‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 168 sur 212 · AVANT J.-C · texte numérisé non relu

AVANT J.-C

Par Aiir«Ie QUENTIM

Quel assyriôlugùe, dans l'enthousiasme dés débuts et à la vue du grand nombre des textes religieux, ne s'est pas dit : « Dans quelque vingt ans je serai en mesuré d'écrire » l'histoire de la religion des Chaldéens et des AssvriensI »

Les vingt années se sont écoulées, chacune emportant un lambeau de cette belle illusion ; et aujourd'hui la vérité m'oblige à confesser que les éléments d'une synthèse parfaite me font trop défaut pour écrire cette histoire.

En effet, au moment où nous recueillons les plus antiqueê

manifestations de la religion en Chaldée, l'humanité avait

déjà marché depuis je ne sais combien de siècles. L'esprit

humain avait longuement travaillé le problème religieux;

mais toute trace de ce labeur originel a disparu; des mélanges

-de races s'étaient accomplis et par suite il y avait eu des

influences religieuses subies ou exercées; et de ces mélanges

et de ces influences il ne reste pas un indice.

\ Donc pour longtemps encore, si ce n'est pour toujours, le

seul travail vraiment scientifique consistera à dire: à t^Ue

.date, sous tel roi, voici quel était l'état religieux.

Lorsque ce travail aura été fait sur tous les siècles qui nous ont laissé des documents, depuis le règne d'Our-Nina jusqu'à

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celui de Nabu-nnid, nous aurons de la religion de l'Assyrie et de la Chaldée l'idée la plus exacte.

Je crois, sous l'empire de cette conviction, faire œuvre utile en mettant aujourd'hui en lumière les principaux caractères qui distinguent la dévotion du roi Assurbanipal.

Ce serait mal connaître l'àme d'un roi d'Assyrie que de supposer qu'en une telle àme il pût y avoir place pour le moindre sentiment de pitié.

Mais de tous ces rois sans entrailles le plus impitoyable fut Sin-ahe-erib\ A moins d'avoir lu ses annales, on ne s'imaginera jamais avec quelle complaisance et quelle joie barbares un roi peut raconter les raffinements de cruauté qu'il a déployés contre son ennemi. Ce lui est trop peu d'avoir réduit Babylone à n'être qu'un monceau de ruines, d'en avoir affreusement décimé la population. Sa haine s'en prend aux dieux eux-mêmes et se livre contre eux aux derniers outrages; après avoir ruiné leurs temples, respectés jusqu'alors, il fait main basse sur leurs statues et les « traîne captives dans les villes d'Assur ».

LanienUible exode et dont l'àme pieuse des Babyloniens ne se consola de longtemps !

Assur-ahe-iddin*, fils de ce roi impitoyable, entendit leurs lamentations et se prit de pitié pour ces vaincus.

Par grand malheur le meilleur de ses jours se passa 4 batailler et à faire la conquête de l'Egypte! A peine lui fut-il loisible, tant la ruine avait été complète, de refaire Babylone une citô habitable. Quelque souci qu'il eût choses religieuses et si désireux qu'il fût de donner satisfac-

, 1. Sin-aheerib (704-681) fut contemporain des rois Hezekiah de Joda et Osée d'Israôl. Un bas-relief, reproduit en tête du volume de M. Smitb: (( Sin-ahe-erib » nous montre ce roi, recevant, sous les murs de UcbiSi les 300 talents d*argent et les 30 talents d'or du roi de Jada, // Ax^ XVIII, 14. 2. Assur-ahe-iddin (681-668) contemporain du roiManassé.,

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tion à la piété des Babyloniens, il dut se borner à jeter les fondations des nouveaux temples (667 avant J.-C.)-

Il mourut, laissant à Assurbanipal, héritier de son trône et de ses idées politiques, le soin d'achever la tâche.

Il était indispensable de jeter ce rapide coup d'oeil sur le pnssé, pour comprendre le premier et Tun des plus saillants caractères de la Religion d'Assurbanipal.

Dès le début de son régne ce roi semble pris de la passion de ramener à Babylone tous les dieux exilés, — de rétablir les anciennes pratiques religieuses tombées en désuétude.

Sans nombre sont les inscriptions où il témoigne du soin jaloux qu'il apporta à cette restauration religieuse*.

Va Bel rabu, Marduk, sa ina palii sarri mahri, ina mahar abu bani usibu ina Kirib Palbiki, paliya ina risati ana mat Babili eruumma Sattuki Esaggil u ili Babili ukin ; Kidinnuut Dintirki aksur.

« Et le grand Seigneur, Marduk, — lequel, durant le règne d'un roi précédent et sous les yeux du père qui m'a engendré, était venu se fixer dans l'intérieur de la ville d'Assur, — a fait, Tannée de mon intronisation et au milieu de la joie, son entrée dans le pays de Babylone. Quant à moi, j'ai rétabli les rites (oubliés) d'Ésaggil et des dieux do Babylone. »

Ces paroles « ina risati, dans les transports de la joie », en disent long pour qui sait la place considérable que le dieu Marduk occupait dans le panthéon chaldéen; elles évoquent le souvenir de journées sans rivales et de solennités incomparables ! Le luxe de l'Orient, qui s'y déployait dans toute sa magnificence, l'enthousiasme religieux d'un peuple entier ivre de joie, donnait à ce retour du dieu Marduk un caractère de grandeur capable d'impressionner l'étranger lui-

1. Tablette inédite du roi Assarbanipal publiée par Aurèle Quentin, Renie bihliqui! internationale^ 1" octobre 1895; III Raw., pi. 16; V Raw., pi. 65.

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même. Captifs sur les rives des fleuves de Babylone depuis plus d'un demi-siècle (721 avant J.-C), les Israélites furent témoins de cette grande solennité.

Si profonde fut Témotion qu'ils en ressentirent qu'elle se transmit de générations en générations, et que nous en retrouvons Técho vivant jusque dans le livre de Baruch.

« Vous contemplerez à Babylone des dieux d'or et d'argent, » de i)ierre et de bois que Ton porte sur les épaules et qui )) font trembler les nations.

» Lors donc que vous verrez des peuples entiers, devant et » derrière, en adoration devant ces dieux, dites en votre » cœur : C'est vous seul, 6 Seigneur, qu'il faut adorer* ! »

Après avoir ramené la statue du dieu Marduk à Babylone, Assurbanipal n'eut de cesse qu'il n'eût ramené dans sa ville d'Érech la statue de l'antique déesse Nana (Istar).

Autre événement capital, autre restauration dont le roi s'est plu h multiplier le récit !

Si la politique eut quelque part dans le retour de la statue du dieu Marduk, on peut affirmer qu'ici le roi n'obéit qu'aux inspirations de sa foi religieuse et de son amour marqué pour la déesse Istar.

A mainte reprise il avait sollicité d'Ummanaldas. roi d'Élam, la restitution de cette statue. Irrité des refus qu'il essuyait, Assurbanipal entreprend une seconde campagne contre Élam. A la puissance qu'il déploie, à l'ardeur avec laquelle il marche, aux sévérités qu'il exerce contre les vaincus on sent la passion religieuse du dévot d'Istar. Trente jours durant il livre au pillage la ville de Suse. La ziggurat est ruinée de fond en comble, les temples sont profanés, les dieux tirés hors de leurs sanctuaires, et leurs statues, « que l'œil des profanes n'avait jamais contemplées», sont livrées en pâture à la curiosité du peuple et de l'armée. Statues de dieux, statues de rois, tout est entassé péle-mèle sur les four-

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