CONCLUSION
:ats de cet essai sur la morale égyptienne
me de cet ouvrage, il sera bon de jeter un regard en >ur juger du chemin parcouru, comme il a été bon ençant de bien limiter le point de départ. Quand isj^ris la société égyptienne, elle n'était pas encore ce que nous appelons la barbarie préhistorique. Les étaient courbés sous le joug de la superstition la ême: ils avaient les mêmes coutumes que les peutichistes du centre de l'Afrique tiennent aujourd'hui auvegarde de leurs institutions sociales. Cependant [3 était déjà fondée, mais une société rudimentaire lois, cruelle et barbare dans ses habitudes. L'indiralysé par les phénomènes surprenants qu'il voyait instant autour de lui, entouré d'ennemis puissants lerchaientqu'îï le détruire, porta naturellement son ur ceux (|ui disaient connaître la cause de ses terissocia à leur fortune et leur conféra le pouvoir (hî ntermédiaire entre lui-même et ces puissances qui agir, personne ne comprenait comment ni pourforces ignorées et aveugles de la nature, n'ayant de î leur caprice, portant au conir, sans aucune laison, de l'homme ou le favorisant sans la moindre cause <». C est ainsi que se formèrent les premières tentasociété, en dehors de l'association par excellence, a famille, la ])lus natun^lh^ de tout<.'s celles qui se t ensuite à son image. Durant ces premiers essais, la
superstition était ii la base du pacte social, puisque c'était pour résister aux forces occultes des esprits mauvais que rhonime prit pour intermédiaire un de ses semblables qu'il croyait avoir pénétré le secret des rapports existant entre elles et le reste de la nature, particulièrement le genre humain. Des preuves innombrables nous sont restées de cette superstition primitive qui demeura vivante durant tout l'Empire égyptien et qui existe encore aujourd'hui parmi les plus basses, pour ne pas dire dans toutes les classes de la population de l'Egypte. Elles se sont stratifiées, comme les couches géologiques autour du noyau terrestre: ce sont les mêmes qui, peu ou point changées, ont existé dans toutes les civilisations à leurs débuts, les mêmes qui existent encore de nos jours parmi les tribus espacées sur le grand continent africain et que nous flétrissons du nom de barbares. Le bas peuple égyptien, sans pouvoir se soustraire complètement à la marche progressive de rintelligeuce égyptienne, en resta cependant à ce point pour le fond de ses croyances: il aimait des Dieux qui fussent proches de lui. Au contraire les classes supérieures^ ne tardèrent pas à sortir de cette barbarie pour marcher vei's le progrès. Tout d'abord ou couimcnça, je no peux pas même supposer après quel laps de temps, à délaisser les Dieux du vulgaire, à croire à lexistenoe de puissances supérieures moins grossières, puisa attribuer à certains |)hénonîènes telle ou telle cause nommée (le telle ou telle manière. Toutes les forces de la nature. (l(î|)uis la plus petite jusqu'à la plus grande, furent ainsi divinisées. Le chaos était encore immense, d'autant mieux que chaciue province, chaque ville, chaque village, chaque famille avait son Dieu particulier. A cette époque, le particularisme est la lègle générahî. L'anthropomorphisme commence à succéder au f(Hichisme: les ancêtres qui avaient créé les sociétt'^s égyptiennes sont à leur tour divinisés, et surtout raiKtêtre de la famille royale qui devait bientôt devenir le chef de tous les Dieux, comme le Pharaon était le chef de
ous les hommes d'Egypte. Peu à peu, dans les luttes qui îclatèrerit pour riiégémonie de tel ou tel canton, une hiérarchie première se fit d'elle-même des Dieux qui combattaient dans Tun ou l'autre camp. D'après cette sentence que le reclus du Sérapéum devait inscrire plus tard dans son livre de morale: «Les remparts d'une ville, ce sont ses Dieux, » les divinités de la ville victorieuse passèrent au premier plan, celles de la cité vaincue restant naturellement ausecond; toutefois, môme chez les vainqueurs, on ne voulut pas se priver du concours de divinités qui pouvaient être utiles à quelque chose dans un temps futur et incertain. L'on n'admettait plus que des arbres, des pierres, des poissons, des animaux pouvaient être les Dieux de toute la nature : il y avait une sorte de mouvement élévatoire dans la pensée humaine et nul doute que les idées sociales et morales n'aient alors suivi ce mouvement progressif d'élévation.
Toutefois, par la suite, on s'aperçut qu'cà prendre ainsi les divinités des villes ou des villages vaincus, on élargissait singulièrement le panthéon; on se demanda si réellement lo monde obéissait à tant de maîtres et l'on finit par répondre négativement. Parmi les esprits qui ne se contentaient pas d'apparences plus ou moins fausses, les prêtres de la ville du soleil, Héliopolis, imaginèrent un système qui resserra considémblement l'entrée du panthéon en limitant à neuf le nombre des Dieux supérieurs: c'est ce qu'on nomme dès ce temps YEnnêadc. Au sommet de cette Ennéade se trouvait un Dieu solitaire qui avait au-dessous de lui (juatn^ couples divins issus de lui-même. Pourquoi avait-on choisi ce nombre neuf? C'est ce que personne à l'heure i>résente ne peut expliquer et ce qui restera peut-être toujours un niys- ^re: tout au plus peut-on supposer que rinlluence des idé(îs superstitieuses qui furent à l'origine fit adopter ce chiiïre. -es Dieux sont tous anthropomorphes. Chacun d'eux eut un oie à remplir dans l'explication de la création, de la S('*paation du ciel et de la terre, dans la formation de toutes les
choses terrestres, et ce rôle était encore bien grossier; c'est la première tentative connue pour expliquer cet unP vers. Si Texplication n'est pas bien merveilleuse, elle indique du moins que l'attention de Tesprit humain s'était éveillée à-i ces grands problèmes qui font encore sa préoccupation aprti tant de siècles écoulés.
