‹ Essai sur l'évolution psychologie du jugementChapitre 71 sur 103 · II. DOUBLE ASPECT DU VRAI · texte numérisé non relu

II. DOUBLE ASPECT DU VRAI

§ 7. — Mais la sécurité que nous inspire cette réussite coutumière de notre savoir et de notre action ne saurait nous en masquer le caractère provisoire. Née de la résolution du doute, et non de l'intuition d'aucune vérité, la croyance, si elle veut être autre chose qu'une routine intellectuelle, doit vérifier ses titres en se soumettant à l'épreuve de doutes nouveaux, c'est-à-dire en affrontant le contact de l'expérience. C'est l'expérience, en définitive, qui demeure la pierre de touche des plus humbles conjectures de la vie quotidienne et des plus hautes hypothèses de la science. Supposons un homme seul en face de l'univers sensible : la vérité se réduirait pour lui , comme pour l'enfant, au succès des adaptations qu'il aurait apprises au seul contact de cet univers. Comme l'enfant, il ne connaîtrait d'autre critérium que Texpérience : l'expérience serait pour lui la raison même.

Mais l'enfant devient homme et l'individu vit en société. Dès lors, l'expérience sociale s'ajoute et, dans une large mesure, se substitue à celle de l'individu. Elle est comme une seconde raison qui abrège la genèse delà première. Nous avons montré longuement, en effet, qu'après les premières expériences, qu'aucune éducation ne peut lui épargner, l'enfant

Page 1