UN TEXTE ÉTHIOPIEN INÉDIT
Par J. DERAMET
Le manuscrit éthiopien, dont je ne présente qu'une partie mise en français pour le public savant et lettré, paraît être l'œuvre d'un Falaclia, c'est-à-dire d'un Juif émigré en Abyssinie. Le professeur Joseph Halévy, qui a bien voulu me communiquer ce texte encore inédit, semble adopter cette opinion et nous savons tous la haute compétence de ce distingué sémitisant\
Si la Vision de Gorgorios est vraiment l'œuvre d'un Juif émigré sur les plateaux de l'Ethiopie, elle dénote la permanence d'une tradition judaïque et spiritualiste au centre de l'Abyssinie, et c'est en ce sens que la publication de ce document peut être utile à ceux qui désirent étudier de près les origines et filiations, soit religieuses, soit ethnologiques d'un peuple dont toute l'Europe s'occupe aujourd'hui.
Rien, dans ce texte, ne décèle une main strictement chrétienne. On y trouve à la vérité plusieurs descriptions dans le goût de V Apocalypse de saint Jean, mais il ne faut pas s'en
). Voir à la fin de cette étuje la note historique sur les Fs^lacbas,
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étonner. Les écrivains sémites, j'entends surtout les hagiograplies, sont coutumiers de ces tableaux, soit qu'ils s approchent des traditions chrétiennes, soit qu'ils demeurent strictement fidèles à l'esprit dont le prophète Daniel estle représentant le mieux connu.
C'est la pensée du Jugement et de ses conséquences qui domine l'âme du pieux Falacha, auteur probable de celte Vision. Les païens déjà n'ont pu échapper à cette pensée obsédante, témoin Virgile qui proclamait heureux celui qui s'affranchit des terreurs de l'Achéron. J'ignore si, parmi le5 Falachas anciens et modernes, il existe quelque chose de semblable aux divisions doctrinales, constatées, dès le temps du Christ, entre les Sadducéens et les Pharisiens. Ce qui paraît évident, c'est que notre auteur partage les idées de saint Paul et de plusieurs autres, touchant la Résurrection des morts. Il y a ici autre chose et plus que le schéol, séjour ténébreux et désolé des mânes : car il y est parlé d'un jugement et de la sanction qui le suit. C'est principalement dans les descriptions des châtiments atroces infligés aux grands pécheurs, que notre auteur se rapproche le plus des traditions sacerdotales de l'Orient et aussi de l'Egypte. Les Juifs avaient vécu longtemps au milieu de ces religions; ils y avaient pris ce qui leur convenait; nous-mêmes, Européens et chrétiens, ne rencontrons-nous pas, dans la Divine Comédie du Dante, des tableaux que le monde romain et grec, que la tradition authentiquement chrétienne n'auraient pu inspirer seuls à la verve de l'implacable Florentin?
Je suis d'avis que ce manuscrit, disons mieux, cette copie (car les fautes trop faciles à relever dans le texte, et les lacunes évidentes décèlent une main novice) ne date pas d'une époque antérieure au XIII® siècle. Rien, cependant, dans l'examen extérieur du manuscrit lui-même, ne révèle une date précise.
C'est un fascicule d'une vingtaine de pages, insérées au milieu d'un épais petit volume de la forme d'un in-24. Les
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feuilles sont un parchemin blanc et fin. Le copiste semble habile, en tant que calligraphe, mais d'une faiblesse insigne pour tout le reste. Plusieurs lettres sont écrites avec une encre rouge ou bleue et tiennent lieu de majuscules. Le reste est d'une encre noire très résistante.