Mais les célestes problèmes de la vie divine n'étaient pii les seuls qui 'occupassent l'attention humaine : l'homme t toujours senti le besoin de se survivre à lui-même et ce besoin instinctif a été la cause des premières théories qui se tirent jour sur la destinée du composé humain. Comme il n'était pas possible de croire que le cadavre pouvait vivre après ce qu'on appelait et ce qu'on appelle encore la mort, on imagina, sans doute d'après les songes et les images que le sommeil faisait naître dans l'imagination ou que produisdent certains phénomènes naturels, qu'un autre être composait l'homme avec le corps, être exactement semblable au corps pour sa forme extérieure, un peu moins grossier seulement: on l'appela par la suite du nom de double qui donne un sens en dehors de l'expression égyptienne, mais qui rend l'idée aussi bien que possible. Que ce double, ou que le reoenanU nommé le lumineux à cause de la lumière atone et blanchâtre qui environne d'ordinaire les revenants dans les réiîits populaires, ait été créé, ou non, d'abord par l'imagination do peuple, c'est ce qu'on ne saura probablement jamais d'une manière certaine: mais l'un et l'autre existaient dès la première époque do la civilisation égyptienne. Il en est de même d'une troisième partie du composé humain qu'on appelait le Ba, ce que nous avons traduit par ârae. Mais toutes ces idées qui nous paraissent aujourd'hui si différentes les unes des autres étaient encore loin d'être dégagées des ténèbres qui les <mveloppaient et, à cette époque, on ne pouvait prévoir dans quel sens, plutôt que dans quel autre, elles allaient se développer. Quoi qu'il en dût être, elles forment ainsi la première t(3ntative connue faite pour
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ire la question de la survivance de Thomme après la Nul texte ne nous autorise à croire qu'à cette époque lit un lieu où les morts étaient récompensés ou châtiés llemeni de leur vie terrestre ; mais il est bien certain jà la vie avait une récompense par delà la mort : Tes- ! justice inventa ensuite les tourments qui sont l'indice justice sociale plus avancée. Le mort avait été divinisé cérémonies des funérailles; il était passé de la vassai roi d'rigypte à la vassalité d'Osiris ou des autres funéraires, dans ces îles situées à TOrient de TEgypte rent le prototype des Iles Fortunées et des Champss pour les poètes grecs et latins; puis, comme tout autre monde était formé à l'image du monde réel, les nts de ces lies devaient à Osiris, ou à celui des autres dont il s'était déclaré le vassal, les mêmes services i avaient incombé sur la terre à l'égard du Pharaon, ourquoi en personne, ou par les serviteurs qui l'avaient >u étaient censés l'avoir suivi dans l'autre monde, il lit les champs du Dieu et leur faisait produire ces mer- X épis de blé qui avaient une tige haute de sept îs. Au fond, ces idées sentaient encore beaucoup ice barbare des sociétés primitives, ociété portait en effet également la marque de cotte ie. I^ Pharaon régnait au sommet en maître absolu, ativement; mais en réalité son autorité ne dépassait les limites où parvenait sa terreur. Dès qu'on n'avait eur de lui, on lui désobéissait sans scrupule et les ; seigneurs faisaient ce que bon leur semblait. Les s étaient presque continuelles de nome à nome, de ville, de village à village; mais, quand lautorité supéétait forte, elle maintenait la tranquillité partout où ivait pas ouvertement de révoltes. Déjà les garanties s étaient connues et en exercice : les jugements étaient 1 aussi exactement qu'on pouvait l'attendre d'une \ naissante. Les pouvoirs social, civil et religieux
étaient réunis dans la même maiîi, comme cela se voit encore aujourd'liui dans les sociétés patriarcales et chezlei tribus pastorales. Le pouvoir judiciaire était dur, sévère «t la peine de mort était prodiguée comme dans toutes ki sociétés primitives où la crainte seule agit efficacement, quand elle agit, sur le criminel. D'ailleurs, les crimes ne dépendaient que des pensées alors en vogue, et delasitiation géographique du pays. Seule, la hiérarchie des eraploii.1 civils était déjà organisée et presque tous les emplois olïicieli étaient déjà connus. I/esclavage était pratiqué. Toute it société en un mot était dbi^ lors constituée dans ses organei principaux et dans tous ses membres, ne demandant plw qu'à croître et à se développer comme l'enfant une fois sorti du sein de sa mère. S'il faut en croire le Papyrus Prisse, cette croissance s'était déjà très développée; les moralistes avaient étudié la société dont ils faisaient partie et avaient tiré de leur étude des conclusions très curieuses et toujours très vraies, à travers la vie de Thumanité, sur les meilleurs moyens de réussir.
