‹ Essai sur l'évolution psychologie du jugementChapitre 24 sur 103 · APPARITION DB LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

APPARITION DB LA CONSCIENCE

moments 2 et 3, un intermédiaire, le plus important même, à savoir le lien psychique qui rattache le mouvement du bras à la sensation visuelle ? C'est précisément ce lien que Bain, Spencer et bien d'autres encore ont cherché dans Tassociation. Quoi de plus simple en apparence ? Grâce à des accidents heureux, certains mouvements antérieurs (par exemple une contraction des muscles du bras et de la main) ont procuré une sensation agréable (par exemple le bruit du hochet ou son déplacement dans le champ visuel). Le souvenir de ce plaisir s'associe, dans la conscience, à la fois au souvenir du mouvement qui Fa provoqué, et au souvenir des circonstances extérieures (vue du hochet) où il s'est^produit. Le retour de ces circonstances suggère à l'individu la réédition du mouvement, et la répétition de ce processus fixe solidement cette adaptation nouvelle sous forme d'habitude.

Cette interprétation ne nous paraît pas exacte. Elle a d'abord l'inconvénient de faire intervenir prématurément un état psychique complexe, le souvenir, dont on ne peut, à l'aube de la vie intérieure, se faire une idée vraiment claire. Cn ne peut guère admetttre que , chez l'enfant de cinq mois , im mouvement musculaire s'effectue en vertu de la représentation intérieure de ce mouvement et du plaisir qui pourra en résulter. Pense-t-on, par exemple, que le chant de la nourrice provoque Vidée du sommeil, ou même que la vue du hochet rappelle le souvenir du son argentin des clochettes et celui du mouvement propre à saisir et à agiter le hochet? D'autre part, ainsi que le remarque justement M. Baldwin(i), le plaisir n'est pas, dans l'espèce, attaché au mouvement même de préhension, mais aux modifications organiques internes

(i) Ouvr. cité, p. i63 et suiv.

88 l'adaptation sensori-motrice

doDj; ce mouvement n*est que rantécédent ou le conséquent. Bien plus, le mouvement peut faire défaut sans que le plaisir soit modifié. C'est ainsi que Tenfant pourra manifester le même plaisir si on lui met le hochet dans la main ou si on l'agite devant lui. On ne conçoit guère, dès lors, que le souvenir d'un mouvement, qui n'a été qu'un incident dans l'ensemble du processus, réussisse à lier invariablement certaines perceptions à des réactions invariables.

L'objection est plus frappante encore si l'on examine le fait sous son aspect négatif, c'est-à-dire la réaction produite par la douleur. On connaît le « schème » classique de Meynert. Un enfant approche son doigt de la flamme d'une bougie; il le retire, et, si une expérience n'a pas suffi, il ne faudra pas la renouveler souvent pour lui apprendre à se méfier du feu. Mais le résultat sera le même si la douleur ne provient pas d'un mouvement, si, par exemple, c'est la bougie qui est tombée sur la main de l'enfant. L'enfant apprend ainsi très vite à détourner la tête pour éviter la cuiller pleine d'un remède amer. On ne saurait évidemment, en ce cas, expliquer l'adaptation sensori-motrice par l'association qui se produirait entre le souvenir d'iui mouvement accidentel et celui d'une réaction agréable ou pénible.

§ 9. — L'explication est très simple , au contraire, si l'on se contente de recourir au principe de l'excès' moteur, complété par la loi des effets dynamiques du plaisir et de la douleur. En effet, ce ne sont pas des mouvements quelconques qui procurent plaisir ou douleur ; ce sont ceux qui ont pour l'organisme luie signification favorable ou hostile, parce qu'ils créent entre lui et le milieu une relation utile ou malfaisante. Nous pouvons donc redire ici.

Page 1