M. Joseph Halévy, le savant profes.seur que nous connaissons, voyageait autrefois dans TAmliara, partie centrale de TAbyssinie, et se trouvait un jour dans la petite ville de Capta, non loin de Matma, lorsqu'on lui signala la boutique d'un scribe, riche en livres et manuscrits. Ce fut dès la première visite que ce scribe montra le volume entier à ^L Halévy et attira de préférence son attention sur le fascicule inséré au milieu des autres, et contenant la Vision deGorgorios. « Ce personnage, dit- il, est un grand saint d'autrefois. On en garde encore le souvenir, et vous serez content d'emporter quelque chose de lui en Europe. »
Il m'est impossible de dire autre chose touchant ce manuscrit, dé|)Ourvu de toute histoire, sauf celle de sa rencontre à Capta, dans la boutique d'un scribe israélite, descendant probable des Juifs émigrés en Abyssinie à diverses époques et appelés Falachas, terme qui a le sens du mot latin adcena. Je parlerai assez longuement de ces Falachas à la suite de la Vision de Gorgorios, et je reviens à la date supposée de mon manuscrit.
Au XIII^ siècle, en effet, un mouvement littéraire très prononcé se fit sentir clans l'Abyssinie entière. La littérature des Arabes, celle des Rabbins étaient dans le même temps très florissantes. Les populations d'origine sémitique, les Falachas vivant dans le Samen et autres contrées élevées du nord-ouest de TAmliara, ne devaient pas échapper à ce développement. C'est en effet sous les rois ou Negus Yekuno- Amlac, Amda-Syon et quelques autres princes des XIII® et XIV*' siècles, que l'histoire a constaté un réveil national, religieux et littéraire, à droite et à gauche du Nil Bleu, depuis le Tigre jusqu'au royaume du Choa.
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Si Gorgorios a vécu à cette époque ou un peu plus t^ird, il a dû mettre à profit le respect religieux du peuple abyssin pour Tantiquité judaïque où il retrouvait les ancêtres supposés de ses rois. Les haines et les luttes d'extermination ne datent, en effet, que de l'arrivée des Jésuites portugais et de leur influence au temps de Sertza-Dengel.
Le pieux Falaclia, notre auteur suppose, aurait pu se servir des travaux eschatologiques datant des premiers siècles du christianisme. Il ne paraît pas en avoir éprouvé le besoin. 11 n'a même profité qu'avec une extrême réserve des sources du même genre, si abondantes chez les Rabbins. Son œuvre revendique, par là, une véritable originalité que je ne lui contesterai pas.
On ne trouve dans la Vision de Gorgorios que des traces affaiblies, je dirais même presque nulles, des travaux des Gnostiques. On sait pourtant que, vers le temps d'Amda- Syon, des traductions nombreuses furent faites par des moines abyssins, et qu'on y rencontre des œuvres de la Gnose alexandrine ou syrienne. Il ne semble pas, pour autant, que les rêveries orientales aient eu prise sur 1 esprit très positif et peu métaphysique des populations éthiopiennes. Voila pourquoi, probablement, Gorgorios, si tel est le nom de l'auteur, n'a pas songé à coudre i\ ses récita le moindre lambeau des recherches philosophiques, si chères autrefois aux penseurs d'Alexandrie et d'Antioche.
Abordons, maintenant, la Vision elle-même ou plutôt sa traduction, pour laquelle je demande la plus grande indulgence, à cause de sa véritable difficulté. J avertis mon lecteur que j'ai traduit souvent, mot à mot, ne pouvant fniro autrement, et que j'ai indiqué par des points les lacunes nombreuses de la copie que j'ai sous les yeux.
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VISION DU PROPHETE GORGORIOS OU GREGOIRE SON VOYAGE AUX ENFERS ET AU CIEL
Béni soit Dieu, seigneur d'Israël! Ceci est la parole du prophète Grégoire.
... Je m'adressai alorsà TangeMichaël : « Dis-moi comment surviennent la mort et la séparation de rame d'avec le corps? Il me répondit : « On appelle mort l'abandon du corps par l'âme. » La mort est douce ou cruelle, selon qu'elle frappe les justes ou les pécheurs. Pour celui qui a fait des œuvres bonnes, la mort est le salut et le repos, dès l'instant de la séparation. L'amertume est absente de la mort pour cette âme; elle voit se réunir auprès d'elle les bons anges, c'est-à-dire ceux dont le visage respire la beauté et l'esprit la miséricorde. Ils portent des couronnes de lumière, et ils accueillent l'âme au séjour de la gloire, par les hymnes et les félicitations adressées à l'ange qui est demeuré avec elle*, et ils chassentau loin les esprits impurs. Ils conduisent ainsi l'âme dans les cieux, au milieu des louanges et des glorifications.