Sous le Moyen-Empire, tout le corps social s'affermitet prend de la force. Les idées religieuses se défont peu àpeo de tout alliage de fétichisme parmi les savants : le peupleM contraire demeure fermement attaché à sa religion première, comme il le demeurera toujours. De ce temps, datent les premiers temples dont nous pouvons constater l'existence. Sans doute, pas un seul n'est resté debout; mais onapu, gnice à quelque pierre échappée ii la ruine et conservée dans les murs des temples édifiés sous le Nouvel-Empire, voir qu'à peu près partout où nous trouvons actuellement nn temple en l'honneur de la divinité, ce temple existait déjà sous le Moyen-Empire, et sans doute auparavant, quoique nous n'en sachions rien avec certitude. Les arts ont progressé pour embellir ces temples, surtout l'architecture et I» sculpture. L'esprit humain en Egypte a trouvé sa voie et déjà ses conceptions sont merveilleuses. Non qu elles ne le
fussent pas à la période précédente, car les (liuvres de l'Ancien-Empire sont d'une perfection que TÉ^ypte n'a jamais dépassée; mais le progrès se fait en rendant plus faciles et plus fréquentes les œuvres qui prouvent ce progrès. Les masses énormes des pyramides qui s'élèvent du sol égyptien et semblent défier les siècles par leur solidité, les tombeaux immenses creusés dans le sable font place à des Constructions infiniment plus lé*i:ères que les pyramides et à des excavations faites avec plus d'art. Los ornements se multiplient. Le tout est pour la gloire du Dieu et des ancêtres. Le tombeau est encore strictement celui d'un individu: seul, le Pharaon concède ce privilège à quelque rare officier ayant bien mérité de sa grâce. Mais déjà, nous I avons vu, le possesseur ne pense pas qu'à lui-même : il veut honorer la fidélité et le zèle de ses serviteurs, et il les fait tous représenter sur les parois de son tombeau, chacun dans son office. Et non seulement les actes sont charitables, mais les paroles elles-mêmes le sont, ce qui est plus difficile à cett« époque encore primitive : la belle stèle d'Entef nous a montré que certaines expressions bibliques étaient dès lors connues et proférées en Egypte, longtemps avant qu'elles pussent être employées par les écrivains juifs ou les auteurs des Évangiles. Le culte de la famille prend aussi plus de forces, ou du moins il s'affirme avec plus d'éclat que dans la période précédente qui ne nous a presque point laissé de renseignements à ce sujet. La polygamie simultanée se constate facilement à cette époque et nous l'aurions sans doute constatée auparavant si nous avions eu des documents. D'ailleurs, à cette époque de transition, nous n'avons que très peu de documents et nous ne pouvons pas connaître tous les progrès qui ont été accomplis. Elle se termine par un cataclysme dans lequel sombre momentanément l'Empire égyptien; mais cet Empire, avec sa civilisation intensive a bientôt fait de conquérir ceux qui l'avaient subjugué, et peu à peu, il se ressaisit lui-même et chasse les étrangers.
Quand s'ouvre lo Nouvel-Empire tliébain, nous avoûé^ sinon tous les renseignements que désireraient rhistoriene^ le moraliste, du moins une quantité de documents remarquable pour cette époque reculée, et cela dans presque toutes les branches de l'activité humaine.
Sous le rapport religieux, c'est alors que nous voyons pour la première fois rEnnéade détrônée et remplacée par la Triade : la théorie plus philosophique est due à Tabstraotion qui a été faite d'après le spectacle présenté par la famille. Cette Triade est bientôt adoptée par les divers centres religieux qui la modifient chacun à sa manière et la composent d'autres personnages plus spécialement attachés à telle ou telle ville, mais en conservant toujours le principe constitutif; car toutes les Triades sont formées d'un père comme principe actif, d'une mère comme principe passif, et du fruit commun de ces deux principes, c'est-à-dire de l'enfant. Mais ce n'est pas assez d'avoir déjà cette idée qui présage la Trinité chrétienne et qui serait même tout à fait semblable, si un changement de genre dans la traduction du nom donné au principe féminin n'en était venu modifier complètement l'économie \ les prêtres allèrent encore J)eaucoup plus loin dans la voie de la Théodicée : ils surent parfaitement voir que cette divinité n'était pas le dernier terme où pouvait s'arrêter l'esprit humain, que l'Unité divine était impérieusement réchunée par la réflexion et que seule, elle pouvait résoudre apparemment certains problèmes. Celte Unité fut proclamée dans l'hymne que j'ai cité et les philosophes égyptiens surent doter ce Dieu unique de tous les
1. Je rappelle que le mot qui désigne le Saint-Esprit en hébreu, roiihahy est du fonûnin, et que le rôle de cet Esprit est représenté jar la Gcnrsr comuie celui d'une mère couveuse. Les traducteurs grecs (unployèrciit le mot t^veOi/x pour iviidro le mot vouhali^ n'y voyant pM un «ïrand inconvénient, sins se douter que le mot qu'ils employaient allait devenir le point do départ d'une orientation nouvelle dans 1« idées religieuses.
