‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 82 sur 115 · LES PBINCIPES DE LA RAISON · texte numérisé non relu

LES PBINCIPES DE LA RAISON

sécurité pour que nous nous préoccupions d'en chercher la loi.

En d'autres termes, les affirmations que Ton ramène communément au « principe de raison suffisante », n'énoncent rien de plus que des dispositions acquises qui nous portent à accueillir, autant que possible, les expériences futures avec les mêmes modes d'attention et les mêmes gestes que les expériences passées. Ces dispositions sont, avant tout, orientées vers Faction à venir et s'efforcent de la réduire à la plus extrême uniformité, qui serait la répétition pure et simple des adaptations passées. Inconscientes, comme toutes les habitudes, tant qu'elles sont engagées dans Faction, ces dispositions peuvent, d'ailleurs, dans une conscience réfléchie qui s'abstrait un instant de la vie agissante, devenir elles-mêmes l'objet d une attention intérieure, être mises en formules verbales et érigées en lois logiques. Mais cette apparence de dogmes absolus ne doit pas faire oublier la genèse psychologique de ces actes de foi, toute semblable à celle de nos croyances particulières. Nous avons vu, en effet, que toute croyance particulière se constitue, dans notre conscience, à la suite d'un conflit entre l'habitude d'une part, et ce qui, d'autre part, est donné par l'expérience ; il y a croyance, disions-nous, quand ce conflit se résoud par la réadaptation d'une habitude qui semblait d'abord en défaut, ou par une variation de l'habitude propice à la réussite de nouvelles adaptations. Notre croyance en l'identité des choses et en la constance de leurs relations ne fait pas exception : elle naît, elle aussi, du conflit entre la tendance unitaire de nos habitudes motrices acquises, puis entretenues, par la répétition et le désordre apparent du monde sensible. De progrès en progrès, ou plutôt de reculs en recommencements, d'échecs en

succès, rhabitude remporte, éliminant Faccidentel au profit des excitations qui comportent des réactions uniformes. Ce que nous appelons vérité n*est rien de plus que raccord conscient de nos croyances les plus générales avec une expérience donnée.

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