers GOO avant notre ère), par les soins d'un rédacteur dentéronomifjuc, écrivant dans Tesprit de la législation du Deutcronome récemment promulguée. Cet écrivain aurait coulé dans le moule uniforme du pragmatisme théologique cher au Deutcronome, l'ensemble des données qu'il possédait sur l'histoire d'Israël à pnrtir des derniers moments de David. Ce même travail devait être repris dans la seconde moitié de l'exil et étendu à l'ensemble des livres historiques. Enfin, dans le cours du IV*' siècle avant notre ère, une main sacerdotale a introduit en quelques ])laces des indications assez brèves, trahissant l'esprit d'une basse époque, oùriotérét du rituel et du culte est devenu dominant.

En somme, la critique contemporaine tend à opérer un départ entre trois éléments, dont la réunion a abouti ii Tétat

SOURCES DKS MVRi:S HlSTORIQlîKS DE LA BIBLK 127

présent de l'ouvrage Jurjes-Sanmel-Rois, \^ Des écrits, d'un caractère véritablement antique, émanant tour à tour des régions éphraïmite et judécnne de la Palestine, où les principaux événements do l'époque des Juges, de la royauté primitive (Saill, David et Salomon), de l'histoire d'Israél au cours des X^*, IX*, VHP et VII* siècles avant notre ère, ont été consignés, sinon par la plun^e de contemporains, au moins par les soins de personnes suffisamment rap[)rochécs des faits pour en redonner quelque idée; 2^ une série de remaniements d'un caractère tendanciel et dogmatique, dont le principal est celui qui a été opéré sous riiifluence du Deiitcro/tome; 3*» des additions d'un caractère proprement sacerdotal et francliement post-exilien.

Nous rendons très volontiers justice au travail considérable, qui a abouti aux résultats ci-dessus mentionnés; mais nous voudrions aborder ce même problème par un côté quelque peu différent, de manière à mettre on lumière certains faits, négligés par l'analyse critique ou auxciuols celle-ci n'a peut-être point fait une part suffisante.

Le premier coup d'œil jeté sur la composition de la série historique JugeS'Saniucl'Rors fait voir que les différentes parties de l'histoire ancienne d'Israël ont été traitées d'une façon singulièrement inégale, que certaines ont bénéficié de ce qu'on pourrait appeler le « traitement du plus favorisé », tandis que d'autres sont sacrifiées. L'étonnement croîtra à la réflexion, parce qu'on verra l'écrivain s'étendre avec prolixité sur des périodes, pour lesquelles nous n'imaginons pas qu'il dût posséder des renseignements abondants et, tout au contraire, se restreindre à un énoncé sec et sommaire là où, à raison de sa proximité relative des événements, il paraissait en mesure de nous donner des informations complètes.

Supposons, en effet, un écrivain de n'importe quelle nationalité, qui se propose de retracer le passé glorieux de ses ancêtres. 11 est dans la nature des choses (pie les documents mis à sa disposition soient d'autant plus complets et

nombreux qu'il arrive aux époques rapprochées de soft propre temps; pour ces époques, en dehors des monuments lapidaires et des textes écrits, des dépôts d'archives et des bibliothèques, il i)eut faire appel aux témoignages privés. aux souvenirs même des contemporains, encore vivants dansla mémoire des générations qui les suivent immédiatement.

Or, voici un écrivain juif, des temps de l'exil oudoh Restauration, curieux de représenter ce qu'a été le passé d'Israël. Nous nous attendons à le voir d'autant mieux documenté, d'autant plus riche en indications pré<:ises. qu'il se rapproche du temps auquel il appartient lui-même. Jetons, à ce point de vue, un coup d'œil sur la répartition des matières dans Juf/es-Samucl-Rois,

Dans l'exemplaire de la Bible hébraïque que nous avons sous les yeux, le livre des Juges occupe 44 pages, les deux livres de Samuel 107 pages, et les deux livres des Rois 111 pages: en tout 202 pages.