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iltributs que nous lui connaissons aujourd'hui. 1^ s'arrêta h pensée égyptienne, et, je peux le dire, là s'est arrêti^e la pensée humaine jusqu'à nos jours : le progrès s'est fait en généralisant cette idée et en la mettant dans la circulation presque universelle de Thumanité civilisée. L'Egypte avait précédé do longtemps le peuple hébreu; mais le peuple hébreu devait généraliser cette croyance pour tous ses membres : Souviens-toi. 6 Israël, que ton Dieu est un.
Le culte, c'est-à-dire les rapports entre Thomnie et Dieu, ne pouvait rester étranger au progrès opéré dans les idées religieuses. Si l'idée que l'on se faisait de la divinité s'était épurée et spiritualisce, les rapports entre l'homme et Dieu ne pouvaient rester entachés de la grossièreté primitive. Aussi l'époque du Nouvel-Empire thébain est-elle celle où l'art, essentiellement religieux dans son origine et dans son but, —je ne parle que de l'Egypte, mais je pourrais facilement élargir ma pensée, — construit les édifices merveilleux qui sont restés jusqu'à nos jours l'étonnement du monde. Le temple, demeure de la divinité, est orné de tout ce que l'esprit de l'homme imagine de plus riche et de i)lus beau. Les fêtes en l'honneur des dieux sont des plus grandioses et des plus magnifiques. Le sacrifice humain n'est plus célébré ^juepour la guerre et sur des étrangers, il (juittc le sol de l'Egypte dans tout ce qui a rapi)ort au culte ; seule, la supers- Won populaire le fera diu^er longtemps encore; dans la guerre même, il perd de sa férocité première et semble se confondre avec ce que depuis on a nommé raison d'État: ^D faisait disparaître les chefs soumis pour ne ])lus avoir à '^s craindre, les sacrifices non sanglants s'acclimatent peu à Peu.et un jour viendra où l'on n'offrira plus à la divinité que 'eau, le vin, le lait et l'encens. Pour praticjuer ces sacrifices 'fallait un clergé: le clergé égy[)tien était si fortement ■<>nstitué que souvent il tint tête aux Pharaons et qu'à un ïioment dorme il finit par les supplanter. A une certaine ■poque, les Pharaons qu'on appelle hérétiques tentèrent de
briser la puissance dos prôtres d'Anion ; ils firent unerév'^ lution autant religieuse que politique, ils martelèrent knol^ du dieu Anion sur tous les monuments qu'ils purentattmdr^ et transportèrent leur capitale loin de Tlièbes, dans une vilte que le Pharaon Améno[)liis IV, ou Khouenaten, avait pris soin de faire construire tout exprès. Mais la tentative de ce Pharaon mourut presque avec lui: les prêtres d'Amon furent les plus forts, tout en faisant certaines concessions. Ils étaient d'autant plus puissants que leurs fonctions ne sortaient guère de la famille. On peut leur reprocher d'avoir, de propos délibéré. maintQjiu le vulgaire dans Tignorance ; mais il faut reconnaître (prindividuellement ils rendirent les plus grands services à l'humanité, car c'est à eux qu'on doit le progrès que lit la pensée humaine dans la religion et la morale.
Si nous regardons maintenant les idées de l'Egypte à cette époque sur la destinée de l'homme, nous apercevons aussi de notables progrès. Les idées qu'on se faisait sous T Ancien et le Moyen-Pjîipire sur le double et sur l'âme se sont peu à peu épurées : les mythes primitifs ont changé dénature, ils se sont spiritualisés; soit dans le mythe d'Osiris, soit dans celui de Rà, on trouve des notions déjà précises sur l'immortalité. Ces notions ont merveilleusement aidé au développement de la moralité dans les actions, non par un motif très noble, mais par un égoïsme entendu d'une façon particulière. On ne peut demander à un peuple autre chose que ce qu'il possède, et d'ailleurs l'humanité en est toujours au même point. Qui pourra jamais dire quel excitant à la justice fut le désir d'une éternité bienheureuse à passer dans les champs de souchcts, dans les iles/ortiinêes du domaine d'Osiris. ou dans la barque de Râ?*Qui pourra compter les crimes qu'empêcha la crainte de la seconde mort? Le mythe de la psychostasie est admirable à cet égard et la confession ou l'apologie de Tâme devant le tribunal d'Osiris est un chef-d'œuvre moral d'une extraordinaire envergure.
