‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 9 sur 115 · RÉACTION CIRCULAIRE · texte numérisé non relu

RÉACTION CIRCULAIRE

aussitôt dans Feau. Mais cette décomposition ellemême rend ces molécules beaucoup moins avides d'oxygène que celles qui sont -au second plan ; elles sont alors chassées de la périphérie par ces dernières, reviennent vers le noyau, s'unissent aux substances excrétées par lui, et, revenant ainsi à leur premier état, recouvrent leur affinité première pourToxygène. Dès lors, le cercle est fermé, et, tant que le milieu ambiant sera suffîsammeut riche en oxygène, la réaction circulaire se perpétuera jusqu'à la mort de la cellule.

§ 4- — Nous avons dans ce fait, brillamment mis en lumière par Verworn (i), un exemple frappant de réaction circulaire complète, dans laquelle la réaction tend à rétablir d'elle-même l'excitation qui lui a donné naissance et, par suite, à se perpétuer indéfiniment jusqu'à épuisement du stimulant ou des réserves vitales. Non seulement la cellule, au point où nous la considérons, a déjà une constitution propre qui la rend susceptible de certaines réactions originales, mais elle egt déjà un système conservateur fondé sur le principe de la répétition ; elle est, au sens rigoureux du terme, douée cV habitude.

Dans un milieu absolument constant, on conçoit à la rigueur que la réaction circulaire par répétition suffise à assurer à la vie quelque durée. Mais nous savons qu'en fait, il n'est pas un vivant que les variations <;aloriques, météorologiques, lumineuses du milieu, n'exposent à d'incessantes épreuves. En face de ces variations, le vivant n'a que deux issues : périr ou s'adapter (2).

(1) Vkrworn, Bewegiiîiff dcr lehcnd, SiihstanZy léna, 1892 ; AUgenieinc PhysioL, léna, iSij^, p. 499 et suiv. — Cf. Delagk et Hbrouard, Traité de Zoologie concrète y Paris, 1896, t. I, p. 21 et saiv.

(a) n est inutile sans doute d'examiner une troisième issue-

h' adaptât ion, telle est précisément, avec Thabitude, la seconde faculté caractéristique de la cellule. Il importe d'insister sur ce fait, si bien connu aujour- <l'hui, grâce aux travaux de Pfluger, de Pfeffer, d'Eimer, d'Engelmann, de Binet, etc. Les organismes uni-cellulaires ne se contentent pas d'attendre -du dehors les agents capables de les exciter. Ils recherchent ou évitent, avec un prodigieux discernement, ceux qui leur sont favorables ou hostiles : « Certaines bactéries, dit M. Baldwin, distinguent la » trillionième partie d'un milligramme de certaines

» solutions qui les attirent Placez de l'extrait de

» viande à proximité de bactéries qui en vivent ; » vous les verrez bientôt pulluler et s'entasser les » unes sur les autres. Mais répandez la plus minime » quantité d'un extrait nuisible, aussitôt la bactérie » s'enfuit vers l'issue la plus proche » (i).

M. Binet constate de même : « Il y a des espèces » qui se nourrissent exclusivement de certains ali- » ments ; certains infusoires sont purement herbi- » vores, et d'autres purement carnivores. Ceitains » infusoires chasseurs, observés par M. Maupas, cher- » chent la proie au hasard en se mouvant tour à » tour dans toutes les directions; mais dès qu'ils ont » trouvé une victime propre à les nourrir, ils la » foudroient de petits dards empoisonnés, qui la » paralysent. Le chasseur cherche alors sa proie en

possible : la modification du milieu par le vivant. On en pourrait citer des cas spécieux (Baldwin, Développement mcntalj etc, j). 2^6;, mais purement apparents. Car, pour agir sur le milieu, le vivant doit d'abord se modifler de façon à pouvoir exercer sur lui un minimum d'action, et cela même est une adaptation. Les vivants supérieurs ne font pas exception : l'homme plie devant la nature avant de la modilier à son avantage : « Discit parendo jubere ».

(i) Ouv. cité, p. 244'

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» tournant lentement de droite et de gauche. S'il ne » Ta pas trouvée au bout d'une minute, il repart en » chasse » (i).

D'autres organismes unicellulaires discernent l'action chimique de certains rayons lumineux. Ecoutons encore M. Binet :

» Lorsqu'on met des bactéries de la putréfaction » dans une goutte d'eau ne contenant pas d'oxygène,

» mais renfermant des algues à chlorophylle ou

» des grains de chlorophylle obtenus par Técrase- » ment de cellules vertes, au premier moment, il ne » se passe rien ; mais si l'on éclaire la préparation » pour permettre à la fonction chlorophyllienne de » s'exercer, on voit les bactéries présenter des mou-^ » vements très vifs et se diriger toutes ensemble » vers les points de la préparation où se fait le déga^ )> gement de l'oxygène, c'est-à-dire autour des grains » de chlorophylle.... Si l'on obscurcit la préparation, » les bactéries cessent d'entourer les grains de » chlorophylle ;.... le groupement se fait de nouveau » si on laisse revenir un rayon de soleil » (2).

