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pécheurs que Ton châtiait, et, comme il marciiait avec les Anges, regardant les tourments, il vit ceux qu'il rencontra tttrémement plus affligés que ceux qu'il avait vus d'abord. îes Anges tourmenteurs étiiient placés près d'eux, leur igure était terrible grandement; ils avaient à la main des Miets de feu, si quelques-unes des âmes qu'ils tourmentîiieiit $?aient la tête au-dessus du feu, ils la fouettaient à grands }ups et renfonçaient davantage dans le feu. Elles gémislient grandement et ne pouvaient crier de leurs voix à luse de leur impuissance et de la manière dont elles soufraient, par suite de l'abondance des tourments dans lesquels lies se trouvaient. Les âmes que Ton châtiait ne pouvaient ô compter, elles étaient nombreuses grandement, gran- ^ment.
»I1 vit aussi des fosses et des puits pleins de feu, et ce feu tait extrêmement puissant dans la manière dont il flambait, jorsqu'il y regarda, il vit qu'il y avait une seule âme dans îhaque fosse: les deux pieds de chaque âmeétîiient l'un d'un îôtéet l'autre de l'autre, à la manière de la chair dont elles ivaient été revêtues dans le monde, et le feu dévorait chacun les membres qu'elle avait souillés dans le monde. . . Lorslu'ilsefut avancé un peu en avant, il vit une foule innombrable de tout âge que les Anges tourmenteurs et sans i)itié Passaient effrayée. Lorsqu'il eut interrogé à leur sujet Ange qui l'accompagnait, celui-ci lui dit: «Ce sont les âmes 'es pécheurs qui sont morts aujourd'hui dans le monde 'ntier. » Et on les séparait pour les mener chacune dans les ourments qu'elle avait mérités. Lorsqu'il eut marché vers le ouchant, ainsi que l'Ange qui raccomj)agnait et qui lui fïseignait les tourments, il vit une ouverture en dessous sur • porte'. Quant à l'Amen ti même^ sa profondeur s'étend
1- Le texte semble corrompu en ce passage. L'introduction arabe une: Pendant qu'il marchait du côté de l'Ouest, il vit une porte en 9 : c'est la porte de la Géhenne.
grandement: ce ne sont que ténèbres brûlantes comme du feu; car ce lieu est la prison de Dieu. Lorsqu'on y amène des hommes pour les y précipiter, ils s écrient d'un grand cri, disant: (( Malheur à moi ! car je n'ai pa,s connu le Dieu qui m'a créé pour me sauver. » Ensuite ils ne peuvent plus parler du tout, à cause de la chaleur et des fumées abondantes de cet endroit; ils ne se reconnaissent plus les uns les autres à cause des ténèbres et de la nécessité qui pèse sur eux. Il marcha aussi vers le Midi de TOuest, et il vit d'autres châtiments mauvais, semblables à ceux qu'il avait vus d'al)ord auNord, où il y avait des âmes qu'on châtiait. On j lui montra aussi la forme d'une grande maison de pierre immense en sa longueur, sa largeur et sa hauteur: cette maison était remplie de fou et Ton y jetait tout jeune garçon qui avait souillé ses membres en ce monde par la fornication à l'insu do ses parents'. »
Sans doute ces peintures sont celles d'un enfer ou d'un paradis déjà christianisés dans les sentiments qu'ils font naître chez celui qui en fait hi visite; mais quantité de traits sont les mômes exactement que ceux que nous allons entendre le philosophe grec exprimer en son merveilleux langage. Et afin que l'on ne puisse penser que l'auteur copt-e du IV« siècle de notre ère s'est inspiré de la philosophie grecque, je dirai (jue Pakhôme ét^iit un simple paysan des environs d'Esneh, dans la Haute- Egypte, qu'il n'avait jamais entendu ])arler de Socrate ni de Platon, qu'il ne savait pas h? grec; il en était de môme de l'auteur de sa vie, Théodore, son disciple favori. Tout d'ailleurs est égyptien, jusqu'aux moindres détails de cette description : les réflexions seules ont pris une teinte de christianisme. Le premier passage que j'ai cite montre quel était le messager de inort^ quel rôle il jouait en Egypte : s'il n'est pas le même que le génie qui a guidé la vie, c'est que la doctrine cgyp-
1. E. Amélineau : Mon. pour sercir à rhist.^ etc., p. 135-140.
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tienne était sans doute en ce point différente de la croyance platonicienne. C'est la seule dissemblance.
