REACTION CIRCULAIRE
incohérentes du milieu ambiant. Déjà, chez les polypes, existe un système nerveux de neurones sensitifs et moteurs conjugués. Chez les vers, apparaît entre ces deux éléments un intermédiaire important, le neurone d'association interganglionnaire. Dès lors, Texitation sensible peut se propager, non plus aux cellules motrices d'un seul ganglion, mais à celles de plusieurs ganglions, et l'appareil moteur peut réagir tout entier à l'excitation d'un seul point de l'épiderme. Plus haut encore, dans l'échelle animale, le neurone interganglionnaire se double de ce que Rainon y Cajal a appelé le neurone psycho-moteur. Qu'il se trouve relativement simple dans le « ganglion cérébroïde » des invertébrés, ou prodigieusement multiplié dans le cerveau des vertébrés, la fonction de cet organe apparaît comme identique : il exerce une action directrice ou inhibitrice collectwe. Et ce groupement des centres coordinateurs en une masse unique s'est réalisé, pense le même auteur, — et l'hypothèse est séduisante, — en vertu d'une loi d'épargne. Car il y a tout avantage pour le vivant à transmettre par une voie aussi courte que possible un ordre commun au plus grand nombre possible de neurones moteurs. La multiplication des neurones d'association entre les centres et l'écorce réalise précisément cette condition d'une adaptation rapide et appropriée à une plus grande diversité d'excitations, (i) Aussi bien, de toutes les discusions soulevées par la physiologie cérébrale, une conclusion au iTM>ins ressort indiscutée, c'est que les hémisphères, dépourvus par eux-mêmes de toute fonction sensori-motrice immédiate, sont la condition du souvenir, c'est-à-dire retiennent des réactions antérieures une habitude qui prépare les réactions à venir. Quels que soient d'ailleurs les
(i) Résumé par J. Soury, Ihid,^ p. i66a-65,
6o HABITUDE KT ADAPTATION ORGANIQUES
rapports de la pensée et des phénomènes cérébraux, on ne saurait contester aux hémisphères ce rôle de conservation des habitudes utiles, c'est-à-dire, en définitive, des adaptations du vivant aux nécessités de la vie.
Ainsi, tout au long de l'échelle organique, on doit reconnaître à la spontanéité ce double pouvoir de répétition et d'accommodation, d'habitude et d'adaptation. Il importe de ne pas oublier l'unité de ce double processus. Il n'y a de changement que de ce qui était déjà ; et, à son tour, le devenir se fixe en habitude ; car le pouvoir de favoriser le retour de l'excitation est constant. L'habitude est ainsi le point de départ et le point d'arrivée de l'accommodation.