» Quant à la mort du pécheur et à la migration de son âme du milieu de ce monde, voici comment tout se passe.
» Les anges du châtiment arrivent d'abord auprès d'elle. En eux n'habite aucune miséricorde, leurs visages expriment la laideur, leur aspect est difforme. C'est alors que l'âme du pécheur est livrée à une douleur cruelle. Puis accourent d'autres démons pour demeurer avec elle, ceux-là précisément qui se tiennent près des pécheurs pour les tromper. A cette vue, l'âme se repent de n'avoir pas fait le bien, mais la damnation est son partage; elle est ainsi conduite dans une mer d'affliction profonde, dans une tempête (de châtiments) et sous des verges de feu qui la flagellent. »
Et l'ange me dit î « Regarde vers la terre, m et voici que je vis
li Grégoiie semble admettre ici la croyance à l'Ange gardien^
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des milliers de lumières, c'esl-à-dire des milliers de bons anges au visage radieux, richement vôlus, glorifiant et exaltant la Sainteté (infinie). «A toi la gloire, disent-ils; «à toi. Seigneur! conviennent toute gloire, tout honneur et grandeur; car c'est toi qui es la grâce des saints et la couronne des âmes pures, l'élévation des humbles et la force des faibles. »
Je vis ensuite la gloire du Dieu très haut, qui demeure au plus haut des cieux, tandis que devanl Lui tremblent les créatures du ciel et de la terre.
Mais voici : à Tintérieur d'un oiseau divin (le texte porte une poule), je vis comme une forme de perle blanche, éclatante de lumière, tellement que si son éclat se révélait tout entier, elle illuminerait le monde jusqu'à ses extrémités.
Puis s'élevait Sion au-dessus des splendeurs des cieux, Sion bâtie de pierres précieuses, brillante comme l'or purifié au feu. Une couronne était placée sur la tête de ce (divin) tabernacle, ornée d'une pierre qui jetait l'éclat de l'émeraude, décorée de trois perles fines, admirables de blancheur et lançant des gerbes de lumière telles que l'œil ne peut soutenir leur aspect. Mais voici venir des anges, parés de vêtements couleur de rose blanche, semblables à des perles célestes, serties dans un or très pur. De leur bouche sortait une voix qui disait: (c Saint est le roi qui scrutcl'intérieur de ses élusl II est semblable à l'arche (ornée) des perles blanches, et rien n'existe de comparable à lui en élévation, m
Or, l'on trouve à l'intérieur de cette arche des caractères tracés en perles de grande valeur : olives marines, pierres aux couleurs changeantes. Lorsqu'en effet se manifeste l'éclat du rubis, le vert (émeraude) brille à son tour. J'y admirais en outre la couleur de l'azur ainsi que celle du safran, et tout aussitôt d'autres aspects, chacun en son genre et à son tour.
Voyant cela, je tombai sur la face et je pleurais, mais l'ange me dit : « Pourquoi pleures-tu à la vue des merveilles opérées par le Seigneur en faveur des enfants des hommes, trop souvent insensés et jugeant mal (de toute chose)? » Puis Michaôl ajouta (aussitôt) devant l'assemblée : «Grégoire! tu vas voir, maintenant, quelque chose de plus grand dans les cieux et sur la terre... ceux-li adorent Dieu avec un cœur pur, mais qui peut les connaître?. •• J'entendis ainsi les chœurs célestes et des chants qui réjouirentmon
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cœur : louanges, hymnes, lumières, éclairs et parfums délicieux qui feraient revivre les morts.