Au premier moment, l'attribution d'un cinquième environ de ce total à la période des Juges peut ne pas sembler étrange, quand on se reporte aux notions erronées qui ont encore cours en dehors des cercles scientifiques, quand, sur la foi de la construction purement artificielle élevée par les rédacteurs, on imagine une longue période de plusieurs siècles, précédant les débuts de la royauté. Dans la réalité, il s'agit là de quelques épisodes détachés, singulièrement défigurés et grossis par la bonne volonté de l'écrivain et qui ne nous i)erinettent pas de remonter plus haut qu'un siècle ou un demi-siècle avant Saul. Plein de ])romesses par son titre comme par la première apparence de son contenu, le livre des ./«^'cs est de nature à causer une sérieuse déception au critique qui y cherche l'écho d'un passé reculé. L'abondance des développements (|uo ce livre consacre aux aventures d'un Gcdéon, d'un Sainson ou aux conséquences de l'attentat commis sur la concubine d'un lévite d'Éphraim, loin d'être une garantie d'authenticité, convaincra bientôt

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le critique le plus indulgent de la désinvolture avec laquelle l'écrivain substitue des exercices de rhétorique sacrée à une narralion établie sur des documents antiques.

Le premier livre de Samuel (58 pages) ne nous laissera pas une impression plus favorable à la supposition d'un écri* vain relativement moderne, mettiint en œuvre des écrits anciens. Sauf un petit nombre de données relatives à Saill et aux ellorts faits par celui-ci pour secouer le joug des Philistins, il est entièrement consacré à Texaltation du personnage prophétique de Samuel, grande figure placée au seuil de l'histoire d'Israël par un parti-pris ihéologique qui saute aux yeux. En sorte que les derniers mots du V^ livre de Samuel, après 102 pages de développements de nature essentiellement dogmatique, nous laissent encore aux préliminaires de notre sujet. Jusqu'ici la question de documents de rédaction ancienne, plus ou moins remaniés et altérés par des écrivains de date plus récente, n'est pas sérieusement posée. Nous aurons toutefois à rendre compte de la manière dont les très rares et très fragmentaires souvenirs de carnctèrc authentique, contenus dans le livre des Juges et dans / Samuel, ont pu être conservés jusqu'aux temps de la Restauration, où nous pla(;ons le travail de rédaction définitive. Il y a là. en etîet. un espace de six ou sept siècles, au cours desquels la mémoire des origines risquait do s'éclipser complètement, depuis le XI*' siècle (antécédents de Sîiiil, Saitl) jusqu'au V® ou IV*^ avant notre ère (époque présumée du travail d'ensemble qui a donné leur forme présente à Jur/cs- Samuel-Rois),

C'est avec le second livre de Samuel que se pose pour la première fois la question des « documents antiques ». Ce livre (49 pages) est exclusivement consacre à David, dont il rapporte longuement la vie et les hauts faits à l'excep^ tien des débuts et de la fin proprement dite du personnage* Quelques réserves que Ton puisse faire, — et ces réserves sont très nombreuses et de grande portée, — sur le caractère

moderne de la rédaction, sur les allures mythiques et teadancielles de la narration, il est difficile d'imaginer un écrivain de la Restauration traçant aussi largement le tableau de rétablissement de la royauté en Israël, sans le secours de documents ou monuments antérieurs, dont la substance Im a fourni son thème. Le conflit avec Isboseth (Isbaal), fils et héritier de Saal, la révolte d'Absalom, la rébellion de Sébt, une série de désignations de personnes appartenant à V&t tourage de David, voilà des faits dont on a pu modifier les contours et la physionomie, mais qui supposent des souvenirs reculés, mis par écrit à une date elle-même ancienne, et dont la transmission s'est opérée plus ou moins régulièrement jusqu'aux temps de la domination persane. Nous en dirons autant pour les 30 pages que le premier livre des Rois (chap. i à xi) consacre au règne de Salomon, bien que le résidu historique proprement dit soit des plus sommaires, — les développements relatifs au Temple, à son aménagement, à son inauguration, offrant, en particulier, le caractère le plus inauthentique.

11 n'en reste pas moins que, après 102 pages où la préoccupation dogmatique a presque tout étouffé, laissant entrevoir tout au plus quelques traits détachés, quelques physionomies à peine indiquées, dont celle de Saiil seule parvient à émerger d'une sorte de brouillard théologique cher à l'écrivain, nous avons trouvé un bloc de 79 pages, où l'historien peut puiser des données d'une précision suffisante. Disons donc tout de suite que la rédaction définitive de Juges-Samuel-JRois suppose la transmission par écrit d'un ensemble de souvenirs relatifs à Saùl, à David et à Salomon.