Puisque nous savons maintenant comment l'âme était conduite dans les enfers, il nous faut voir quelle était d'après Platon la description de cette région souterraine. Voici de nouveau quelles sont les paroles de Socrato dans le Phédon : « On dit que si Ton regarde la terre d'un lieu élevé, elle paraît comme un de nos ballons couverts de douze bandes de couleurs diverses, dont celles qu'emploient les peintres ne sont que des échantillons; car les teintes de cette terre sont infiniment plus brillantes et ])lus pures, et elles l'environnent tout entière. L'une est d'un pourpre merveilleux, l'autre d'une couleur or plus éclatante que l'or lui-même; celle-là d'un blanc plus éblouissant que la neige, et ainsi des autres couleurs qui sont toutes d'une beauté dont celles que nous voyons ici n'approchent aucunement. Les cavités de cette terre sont remplies d'eau et d'air qui affectent une infinité de nuances merveilleuses, toujours admirablement diversifiées par cette variété infinie de couleurs. Tout est parfait dans cette terre parfaite, et en rapport avec ses qualités. Les arbres, les fleurs et les fruits y sont admirables, les montagnes d'une beauté charmante, elles produisent toutes sortes de pierres précieuses d'une netteté et d'un éclat dont rien n'approche : celles que nous estimons tant ici, comme nos émeraudes, nos jaspes, nos saphirs, n'en sont que de minimes parcelles. Il ny en a pas une seule dans cette heureuse terre qui ne soit infiniment plus belle que les nôtres; elles ne sont ni ébréchées, ni gâtées, ainsi que les nôtres, par l'âcreté des sels et par la corruption des swliments qui de là descendent dans cette terre basse et infectant de toutes sortes d'ordures et de maux, non seulement les pierres et la terre, mais aussi les plantes et les animaux. Outre toutes ces beautés dont je viens de parler, cette terre fortunée est ornée d'or et d'argent qui, répandus en tous lieux avec prodigalité, jettent de tous côtés un éclat
qui charme la vue, en sorte que le spectacle de cette terre est celui (les bienheureux. Elle est habitée par une grande quantité d'animaux et par des hommes dont les uns sont répandus dans le centre des terres et les autres autour de Tair, comme autour de la mer. Il y en a aussi qui habitent les îles que Tair forme auprès du continent; car Tair est là ce que sont ici l'eau et la mer pour notre usage, et ce que Tair est pour nous, pour eux c'est l'éther. Leurs saisons sont si tempérées qu'ils vivent beaucoup plus longtemps que nous, toujours exempts de maladies; et quant à la vue, à l'ouïe, à tous les autres sens et à l'intelligence même, ils sont autant au-dessus de nous que l'éther qu'ils respirent su^ passe en simplicité et en puret(5 l'air grossier que nous respirons. Ils ont des bocages sacrés et des temples véritablement habités par les Dieux qui y manifestent leur présence par des oracles, les divinations, les inspirations et autres signes sensibles, et qui conversent avec eux. Us voient aussi le soleil et la hme sans aucun milieu et tels que les astres sont eux-mêmes; tout le reste de leur félicité est aussi dans cette proportion. Voilà quelle est la situation de cette terre et l'essence de ce qui l'environne. A l'en tour d'elle, dans les cavités, il y a plusieurs abîmes dont les uns sont plus pnv fonds et plus ouverts que le pays que nous habitons, et les autres plus profonds aussi, mais d'une ouverture moins large; et il y on a qui ont plus de profondeur, m^ais moins d'étendue. Tous ces abhnes sont percés par de^ssous en plusieurs endroits, et il y a des ouvertures qui se communic(uent les unes aux autres, comme dans les caverne-s du mont Etna; une grande quantité d'eau, des fleuves très larges et très profonds, des sources d'eau froide et d'eau chaude, des fontaines et des lieu vos de feu, et d'autres fleuves de boue, les uns plus liquides, les autres plus fangeux et plus épais, comme des torrents de l)0ue et des torrents de feu qui se précipitent du mont Etna. Ces abîmes se remplissent de ces eaux selon la direction qu'elles prennent chaque fois en se
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bordant. Toutes ces masses s'agitent de bas en haut, rame un balancier placé dans Tintérieur de la terre. Voici )euprès connme ce mouvement s'opère : parmi les ouverresdc la terre, il en est une, la plus grande de toutes, qui sse tout autour de la terre; Homère parle de cet abîme, squ'il dit : « Bien loin, dans Tabîme le plus profond qui t sous terre. » Homère n'est pas le seul qui appelle ce I le Tartare : la plupart des poètes sont en cela d'accord c lui. Dans cet abîme se rendent tous les fleuves, et ils i éloignent ensuite. Chacun d'eux tient de la nature des es au milieu desquelles il coule, et ce qui fait qu'ils ne rêtent point dans ces abîmes, c'est qu'ils n'y rencontrent de fond, mais ils roulent leurs eaux et bouillonnent sens us dessous. L'air, comme le vent qui les environne, fait lême: car il les suit lorsqu'ils s'élèvent au-dessus de la 3 et lorsqu'ils descendent à notre niveau ; et comme l'on dans les animaux lair entrer et sortir incessamment par tspiration, de môme l'air qui se môle avec les eaux entre ►rt avec elles et fait naître des vents impétueux. Quand 5 ces eaux toml)ent dans cet abîme inférieur, elles se ndent dans tous les lits des sources et des rivières et les plissent, comme lorsqu'on puise avec deux seaux dont s'emplit à mesure que l'autre se vide; car ces eaux, lappant de là, viennent ici combler lous nos canaux , se répandant de tous côtés, elles remplissent nos mers, rivières, nos étangs et nos fontaines. Elles disparaissent lite et s'enfonçant dans les terres, les unes par de grands urs, les autres par de moindres, elles se rendent donc ! le Tartare où elles rentrent non par où elles sont sorties i toutes plus bas. Les unes y rentrent par le môme côté s autres par le côté opposai à leur issue: d'autres encore )utes parts, après avoir fait une ou plusieurs fois le tour i terre, comme des serpents qui se plient et font plurs fois le tour de leurs corps, descendent le plus bas lies peuvent et se jettent de nouveau dans le Tartare.
Elles peuvent descendre de part et d'autre jusqu'au milieu, mais pas au delà; car, alors, elles remonteraient.