Les idées sociales s'élèvent de même parallèlement. Nous
onsvu dans radministration de la justice qui est le grand ilateur apparent de la moralité d*un peuple. Nous avons t;ité(|U'il y avait des tribunaux constitués et les inscrij)du tombeau de Rekhmara nous ont montré quel soin le prenait non seulement de juger impartialement les prooais encore de les prévenir en réconciliant les plaideurs, doute cette justice ne fut pas parfaite; mais elle prait déjà les principales règles qui sont toujours à la bïise tre administration judiciaire, sauf qu'elle ne voulait <ravocat et qu'elle ne connaissait pas les avoués, (|uoifait elle dut admettre ces derniers, c'est-à-dire des %achant faire valoir une requête, la poser en termes s ou sachant trouver des arguments pour répondre à la :e. Toutefois, un grand mal social, l'esclavage, contiiuia i>sister; mais ce mal était alors général : il n'était pas :ulier à l'Egypte. Ce qui fut |)eut-ctre particulier à la ) du Nil, ce fut la manière dont on traitait les esclaves ; nctère naturel de l'Égyptien, quand il n'est pas excité .passion religieuse ou l'intérêt privé, étant doux, les 'es n'eurent jamais à endurer en Egypte les horreurs 3servaientà ces malheureux les civilisations grecque et ne. Aussi est-ce en Egypte qu'ils firent entendre leurs ères revendications, ((u'ils pratiquèrent la grève et la o, longtemps avant les guerres des esclaves de la Home licaine: il est vrai qu'ils étaient privés de nourriture et attaient pour leur vie. Sans doute, le courage leur ua au moment de piller les magasins de l'administration onique ou des temples ; mais les idées n'en étaient pas > nées, qui ont pris tant d'extension de nos jours. famille éUiit aussi fortement constituée. Elle conservait e sa constitution primitive, et son chef était honoré par Ite spécial qui en liait tous les membres. Le père et le né étaient regardés comme les deux pivots sur les(juels ait tout l'édifice de la famille, le père étant le représente l'ancêtre et le fils étant celui qui devait faire revivre
le nom de son père, c'est-à-dire perpétuer la famille. Le mariage était en grand honneur en Egypte et la condition de la femme y était supérieure à tout ce que nous savons delà condition des femmes dans l'antiquité, puisque la femme mariée avait même le droit de faire commerce en dehors de son mari. La mère de famille était révérée en Egypte, ce qui n'empêchait aucunement qu'il pût y avoir dans la même famille plusieurs épouses légitimes et de mémo rang, les idées que Ton se formait, non seulement dans la vallée du Nil. mais dans tout TOrient, sur la pluralité des épouses n'étant nullement conformes h celle que nous nous en faisons, et les Égyptiens en particulier n'ayant point peur de ce que nous regarderions comme une calamité. La mère était pleine de tendresse pour ses enfants et ne reculait pas devant les devoirs rebutants de son rôle dans la famille. C'est elle qui élevait les enfants, qui s'en occupait jusqu'au jour où leur âge avertissait de les mettre à l'école, qui avait soin de les bien faire venir du maître sous la férule duquel ils avaient été placés. L'éducation ne se faisait point en Egypte sans l'usage du bâton et les élèves, nous l'avons vu, ne craignaient pas de rappeler à leurs maîtres les coups dont ils avaient été meurtris pendant qu'ils étaient enfants. Tout le temps de la vie de leurs parents, ils leur étaient soumis, participaient au culte do la fainilleet honoraient leur père et leur mère quand ceuxci étaient morts. Au jour des funérailles, les enfants devaient d(î par les rites rendre certains devoirs spéciaux à leurs parents et les documents nous ont montré combien ils étaient fidèles à ce pieux devoir.
Si je considère maintenant les devoirs qu'on devait remplir envers soi-même et ceux envers autrui, je ne trouve pas les lois générales qui régissent ces divers devoirs expi'imées dans les termes les plus compréhensifs; mais je trouve une variété très grande de cas moraux qui font parfaitement comi)rendre (|uelle était la pensée égyptienne à cet égard. Au lieu de la grossièreté, de la brutalité natives et de
l'^îsme primitif que nous avons vus régner à peu près dans toutes les maximes du Papyrus Prisse, les mœurs se sont avantageusement modifiées et les divers préceptes du scribe Khonsou-hôtep n'ont plus cet égoïsme naïf des premiers balbutiements de la morale, quoiqu'ils reposent sur le même fond d'intérêt privé : Tégoïsme est en quelque sorte f'oilé. Le champ de l'observation morale s'est élargi, la norale pure s'est élevée et, aussi bien pour les devoirs nvers autrui que pour ceux qui sont personnels, nous avons u que les moralistes égyptiens ont été très perspicaces, u'ils ont analysé le cœur humain et ses mobiles avec autant e finesse que de sûreté, qu'ils ont écrit des maximes qu'on irait empruntées aux livres du cliristianisme et qu'ils ont otamment connu le mysticisme et ce sentiment de mélanolie qu'on aurait été porté à regarder comme la propriété xclusive de nos siècles modernes.
Somme toute, aussi bien dans ses lignes générales que ans les écrits privés des moralistes, la morale égyptienne, ous le voyons, s'est élevée à des hauteurs peu communes, t cela non seulement sur un point particulier, mais sur tous îs points qui en ressortent, environ dix huit siècles avant otre ère. Quoi d'étonnant désormais que nous ayons trouvé ans les idées grecques plusieurs points de contact? Ces oints de contact, je les ai trouvés partout, dans la religion, ans l'administration de la justice^ dans la famille, etc. ; lais surtout dans une doctrine où ils sont si nombreux qu'on le peut s'empêcher de voir une influence directe. Cependant ette influence directe, je ne l'ai pas affirmée: je me suis ontenté de la démontrer possible et de la faire toucher du oigt à ceux qui auront le courage de l'admettre. Non eulement j'ai montré qu'elle pouvait s'être exercée dan*^ emploi de certains symboles artistiques, dans certaines onceptions de métaphysique religieuse; mais j'ai fait voir ussi que les croyances populaires et philosophiques do la Irèce avaient leur origine première en Egypte : Socratc
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décrivant les enfers devait, je crois, connaître les mythes égyptiens par l'une de ces influences secrètes qui traversent les mers, pénètrent dans Tintérieur des terres, et dont personne ne pourrait dire comment elle est venue. Les coutumes populaires, les récits poétiques, les habitudes sociales noua ont fourni des rapprochements que je ne peux m'empècher de croire considérables et que j'aurais sans doute trouvés plus nombreux si les œuvres du génie égyptien eussent été mieux connues et nous fussent parvenues en plus grand nombre. De môme si Socrate a pu faire comprendre à ses auditeurs ses croyances sur Dieu, s'il avait lui-môme ces croyances, cela n'empôche point que les Égyptiens avaient trouvé ces mômes articles de foi, au moins quatorze siècles avant que Socrate fût venu sur la terre.
