‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 42 sur 115 · LA CONSCIENCE RÉFLÉCHIE · texte numérisé non relu

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dejiision et de synthèse, que M. Ribot emploie tour à tour, ne sont rien moins que clairs. Ils ont le grave inconvénient de conférer une sorte de réalité à une véritable chimie mentale qui réduirait la vie mentale à n'être qu'une composition mécanique, pour nous inintelligible, d'éléments psychiques simples et conduisent à méconnaître l'origine active de l'idée générale. Aussi bien M. Ribot estime-t-il lui-même que cette première ébauche du concept est une « assimilation passive » (i). L'esprit n'est plus, en ce cas, — l'expression est encore de M. Ribot, — qu'un « creuset», au fond duquel une énergie mystérieuse amalgame les données, préalablement épurées, de l'expérience. De quelle nature est cette énergie ? Comment agit-elle sur les images de façon à les fondre en un schéma composite ? Autant de questions laissées sans réponses.

§ 7. — L'avantage de la théorie que nous proposons est précisément, croyons-nous, de rendre inutile l'hypothèse d'ime fusion des images en une seule. Nous apercevons la source première de la généralisation dans l'inégale différenciation de notre réceptivité sensible et de notre activité motrice. Comme nous avons cherché à l'établir plus haut, nos façons d'agir sont infiniment moins diverses que nos façons de sentir. L'enfant ne crie ni ne gesticule de façons diverses quand il s'est piqué, quand il a faim ou quand on lui enlève un objet qui l'amuse. Toutes ces excitations rentrent pour lui dans la classe des objets qui font pleurer. D'autre part, la différenciation spécifique de ses sens distingue pour lui, dans le sensible, des qualités auxquelles devra s'adapter un

(l) P. ÎOl.

IMAGES GENERIQUES l(§j'

mode d'attention divers : attention visuelle, auditive, olfactive. Enfin, dans chacune de ces divisions qualitatives, il ne peut encore opposer que des réactions relativement simples à la complexité des excitations. La nécessité pratique de vivre, c'est-à-dire de s'adapter aux conditions les plus stables et les plus communes du milieu, l'oblige à acquérir et à conserver à titre d^habitudes les réactions les plus appropriées à sa défense. C'est ainsi qu'il n'y a qu'un petit nombre de façons utiles d'écouter, de regarder, de saisir, encore que la qualité des sons, des couleurs et des modes de résistance puisse varier à l'infini. Il se constitue auHSÎ, avons-nous dit, pour l'enfant , une classe d'objets sonores, une autre de formes visibles, une antre des résistances proches ou des objets lointains, une autre des personnes, une autre d'états qu'il appelle siens, ime autre des signes expressifs, etc. Le premier « acle synthétique de fusion » (i) qui groupe les excitations diverses en vertu des ressemblances partielles n'a donc rien d'analogue à l'affinité chimicjue qui précipite au fond de la cornue tous les cristaux d'un même sel: elle est une sélection opérée par le vivant au mieux de ses intérêts, grâce à la simplicilé organique et motrice qu'il oppose , dès l'origine, a la diversité des excitations.

§ 8. — Or il est manifeste que cette analyste du concept, sous sa forme la plus humble d'image générique, est celle même du jugement au premier terme de son développement, tel qu'on peut l'observer cliez l'animal et chez l'enfant. Le bébé qui tend également les bras vers la montre et la pendule, qui porte la main vers tous les liquides blancs, affirme, à sa niani<Vre,

(i) RiBOT, Idées générales, p. i3.

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d'une façon purement musculaire, une ressemblance L'écureuil qui saule (run arbre à l'autre évalue une distance ; les fourmis qui creusent un tunnel sous les rails d'un tramway, pour éviter le sort de leurs compagnes écrasées par le véliicule, font, ou plutôt réalisent, une série de jugements de cause et de fin. Qu'observons-nous dans ces cas, sinon une formation d'habitudes motrices nécessaires pour adapter l'individu et l'espèce aux conditions variables du milieu? Or toute habitude est nécessairement générale ; elle oppose l'uniformité d'un mode défini de réaction à la variété d'expériences indéfiniment diverses ; elle constitue pour le vivant de véritables catégories d'action, et c'est le premier effort de l'intelligence enfantine, — peut-être aussi le plus élevé de l'intelligence animale, — que de tenter l'application constante de ces catégories à la diversité du donné.

Cette simplicité des premières adaptations motrices s'altère, sans doute, à mesure que de nouvelles adaptations heureuses rendent possibles des réponses à des excitations plus variées. Mais cette action dissolvante du milieu est largement compensée par l'action unifiante de l'habitude. Exposé a plus d'attaques, l'organisme est aussi mieux armé pour la résistance. Examinons, en étudiant la deuxième et la troisième phases de l'évolution du concept, ce double travail de complication et de simplification.

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