CONDITIONS DE CE PROGRÈS
§ 5. — Dans les manifestations physiologiques de l'attention secondaire, d'autre part, nous retrouvons, une fois de plus, une simple dérivation des réactions propres à l'attention primaire. Celle-ci était caractérisée par ime réaction plus ou moins diffuse, capable, si l'excitation est suffisamment forte, d'intéresser de proche en proche tout le système musculaire. Examinons, dès qu'il est capable de quelque reconnaissance, vers l'âge de 4 ou 5 mois, un enfant soumis à une excitation qui l'intéresse vivement, non plus en tant que joie immédiate, mais comme promesse d'une joie possible : son biberon, son hochet. Rien de plus maladroit que ces premières adaptations ; et pourtant il s'y donne de plein cœur. Il remue bras et jambes, il crie, ses veines se gonflent, toute sa personne physique est tendue. Et quand, au milieu de ces efforts incohérents, se distingue, par sa réussite, un mouvement particulier, la tension musculaire est loin de se limiter aussitôt à l'organe intéressé. Il semble, au contraire, €[ue la réussite du mouvement approprié augmente d'abord la tension générale : les mouvements diffus de l'enfant redoublent d'ardeur tumultueuse. En d'autres termes, nous retrouvons ici l'application éclatante du principe de l'excès moteur, avec cette différence, que la décharge a, cette fois, pour point de départ, un processus cérébral, une image, un souvenir. L'énergie suscitée par l'image agréable cherche des canaux pour se dépenser utilement ; et l'ouverture de l'un de ces canaux, bien loin d'épuiser cette énei^ie, lui donne ime tonicité nouvelle. Mais, en même temps, et sous l'effet même de cette énergie expansive, le mouvement qui a permis à l'enfant d'atteindre l'objet reconnu bénéficie de la tension générale ; il se précise, tandis que les mouvements difftis inutiles (mouvements du torse et des jambes) demeurent sté-
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riles et incohérents. Il se fait ainsi, parmi les réactions diffuses dans lesquelles se dépense l'activité surabondante de renfant,une sélection du mouvement approprié ; et à cette sélection correspond la liaison du centre cortical de limage visuelle et du centre cortical du mouvement.
Au reste, les conditions physiologiques de Tattentioa ne sont pas différentes chez l'adulte qui, sur le tard, s'astreint à acquérir une habitude musculaire nouvelle. En apprenant, par exemple, à jouer du piano ou à monter à bicyclette : il se crispe, l'œil fixe, les dents serrées, les épaules contractées, dans une attitude générale de raideur que le maître s'efforce bien vainement de combattre, car cette tension, en apparence inutile ou excessive, est la condition même de la réussite. L'adaptation consiste précisément dans une sorte de drainage de l'énergie d'excès, vers des canaux de plus en plus étroits, grâce à l'élimination des efforts inutiles. Ainsi se prépareront des accommodations de plus en plus heureuses, précises et économiques.
De ce caractère de l'attention, découle une conséquence dont nous aurons plus tard à développer les applications ; c'est qu'il y a dans l'attention des plans successifs et inégalement étendus. Que nous cherchions à attraper une mouche, ou que nous nous absorbions dans un problème métaphysique, nous saisissons en nous un arrêt moteur général plus ou moins étendu : contraction de la glotte, tension de la peau du crâne, ralentissement de la respiration. Mais» sur ce fond commun, viennent se greffer des coordinations particulières de mouvements ou d'attitudes» différentes selon que nous marchons ou que nous sommes assis , que nous nous trouvons dans la solitude ou dans la foule ; et sur ces attitudes, d'autres