Voilà le bilan de TÉgypte pour les idées qui ont moralisé la société humaine, son bilan presque absolu pour elle-même et son bilan relatif pour la pénétration de ses idées en d'autres pays. Je ne puis m'empôcher de le qualifier de grandiose, je l'avoue; je crois que c'est la pure vérité et j'ai fait do mon mieux pour en persuader mes lecteurs. Sans doute, à ce tableau il y a bien des ombres: je les ai montrées sans parti pris. Si j'avais pu avoir un parti pris quelconque, j'aurais fait une iiHivre partiale et non l'une de c^s œuvres sereines que veut la science. J'ai dit ce que je pensais et je l'ai dit parce ([ue j'étais persuadé, au plus intime démon CfiuH', de la vérité de cc^- (jue j'écrivais. D'ailleurs les actions individuelles, je le i*é|)èle une dernière fois, importent peu dans cette marche ascensionnelle d'un grand peuple vers le progrès; ce qui importe, c'est la pensée, car c'est la pensée qui crée le progrès, non tout d'un coup, mais peu à peu. En Kgypte, comme dans tous les pays du monde, le ])rogrèsde la pensée a toujours précédé les progrès de la foule qui suit lentement le mouvement (|ue les audacieux savent lui imprimer; mais ce progrès arrive infailliblement, ou la natioa disparaît du nombre de celles qui, comme on dit, conduisent
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r le monde et ont une mission à remplir dans la vie de Thumanité. Sous ce rapport, la vie du peuple égyptien a été une vie féconde; si ce peuple a disparu, c'est qu'il a manqué à sa mission par suite de la trop grande tension de ses forces vives, de la trop grande appétence de conquêtes qui Ta affaibli, livré à ses ennemis et fait tomber au rang des nations esclaves. Mais, même dans cet état, ses idées conquirent ceux qui l'avaient subjugué, jusqu'au moment où le goût du mysticisme qui s'était développé en lui d'une manière monstrueuse le jeta aux pieds de ses pires ennemis qu'il saluait du nom de libérateurs. Sa mission était d'ailleurs terminée depuis longtemps.
Est-il juste, je le demande maintenant, de nier la hauteur delà mission remplie par l'Egypte et de refuser à ce pays la gloire d'avoir été l'initiateur de notre civilisation dans les voies du progrès moral? Sans doute, il y a eu d'autres grands peuples, et, s'ils ont été grands, c'est qu'ils avaient des vertus peu communes: loin de nier leur grandeur, je suis le premier à la reconnaître tout en croyant fermement que TÉgypte, tjui a été le premier en date des grands empires, l'a précisément été parce qu'elle est arrivée la première à la constitution forte d'une société, par conséquent à la morale. Cependant la Judée et la Grèce ont pris pour elles seules la gloire de cette institution.
Les prophètes juifs ont élevé si haut la voix, ou on Ta élevée si haut pour eux, que tout le monde a entendu leurs ^f's; au fond leurs découvertes morales sont en très petit Dombre et l'Egypte les avait faites avant eux. Les philosophes grecs ont su si bien présentei' leurs pensées que la K'^nde majorité des hommes éclairés leur a recormu, avec "^^6 certaine raison, un droit de paternité sur ces idées ((u'ils ^^ si merveilleusement renouvelées. Il n'y a jamais d'elTet sans cause. Si les Égyptiens n'ont pas recueilli de la posiéf*^^ la justice à laquelle il avaient droit, c'est qu'ils ont été "^'ér leurs par quelque endroit à leurs adversaires. Il a
manqué aux Égyptiens, à toutes les époques de leur histoire, une qualité essentielle: ils n'ont jamais eu l'esprit généralisateur, c'est-à-dire scientifique. Ils n'ont jamais su coordonner ensemble leurs idées pour les faire paraître déduites l'une de l'autre. Le peuple qui vraisemblablement a inventé II charrue s'en est vu refuser l'invention, alors qu'il la connaissait vingt ou trente siècles avant les Grecs; le peuple quia inventé l'alphabet a vu son invention passer à l'actif des Phéniciens qui le lui avaient emprunté; le peuple qui, des la IV® dvnastio, c'est-à-dire 45(X) ou 5000 ans avant Jésus- Christ, faisait dos sUttues qui sont un objet d'admiration pour tous ceux qui les voient, et à juste titre, s'est vu refuser jusqu'à une époque récente le titre d'artiste: on rangeait ses statues parmi les choses qui ne méritent pas. Tattention. alors que les essais les plus informes des Grecs étaient recueillis avec amour et qu'on s'extasiait devant la moindre découverte; le peuple qui avait des coutumes régulières et avait su porter la science de l'administration à un degré près duquel notre actuelle bureaucratie n'est qu'un jeu d'enfant, s*est vu traiter de barbare pendant qu'on lui empruntait ses usages et ses règlements. Et de tout ainsi. Et notez bien qu'on a une certaine raison d'agir comme on le fait. Le» Égyj)tiens étaient vers la fin de leur Empire, un peuple de mystiques <»t de rêveurs: or, les mystiques et les rêveurs peuvent être de grands inventeurs, mais ils ne savent pas profiter eux-mêmes de leurs inventions, pendant que les habiles auxquels ils les découvrent en tirent un énorme profit. L(^s Grecs ont été, dans le cas présent, les habiles qui ont profité des inventions de l'Kgypte. qui les ont présentées comme si elles fussent venues de leur propre fonds et qui en ont actuellement toute lu gloire, i)arce qu*ils ont su marcher en avant en profiUuit des idées acquises pour les réduire en systèmes. Les Grecs avai<înt à un très haut degré l'esprit ])hilosoplii(|ue, comme ils disaient; les Égyptiens en étaient totalement dépourvus.
