‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 41 sur 115 · II. IMAGES GENERIQUES · texte numérisé non relu

II. IMAGES GENERIQUES

§ 5. — M. Ribot rappelle, tout d'abord, avec raison, que la perception est déjà « une ébauche grossière de ce qui sera plus tard Tabstraction » (i) ; car toute perception suppose une sélection plus ou moins consciente de quelques caractères qui, pour l'esprit, constituent durant im moment toute la réalité de l'objet. La plupart des psychologues contemporains. MM. W. James, HœfTding, Wimdt, sont d'accord sur ce point, et nous-même avons indiqué naguère (2) dans quelle mesure les sens pouvaient être considérés comme des instruments d'abstraction. L'image, à son tour, accentue cette simplification de l'objet et le réduit à des caractères pratiquement, sinon logiquement, essentiels. D'un cheval, le palefrenier, le peintre et le vétérinaire retiendront des images toutes plus pauvres que la perception, mais sensiblement différentes, et appropriées à leurs préoccupations habituelles. En d'autres termes, la généralisation est préparée par une dissociation opérée dans les données brutes de l'expérience, et dont les causes, dit M. Ribot,

(2) V. supra, p. i5a.

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IMAGES GÉNÉRIQUES l4l

« se réduisent finalement à l'attention » (i). Comme l'auteur a amplement démontré ailleurs (a) la parenté de l'attention avec les phénomènes d^ordre musculaire, notre thèse s'accorde jusqu'à ce point avec la sienne.

Mais il y a plus, et M. Ribot nous semble n'avoir pas été aussi loin qu'il l'aurait pu dans l'application de ce principe fécond et n'en avoir pas dégagé cette conséquence, que la généralisation commence, elle aussi, par des distinctions opérées dans les données de l'expérience au moyen de l'appareil musculaire. Il définit la généralisation, à ce premier stade, « une condensation,... un résidu de ressemblances communes» (3), et les exemples d'images génériques qu'il étudie chez l'enfant semblent bien répondre à cette définition (4). Ce sont les cas bien connus, rapportés par Taine, Preyer et Romanes. L'enfant de Preyer, âgé de trente et une semaines, s'intéresse exclusivement aux bouteilles, carafes et autres vases transparents dont le contenu est blanc, couleur caractéristique du lait dont il est nourri : image générique visuelle. Un autre enfant, après avoir écouté attentivement le tic-tac d'une montre placée contre son oreille, tend joyeusement le bras vers la pendule placée sur la cheminée : image générique auditive. Dans tous ces cas il se produit, dit M. B5bot,une «condensation de ressemblances», une « fusion » des percepts en une image qui ne garde de chacun que les caractères commims à tous.

§ 6. — Présentée en ces termes, l'explication ne semble plus suffisante. Les termes mêmes de œndensation,

(a) Ribot, Psychol. de V Attention, Paris, i888, p. 3a et suiv.

(4) P. 38 et suiv.

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