‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 167 sur 212 · UNE PRIÈRE DES ANGES AU DIEU UNIQUE SUIT LA PRIÈRE DE SAQOUIAN · texte numérisé non relu

UNE PRIÈRE DES ANGES AU DIEU UNIQUE SUIT LA PRIÈRE DE SAQOUIAN

Alléluia! à toi conviennent. Dieu unique, la louange, la grandeur et la gloire. Tu es élevé, toi qui demeures sur un trône élevé, car lu es la beauté et la grâce des justes, la couronne des purs, la grandeur des humbles, la force des faibles. Alléluia pour Dieu seul! Saint, saint, saint ! Tu es miséricordieux et clément. C'est loi qui élèves les humbles et qui ceins les forls. Toi seul es roi, seigneurdc justice et de droilure.

Gloire au Dieu unique ! le très haut qui habite sur les hauteurs (in excelsis). Il est béni au plus haut des cieux. Son nom est saint et pur. Gloire, honneur, bénédiction et domination à celui qui est assis sur un trône étincelant!!!

On aura remarqué sans peine la ressemblance de ces formules de prières et de leur préambule avec les endroits analogues du manuscrit. Il est certain que les prières de Saqouyan et des Anges nous viennent des Falachas du Samen en Ethiopie; c'est pour cette raison de similitude que la Vision de Gorgorios a été attribuée h la littérature des Juifs émigrés vers le sud de la Nubie et jusqu'aux sources du Nil Bleu.

1. Il est à remarquer que Saqouyan insiste comme Grégoii'e sur la miséricorde et la clémence de Dieu. Ces deux qualificatifs accomi>agnent, comme on le sait, le nom d'Allah dans la liturgie musulmane, et ailleurs encore.

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Je suis amené ainsi à parler des Falachas, â dire leurs origines supposées, et à les suivre dans le cours des révolutions de riiistoire d'Ethiopie. Je le ferai brièvement.

D'après Bruce, les Falachas qui ont aujourd'hui un langage particulier, faisaient partie des nations qui s'enfuirent de la Palestine aux approches de Josué (Bruce, t. III, p. 250 et 303). Eux-mêmes prétendent qu'ils sont venus de Jérusalem avec Ménilek, fils de la reine de Saba et de Salomon (ibid., p. 260). Lors de la conversion des Éthiopiens au christianisme, ils auraient choisi pour souverain un prince de la tribu de Juda et de la race de Salomon, par Ménilek, qui se nommait Phinéas. 11 refusa d'abandonner la religion de ses pères, et c'est de lui que les princes des Falachas descendent en droite ligne. On s'est défié peu à peu des affirmations de Bruce et l'on a suivi d'autres données plus probables.

Aujourd'hui, on admet généralement que les Juifs sont arrivés en Abyssinie, dès les premiers siècles, péle-méle avec les Arabes du Sud-Ouest, c'est-à-dire avec les Himyarites ; et qu'un autre courant d'immigration aura conduit les Juifs, habitants de l'Egypte, vers la Nubie et TAbyssinie, dès les premiers siècles du christianisme. Un fait constaté par les voyageurs modernes et dont nous trouvons la preuve dans Caillaud ( Voyages àMeroë et au Sennaar, t. II, chap. XXXIV et sqq.), c'est que, sur les deux rives du Nil Bleu, on n'a pas encore rencontré le texte hébraïque du Pentateuque, mais seulement la version Alexandrine; ce qui donne a penser que le plus grand nombre des Falachas ou Juifs émigrés venaient de la vallée inférieure du Nil. On sait d'ailleurs que les Saintes -Écritures ont été traduites en ghéez (langue classique) dès l'époque de Frumentius, et que ces traductions faites d'après les Septante, à l'usage des nouveaux chrétiens, auront ainsi confirmé les Falachas dans leur habitude de lire le Pentateuque à l'aide d'un texte devenu habituel aux chrétiens de TAbvssinie tout entière,

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qui rendaient hommage par cela môme à l'habileté consciencieuse des savants juifs d'autrefois.