» Elles forment plusieurs courants fort grands, fort larges; il y en a quatre principaux dont le premier est celui qui coule le plus extérieurement tout autour. C'est celui qu'on appelle 1 Océan. Celui qui lui est opposé, c'est l'Achéron, qui traverse ces déserts et qui, se plongeant dans le sein de la terre, se jette dans un marais appelé de son nom Achérusiade, où se rendent les Ames des hommes au sortir de la vie, et, après y avoir demeuré le temps ordinaire, les unes plus, les autres moins, elles sont renvoyées dans ce monde pour y animer des bêtes. Entre TAchéron et l'Océan coule un troisième fleuve qui, disparaissant près de sa source, tombe dans un endroit fort vaste et rempli de feu; là, il forme un marais plus grand que notre mer, où Ton voit tourbillonner l'eau avec la boue, et, s'éloignant ensuite noir et bourbeux, il parcourt la terre et se rend à l'extrémité du marais Achérusiade, sans se confondre avec ses eaux, et, après avoir fait plusieurs tours et détours sous terre, il se jette au fond du Tartare; c'est ce fleuve qu'on appelle le Pyriphlégéthon, dont on voit les ruisseaux jaillir en plusieurs endroits de la terre. A l'opposé de celui-là, le quatrième fleuve tombe d'abord dans un lieu affreux et sauvage, qui est d'une couleur bleuâtre, et on Tappolle Slygien : là, il forme le terrible marais dti Styx et, après avoir pris dans les eaux de ce maniis des vertus horribles, il se plonge dans la terre où il fait plusieurs tours, et, dirigeant son cours vis-à-vis du Pyriphlégéthon. il le rencontre enfin dans le marais de l'Achéron, où il ne confond pas non plus ses eaux avec celles des autres fleuves; mais, après avoir fait le tour de la terre, il s(î jette comme eux dans le Tartare par l'endroit opposé an Pyriphlégétlion. Ce quatrième fleuve est appelé, comme le disent les poètes, le Cocyte.
» La nature ayant ainsi disposé toutes choses, lorsque les morts ont atteint les lieux où leur génie les conduit, ils sont
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tous jugés, qu'ils aient mené une vie sainte et juste, ou qu'ils aient vieilli dans l'injustice et l'inipictô. Ceux qui ont vécu sans être tout à fait criminels, ni tout à fait innocents, sont envoyés dans l'Achéron. Là , ils s'embarquent sur des bateaux et sont portés jusqu'au marais Achérusiade qui leur sert de demeure et où ils subissent les peines proportionnées à leurs crimes, jusqu'à ce que, purges et lavés de leurs péchés, et délivrés ensuite, ils reçoivent la récompense de leurs bonnes actions. Ceux qui sont trouvés incurables, vu lagrandeur de leurs péchés, leurs sacrilèges et leurs meurtres ou d'autres crimes, sont précipités par la fatale destinée qui les juge dans le Tartare d'où ils ne sortent jamais. Mais, ceux qui ont commis des péchés expiables, quoique fort grands, comme des actes de violence à l'endroit de leur père ou de leur mère, ou quelque autre meurtre, et qui en ont fait pénitence toute leur vie, sont nécessairement dépêchés dans leLirtare; mais, après un an de demeure, le Ilot les rejette et renvoie les homicides dans le Cocyte et les parricides dans le Pyriphlégéthon qui les entraîne dans le marais Achérusiade. Là, ils poussent de grands cris et appellent à leur secours ceux qu'ils ont tués et ceux contre lesquels ils ont commis des violences; ils les ])rient et les conjurent de leur |>îu*donner, do leur permettre de passer U) marais et de l<^s recevoir. S'ils les fléchissent, ils passent le marais et sont ^«-livrés de leurs maux; sinon, ils sont précipités dans le Turtiire (jui les rejette dans ces fleuves, et cela jusqu'à C(* ^l'i'ils aient calmé la colère de ceux qu'ils ont maltraites, car W est l'arrêt prononcé contre eux. Mais ceux qui ont passé leur vie dans la sainteté d'une manière toute particulière sont délivrés de ces liens terrestres et de ces allVeuses Pnsons, et sont reçus là-haut dans cette terre ])ure cjui leur ^H de demeure; et ceux d'entre eux que la philosophie a suffisamment purifiés vivent pendant toute Téternih'^ dégagés ^^ leurs corps, et sont accueillis dans ees demeures encore P'^s admirables et plus délicieuses; il n'est pas facile de les
dcMM'ire et lo pou do tonips qui nous reste nos le permettrait juis. Il faut donc, i)our toutes les raisons (jue nous venons d'exposer dans le phis grand détail, faire en sorte d'acquérir de la sagesse et de la vertu; car le prix du combat est beto et c'est une grande espérance. »
Je ne sais ce qu'il faut admirer le plus dans les pages qoe je viens de citer, ou de la fermeté avec laquelle tout est affirmé, comme si l'orateur avait vraiment parcouru et examiné les li(>ux qu'il décrit, ou de la simplicité naïve avec laquelle il se laisse aller a proposer un système de cosinogonie. Tout d'abord nous serions tentés de croire qu'il n'y» dans les parohîs qu'il a employées qu'un pur délire philosophique, des imaginations n'ayant aucune raison d'être car la science réelle a démontré depuis Timmité de toute système. Ce serait cependant se tromper que de croire qu Socrate, ou Platon qui le fait parler, a tiré toutes ces idée de sa propre imagination; nous allons voir au contraire qu les idées mises dans la bouche de Socrate peu d'instant avant de boire la ciguë étaient depuis longtemps déjà e circulation dans la vallée du Nil. Sans doute, il v a danse long passage beaucoup de remplissage philosophique; k idées égyptiennes n'étaient pas enchaînées avec cet art ( cotte ('»lo(|uonco, ni expiimées avec ce bonheur d'expressio <|ui est l'une d<'S raisons pour lesïjuelles le Phédon et k autres dialogues do IMnton seront toujours lus malgré 1 fausseté dos idées qu'ils nMifiMinent; mais ((uels qu'aier ('té les d<îfînits du géni(î égyptien, il n'en reste pas inoin vrai (|u'il a beaucoup p(Misé et qu'on lui doit attribuer un grande pai-t dans l'orientation des sociétés modernes. Je vai maintenant faire touoluîr du doigt les ressemblances enti' 1<'S dootrinos égyptiennes et les doctrines platoniciennes.