Nous disons transmission par écrit, sans oser nous prononcer d'emblée sur la forme qui a assuré la conservation de ces données primitives, mais en excluant la supposition d'une simple transmission orale, visiblement insuffisante à sauvegarder certaines données précises. On sait que le sol delà Palestine nous refuse jusqu'à ce jour les monuments lapi-

daires ou métalliques, commémoratifs des grands événements, et qui auraient pu trouver leur place dans les principaux sanctuaires. Il nous est cependant permis d'en supposer l'existence. Nous inclinerions même à penser que, tour à tour, Abimélech, tyran de Sichem, Saùl et David ont consacré le souvenir de leurs succès par des stèles, qui en ont assuré la conservation et qui se sont dressées dans les lieux de culte de Sichcm, de Gabaon, de Jérusalem et autres sanctuaires renommés. Ces monuments ont pu, au moins en partie, traverser bien des périodes de troubles, et, contrairement aux opinions qui prévalent, nous ne voyons pas pourquoi certains d'entre eux n'auraient pas été encore à la disposition des savants de l'époque de la Restauration.

En dehors de ces documents lapidaires que nous restituons par voie d'hypothèse, nous sommes sollicité par la pensée d'archives d'État, qui ont pu se constituer, sinon dès Saal et David, au moins à partir du règne de Salomon. Voici précisément qu'à la fin du tableau que les i?o/s nous donnent du règne de ce dernier, apparaît, pour la première fois, une mention significative : « Le reste des actes de Salomon..., cela n'est-il pas écrit dans le Sépher dibrè Shelomo (livre des Actes de Salomon)? » On sait que cette mention va se retrouver désormais, avec une régularité presque mathématique, à la fin des règnes de chacun des princes des deux royaumes d'lsra(^l et de Juda [Sépher dibrè hayamim lemal kè Israël, Sépher dibrè hayamim lenialkè Yehoudah). Faut-il voir toutefois dans cette mention un renvoi à des archives^ à une sorte de bibliothèque officielle, que l'écrivain aurait eues à sa disposition? Nous préférons, avec la plupart des critiques, imaginer que le rédacteur de Juges-Samuel- Rois a eu sous les yeux un ouvrage d'ensemble, quelque peu antérieur au sien, sans doute plus complet en ce qui concernait les faits extérieurs, mais que lui-môme, le résumant par places, aura grossi par des additions et réflexions d'un caractère théologique.

l32 SOURCES DES LIVRES HISTORIQUES DE LA BIBLE

En résumé, plus des deux tiers du livre Juges-Samud' Rois (181 pages sur 262), sont consacrés au siècle ou au siècle et demi qui précède Tévénement connu sous le nom de schisme des dix tribus. C'est la portion de l'histoire nationale la plus éloignée de l'historien qui reçoit les développements les plus abondants, comme si la matière, si parcimonieusement mesurée par la suite, se trouvait libéralement à sa disposition pour ces temps reculés.

Pour qua'tre siècles ou trois siècles et demi, consacrés à dérouler les destinées séparées des royaumes de Juda et d'Israël, puis de Juda seul jusqu'à la destruction de Jérusalem par les Chaldéens (de l)50environ à 588 avant notre ère), il nous reste 81 pages et encore devons-nous commencer \m en distraire une incise considérable, qui est d'un caractère très spécial. Il s'agit d'une .série de récits, destinés à exalter le prophétisme et qu'on peut résumer sous le titre d'Épopée des prophètes Élie et Elisée. Ces récits, dont Tinspiration rappelle singulièrement celle du premier livre de Samuel tout entier consacré à la glorification du prophète de ce nom, sont jetés au travers de l'hLstoire politique, qu'ils obstruent et encombrent sans lui apporter aucun élément nouveau. En dehors de quelques intercalations secondaires, ils s'étendent du chîip. xvu du premier livre des Rots au cha|). xiii du second et occupent près de 40 pages, ainsi dérobées à l'histoire proprement dite.

11 nous reste donc une quarantaine de pages pour l'exposé des destinées du royaume d'Israël ou des Dix-Tribus à partir de la sécession opérée après la mort de Salomon jusquala ruine de Samarie, et des destinées du royaume de Juda jusqu'à sa disparition. Si encore ces pages étaient nourries de faits et d'indications précises! mais l'auteur se dérobe constamment à ce que, selon nos habitudes, nous serions tentes de considérer comme l'obligation essentielle de la tâche qu'il s'est proposée, pour s'étendre en considération d'un caractère prophétique, s'attarder à des développements rituels ou

exclusivement relatifs au Temple de Jérusalem, à des récits de réformes religieuses ou de merveilleuses interventions de la divinité (menaces adressées à Jéroboam, I Rois, xm etxiv; intervention du prophète Michée, I Rois, xxii; conjuration contre Athalie et mesures prises pour l'entretien du Temple, II Rois, XI et XII ; modifications introduites dans le rituel par le roi Achaz, II Rois, xvi ; considérations sur la destruction du royaume des Dix-Tribus, // /?o/s, xvii; réforme religieuse du roi Ézéchias et Jérusalem délivrée des Assyriens, II Rois, xviii à XX ; réforme religieuse opérée par le roi Josias, II Rois, xxii et xxiii).