Après cela, je me retournai et voici que j'aperçus une femme ' vêtue d'écarlate, dont l'œil ne pouvait soutenir l'éclat lumineux. Je l'admirais, tandis que les anges gloriGaient Dieu, et je voulais m'enfuir n'importe où. Mais je reconnus (peu à peu) le lieu où j'étais et mon cœur revint à lui. Je demandai ensuite à l'ange quel était ce lieu, et il me dit : « C'est ici la Jérusalem céleste. Qui donc en sera digne? » et il ajouta : a Lis ce qui est écrit sur la porte de la maison sainte. » Et voici que je distinguai aux scintillements de la lumière une inscription latine qui signifiait : « Celle-ci est la Jérusalem céleste qui sera le partage de ceux qui se seront dévoués pour la parole de Dieu et qui auront méprisé la gloire de ce monde passager. Elle sera aussi le partage de ceux qui se sont retirés vers les montagnes et les rochers, vers les grottes et les solitudes, afin d'être les serviteurs de Dieu. »
Michaêl me parla ensuite, tandis que je le regardais : c Suismoi et vois la sentence de condamnation inûigéeàceux qui renient le Seigneur. » Il me conduisit alors au sommet le plus élevé de la montagne, et il me dit : « Tourne-toi et regarde à ta droite. » Et voici : je vis un fleuve grand et profond qui engloutissait toutes choses comme du plomb tombé dans une eau profonde ; et je voyais sortir de ce fleuve des charbons ardents, et l'onde bouillonnait comme dans une chaudière, exhalant des odeurs fétides, tandis que le feu coulait aussi abondamment que les eaux du grand fleuve d'Egypte.
Et voici qu'à l'intérieur se trouvaient des hommes avec des chaînes aux jambes, leurs têtes renversées, frémissantes et comme bouillonnantes dans le feu. Je pleurai à ce spectacle, je me
1. Si Grégoire a la les premiers versets du chap. xn de VApocali/psct il n'y a pas lieu de s^étonner de Tapparition de cette femme dans son récit.
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lamentai et je me sentis gagner par im grand effroi et un grand tremblement. Puis, retombant sur le visage, je dis à Tange : « Qui sont ces hommes? » Il me répondit : « Maître! ce sont ceux qui ont renié Dieu, qui ont multiplié leurs crimes, et c'est leur châtiment éternel que tu contemples. »
L'ange me dit encore : « Tourne toi et regarde vers ta gauche. » Je me tournai, je regardai, et voici un grand fleuve tel que le premier, roulant des matières inflammables et de la poix. Des tourbillons de feu pétillaient et atteignaient de leurs flammes la hauteur des cieux. Et je vis sur ce fleuve des créatures étendues, fouettées par la tempùte de feu qui sévissait dans leurs chairs. Il ne restait plus que les ossements de ces corps que Dieu avait créés. Or, ce tourbillon de flammes s'élargissait en une sorte de lac qui servait de prison à tous ces corps, ainsi que le premier fleuve, et leur combustion était accompagnée de crépitements que j'entendais.
Et je disà l'ange : « Seigneur ! qui sont ceux-ci?» Et il me répondit : « Ce sont ceux qui n'ont pas révéré le nom sacré. . . » Puis il ajouta : « Ceux aussi qui se sont imaginé que je les aurais préservés (malgré eux) au nom du Très-Haut. » Et je vis que, dausce fleuve noir et profond, il y avait un vase pour puiser du feu, et il me dit : « Puise et verse sur eux, » et c'est ainsi que s'exécute le jugement de ces damnés.
Alors je dis à l'ange : « Qui sont ceux-là. Seigneur? » Il me répondit : « Ce sont les rois de la terre, serviteurs de l'injustice, et d'autres (que les rois) coupables des mêmes iniquités. » L'ange me dit encore : « Tourne tes regards derrière toi. » Et je vis de grandes ténèbres, et j'entendis en elles des pleurs et des cris. Mais l'ange ajouta : (( Quant à vous, ô ténèbres ! je suis envoyé par Dieu pour révéler à Grégoire ce qui se trouve dans votre sein. Découvrez vous donc et montrez ce qui est en vous. Ensuite vous reprendrez votre forme primitive. » En même temps s'ouvrirent ces ténèbres dans le sens de la hauteur et de la largeur; et de toutes parts s'allumèrent, dans cette nuit brûlante, des torches fétides, tourment des 4mes des damnés \ Et je voyais aussi des créatures humaines diversement châtiées. Il y en avait qui flambaient et dont les langues