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\ussi pour la question f|ui nous occupe, à savoir la morale :
and les Ki^'vpliens n'ont su <pi*ali.i^ner ens<Mnl)le. l<;s unes
ts des autres, (1<; belles et très hautes maximcîs, les (iiecs
»nt venus qui ont pris de ces maximes celles (|ui leur sem-
iaient universelles ou simplement convenables à leur pays .
is les ont étudiées, analysées, ils en ont cherché le pourquoi.
Is les ont scrutées et passées à Talambic d(i leur esprit, et , de
x>utes ces opérations de laboratoire philosophique, il est
sorti une science de la morale, rudimen taire tout d'abord,
mais que de puissants esprits devaient |)orter biiîntôt presqtie
au maximum de la perfection. Alors cpie les K»j:yptiens
ignoraient complètement ce qu'était la sci(Mice nionde, h's
Grecs ont raisonné sur la cause première de l-i morale, sui*
son objet, sur ses conditions, sur la vertu, h* devoir, le b<»au,
le vrai et le bien, toutes idées punMuent métaphysiques ou
abstraites. Il semblera bien étonnant en <îllet aux esprits (|ui
neiaisonnent f|ue peu ou point du tout, cpu^ les Kiryptiens
n'aient jamais connu l'idée de d(îvoir ou d(^ vertu; mais cohi
n'est pas extraordinaire après ce (jue je viens de dire, à
^voirque les E^^yptiens n'avaient i)as l'esprit philosophi(iuc.
Or. l'idée de vertu et surtout celle de devoir sont la (|uintes-
sence de la morale réduite en science. On (*.h(»rcherait vai-
ïïenientdans le lan/^ai^e égyptien une expn^ssion rpu^lconcpin
correspondant à celles de devoir et de vertu. Et même choz
'^Coptes chrétiens, dans les <puvres de C(îs moimvs ('('lèbies
<lui out laissé après eux une si t^rande ren()mm<''(î de v(Mtu,
^mot était inconnu. On dira (pi'ils avaient Lirhose et (pie
•^ela valait giirux; je iian suis pas r<'rtai?i et cr n'c^st pas ici
lelieu de discuter cette <piesti<>n; je me contenterai d(» dir»^
}iio s'ils avaient eu la choS(\ ils auraient eu le mot pour
'exprimer. Or, ils ne l'avaitMit pas et se servaient du mol
rec àsi-rr,. De même, ils accomplissaient certaines rèiih^s. ils
> soumettaient à d<*s mortifi(*ations étran,ues: mais l'idée ne
ur vint jamais du devoir accompli. Nous so!nm<'s donc
ndés à croire (|U(\ lors<iu'ils (employaient le mot |)our
418 I^:VOI,UTION DKS IDÉES MORALES
exprimer ridée de vertu, cette idée, comme le mot, était
étrangère à TKgypte et qirelle était d'emprunt.
Ce que l'Kgypte avait surtout cultiv«^>, c'était le côtéprati(iue de la morale. Elle avait des maximes très belles et se rapportant admirablement à ses charges, ses offices, sa hiérarchie constituée, aux ditîérents cas de la vie. aux pressions qu'on pouvait exercer sur les gens: elle avait eu surtout en vue l'éducation nécessaire pour traverser la vie sans trop lourde faute, et je ne dis pas faute morale, mais je dis faute civile; puis, elle avait portai son imagination sur les chasesi que personne ne pouvait connaître, parce que personne ne les avait vues, sur le monde supérieur et sur le monde inférieur, i>our emprunter son langage: ils avaient réglé les choses divines et inf(Mnales de manière à ce <iu'il était aussi facile de savoir ce que faisaient les Dieux de Tempyrée et les divinités (jui habitaient sous la terre que ce que l'on faisait ici-bas: c'était même chos(^ ])lus facile; car tous les jours les Dieux recommençaient c(5 qu'ils avaient fait la veille, au ciel et dans les enfers, et tous les hommes devaient suivre le même chemin après la mort, être en butte aux mêmes difficultés, subir le même jugement. Du moment que le princi[)e était posé, il n'était pas ditlicile de tirer une conclusion qui ne pouvait changeur. Cela sullisait à Thorizon borné de rMgy|)t(V, (|ui !i<î voyait |)as plus loin que les chaînes demontagn<\s (jui r<înse.rrent. Mlle <'»tait satisfaite de ses incroyables légendes ; plus cslles étai<*nt horribles, plus elle était contente, et de fait elle s'en est Contentée |)endant plus de soixante siècles, <'t ces mêmes légendes vivent toujours.