Nous sommes maintenant en mesure de nous faire une idée de la nature des sources ou documents qui ont été à la disposition du rédacteur des livres historiques, ou, pour parler plus exactement, des documents sans la possession desquels il aurait été incapable d'accomplir sa tâche.

Mais, d'abord, est-on bien au clair sur la nature de cette tâche, qu'il ne faut pas confondre avec celle que se proposent les historiens critiques? Nous sommes persuadé que le rédacteur de Juges-Samuel-Rois a voulu faire une œuvre essentiellement d'instruction et d'édification, et qu'il a traité librement les écrits antérieurs à sa disposition pour atteindre plus sûrement son but. D'ailleurs, c'est le moment do rappeler que le livre des Juges-Samuel-Rois n'est, en réalité, que la seconde partie ou le complément de VHexateuque, où Ton accorde universellement que la composition libre, que la création religieuse, s'est donné les coudées franches, et il n'est pas à supposer que l'écrivain de Juges- Samuel-Rois ait reculé, lui non plus, devant l'invention tendancielle.

Nous estimons que cet écrivain était en possession d'un ouvrage relatant les débuts de la royauté (SaUl et David), ouvrage qui, au travers de vicissitudes qu'on peut supposer aussi nombreuses que possible, se rattachait à des souvenirs rapprochés des événements eux-mêmes. Co môme ouvrage

pouvait traiter de la période de Salomon, et c'est de lui que proviendraient, sauf exception, les données permettant de reconstituer les trois figures de Saul, de David et Salomon.

En second lieu, Técrivain de Juges-Samuel-Rois devait être en possession d'un résumé de Thistoire des anciens royaumes. Il a consulté ce recueil précieux dans une édition sans doute de peu antérieure à la sienne, mais qui prenait appui, soit directement, soit par intermédiaires, sur des archives d'un caractère officiel.

Voilà, en réalité, d'après nous, les deux moyens d'information essentiels, qui sont à la base du grand livre historique et qui ont permis aux écrivains des temps de la Restauration d'entreprendre l'expose tendanciel et dogmatique, dont le résultat définitif nous est parvenu dans Ifô livres des Juges y de Samuel et des Rois.

Mais comment ces archives d'un caractère officiel ont-elles traversé sans périr la crise effroyable de 588 et de l'exil? Serait-ce que, avant leur anéantissement par la flamme, on en aurait fait des extraits suffisants pour en conserver les données essentielles et ces extraits auraient-ils survécu, soit par les soins de membres du clergé restes en Palestine, soit par les soins des déportés emmenés en Babylonie? Il est à noter que des mains pieuses avaient déjà veillé à ce que les indications principales concernant le royaume d'Israël ou des Dix-Tribus ne fussent pas ensevelies dans le désastre de Samarie.

D'autre part, nous sommes disposé à admettre que nombre de récits d'un caractère plus ou moins légendaire sont redevables de leur existence à la présence de vieux monuments, échappés à la destruction.

Nous considérons, en effet, que la ruine de Jérusalem n'a pas abouti à la suppression complète de tous les monuments du passé, et que nombre de sanctuaires provinciaux ont survécu au désastre. Dans ces sanctuaires se trouvaient des

stèles votives, relatant des apparitions divines, de merveilleuses victoires, des interventions célestes en faveur de tel prince, etc. Si des stèles de cette nature ont continué de subsister au VI** siècle, — et sans doute au V*et au IV* avant notre ère, — à Dan, à Sichem, à Bersabée, à Galgala, à Gabaon, elles ont servi tout naturellement de point d'attache à la légende. Ainsi peuvent avoir pris naissance les légendes concernant Gédéon et Abimélech, Jephté, Samson, la défaite des prêtres de Silo, fils de Héli ; à ces mêmes sanctuaires se sont rattachées les figures prophétiques d'un Samuel, d'un Élie, d'un Elisée.

