‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 122 sur 212 · I. — RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR VIRGILE LUI-MEME · texte numérisé non relu

I. — RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR VIRGILE LUI-MEME

11 s'agit évidemment crun document écrit que le poète a Uisous les yeux et qu'il suppose connu et même commenté )ar ses contemporains. Le mot cannen ne peut désigner |u'un poème, et les mots ultinia œtas font entendre que ce loèine déroulait une histoire prophétique du monde divisée n plusieurs âges, dont le dernier, âge de rénovation intérale, allait commencer. Le bonheur et la justice allaient evenir sur la terre; une famille d'hommes d origine céleste, t, tout d'abord, un chef issu de Phébus-Apol Ion amènerait, vcc Tabolition du crime et la fin des antiques terreurs, une aix universelle dans l'humanité et dans la nature. Les igncs précurseurs en apparaissent déjà dans l'ébranlement le tout l'univers dont Taxe fléchit et oscille.

Aspicc co/œexo nutanleni pondère miuidum, Terrasfjue traclusrjue maris cœlumque profundum.

Voilà ce qu'implique, sans contestation, la paraphrase de k'irgile.

Si du contenu de ce poème Cuméen nous passons à la orme, nous pouvons avec la même certitude nous le reprécnter comme écrit en langue grecque et en vers homériques. lu témoignage unanime des auteurs anciens, rhexamèlro tait la fornic [)référée des sibylles ou plutôt des poètes qui ?s faisaient parler. C'est la forme de presque tous les fraglents sibyllins parvenus jusqu'à nous et celle des parodies élèbres qu'en ont faites Aristophane et Lucien'. V'irgile ne

1. Voy. Alexandre, Oraciiln Sibi/ll.^ 11, Excursns 2. Appcndix, !onime la sibylle passait pour ôtre antérieure à Homère, on disait, suiant Lnctance et Vanon, qu'Homère Tavait plagiée {Insd ilii\, I, G). !omp. Orac. SibylL, lU, v. 423.

l'entend pas autrement, quand il dit ailleurs de la sibylle de Cumes :

. . . quœ rupe sub ima Fata canitfoUi^quc notas et noniina mandat, Qiut*cunique infoUis descripsii carmùia virgo Digerit in numerum ^

Voilà une première notion de ce Carmen Cumanim, Reste à préciser le sens de cette épithète. Pausanias, qui vivait un siècle après Virgile, déclare expressément que les gens de Cumes, de son temps, n'avaient pas d'oracles écrits de leur fameuse sibylle à montrer aux étrangers\ Il est vrai, d'autre part, que Suidas, au moyen âge, parle de recueils d'oracles attribués à cette sibylle'. Le dire du premier pèse infiniment plus que celui du second. Mais il n'est pas impossible de les concilier. Les habitants de Cumes pouvaient bien n'avoir, dans leur petit musée sibyllin aucun spécimen d'oracles écrits, sans qu'on puisse inférer de là qu'il ne circulait pas à Korae et ailleurs des poèmes attribués î\ la sibylle. Du temps de Virgile, avant Varron, on croyait généralement à une seule sibylle et à l'identité, en particulier, de celle de Cumes et de celle d'Erythrée. Tout ce qui, en Orient, portait le nom de la seconde prenait, en Occident, celui de la première. On racontait que, née à Erythrée, la sibylle était venue en Campanie et y avait fini ses jours*. Il suit de là que le mot cuméen pour Virgile ne signifie pas le moins du monde, poème venude Cumes ou trouvé dans cette ville, mais signifie simplement

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