I. CROYANCE AU MONDE EXTERIEUR
§ I. — L'adaptation motrice institue tout d'abord la croyance vulgaire à Texistence du monde extérieur. Cette existence ne tarde pas à devenir chez>r enfant autre chose que le vague sentiment de réalité propre aux sensations non contrariées. Toutefois, elle demeure bien différente de la croyance conceptuelle que le philosophe peut avoir en Texistence objective de forces ou de substances. Sans doute, si je demande à un liomme d'intelligence moyenne, mais sans éducation philosophique, pourquoi il croit qu'en son absence sa maison reste réellement telle qu'il la voit en imagination, verticale, rigide, blanche, percée de fenêtres, divisée en chambres, il cherchera, pour peu qu'il comprenne le sens de la question, des arguments de raison pour justifler sa croyance. Il invoquera, sous une forme plus ou moins embarrassée, la véracité des sens, la constance de leurs données. Mais, en fait, cette dialectique inventée après coup n'entre pour rien dans sa croyance proprement dite. A tel
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point que, si la question est posée à un esprit sans culture ou à un enfant, môme intelligent, elle lui semble absurdité pure. La raison abstraite ne discute pas les croyances qu*elle-inônie n'a point établies.
§ 2. — Et cependant, la croyance au monde extérieur suppose un doute préalable, mais un doute dénué de tout caractère rationnel, ce doute primaire, si Ton peut dire, que nous avons dolîni par Toscillation de l'attention. A l'origine, disions-nous, la réalité se confond pour l'enfant avec ses propres impressions. Mais, en face de ces impressions variables, le besoin se révèle, préformé par l'hérédité ou l'habitude, et permanent. Que le stimulus propre à satisfaire le besoin soit absent, — que le biberon, spit vide, par exemple, — voilà la lutte engagée, entre les sensations auxquelles l'attention réussit à s'adapter et les efforts de l'attention qui se débat dans le vide. Or d'une part, le retard de la satisfaction ne peut qu'exaspérer le besoin. Mais si, d'autre part, le stimulus utile s'offre enfin, il distrait aussitôt l'attention des représentations indifférentes et corrobore la nouvelle adaptation de toute la force du plaisir ressenti. Dès lors, ces excitations, toutes les fois qu'elles se produiront, — elles-mêmes ou leurs analogues, — prendront im relief et un coloris plus saisissant ; à leur égard, l'enfant ne tardera pas à éprouver un sentiment tout spécial de « réalité », c'est-à-dire, encore une fois, une aisance toute particulière de l'attention à s'y adapter. Qu'on observe un enfant ou im jeune chien en présence d'ime glace ; ce redoublement des images divise d'abord leur attention d'une façon parfaite et ils tendent à se comporter vis-à-vis de l'image réfléchie de la même façon qu'à l'égard du modèle. De là, l'amusante indécision de leur altitude. Mais, de ce reflet insaisissable, ils