I. l'enfant et l'adulte
§ I . — Nous touchons au terme de révolution de la faculté de juger. Avec Fattention, Tassoçiation, la reconnaissance, la généralisation et le langage, Tenfant a acquis tous les éléments nécessaires à son développement mental. Les jugements de Tenfant de deux ans et ceux de Tadulte pourront différer en étendue et en profondeur, mais non par le mécanisme; ils n'auront pas les mêmes qualités accessoires de rapidité, de rectitude, de sincérité ; mais l'essence en sera identique. Il serait, sans doute, intéressant pour le psychologue d'analyser ces différences secondaires, de retracer la genèse de ce qu'on pourrait appeler la physionomie intellectuelle, le passage de la naïveté à l'attitude réfléchie, de la cré(iulité à la réserve, de la versatilité à Tentètement dogmatiipie. Mais la pédologie est jusqu'ici trop pauvre en monographies précises, et les différences individuelles dues au tempérament et à l'éducation sont trop accentuées, pour qu'on puisse énoncer encore mieux que de vagues généralités. D'autre part^ ces variations, <iui semblent, à pre-
i/enfant it l'adulte iSg
§ 3. — Ce problème est étroitement lié à celui qu'un éminent psychologue contemporain a désigné sous le nom d! Evolution des idées générales (i). Car, de même que toute sensation provoque normalement une réaction motrice d'adaptation, qui est l'ébauche première de l'allirmation, de même le concept enveloppe et contient en germe le jugement abstrait. L'histoire du développement du concept n'est pas distincte de celle de la genèse du jugement,etnousne diviserons point l'étude de cette commune évolution. Reconnaissons, d'ailleurs, toutes les difficultés de l'entreprise. Chez le psychologue en état de s'observer, la faculté de concevoir et de juger a, depuis longtemps, achevé son évolution ; chez l'enfant, d'autre part, l'observation en est plus malaisée que celle des sensations et des premières adaptations, pour cette raison que le concept et le jugement parfait, au lieu de se traduire habituellement par des expressions motrices, correspondent au contraire! à une diminution de l'activité musculaire au profit de la vie intérieure. Quant aux mots, il est visible qu'ils n'ont pas pour Tenfant la même valeur que pour nous ; mais il est impossible de suivre exactement dans sa conscience les variations du sens qu'il leur prête, jusqu'au jour où il leur attribue le même contenu que l'adulte.
§ 4. — M. Ribol, dans le beau travail qu'il a consacré à ce sujet, distingue trois stades successifs de la généralisation. Le premier , celui des images génériques^ est caractérisé par l'absence du mot. Le second, celui des abstraits moyens, suppose le concours plus ou moins indispensable du mot ; le troisième stade, celui des concepts supérieurs, a pour marque propre de n'être plus représentable ; tout semble s'y réduire au
(i) RiBOT, Evol, de$ idées générales, Paris, 1897, in-8.
l4o tA CONSCIENCE RÉFLÉCHIE
mot seul. Il est évident, — et l'auteur ne s'en cache pas,' — que cette division n'a rien d'absolu ; du plus bas échelon au plus élevé, le développement est continu. Cette distinction n'a d'autre avantage que d'être claire et nous pouvons l'adopter à titre de méthode.
Gomment s'opère donc, de degré en degré, le passage de la perception aux concepts les plus généraux *?