La première apparition dans Thistoirc d'Ethiopie des Falachas, si l'on s en rapporte aux témoignages de Bruce, de Sait et aux chroniques éthiopiennes ou arabes, traduites ou étudiées par MM. Halévy,Guidi, Dillmann, René Basset, Jules Perruchon et quelques autres, a lieu vers Tan 960, ou quelques années plus tard, au temps de h\ révolte victorieuse des Zagués unis aux Falachas et à d autres peuplades. Bruce, selon son habitude, en a parlé sans précision, par ouï-dire, ou à Taide de souvenirs parfois infidèles. Vers Tan 960, ditil, la famille principale des princes Falachas tenta de s'emparer du trône d'Abyssinie, et les descendants de Salomon furent exterminés, à l'exception de ceux qui se sauvèrent dans le Choaet qui s'y trouvent encore. Deux ou trois siècles après, les Falachas furent contraints d'abandonner la province de Dembéa (où se trouvent le lacTsana et la ville de Gondar); ils se réfugièrent alors dans les rochers du Samen (Bruce, t. III, p. 262 et sqq.). Nous retrouverons ci-après les mêmes Falachas, vers la fin du XVP siècle, qui est la date de leur principale extermination.

D'après M. René Basset, beaucoup plus cx<ict que Bruce {Chron. Éthiopienne, note 60), la révolution qui eut lieu en Ethiopie, vers 960, paraît avoir été causée par une insurrection des Agaous ou Zagoués et des Falachas, qui appartiennent h la famille proto sémitique, des Égyptiens et des Berbères. Ces peuples, qui occupèrent une partie de l'Ethiopie à une époque difficile a déterminer, furent refoulés par l'émigration sémitique des Ghéez au P' siècle de notre ère. Toutefois, ils parvinrent à se maintenir dans quelques provinces, telles que le Samen, le Lasta, l'Agoumeder et le Damot. Une partie d'entre eux professe encore, aujourd'hui, le judaïsme (au moins dans sa partie rituelle). — Notons en passant que l'expression géographique d'Agoumeder signifie la terre des Agous ou Zagoués.

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La domination des Zagoués unis aux Falaclias paraît avoir cessé vers 1270, par une entente entre les princes Zagoués et ceux du Clioa. C'est vers ce temps que Yekuno-Amlak (qu'il soit roi), fut reconnu comme souverain de TAbyssinie entière, sauf quelques provinces laissées aux Zagoués et aux Falaclias, comme il a été dit.

« L'origine de la famille des Zagoués est encore incertaine (J. Perruclîon, Introd, à la Vie de Lcdibala). Suivant une tradition, la révolution de 960 aurait été causée par une insurrection des Falaclias, peuple qui professe la religion juive et qui s'est toujours gouverné lui-même, avec ses rois ou ses reines propres. Ce serait une de leurs reines nommée Estlier, Essat, Judith ou Tredda-Gobaz qui aurait dépossédé Delnaod. » (Voyez aussi Ludolf, Hist. ^ih,, lib. II, cap. V.)

Les listes royales d'Abyssinie, données par différents auteurs, paraissent impuissantes h faire la lumière sur cette période encore hypothétique des Zagoués unis aux Falaclias. C'est pourquoi on a eu recours aux sources arabes déjà connues de Renaudot, au siècle dernier, dont la principale nous donne « une lettre du Négus d'Abyssinie au roi Georges de Nubie, au sujet d'une reine qui avait envahi le pîiys, brûlé des villes détruit des églises et contraint le roi à s'enfuir ». (Renaudot, Hist, Pair, Alexandr. Paris, 1713, p. 381.)

Je ne puis entrer ici dans la discussion du texte ai*abe, et faire connaître les opinions divergentes des savants professeurs Halévy et Guidi (Reçue des Études juives, 1889, et Journal de la Société asiatique d'Italie, 1888). Je me contente, d'après M. Guidi, de constater que le judaïsme de la reine persécutrice est formellement affirmé dans plusieurs listes royales, et qu'il est généralement admis par les écrivains modernes. Disons enfin que pour Sait, auquel on doit la première découverte de la fameuse inscription d'Axoum, le renversement de la dynastie salomonienne n'aurait pas eu lieu vers 960, mais en 925. On voit, par ce qui précède, com-

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bien la précision clironologique est encore difficile sur ce point de Thistoire abyssinienne.