En d'autres termes, la « matière » de Juges-Samuel-Roissi été fournie par l'amalgame d'un résumé d'archives et de traditions ou légendes locales, développées à l'ombre des sanctuaires par les clergés provinciaux \ Le clergé de Jérusalem lui-même, qui travaille àprement k établir son monopole sur la ruine de ses rivaux, fournit, à son tour, sa contribution par des légendes telles que celle de l'installation par les soins de David de l'arche authentique de Silo et de la désignation de l'emplacement du Temple par un messager céleste. D'ailleurs, les lieux de culte provinciaux, les sources et arbres sacrés que l'on vénère en maint point du territoire, ne sont pas seuls à favoriser l'essor de la pieuse imagination des gens du second Temple ; tous les restes du temps glorieux qui a précédé l'exil, tous les monuments qui passent pour antiques donnent naissance à des applications semblables, et ceux que flatte dans leur orgueil naïf le voisinage de ces vieilles pierres, ne sont point en peine de dire par qui et par quel motif elles ont été disposées.

1 . Nous n'avons aucune raison pour repousser l'idée qui prolongerait Texistence de nombre des sanctuaires provinciaux de la Palestine jusque vers Tépoque d'Alexandre et môme au delà. Les légendes de Samuel, d'Élîe et d'Elisée, d'un caractère si visiblement moderne, ne se font pas faute d'exalter plusieurs de ces antiques lieux de culte, exactement eomme fait la Genèse elle-même.

La « forme » de Juges-Samuel-Rois appartient, pour sa part, à la Rédaction, et nous ne répugnons point à ce qu'on distribue celle-ci entre écrivains élohistes et jéhovistes, entre un premier et un second rédacteur deutéronoroistes et un écrivain proprement sacerdotal, pourvu qu'on ne reporte pas ce travail aux temps antérieurs à la Restauratioo. 11 n'est, en effet, pas un morceau de quelque étendue dans aucune des parties de ce recueil, où nous ne retrouvions U marque de la philosophie de Tliistoireet du rituel du cul te qai caractérisent les temps de la Restaurations — qu'il s'agisse des aventures de Gédéon ou de Jephté,de l'incident du lévite de Gabaa, des critiques adressées à l'institution de la royauté ou de l'inauguration du Temple par le roi Salomon, — brefdu pragmatisme théologique qui a mis son empreinte indéniable à la fois sur l'œuvre envisagée dans son ensemble et sur chacune des parties de ladite œuvre.

Ce pragmatisnie théologique a été signalé depuis longtemps, mais on a hésité à lui mesurer largement l'espace qu'il réclame. Cependant des critiques, tels que M. Cornill, s'enhardissent déjà à mettre sur son compte l'invention délibérée de faits qui ne reposent sur aucune réalité; c'est dans cette voie que nous voudrions voir la critique biblique s'engciger d une façon plus décidée, pour une appréci»ition plus saine de la part qu'il convient de faire dans l'étude des livres historiques de l'Ancien-Testament à l'histoire politique d'une part, à la théorie dogmatique de l'autre'. Si la

1 . Nous avons eu déjà loccasion de nous prononcer sur la prétendoe antiquité de morceaux poétiques, notamment du Cantique de Débora, que des détails significatifs doivent faire envisager comme des compositions modernes.

2. Nous avons consacré nos conférences du semestre d'hiver 1893-1894 il rechercher dans quelle mesure l'œuvre d'ensemble /«//rs-.S<i/iiiie/-iîo»* connaissait et pratiquait la législation de VHcxatctiquCf et en nous fondant sur un très grand nombre de passages; nous avons établi qoe ua ou SCS auteurs avaient eu sous les yeux : 1" le document jchovi«t^

3remière nous permet de remonter au delà des temps de 'exil jusqu'à un Josias, un Ézéchias, un Achab, un Sâlonon, un David et un Saùl, la seconde^ nous en avons la •erme conviction, est Texpression de vues qui ne pouvaient le produire qu'après la reconstitution d'Israël sous la suze- *aineté persane.

lohiste; 2* le document deutéronomique; 3* beaucoup des indications ituellcs qui se trouvent dans le document sacerdotal dont on reconnaît lénêralement Torigine post-cxilienne. Nous obtenions ainsi une indicaion précise et autorisée sur la date de la rédaction d'ensemble, qui 'enait confirmer nos résultats antérieurs. Cela s'applique tout particuièrement aux grands développements « prophétiques » concernant Umuel, Élie et Elisée, développements dont les auteurs ne se sont aème pas toujours donné la peine de rattacher les capricieux épisodes , des circonstances ou t des personnages nettement déterminés.

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