Platon sépale tout d'abord le ciel et les enfers; de l'un, i l'ait inio pointure idéale et poétique, la seule cpi'il j)ùt faire: il le place au-dessus do ce monde terrestre et en fait k s<''j(Mii' dos bionlu^uroux ot des philosophes. En Egypte, lune
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des deux principales légendes qui avaient cours place le Iwnlieur dos élus et des justifiés dans un monde aérien, ou pour mieux dire dans la barque du soleil qui traversait journellement le ciel que les Égyptiens s'étaient figuré à la mode de la terre, puisqu'ils y avaient placé leur fleuve et qu'ils disaient que le Nil terrestre n'était que la figure du Nil céleste. Cette première notion une fois admise, il n'était pas difficile au génie du philosophe grec de décrire, avec la plus grande invraisemblance d'ailleurs, une terre qui n'existait que dans son imagination, dont il ne pouvait rien savoir et qu'il a construite absolument comme il se figurait notre terre, d'après le procédé égyptien, lequel procédé se retrouve employé par tous les peuples, en vertu de ce principe que la terre en quelque sorte idéale qu'il décrivait, étant une terre parfaite, devait posséder avec perfection tout ce que notre terre possède avec imperfection, principe qui a aussi servi aux Égyptiens et au reste des hommes. De là l'idée que tout ce qu'il y a sur cette terre découle des scories de l'autre monde, absolument comme, d'après les Égyptiens, le Nil terrestre n'était que Tombre et l'image du Nil céleste sur lequel voguait la barque du soleil pendant le jour. La même idée est appliquée en sens inverse aux fleuves qui entourent les enfers, qui sortent du Tartare et qui viennent s'y rejeter après avoir fait une ou plusieurs fois le tour de la terre, comme des serpents qui font des replis circulaires avec 1(HU\s ^nneiiux. Si nous prenons l'une des manières dont les Egyptiens représentaient leur Nil, nous voyons que les deux gouffres où il semblait pour eux tomber du ciel (îtaient repré sentes par deux serpents dont la queue vient njoindre la gueule, formant ainsi deux orbes parfaits. En outre, les Egyptiens avaient aussi un Nil infernal, comme ils avaient ^fl Nil céleste, nous l'avons vu, et cela semble être nécessaire pour comprendre leurs mythes, ('e Nil infernal montait Ur terre comme le Nil céleste descc^ndait sur ternî. Que si DUS voulons encore aller plus loin dans cette voie, nous
trouvons le Tartare qui était le grand réservoir d'où s'écoulaient et OÙ venaient se renverser les autres fleuves ; de mémo dans l'enfer égyptien, il y avait un grand lac de feu OÙ aboutissaient tous le,s cours d'eau et de flammes quavait produits l'imagination des ])rétres égyptiens. Si Socratea borné ce noml)re à (juatre, c'est en raison des quatre points cardinaux, et je ne doute point que l'enfer égyptien fût aussi orienté, quoique la chose ne soit point dite dans les li\Tes que nous connaissons jusqu'ici.
Mais la légende de lia, nous l'avons vu, n'était que l'une dos deux formes principales qu'avait prises en Kgyptel'ex- ])lication de la vio bionheurouse, il y avait en outre le paradis d'Osiris, dans les champs de souchets, en égyptien les c/tantps (ria/oK, et Platon a pris cette seconde forme des hîgendes pour décrire son enfer, con<'urremment avec la première. En elTet, il fait de cet enfer un lieu rempli de marais, marais du Slyx, marais Achérusiade, marais formé par le Pyriphlégéthon, le tout entouré par rOcéan. Les champs d'ialou et les divers domaines funéraires des autres Dieux des morts avaient rUS plac(\s |>ar l<\s Égyptiens a Test <lu Delta, au milicMi des îles form/^es soit par la mer, soit par 1rs grands lacs qui s'y Irouvaient primitivement et dont il rt'ste oncore le lac iMon/aK^h. S'il y eut jamais un paysqui conrmtd'inniKMisesétonduos marécag(Hises,(*'cst bien celui-là cl Platon n'a |)as eu do peine à y prendre h» prototype <le se» maniis infornnux. f/onuno los Egyptiens avaient formé Iw régions infernales à l'iningo do leur pays, ils n'avaient eu gai'dc d'y omottr(^ los cnnîuix qui le fécondaient et qui sont ([(îvcniis 1(» typ(M]os llruvcv^ (le Tenfi^r platonicien. Enfin. k mvlhodos f/cs fo/iiu/ccs (Mait, dans, un autre «;enre, absoluincnt l(^ nK'mo. Jo no pousserai pas plus loin la comparaison (le o(^t anu''n;igom<'nt lo|)ogrn|)hii|uo. Evidemment Platon» mis sur oos fondations pi('mioi<\s un autre système; mais. s'il s'i'tiut boriKî à traduire en ^^vcc. les idées égyptiennes, il no serait pas le grand poète el le grand philosophe que nous
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Imirons: jo prétends seulement ici (jiie les idées fondamenles de son système sur Tautre monde se trouvaient en crypte. Quant à ceux (jui pla(;ai(Mit le Tartare à coté des hanips-Klysées, comme devait le faire Virgile, le mythe des lamps d'Ialou leur avait sulïi.