Si Ton accorde une durée de trois siècles au règne desZagoués, dans le centre et dans le nord de TAbyssinie, on arrive ainsi vers Tépoque de Yekuno-Amlak dont le petit-fils fut le fameux Négus Amda-Syon (colonne de Sion), surnommé aussi Gabra-Masqal (le héros de la Croix), qui régna de 1314 à 1344 (Wright, Catal. des mon. éthiop. du Drit, Muséum), 11 ne fut pas tendre h l'égard des renégats mêlés aux Juifs, toujours remuants. Nous en avons la preuve clans sa biographie dont j'ai le texte sous les yeux, avec les variantes et la traduction de Jules Perruchon. Voici le passage principal de cette chronique :

Après avoir appris la fuite de Sabradin et prié dans la chapelle de son camp, Amda-Syon rassembla ses troupes, « et avec elles des cavaliers et des piétons vigoureux, arcoutumés aux batailles et d'une force sans égale dans la guerre; il les envoya avec leur chef Tsaga-Krestos (grâce du Christ), dans le Begamedcr pour porter la guerre dans ce pays habile par des renégats qui étaient autrefois chrétiens et qui avnieiit renié le Christ, à Tinstar des Juifs crucificateurs qui habitent le Scmen, leWagara, le Salamt et le Sagadé. C'est pourquoi dans son zèle pour la foi du Christ, il envoya des troupes pour les exterminer ».

Le texte éthiopien manque ici de clarté, ou plutôt il semble confondre les renégats avec les Juifs crucificateurs. C'est du moins ce qui ressort des expressions : « Phanaoua behèra kahadeyan ietsebchou ela ietemisalou kama aieoudc sqaleian za ouetomou samen oua ouagara oua tsalamt. »II les envoya dans la terre des renégats pour combattre ceux qui avaient l'air d'être comme les Juifs crucificateurs. quii chez eux, c'est-à-dire qui se trouvaient chez eux dans le Samen, etc.

Amda-Syon était rennemi des uns et des autres, et coinaïC le Samen ou Semen est borné au sud et à l'ouest par le Bc-

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gamder et le Wagarn, il paraît bien difficile que les soldîits du roi aient distingué les anciens chrétiens devenus renégats d'avec les Juifs, bourreaux du Christ.

Ce qui est en dehors de toute contestation, c'est que les Falachas subirent des exterminations nouvelles au temps de Zarea-Yaekob qui fut contemporain du concile de Florence, auquel il envoya des députés en 1439, et qui mourut en 14f>8. Les chroniques de Baeda-Maryam et de Naod, ses successeurs, parlent de ses ngisscments cruels contre les Juifs, et je me contenterai de citer le passage de Thistoire de Naod qui a trait a la translation des restes de Zarea-Yaekob, en 1498 : « Dans la troisième année de son règne, Naod fit exhumer le corps de notre roi Zarea-Yaekob, mort depuis trente ans. . . On entendit une voix sortir de ses ossements et dire : Ceci est le lieu de mon repos éternel. Ainsi se manifestèrent sa grandeur et sa gloire. . ., parce que, sous son règne, il démasqua les Juifs qui se disaient chrétiens, et qui dans leur cœur, niaient que le Christ fût né de Marie, qui mangeaient le vendredi et le samedi, ainsi que pendant le grand jeune, en secret, et qui crachaient après avoir reçu la communion. . . Ces impurs qui étaient pires que les chiens et les hyènes, notre dame Marie les a exterminés par la main du roi, du milieu des prêtres, de tous les hommes et de toutes les femmes, il a broyé leurs os et il a versé leur sang, à un tel point que tous les fauves du désert ont dévoré leur chair. »

Les Juifs ou Falachas, même ceux qui, pour vivre loin de tout contact avec de faux frères, s'étaient retirés dans les parties les plus inaccessibles du Samen, se virent liaqués plus tard dans ces retraites qu'ils croyaient inaccessibles, au temps de Sartza-Dengel, alors que Tinfluence des Jésuites portugais devenait prépondérante.

