‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 30 sur 115 · I. LA CONNAISSANCE DE L ESPACE · texte numérisé non relu

I. LA CONNAISSANCE DE L ESPACE

§ a. — Jusqu'à la cinquième ou sixième semaine, l'enfant semble ne faire aucun effort pour saisir les objets qu'il voit; lors même que ceux-ci la stimulent,

IIO ETUPE DE QUELQUES ADAPTATIONS

son attention ne se traduit qu'en réactions diffuses. Les mouvements des yeux ne sont pas coordonnés (i), de sorte que les axes optiques ne se coupent que par accident. Aucune réaction ne permet encore de conjecturer que l'enfant ait la notion de la distance et de la profondeur (2). En admettant même, avec quelques psychologues, que les plus élémentaires impressions visuelles se représentent, dès l'abord, dans un espace à trois dimensions (3), il est aisé, en tout cas, de constater, que l'évaluation de la distance et de la profondeur ne devient exacte, ou même approximative, chez l'enfant, que du jour où elle lui est utilSy c'est-à-dire dès qu'il est en état de répondre par des réactions appropriées à certaines excitations lointaines, agréables ou pénibles. Dans les quatre premiers mois, l'enfant a saisi, par réflexe

(i) Cf. Prkyer, ouvr. cit., p. 23 et suiv.

(2) Est-ce à dire que la cœnesthésie ne fournisse pas déjà à l'enfant quelque vague notion d'étendue, c'est-à-dire une simultanéité d'impressions senties comme extérieures les unes aux autres ? Nous ne le pensons pas et nous avouons n'avoir pas été convaincu, sur ce point, par la pénétrante discussion de M. J. Lachelicr {U observation de Platnerj dans : Rev, de Métaph, et de Mor.y nov. 1903, p. 684 et suiv.). Un battement de cœur ne nous paraît pas extérieur à une crispation de l'estomac d'une manière simplenient « qualitative », et je n'ai pas besoin, pour sentir cette extériorité de me représenter la situation respective des organes affectés dans l'espace visuel ; de ce que cette dernière représentation soit, en fait, devenue pour nous Féquivalent commode de toutes les autres, il ne résulte pas nécessairement que nous n'ayons pas la conscience réelle, quoique obscure, d'une « extension » musculaire et tactile. Mais il reste vrai que cette sorte d'extension est absolument irréductible à retendue visuelle, comme la résistance, le son et l'amer sont hétérogènes à la couleur ; de sorte que les sensations cœnesthésiques de l'enfant ne sauraient lui fournir aucune donnée pour l'acquisition de la notion de l'espace visuel par rapport auquel s'organiseront bientôt ses principales adaptations.

(3) C'est notamment l'opinion soutenue par W. James, Prirtcipies of Psychology, p. i34 et suiv., 212 et suiv. Cf. Paul J^^^nex» La perception {visuelle delà distance, dans : Rev. philos,, 1879, t. I,, et DuNAN, Un nouveau cas de guérison d'aveugle-né, ibid,, 1888, t. I.

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