1. Ou retrouve dans cet épisode comme une vague rôniinisccncc d« VÊcanpilc de Nicodànic, chap. xxii, xxni, xxiv.
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immobiles tombaient jusqu^à leurs poitrines, et je dis à l'ange: w Qui sont-ils, ô Seigneur? » « Ceux, me répondit il, qui ont porté de faux témoignages contre leurs frères. Il en est, dans le nombre, qui habitent un immense glacier pire que le feu. » Leurs dents grinçaient, une terreur immense fondait sur eux accompagnée de Wmes amères. Je pleurai et je dis : « Qui sont-ils, Seigneur? » « Ceux, me dit-il, qui ont fait mauvais accueil aux voyageurs et aux pauvres. 11 en est, parmi eux, qui habitent des prisons intérieures, et dont la sentence a pour exécuteurs des scorpions énormes qui les déchirent. »
Puis je dis à l'ange: « Et ceux-ci, qui sont-ils? » « Ce sont ceux qui ont juré faussement par la Divinité. Il en est qui sont obligés à ne se tenir que sur un pied, en grinçant des dents, pendant que sur eux, goutte à goutte, tombe comme un lait de feu; puis les démons viennent ici avec des colliers et des bracelets ardents qui font tressaillir la chair (de ces misérables). » L*ange me dit encore : « Ceux-ci croient dans un homme, mais non en Dieu \ et parmi ceux qui ont (ainsi) abandonné Dieu, il en est dont le visage est de la couleur des ténèbres. Ils étendent leurs mains et les agitent au milieu de ces vagues de feu, mais les démons (les secouent) et les maîtrisent. » « Qu'ont-ils fait, Seigneur? » « Ils ont volé le bien d'autrui. Tu les vois dans ce feu, plongés jusqu'au genou; ils crient, ils se lamentent en disant : Malheur à nousl pourquoi n'avons-nous pas expié ce qui fait (maintenant) notre damnation éternelle? » Et l'ange leur disait : « Ne connaissiez- vous pas la parole de l'Écriture? n'aviez-vous pas lu les discours des prophètes? n'aviez-vous pas entendu les commandements divins? » Ils répondirent : (( Insensés que nous étions! nous avons, nousmêmes, allumé ce feu. »
Et je dis à l'ange : «Seigneur! qui sont encore ceux-ci?» « Il en est parmi eux, me répondit-il, qui se sont prosternés devant les démons (ceux-là mêmes) qui leur couvrent le visage avec ces charbons de feu, pendant qu'ils pleurent amèrement. » « Et ceux-ci? disje encore, 6 Seigneur! » « Ce sont ceux, répondit-il, qui ont excité la jalousie de Dieu» à cause de ceux qui ne sont pas Dieu '. »
1. Allusion, soit aux chrétiens, soit aux musulmans. 3. Allusion probable à la fol en la Trinité.
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J'en voyais d'autres encore plongés dans ces abimes brûlants, et je demandai: « Que sont-ils? m (* Ceux qui vous adorent, 6 Seigneur I mais qui exercent aussi la divination, qui vont consulter les idoles et qui se confient en elles... ))
... Les dénions les frappaient de tous côtés, environnant leurs personnes d'afflictions et de flammes. Et (ces misérables)» à l'imitation de chiens courroucés, cherchaient à mordre les démons de leurs gueules remplies de feu. Ils étaient frappés sur la tête et sur tout le corps, et les charbons brûlants pleuvaient sur eux comme la pluie des nuages épais.