Je vais me servir ici du beau travail d'un Roumain, M. le professeur Saineano, d'après des annales éthiopiennes inédites {UAbyssinie dans la seconde moitié du XVI^ siècle» Leipzjg-Bucarcst, 1892).

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L'auteur résume rapidement ce qui a trait aux récits légendaires touchant les premières émigrations des Juifs en Abyssinie. J'en ai parlé et je passe à ce qui concerne les Falachas proprement dits.

(( Ces Falachas, dit M. Saineano, diffèrent des autres Juifs en ce qu'ils sont de couleur noire, n'ont point de Talmud, font encore des sacrifices, ont la Bible écrite en géez et parlent un dialecte éthiopien.

)) Devenus sujets des monarques abyssins (après la révolution des Zagoués), ils eurent la liberté de se gouverner euxmêmes, en échange d'un tribut annuel. Maintes fois, cependant, des armées affamées de butin leur firent subir les pires cruautés.

» La chronique que j'ai traduite parle d'un massacre de Falachas sous le règne de Baeda-Maryam (1468-78), dans la province de Begamder. »

Il demeure prouvé alors que Baeda-Maryam, successeur de Zarea-Yaekob, ne suivit que trop fidèlement l'exemple de son prédécesseur à l'égard des Juifs du Samen et des confins, à l'Ouest et au Sud.

Admas-Sagad, père du roi Sartza-Dengel, eut la pensée de marcher contre Radaë, prince des Falachas du Samen, mais il renonça à la lutte qui fut reprise sous Sartza-Dengel, à la suite d'une révolte positive de Radaë.

Nous sommes à l'année 1587. Sartza a été couronné après ses grandes victoires sur les Turcs, et il marche d'abord contre le frère de Radaë, un certain Kalef, retiré dans sa forteresse ou Amba. Malgré une résistance courageuse, les Falachas effrayés parles ravages del'artillerie, essayent de fuir et sont massacrés. Une foule de femmes juives se donnèrent la mort. Le prince Kalef fut épargné avec quelques autres.

Sartza-Dengel marcha ensuite contre l'Amba de Radaê, qui éprouva le môme sort, c'est-à-dire que Radaë se rendit avec tout son monde, en voyant que la résistance était impossible. De nouveaux massacres eurent encore lieu.

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Six ans après, les Falachas se révoltent et ravagent le Waggara. Goclian et Ghedcon étaient alors princes du Samen. Ils essayent, mais en vain de résistera Sartza-Dengel, qui vient les assiéger dans leurs forteresses. Convaincus de leur impuissance, ils se donnent la mort, ou ils sont tués avec les femmes, les enfants et les vieillards. Bruce (t. IV, p. 355) a parlé d'une grande bataille offerte au roi dans les plaines de Waggara par les princes juifs; mais le professeur Saineano met cette bataille et beaucoup d'autres sur le compte de l'imagination de Bruce.

On ne trouve plus rien de saillant au XVIP et au XVIII® siècle sur riiistoire des Falachas. Ce peuple, autrefois pasteur et îigriculteur, est devenu industrieux et trafiquant. Caillaud, dans son voyage au Sennaar, voisin de TAbyssinie, y a rencontré nombre de Juifs, ouvriers, marchands et fabricants d'objets d'argent et d'or. Ceux de l'Amhara et duLasta paraissent voués aux mêmes occupations, indépendamment du commerce des vieux livres et manuscrits, comme le professeur Halévy a pu s'en assurer, pendant son voyage dans quelques provinces au nord du Choa.

Les Italiens qui auraient pu nous communiquer bien des renseignements utiles et nouveaux, ne nous ont encore rien apporté d'intéressant et de neuf, sur les deux derniers siècles et sur les époques antérieures. Espérons que les événements actuels nous fourniront des lumières suffisantes sur une foule d'événements passés, en permettant aux voyageurs et aux savants, dès que la paix semblera assurée, de pratiquer des recherches fécondes dans plus d'un couvent encore inexploré.

LA

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