Mais ce n'est pas tout. Nous avons vu que Platon faisait mduire toutes les âmes aux enfers, dans un même lieu où 1 les jugeait, a])rès quoi elles étaient jetées dîuis les supices ou béatifiées. Les Égyptiens avai(Mit le même enseilement: dans la légende d'( )siris, toutes les âmes se n^ndent i sont conduites près des canaux (|u'il fallait traverser, le lus souvent en barque, connue le dit aussi Platon; dans la l^'ende de Rà. c'était par la bouche de lu J'ente (ju elles Jnétraient dans le royaume des heures de la nuit, et elles evaient attendre le passage de la baniue solaire afin d'y lonter. Dans les deux légendes, elles subissaient un i|romcnt après lequel elles étaient renvoyées à ime seconde ieou prenaient place parmi les bienheureux. Je suis per- Jadé qu a mesure que nous connaîtrons mieux les idées 2:yptiennes, nous trouverons des points de rapprochement ncore plus nombreux et plus intimes avec celles qu'ont ropagées les philovsophes grecs; mais pour le moment nous evons nous en tenir là sur ce point.
Le système de Platon n'avait conservé qu'un petit nombre es idées en circulation parmi le peuple; si maintenant nous oulons descendre des hauteurs sur lescpielles s(î maintenait i spéculation philosophique au domaine des idé(\s vulgaires, 5us allons trouver une moisson autrement al)ondante de 'Dseignements etpar consé(juent sans doute de tc'moignages î l'influence égyptienne sur les idées grecques. Nous avons 'Us traduit dans notre enfance les Dialorjues des Morts de ucien, dans lesquels le satirique se moquait des idées cpii aient encore cours de son temps. Nous y avons vu que l(»s orts se présentaient sur les rives de TAchéron pour que le <îberde la mort, Charon, leur fit passer le lleuve; mais
Charon les admettait dans sa l)arqiie seulement après qu'on
avait célébré leurs funérailles et movennant une pièce de
monnaie qu'on avait eu soin de déposer préalablement dans ; la bouche du mort, afin (pi'il pût payer le prix du naulage. Quand il avait été assez heureux pour être reçu dans la barque du nocher infernal, il arrivait sur l'autre rive et de là était conduit par Hermès devant le tribunal qui devait décider de son sort: sur ce tribunal siéraient les trois juges si connus: /Eaque, Minoset Rhadîimanthe, qui le prononçaient di^ne de châtiment ou digne de r(>comf)ense. Les croyances populaires ne semblent pas avoir admis, comme le faisait Platon, Texistence d'un purgatoire ; Tàme était livrée aux châtiments du Tartare ou au bonheur des Champs- Elysées. Prescjuc tous les auteurs qui ont eu à traiter de ces mêmes idées ont admis exactement ces mêmes choses. Quand la généreuse Alceste, sur le point de sacrifier sa vie pour racheter celle de son égoïste mari, va descendre aux enfers i elle s'écrie qu'elle aperçoit le nocher Charon et la barque qui doit la conduire dans l'autre monde. De même pour \e^ poètes latins. Or, je ne crains pas de dire que toutes c^ croyances étaient déjà admises par rÉg\T)te dès le temps d^ Pyramides.
Les funérailles étaient nécessaires pour que Tâme fù reçue dans Tautre monde : si cela n'est dit nulle part, c'est 1résultante de toutes les cérémonies que l'on faisait aux obsèques. De même, si Ton ne mettait point de pièce de monna΀ dans la bouche de la momie, on avait soin de mettre sur elle un papyrus qui enseignait à l'âme la manière de répondre aw nocher de la barque dans la sorte d'examen qu'il lui faisait subir avant de la transporter, plus une plaque d'or que l'ofl posait sur la langue. Charon était remplacé par trois personnages : un batelier (jui le reproduisait trait pour trait, Tliot (|ui faisait traverser au mort le fleuve ou le lac sur son aile d'ibis, ou enfin unc^ gnépe qui remplissait le même office. Selon que Ton était le féal de tel ou tel dieu, on n'avait pas
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même rembarras du choix. Les Grecs ont siinplilië les trois mytlies en les réduisant à un seul, (juand le défunt avait ainsi tnvversé le lac, il était soumis à bien d'autres éi)i'<îuv<îs: c^ épreuves étaient l'eprésentées dans les croyances populaires par Cerbère, le monstre à trois têt<3s. Il comparaissait enliii devant Osiris, re[)résenté par IMuton, avec les (piarantedeux assesseurs que nous connaissons, M inos, ^acpie et Rliadainanthe chez les Grecs. Les noms des deux premiers proviennentdes légendes législatives qui avaient cours en Grèce, mais le nom du dernier n'a de grec (pie la terminaison et se rapproche à s'y méprendre du nom du soleil dans TenfiM' égyptien, Kd dans VAmenti\ Il n'est i)as juscpr'au monstre Cerbère dont on ne puisse trouver le prototype dans Tanimal que les Egyptiens nommaient couramment la (jrande déoovante ai religieusement Thouéris, comme ont transcrit les Grecs.
