‹ Essai sur l'évolution psychologie du jugementChapitre 30 sur 103 · ATTENTION SEGOMBAIKS ET RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

ATTENTION SEGOMBAIKS ET RECONNAISSANCE

s'unisseotl en une même décharge motrice. C'est ainsi que les eaux de deux rivières très éloignées communiquent entre elles par le fleuve qui reçoit leurs eaux, et qui, parfois, grossi par le débordement d'un de ses affluents, peut remonter dans la vallée du second et y porter le limon et les débris qu'il a reçus du premier.

§ 12. — Nous sommes maintenant en mesure de déterminer le rôle de l'attention dans la reconnaissance et, par suite, dans le jugement. L'unité que nous avons constatée entre les processus physiologiques de la reconnaissance, de l'association et de l'attention se retrouve ici. L'attention est l'analogue mental de la sélection qui coordonne certaines décharges motrices en habitudes. Mais elle est, moins qu'aucune autre, une faculté spéciale : c'est un mode possible de tout processus. Quand l'enfant aperçoit son biberon, il accomplit, avons-nous dit, grâce à l'énergie d'excès, fortifiée bientôt et dirigée par l'habitude, certains mouvements utiles et coordonnés. Mais ces mouvements ont un retentissement direct dans les centres nerveux d'où dépend la reviviscence de rimage. Il se produit donc, du système musculaire à ces centres, un choc en retour, d'autant plus rapide et plus intense que la décharge d'excès, suscitée par le besoin ou le plaisir, est plus vigoureuse ; de sorte que la vivacité de la sensation se redouble de celle de l'image. Ainsi, parmi les états qui se disputent le seuil de la conscience, l'un reçoit un renfort précieux qui lui permet d'éliminer provisoirement ses concurrents. Cette sélection d'un état conscient, provoquée par un intérêt immédiat, n'est ni plus ni moins que l'attention même ; elle en offre exactement le double caractère : émotif (accord proportionnel de

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rattention et du plaisir) et représentatif (elarté et distinction de l'image). Par une sorte de métaphore renversée, on décrit fréquemment l'attention comme un « rétrécissement» de la conscience, (pii se concentre autour d'une idée unique pour la mieux saisir : il serait plus exact de dire que c'est la représentation privilégiée qui se grossit de souvenirs de façon à encombrer tout le seuil de la conscience.

La comparaison de l'attention primaire et de l'attention secondaire va nous permettre de mesurer le chemin parcouru et d'apprécier le progrès réalisé dans l'adaptation. Le brusque sursaut causé par un coup de tonnerre, ou simplement, puisqu'il s'agit de l'enfant, le clignement d'yeux provoqué par une une lumière trop vive, n'était encore qu'un effet, plus ou moins localisé, de l'énergie d'excès mise en liberté par l'intensité du stimulus. Le « monoïdéisme », qui envahit alors pour quelque temps la conscience, se résume dans la sensation elle-même et dans l'image mentale des réactions motrices consécutives. Autrement complexe, — et utile, — est le phénomène d'attention quand l'enfant aperçoit et reconnaît son biberon. L'effet de la réaction motrice est, en ce cas, d'agir en retour sur les centres de conservation de l'image, et d'ajouter à la sensation tout un cortège de souvenirs qui ont une nuance émotive propre. A son tour, cet accroissement dans la vivacité de la sensation contribue à maintenir et à fortifier la série des réactions, et nous retrouvons une fois de plus ici l'application de la loi des réactions circulaires : l'intensité de la sensation accroît celle de la réaction, et l'intensité de la réaction enrichit la sensation d'éléments anciens, images ou sentiments. Grâce à l'attention, le passé rejoint le présent, le précise et le colore ; par elle l'association est plus rapide et la reconnaissance plus assurée (i).

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