I. RÉACTION CIRCULAIRE
§ I. — C'est devenu un axiome en biologie que tout organisme, si simple soit-il, est doué du pouvoir d'entrer de lui-même en mouvement. Ce pouvoir est la spontanéité. Quelle en est l'origine première? La réponse à cette question ne serait rien moins que la solution du problème de la vie. Force nous est de l'admettre simplement comme un fait primaire constaté partout où se manifeste la vie.
Toutefois il ne suffît pas, comme le fait Bain (i), de constater la généralité de ce fait au point de départ de tout processus vital ; on peut en analyser les conditions qui nous paraissent de deux sortes.
§ 2. — D'une part, cette spontanéité n'est pas pleinement indépendante. Aucim organisme ne vit en dehors d'un milieu déterminé dont il reçoit des excitations, et notamment sa nourriture. Mais, d'autre part, et inversement, cette dépendance n'est pas
(i) Bain, Les sens et V intelligence, trad. franc., Paris, 1874, liv. I, chap. 1; Les émotions et la volonté^ trad. franc., Paris, i885, Part. U, chap. I.
absolue, et c'est précisément le propre de la spontanéité que l'excitation n'est que l'occasion et non la raison d'être de la réaction. L'organisme ne répond pas indifféremment et de la même manière à tel ou tel stimulant. Il peut même entrer automatiquement en mouvement sous l'action purement interne des aliments digérés.
§ 3. — De ces conditions, il résulte que le mouvement organique élémentaire est nécessairement un mouvement d'oscillation du dehors au dedans et du dedans au dehors. Par un rythme alternatif, l'énergie potentielle accumulée par la nutrition se décharge et se renouvelle. \J amibe, dont les mouvements paraissent le type de tout mouvement cellulaire, doit précisément son nom (xfjLst'esiv, changer ou échanger ) à cette alternance rythmique de la dépense et de l'acquisition, à laquelle certains biologistes ont donné le nom caractéristique de réaction circulaire.
Mais la réaction circulaire ne représenterait pas le type vital si elle se bornait à un couple unique de contraction et d'expansion. La vie, en ce cas, nous apparaîtrait comme moins riche que la matière brute, puisque le balancier renouvelle son énergie à mesure qu'il la dépense.
Or, examinons les molécules intérieures d'une cellule. Elles sont toutes, mais à des degrés différents, avides d'oxygène. Aussi se précipitent-elles sans cesse vers la paroi de la cellule pour se saturer du gaz oxygène en dissolution dans l'eau. Ces molécules très oxygénées sont devenues très instables et aptes, comme de véritables explosifs, à se décomposer brusquement au moindre choc. Dès qu'une excitation atteint ces molécules, elles se décomposent et abandonnent des acides qui se dissolvent