Le sort futur des âmes était déterminé par le jugement du tribunal infernal. La forme de ce jugement chez les Égyptiens ne semble pas d'abord se retrouver en Grèce ; ce|)endantdeux passages de V Iliade paraissent bien en donner une forme qui diffère très peu de la forme égyptienne. Daiis l'œuvre grecque, lorsque la haine d^Achille poursuit Hector, coupable du meurtre de Patrocle,il arrive un moment où les dieux qui règlent la destinée humaine s'inquiètent de savoir si Hector est parvenu au t^rme de sa vie. Alors Jupiter piit lîiballince d'or, il la mit en équilibre et posa dans les deux plateaux le destin des deux rivaux ; puis, ayant pris le (léau parle milieu, il tint la balance suspendue. Ledestind'Heclor ^ut trop lourd et le plateau descendit vers les enfers. De ûïéme encore, le destin des Grecs et des Troyens fut pesé
1. Plus proprement: Râ, celui de l'Amenti, par opposition à Hâ, celui du jour, ou le soleil qui rc^sidait dans le ciel. Le nom serait Hànt-Amenti : doii on aurait Rhadamanthe par la simple attraction de la lettre n par le t qui se prononçait d^ ou par sa suppression.
dans la balanco. Nous voici certes bien loin du mythe des trois Panjues oi nous nous approchons plus près de TÉgypte. ' Ce mythe de hi psychostasie d'après Homère s'applique seulement à la vie terrestre ; chez les Egyptiens, c'est la vie future, le bonheur ou le malheur du défunt qui sont en jeu; mais qui ne voit que la vie future dépend nécessairement de la vie première et ne peut commencer que si celle-ci a pris terme ?
Lïiine était introduite devant Osiris par Horus,qui jomûtle rôle de psychopompe, (Tautres fois par Anubis et quelquefois ])ar Thot. ChcA les Grecs, le dieu Hermès jouait exactement le même rôle, car c'ivst lui qui conduisait les aines a Charoii et les présentait à Pluton. Ce dieu Hermès avait été identitic par les Grecs au dieu Thot, et l'assimilation de ces deux divinités est complète (piand Thot joue ce rôle dans les lég(^ndes ou les représentations égyptiennes.
Quant à Téternité des châtiments que nous voyons s'aflirmerdans les onivn^s des philosophes et les croyances populaires en Grèce, TEgypte ne la connut point. Elle se cont-entA de punir les coupables par la seconde mort, c'est-à-dire par ranéantissement final. Elle laissait assez peu de latitude à la pénitence, puisque, si la seconde vie ne méritait pas le témoignage du Cd'ur par-devant Osiris, IVime était condamnée au feu et anéantie complètement par la suit-e*. Les Grecs se sont montrés encore moins généreux : ils ont puni de supplices éternels des fautes temporelles, et Virgile le.s a suivis dans ces vers célèbres:
Sedet, felernumquo sedebit Infelix Theseus ;
1. Je ne saurais passer sous silence la célèbre atDrmatlon de Diodorede Sicile, qui a écrit qu'avant les funérailles, on soumettait au jiigementda peuple la questir)!! de savoir si tel ou tel homme, eu particulier le Pharaon, avait mérité qu'on célébrât ses obsèques. S'il s'élevait une seule voix défavorable, la momie était laissée sans sépulture. Je dois dire que
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1 leur faut laisser cette peu glorieuse paternité. Il était réservé lux doctrines chrétiennes d'enchérir encore sur ce dogme iffreux et d'attribuer à de très petits péchés, même à des îéchés inuiginaires, même à des péchés de pensée, ce que les jrrecs avaient réservé pour hi punition des ôrimes les phis lorribles contre la société et les lois établies.
Si maintenant nous voulons rechercher en Grèce les idées qui rappellent de plus ou moins loin h\ vie du double telle ^ue l'avaient imaginée les Égyptiens, nous allons trouver luelquc chose qui ressemble de fort près à ce double, lequel iiai.ssait avec le corps, mourait avec lui et revivait ensuite jfrâce â certaines cérémonies : c'est ce que les Grecs nomfnaient eiowXov. Cette idole avait exactement la même forme ]ue le corps auquel elle répondait trait pour trait. Ainsi, dans 'Odyssée, Ulysse reconnaît Vidole de son compagnon Elpélor. parce que celle-ci avait les mêmes traits que le guerrier :ombé dans le palais de Circé la magicienne. Si les philosophes abandonnèrent cette croyance représentée par ce mot, e peuple la conserva et un poèt<> latin emploie encore ce mot lu sens figuré; or, le sens figuré [)résupposc le sens physi(|U(>. D'ailleurs, chez les Latins, les ombres de VÉtiéide se leconfiaissent entre elles aisément, parce qu'elles ont conservé les traits <lu vivant.
