‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 172 sur 212 · IV Raw., pi. 61, n' 2, lig, 19 etsuiv · texte numérisé non relu

IV Raw., pi. 61, n' 2, lig, 19 etsuiv

LA RELIGION d'ASSURBANIPAL 345

19-21 « Matin et soir Tadorateur doit se prosterner » devant le porteur de trône et prier ainsi : 0 porteur de » trône, distributeur de toute prospérité, je t'adresse ma » prière. »

22-23 « Puis il se prosternera devant le dieu Nusku » et priera ainsi : 0 Nusku, seigneur et roi des secrets » des grands dieux, je t'adresse ma prière ! » 24-31 « Autant en fera-t-il devant Adar, Gula, Nin-lil,

» Mul-lil. »

32 « Comme couronnement à ces prières, et pour qu'elles » soient exaucées, trois jours durant, matin et soir, le » devin devra répandre des libations en l'honneur des » dieux invoqués. »

Si intelligente que soit la distribution officielle des moments où l'on doit rendre hommage à la divinité, elle ne saurait répondre à tous les besoins.

Dans la vie religieuse, comme dans la vie ordinaire, il faut faire une large place à l'imprévu. Il y a telle circonstance négligée par le rituel où l'on se sent pressé d'entrer en communication avec la divinité; telle heure douloureuse, pleine d'angoisses, où le cœur se sent pressé de demander là haut le réconfort et la lumière.

Pour jeter une âme en détresse, il suffit d'un songe! Tel fut le cas d'Assurbanipal en mainte rencontre.

Nous n'en sommes plus. Dieu merci, à nous préoccuper d'un songe. Mais en Assyrie, comme autrefois en Chaldée, le songe était un événement dans la vie d'un homme.

Dans la très ancienne épopée d'Izdubar, chaque phase de la vie du héros se trouve déterminée par un songe. Eabani, le voyant, n'a d'autre mission que de lui donner l'explication de ses songes.

Le vieux patési de Telloh, Gudôa, n'agit que sur les indications transmises par la divinité, au moyen des songes.

Assurbanipal avait lui-même tout un collège de songeurs.

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installés dans la chapelle qui couronnait les « Ziggurat ' » de Borsippa et de Babylone.

Ainsi s'expliquent les noms donnés à la porte de la chambre supérieure de chacune de ces Ziggurat. Celle de Borsippa, consacrée au dieu Nabu, portait le nom de « bab assaput », la porte de la lèvre ou de la prophétie ; celle de Babylone se nommait « bit assaput », la maison de l'oracle.

Aussi souvent qu'il se trouvait dans une situation critique, Assurbanipal les consultait. Et ces songeurs, a l'aide de narcotiques et de breuvages enivrants, avaient toujours la vision ou le songe demandés.

Consultez les annales du cinquième volume des W. A. I. Elles racontent qu'Assurbanipal n'entreprit jamais la plus petite guerre sans avoir demandé l'avis de ses songeurs.

C'est ce qui me porte à supposer qu'Assurbanipnl fut un dévot de la petite chapelle du dieu Mahir, c'est-à-dire du dieu des songes.

M. Hormusd Rassam, qui découvrit cette chapelle ù Balawat, près Mossul, nous en adonné une copieuse description. Comme j'ai pu m'en rendre compte, lors de ma visite au Musée Britannique, sa description est d'une minutieuse exactitude. Le cofifrc de marbre, contenant les deux tablettes consacrécsau récit des victoiresd'Assur-Nasirpal età l'érection de cette chapelle; — les splendides portes de bronze de cette même chapelle, l'autel de marbre avec ses cinq marches, nous sont autant de témoignages vivants de la place considérable que ce temple dut occuper dans le culte des contemporains d'Assurbanipal.

Ce n'est donc pas exagérer que d'affirmer que ce roi eut une dévotion particulière pour ce temple et qu'il s'y rendait chaque fois qu'il avait fait un songe troublant et mal interprété par son collège de songeurs.

1. Tours à sept étages. Voir Lectures historiques de Maspero, p. 224. — Perrot et Chipiez, Hist, de Vart en Chaldèe,

Je ne suis pas même loin de croire qu'il y récita la prière qu'il nous a conservée \

55 « Daigne m'éclairer et laisse -moi faire un songe )) heureux;

56 » Que le rêve que je ferai soit un rêve favorable, qu'il » reçoive son accomplissement;

57 » Que ce rêve se tourne en bénédiction ;

58 )) Puisse le dieu Mahir, le dieu des songes, planer sur » ma tête ! »

Tout était prétexte à ce roi dévot pour donner des marques de sa piété et adresser à ses dieux préférés quelque prière privée, mais dont il a eu soin de nous transmettre le texte.

Nous venons de le voir en prières après un mauvais songe, le voici maintenant en prière au retour de ses chasses aux lions.

Un jour, en particulier, Assurbanipal vit un lion se dresser devant luiV

(( C'était un lion puissant, un vrai lion du désert « nesu » izzu sa siri ». Le saisir d'une main par les oreilles a ina » uznasu asbat », et de l'autre main lui faire passer sa lance » à travers le corps», ne fut que l'affaire d'un instant. Si confiant qu'il fût en sa force et son adresse, le roi se rendit compte qu'un tel exploit n'avait pu s'accomplir sans le secours de ses dieux.

De là, sa prière d'actions de grâce h Assur et à Istar, la déesse des batailles *.

Unautre jour, notreroi eut encore meilleure fortune. H tua quatre lions « nesi irbitti adduku ».

Je comprends sa joie et ne m'étonne ni de l'enthousiasme

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