§ 5. — Que si nous passons aux organismes multicellulaires, mais encore dépourvus de tout tissu nerveux, aux plantes par exemple, c'est devant nos yeux que nous les voyons manifester, sous forme de géotropisme et d'héliolropisme, un remarquable pouvoir d'adaptation aux changements du milieu. Pfefrer(3) a prouvé que la blessure d'une plante occasionne un mouvement considérable du protoplasma à travers la plante entière et un afflux de sève vers l'endroit

(i) BiNET : Vie psychique des mlcroorganisines y dans : Etudes de psxcholoffle expérimentale, Paris, 1888, p. 1^8.

(2) BiNBT, ouv. cité, p. 244.

(3) Die Reizbarkeit dcr Pflanzen, Leipzig, 1898.

malade. M. Baldwin(i) cite rexpérience deHeglerqui, ayant attaché un poids à une tige en voie de croissance, constata une surproduction de force mécanique destinée à contre-balancer le poids. Il remarque que l'énergie de croissance des racines se surpasse étrangement si elles viennent à rencontrer quelque obstacle. Mais combien ces propriétés ne seront-elles pas plus accusées et plus efficaces encore si nous considérons les tissus nerveux et les organismes qui en sont pourvus ! Les recherches les plus récentes commencent à jeter quelque jour sur la question si obscure de la physiologie de la cellule nerveuse. Nissl, entre autres, avec une remarquable précision, a montré qu'il existe entre les cellules de Fécorce cérébrale des vertébrés une très grande diflPérenciation fonctionnelle. C'est ainsi que, sous l'action de poisons différents, les mêmes cellules présentent des altérations différentes, et qu'inversement, le même poison n'affecte pas de la nîème manière des espèces de cellules différentes. (2) Il existe jusque dans les mêmes centres des espèces de cellules différentes qui se distinguent par un véritable pouvoir électif. Mais, à vrai dire, la psychophysiologie de la cellule isolée n'est guère encore en état d'éclairer la théorie de l'adaptation. Il en est tout autrement si l'on considère la cellulle nerveuse à sa véritable place, dans un « système » d'éléments nerveux, et surtout dans un système nerveux central. « Le système nerveux, écrit Ramon y Cajal, repré- « sente une différenciation de l'épiderme » (3), c'està-dire qu'il assure au vivant une coordination utile •de réactions en réponse aux excitations variées et

(i) Ouv. cité, p. 2^7.

(2) Ueb. die Verœnder, der Nervenzellennach experimentell erzeiigten Vergiftang, «laiis Neiirol. Centralblatt, 1896, p. 9^7 et suiv.

(3) Cite par J. Souuy, Le système nen^eiix cen/raZ, Paris, 1899. p. 1657.

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incohérentes du milieu ambiant. Déjà, chez les polypes, existe un système nerveux de neurones sentit îfs et moteurs conjugués. Chez les vers, apparaît cuire ces deux éléments un intermédiaire impo liant, le neurone d'association interganglionnaire. Dvf^ lors, Texitation sensible peut se propager, non |)lnft aux cellules motrices d'un seul ganglion, mais à celles de plusieurs ganglions, et l'appareil moteur peut réagir tout entier à l'excitation d'un seul point de répiderme. Plus haut encore, dans l'échelle animale, le neurone interganglionnaire se double de ce que Ramon y Cajal a appelé le neurone psycho-moteur. Qu'il se ttoine relativement simple dans le « ganglion cérélirokle >} des invertébrés, ou prodigieusement multiplié dans le cerveau des vertébrés, la fonction de cet organe apparaît comme identique : il exerce une action diret.*trice ou iniiibitrice collectwe. Et ce groupement des centres coordinateurs en une masse unicpie s'est réalisé, pense le même auteur, — et l'hypothcsc est séduisante, — en vertu d'une loi d'épargne. Car il y a tout avantage pour le vivant à transmettre par une voie aussi courte que possible un ordre commun au plus grand nombre possible de neurones moteurs. La multiplication des neurones d'association entre les centres et l'écorce réalise précisément cette condition d'une adaptation rapide et appropriée* k une plus grande diversité d'excitations, (i) Aussi bien, de toutes les discusions soulevées par la physiologie cérébrale, une conclusion au moins ressort indiscutée, c'est que les hémisphères, dépourvus par eux-nicTucs de toute fonction sensori-motrice immédiate, sont la condition du souvenir, c'est-à-dire retiennent tles réactions antérieures une habitude qui prépare les réactions à venir. Quels que soient d'ailleurs les

(i) Résumé par J. Soury, Ibid.f p. 1662-65.

6o HABITUDE ET ADAPTATION ORGANIQUES

rapports de la pensée et des phénomènes cérébraux, on ne saurait contester aux hémisphères ce rôle de conservation des habitudes utiles, c'est-à-dire, en définitive, des adaptations du vivant aux nécessités de la vie.

Ainsi, tout au long de Féchelle organique, on doit reconnaître à la spontanéité ce double pouvoir de répétition et d'accommodation, d'habitude et d'adaptation. Il importe de ne pas oublier l'unité de ce double processus. Il n'y a de changement que de ce qui était déjà ; et, à son tour, le devenir se fixe en habitude ; car le pouvoir de favoriser le retour de l'excitation est constant. L'habitude est ainsi le point de départ et le point d'arrivée de l'accommodation.

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