(J'est la laison prinr'ipaU^ pour huiuelle ses légendes ne sont pas <leveiuies classiciues comme celles des Grecs. 1^ |)remiers |)oèt<*s gr(M\s. t«)ut en se livrant aux écarts les plus grands de leur imagination enfantin*?, racontaient avec un ait extraonliiiairo : ils savaient |)ar d'heureux traits mêler iuliie a ragréai>le. I.e vieil Homère fait prononcera ses héros des di.NCoiiis a<ln)iî'ab|es. Les allégories qu'on trouve chez les
DANS l/ÉGYPTK ANCIENNE 411)
auteurs giec^ sont des sources uniques d enseignements, et leurs fables elles-mêmes reposent le plus souvent sur la juste perception d'un fait physique. Chez les Égyptiens, rien de semblable; ils n'ont aucun souci de la vérité et ils exercent sur eux-mêmes une telle suggestion qu'ils en viennent à croire à la réalité des faits qu'ils inventent. Ils n ont jamais 6U la pondémtion d'esprit nécessaire pour faire des cr-uvres littéraires parfaites, c|uoiqu'ils se soient essayes à peu près en tous les genres: cette qualité, non plus que le tact et le goût littéraire, n'appartenait pas à leur race. Aussi n'ont-ils jaouiis écrit quoi que ce soit qui se rapproche de cette admirable allégorie d'Herrjule hésitant, dans sa jeunesse, entre la volupté et la vertu, et se décidant enfin pour cette dernière. Ils n'ont pas su mettre en œuvre leurs beaux préceptes et les placer sous la lumière voulue, afin de leur donner une étemelle beauté. A quoi bon d'ailleurs leur demander ce qu'ils ne sont pas capables de nous donner? Il faut savoir nouscontenter de ce qu'ils nous peuvent offrir, et ce qu'ils nous offrent est tout simplement grandiose, admirable, étonnant, quand on songe, il en faut toujours revenir là, à l'époque où ils pouvaient, les premiers des peuples connus, nous offrir le spectacle d'une civilisation toute faite et en exercice.
L'Egypte, pas plus qu'un autre pays, n'a échappé à la grande loi du progrès ; si elle était restée slationnaire, elle eiU perdu sa raison d'être. Ce qui empêcha le peuple égyptien de donner toute sa mesure et de subsister, c'(\st (|u'il fut JQ peuple trop exclusif. Il ne connut pas la grande loi do la concurrence des peuples; il s'imagina bien à tort ((uc nul utre peuple n'était digne de son attention, qu'il pouvait se ullire à lui-même, et voilà la grande raison pour laquelle il 'a pas obtenu des générations modernes la justice et la ^connaissance auxquelles il avait droit. Ces po|)ulali()ns Li'il traitait de viles, de misérables^ lui ont enlevé ses dé- >u ver tes et partant sa gloire.
Voilà ciTtcs l)i(^n des reserves: mais elles ne sauraient auiuuienient faire oul)lior à rhistoricii les scîrvices que I^ peuple êgy|)tien a rendus à la société humaine. On doit reconnaître, ce (jue d'ailleurs reconnaissaient les historien» de la Grèce, qu'une ^nande ])artie de la sagesse qui eut cours plus taid avait eu son origine en Egypte. Sans dout^ l'Egypte avait reçu du passé, mais elle a plus laissé aprèselle que ce (pfelle avait reçu. Comme la vallée du Nil a été longtem|)s le grenier de l'Europe, de môme la sagesse de ses vieux sages a longtemps été la mineàla(|uelle ont puisé tous ceux (pli ont gagné (piehjue renom dans les choses Immaines. Il ne faut pas avoir deux poids ou fausser la l)alanco de l'Iiistoire; il ne faut pas admirer chez les Grecs (pii le leur ont emprunté ce qu'on passe dédaigneusement sous silence en jugeant les Egyptiens. I/honune, et aussi l'histoire qu'il a fait(î, s'est montré d'une ingratitude et d'une injustice merveilleuses; non seulement il a porté ses hommages à cm\ qui lui ont fait le plus grnnd tort, mais souvent encore il a faussenu^it attribué la gloire de la découverte à une nation (pli avait simplement peifectionné ce qu'une autre avait inventé, ])ai'ce (pie sa destin<M> l'avait amenée sur la terre après sa devancières Le devoir de l'historien vraiment digne de ce nom et vraiment impartial est de constater les faits etd'attrihuor â chacun sa part de gloire, comme sa paii dans I»* mérite et la reconnaissance que devrait avoir l'humanii^^. Aussi ce ne sera pas trop, en finissant cet Essai, de saluer l'Egypte comme rinitiatrice du genre humain dans la voie moiah; et de la couronner enfin de la gloire dont clic a êlé si injustement frustrée durant tant de siècles.