CONDITIONS DE CE PROGRES
encore viennent se superposer, différentes suivant que nous cherchons à saisir une mouche, écoutons une symphonie , étudions un dessin , méditons en nousmême. De la sorte, on a pu dire(i) que nous n'avons pas seulement ime attention, mais plusieurs. L'attention que j'accorde à une symphonie n'a, à part une attitude générale assez indéfinie, rien de commun avec celle que je donne à im tableau. Ces différences théoriques correspondent exactement à la distinction établie entre les types visuels, auditifs, moteurs, etc* Le peintre et le musicien ne s'intéressent ni aux mêmes choses, ni de la même façon (2). Nous ne tarderons pas à retrouver, dans Fétude de Faccommodation consciente et du jugement, l'équivalent psychologique de ces distinctions.
§ 6. — Ces détails suffisent, croyons-nous, à mettre en lumière l'unité profonde des processus physiologiques de la reconnaissance, de l'association et de l'attention. Les réactions motrices d'origine mémorielle, c'est-à-dire celles qui ont leur point de départ dans un processus cérébral et non dans une excitation sensorielle, ne jaillissent pas ex nihilOy mais à la suite d'une modification cérébrale survenue dans les centres connexes. Mais, d'autre part, ces connexions nerveuses ne se sont pas constituées au hasard, par des i-encontrès accidentelles entre processus moteurs et sensoriels. Elles ont pour intermédiaire et pour instrument commun les réactions motrices de l'attention, et celles* ci ne sont que les adaptatations de plus en plus
(i)BALDWiif, ouvr. cit. p. 43i.
(2) Baldwin, ihid.f pages 3a-33, retrouve avec raison ces différences Jusque chez les animaux. L'attention du cheval est surtout andittye, ceUe du lapin (et prohablement aussi du chat) surtout olCftctive.
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précises de l'appareil moteur tout entier dont elles diversifient graduellement Funité fonctionnelle. Si le son d'un mot est étroitement associé au souvenir visuel de ce même mot écrit, et réciproquement, c'est que la vue, aussi bien que le son, tendent, quand je suis attentif, à décharger une même énergie nerveuse vers le même appareil musculaire de Tarticulation verbale.
La coordination plus ou moins étroite des multiples processus musculaires, spécialisés et perfectionnés par l'action de l'énergie d'excès, nous donne ainsi la traduction physiologique des associations plus ou moins inséparables établies entre les représentations dans la mémoire. L'unité organique du corps devient ainsi ie symbole de l'unité organique de la pensée.
§ 7. — Notons une fois de plus ici la vérification des deux principes directeurs établis plus haut. D'une part, l'accommodation est moins une acquisition nouvelle qu'une application à des usages nouveaux et plus délicats des habitudes préalables. J'abaisse mécaniquement les coins de la bouche quand j'absorbe un remède qui répugne à mon goût ; mais je n'emploierais pas d'autres muscles pour signifier volontairement qu'une proposition me déplaît (i). Ainsi, les fonctions supérieures s'approprient les fonctions inférieiu»es et les assouplissent pour les adapter à des usages nouveaux et plus élevés. — D'autre part, cette malléabilité n'est pas indéfinie. L'habitude est, par définition, plus conservatrice que progressiste, et l'appareil moteur, qui en est le siège, ne se prête pas à tout âge avec la même facilité à des essais nouveaux. On peut dire que l'organisme se plie d'abord aux grandes adapta-
(i)Cf. WuNDT, Psychologie physiologique, i, I, chap. xxii.