L'ange me dit encore : « Les reconnais-tu? sais-lu leurs péchés? Ce sont ceux qui ont tué leurs semblables et qui ont versé un sang innocent. Il en est parmi eux qui saisissent des charbons brûlants pour torturer leurs membres et répandre l'action du feu sur tout leur corps. »
Et je dis à Tange : « Qui sont encore ceux-là? » t Ceux qui font l'adultère, répondit-il, et qui convoitent les femmes des autres dans leurs désirs charnels. Tu vois ici leur châtiment pour l'éternité. »
Je pleurai alors et tombai sur la face en disant : « Malheur aui fils d'Adam 1 » Et l'ange me releva et dit : « Tu verras désormais des choses encore plus grandes et qui dépassent l'intelligence (de plusieurs). Les hommes sont récompensés selon leurs œuvres, » — c'est ainsi que je l'avais vu (compris), — « mais celui qui meurt sans avoir fait pénitence ne verra pas la face de Dieu. Il n'y aura pour eux jamais de miséricorde, et pourtant, ils auront la connaissance de Dieu. »
... (Puis je vis) un bon vieillard qui venait d'expirer et dont les anges faisaient monter l'ûme (vers les cieux). Cette Ame brillait comme un soleil. La joie était devenue son partage et les anges lui disaient : « Tu en as fini avec la douleur et la peineque tu as ressenties à cause de la parole de Dieu. Tu vas trouver ta récompense près de Lui, car II est miséricordieux à jamais. Ornez, embellissez cette ame. » Alors crièrent tous les anges du ciel : « Gloire au Dieu unique ! à celui-là seul qui est saint I )) Les anges disaient encore: « O âme I les bonnes œuvres que tu as accomplies dans le corps ^ l'esprit te donneront la vie, car les justes vivront toi{jourSy ao milieu des anges et près de celui qui demeure avec chacun d'eux'.*
L Livide de la Sagesse^ v, 16. — Allusion nouvelle à l'ange gtrdita.
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Ensuite, j entendis une voix divine qui disait . « Apportez à cette âme ce qui lui est dû, qu'elle reçoive le fruit de ses œuvres et la récompense de son adoration rendue par elle à son Créateur. » Et les anges vinrent dire à celte âme : « Ne crains pas; si tes œuvres ne méritent aucun regret, tu obtiendras le royaume du ciel. Désormais, et en vertu de tes actions, lu seras rétribuée avec justice. » Puis j'entendis encore la voix divine : h Amenez-moi cette âme. Quant aux perfides et aux injustes, leur place est marquée là jusqu'au jour de la juste répartition. Prenez courage, ô vous, les anges! dites : Saint! Saint! Saint! le Dieu des armées, dans ses œuvres. Il est miséricordieux et clément. C'est lui qui élève les humbles, qui fait entendre la vérité aux puissants. C'est toi, ô Seigneur! qui seul es le roi de justice. Sois (donc) notre juge. »
Ceux qui ont cru au Seigneur, leurs erreurs leur
seront remises, mais ceux qui après avoir cru se sont retournés vers les œuvres de péché rencontreront un grand châtiment et leur fin sera pire que le commencement.
Cet ange me dit encore : «0 Grégoire! si un homme aime Dieu de tout son cœur et de toutes ses forces, pour peu qu'il fasse le bien, Dieu l'aidera, le sauvera de la damnation et le dirigera ; car Dieu ne repousse personne. Les doctrines de ce monde passeront, c'est Dieu qui t'a enseigné la vraie doctrine (laquelle ne passera point). C'est l'humilité qui est destinée à chasser (de nos cœurs) l'amour de ce monde. ))
Et moi Grégoire je répondis : « Mes frères, prosternons-nous devant le Dieu du Ciel, dans cette cité de lumière et d'eaux pures, où celui qui arrive trouve un refuge pour son âme et pour ses œuvres de justice. Mes frères ! les jours de notre vie passent de telle sorte que je puis dire : Leur fin est proche et l'avènement du Seigneur se fait dans un instant et dure autant que la fleur du désert, car nous pouvons qualifier ainsi la venue de la mort, en la comparant à l'arrivée subite d'un voleur. »
« Alors même que les âmes se cacheraient du Créateur et se confieraient (uniquement) dans leurs œuvres, Dieu rendra à chacun ce qui lui est dû. »
(( 0 àmel quoi que tu dises, pourvu que tu aies bien agi en ce
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monde^ et vous aussi, mes frères, (ne craignez pas) de venir vers Dieu. Ne déviez pas du côté de ce monde périssable et instable qui ne dure qu'un moment. Considérez les jours comme un songe; ne souillez pas ma maison, et vous partagerez avec les justes Fhéritagedela justice \ »
L'ange Michaël me dit ensuite : « Je t'ai montré la sortie de rûmc du corps des pécheurs et des jusles. Suis-moi, et je vais le faire voir le lieu où reposent les élus et les purs. » Après ra*avoir (ainsi) parlé, il me prit la main et me conduisit dans un lieu immense, dont la beauté consistait (surtout) dans Téclat admirable d'une pierre d'un grand prix qui illuminait jusqu'aux étoiles*.