Les occupations de ces /</o/cs étaient exactement les mêmes dans les Champs-Elysées que celles du double ou de IVime égyptienne reconnue juste. Le double dans son tonilx^au pouvait se voir représenté sur les parois de sa tombe se livrant à tous les exercices qu'il avait affectionnés pendant sa vie terrestre, et, dans l'autre monde l'àme se livrait aux occupations de la vie agricole qui avait été primitivement
rien dans les documents égyptiens n'est encore venu appuyer cette idée, jue tout au contraire tend à en démontrer la fausseté. Diodore a dii se népi^endre et a appliqué aux funérailles ce qui se passait dans la vie ordinaire, ou dans la salle de la Vérité-Justice.
c(>llc du peuple ôjçyptien : elle faisait pousser dans les champs d'Ialou, ainsi que nous Tavons vu, par son propre travail oo celui de ses représentants, ce blé phénoménal qui avaitdes épis hauts de sept coudées, c'est-à-dire au moins trois mètres et demi, après qu'elle avait labouré la terre. Il se pas.saitlt môme chose dans les Champs-Elysées des Grecs et des Latins : c'est ce que Virgile a si poétiquement exprimé dans les vers suivants :
Quaî gratia currûni Armorumque fuit vivis, quai cura nitentes Pascere equos, eadem sequitur tellure repostos.
C'est ce que remarque aussi Ulysse, quand il félicite Achille d'avoir conservé sa puissance dans le royaume des ombres et do commander encore à ses soldats, ainsi que pendant la vie. Mais le héros thessalien lui répond avec amertume qu'il préférerait être garçon de ferme sur terre, plutôt que commander à tous les morts. C'est une ressemblance de plus avec les pensées égyptiennes, car nous avons vu que, malgré toutes les promesses de bonheur pour la vie future, les Égyptiens, en gens pratiques, tenaient pour meilleurs les biens de la vie présente, ne sachant \mni ce qui se passait au delà de la tombe, dans une terre dont jamais personne n'était revenu, comme s'expriment les divers chants de harpistes.
Enfin je terminerai cette partiedemon sujet par un dernier rapprochement: chez les poètes grecs et les poètes latins, les personnages que Ton met en scène sont-ils embarrassés pour savoir l'avenir qui les attend ou se délivrer des dangers qui les environnent, aussitôt ils descendent dans les enfers pour consulter les morts. C'est ainsi que, dans Y Odyssée, Ulysse descend au l'oyaume des ombres pour consulter Tirésias, et que, dans V Enéide, Énée y descend aussi pour consulter son père Aiichise. Il en était de même en Egypte, ainsi que nous
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l'atteste cette maxime du papyrus moral de Boulaq : « Si les champs ensemencés sont en ruines, il faut avoir recours aux mânes. » c'est-â-dirc au mort le plus important de la famille, et lui demander le moyen de conjurer le danger.
Dans les rites des funérailles, certaines particularités sont aussi îi noter. Tout d'abord à Athènes, les funérailles se célébraient le matin, comme en Egypte. Le ])apyrus moral doBoula(| appelle en effet le jour de renterrement le rnatin d'alhr cacher son corps dans la calice funéraire. De même encore, il y avait un cortège dans lequel des pleureuses à gages faisaient ressentir leur deuil ])ar des cris et des gémissements. La nénio, ou le îàXejxo^ des Grecs, était connue en Egypte, non dans les plaintes liturgiques, mais dans les paroles que prononçaient les femmes de la maison du défunt, ou les enfants, ou les amis. Sans doute, ces plaintes et ces paroles ne ressemblaient guère aux chants funèbres des Grecs ; mais l'intention qui les faisait chanter était exactement la même. J'en dirai autant des marques de deuil que l'on prodiguait dès que le défunt avait rendu le dernier soupir, des cris proférés pour signifier la douleur ressentie, ou peut-être pour rappeler Tàme, comme en Chine : tout cet appareil extérieur que Montfaucon trait(3 de vacarme inouï était le même en Egypte qu'en Grèce. Il n'est pas jusqu'à la veillée funèbre qui ne se faisait semblablcMncnt dans les deux pays. Un point très particulier nous montrera encore mieux les ressemblances qui existaient dans les doctrines de la Grèce et de l'Egypte. La légende d'Osiris raconte qulsis, à la recherche du corps de son frère Osiris. trouva la caisse dans laquelle l'avait enfermé Set dans un palmier de Byblos : ce palmier était si beau que le roi le fit placer dans son palais comme une colonne. Isis se fît admettre, par un stratagème, comme servante par la femme du roi, laquelle lui confia la charge de nourrice de l'enfant royal. La nuit, la déesse se changeait en hirondelle et, se posant sur l'arbre, pleurait son frère et son mari. De là vint que dans les repré-
sentations des funérailles, les deux pleureuses sont quelquefois représentées par deux oiseaux, doux hirondelles ou des colombes. D'après Hérodote, les premiers oracles qui ont été institués en Grèce. Tauraient été par deux femmes enlevées de Thèbes par des Phéniciens. Les prêtresses de Dodone alhiient même plus loin : elles atlirmaient que les deux femmes s'étaient envolées de Thèbes sous la forme de deux . colombes. Or, le mot qui signifie pleureuse en égyptien signifie aussi colombe, et Ton écrivait quelquefois le couple des deux [)Ieureuses divines, Isis et Nephthys. par deux oiseaux, comme je viens de le dire. Voilà une de ces ressemblances qui sont si frai)pantes ({u'elles forcent quasimeutâ croire à un emprunt réel.
En outre, si nous en croyons les représentations des enterrements et les explications qui en ont été données, les funérailles des riches chez les Grecs et les Romains étaient quelquefois regardées comme des fêtes par les vivants: il devait en être ainsi en Egypte, surtout quand les funérailles dans le tombeau pouvaient être éloignées quelquefois de diMix, trois, quatre, dix mois et même plus. C'était d'ailleurs un honneur pour la famille du défunt, et cet honneur, qui était vivement ressenti par la famille, devait amener la joie, surtout à répoque du Nouvel-Empire où la concession du toml)(»au devait ])rofiter à tous les membres de cxîtte même famille. Quoi qu'il en soit, il est certain que dans les rites des funérailles il y avait entre TÉgypte et la Grèce des ressemblances frappantes, si bien (ju un peut penser avec raison que de pareilles ressemblances sont à peu près inexplicables, si Ton écarte Thypothèse d'un emprunt direct.
11 n'y a pas jusqu'à l'art grec et aux légendes qu'il suppose où l'on ne retrouve cette similitude. Tout le monde connaît la description des Ilarpyes telle que Virgile Fa donnée :
Virginei voiucrum vullus
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oiseaux à tête de vierge. Les Égyptiens avaient coutume de représenter lïime sous la forme d'un oiseau à tête humaine, et les Phéniciens se chargèrent de vulgariser, par leur commerce, cet emblème dans tout le bassin de la Méditerranée, îommc on l'a fait remarquer depuis longtemps et comme il 'tait facile d'ailleurs de le faire. On peut dire la même chose 'u Sphinx et de son rôle dans la légende d'Œdipe : ce n'est ins doute pas sans raison que près de la ville de Cadmus se mait le Sphinx dont Œdipe devina les énigmes, puisque îdmus était d'origine égyptienne, selon ce que rapporte ujours la légende.
Je ne continuerai pas plus loin cette comparaison. Je urrais comparer les premiers systèmes de philosoi)hie icqxie et j'y trouverais des sujets de comparaison assez (nbreux : si je ne le fais pas, c'est que cela n'entre pas îs mon dessein. Ce que j'ai dit suffît à montrer que les lilitudes sont assez nombreuses entre les deux pays. Que ait-ce, si j'avais voulu repasser ici tous les traits épars IS cet ouvrage, rassembler dans un seul tablenu toutc^s ressemblances que j'ai indiquées chemin faisant? Sans iloir faire ici autrement que dans le long exposé (|ue je Tiine, jo dois dépendant à la vérité d'insister sur ce que crois indubitable pour ma part. Une telle somn>e do >cnil)lances peut-elle exister entre les civilisations ol h^s ÎS des deux pays sans obliger Thistorien à conclure qu'il y 1 influence de Tun sur l'autre? Je no le crois pas. ( )n pont ecter, il est vrai, qu'il y a un beaucoup plus grand nbrc de dissemblances (jue de similitudes. Je suis le mier à en convenir; mais, s'il y avait similitude coniplèto, 'y aurait pas deux civilisations, il n'y en aurait ({u'une le, et ce ne serait pas la civilisation grocciuc qui serait ochtone, mais bien la civilisation égyptiennes qui oxis- ; depuis longtemps alors que la Grèce cherchait encore sa e. L'esprit humain se développe suivant les lois générales; is les diverses causes secondaires parmi lesquelles il est
obligé d'évoluer amènent fatalement des changements. Le conditions climatcriques, les habitudes contractées, un foule de causes secondaires peuvent diversifier les effets de causes générales qu'elles contrarient. Surtout quand il s'ag de phénomènes moraux, il faut grandement tenir compte d ces diverses causes secondaires; car, si la loi est fatal l'individu soumis à cette loi, et surtout un peuple, est i être moral qui, par conséquent, peut apporter au développa ment des actes et à l'action de la loi une foule d'obstacle Or, quand malgré ces obstacles, quand malgré les causes qi je viens de signaler, on trouve sur un même sujet tant( points de contact et do ressemblance entre doux civilisation dont l'une a été de beaucoup antérieure à l'autre, il n'est qi juste de croire que la plus ancienne a exercé une certaii influence sur la plus jeune, quand le contact a été possibl Je sais que ce n'est point là une de ces théories à la modeq emportent les suffrages; les uns trouvent toute la mon chez le peuple juif, comme les autres rencontrent toi notre actuelle civilisation chez le peuple grec. Cei^endai sur ce point particulier qui nous occupe, il n'est pas un se de mes lecteurs, je pense, qui, après avoir lu les chapiti précédents, ne puisse alTîrmer que les principales idti morales étaient connues en Egypte, pratiquées, applique dans la vie sociale et civile du peuple égy])tien qui lesavî conquises une à une, alors que le peuple juif ou le peup grec n'étaient pas encore formés; que ces idées sont à laba de nos sociétés et (pravant de relever de la Grèce notre civ lisation relève de rEgyj)te, ayant profité plus immédiateme de la civilisation grecque, mais ayant aussi senti Tinlluern de rÉgyi)te par le canal de la Grèce et de Rome qui avaiei beaucoup em|)runté aux doctrines égyptiennes. Cescondi sions ne sont guère adoptées aujourd'hui; elles sont à peir soupçonnées par (juel(|ues rares esprits; mais la postérit» je le crois, les adoptera complètement parce qu'elles soi vraies, et elles deviendront un des articles du Cr^rfohisto
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des générations futures. Heureux si cette étude (jui emandé beaucoup de recherches, de ten^ps et de labeur, soulever le coin du voile qu'on s'obstine à tendre itles veux de Thunnanité!