Et voici, à l'intérieur de ces lieux, des myriades de portiques, ornés de saphirs dont l'éclat effaçait le soleil. La terre en cet endroit possède la blancheur éclatante de l'argent et des pierres qui lui ressemblent. Puis, voici un grand fleuve, et tout autour mille petites sources qui coulaient en tremblotant. L'eau du grand fleuve brillait comme l'or le plus pur, comme les topazes, les chalcédoines, les jacinthes et les émeraudes. Il était ombragé par des arbres de toute taille, disposés comme des ruches d'abeilles. Et, parmi ces arbres, il n'eu était point qui fussent desséchés, ni dont les feuilles fussent tombées, ni dont les fruits fussent gâtés. Ils
1 . Ces deux passages prouveraient que Gorgorios admettait le salut des justes, en dehors de toute confession religieuse, voire de tonte croyance pratique à un Créateur. Le milieu dans lequel il vivait lui faisait-il une nécessité de ces idées si larges ? n'était-ce pas plutôt dans l'espoir d'opérer la conciliation, de prêcher la fraternité parmi les peapies qui voulaient alors dominer sur TAbyssinie : Gallas fétichistes, Arabes et Turcs musulmans, Juifs du Samen, Chrétiens jacobites on melchites ? Grégoire leur disait : « Faîtes le bien et le juste: Dieu se charge du reste. »
2. On remarquera les ressemblances avec V Apocalypse de Jean.
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répandaient une odeur suave, et ils portaient des fleurs plus odori* iérantes que tous les aromates d*aucun lieu de la terre.
Lorsque les morts viennent à sentir, du sein de leurs tombeaux la douce odeur de ces arbres, elle les fait revivre. Or, dans ce lieu, il n'y a pas de soleil, et pourtant il y fait une clarté plus grande qu'avec le secours de cet astre, et les ténèbres de la nuit ne sauraient en approcher.
Voyant cela, j'admirais et je glorifiais le Seigneur. Puis l'ange me dit encore : « Ne sois pas étonné, ô Grégoire! à la vue de ce jardin dans lequel ont habité Adam et Eve, où ne se rencontrent ni la mort, ni les ténèbres, ni le froid. Si Adam et Eve avaient compris le Seigneur, ils y seraient demeurés avec leurs enfants, sans peines, sans douleurs et sans connaître la mort; je le dis à vous, mes frères! mais le péché a transgressé les ordres du Seigneur; Tavidité du savoir a causé ces maux V »
Et je dis à l'ange Michaël : « Qui sont les habitants de ce lieu ? )) Et Michaël me répondit : « Ceux qui ont gardé les commandements divins habitent ce séjour. » Puis, il me dit encore : a Suis-moi, jo vais te montrer la condamnation de la Synagogue aux murailles d'argent, qu'on avait bâtie en l'honneur du saint nom de Dieu. » Celte fois encore j'acceptai son. offre, et voici qu'à mes regards s'offrit une synagogue (un temple) aux murailles de fer. Les anges aussi la gardaient.
. (Quant à la première synagogue), elle était vaste, solide et élevée, ornée d'émeraudes verdoyantes qui brillaient en éclairant. Les plafonds étaient soutenus par des colonnes d'une blancheur immaculée, incrustées de topazes et de chalcédoines. (La couverture était faite avec) des tuiles émaillées de rouge et d'un bleu aussi beau que l'azur du ciel, ornées d'aigues-marines. Puis, Michaël se tut, et l'on entendit à Tintérieur, avec des intervalles d'un profond silence, les anges qui louaient Dieu en disant : (( Tu es saint. » Ils exaltaient le Seigneur en abaissant leurs têtes, au milieu de mille étincelles flamboyantes*.