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LES PRINCIPES DE LA RAISON

raccommodation seules : par Thabitude, quand il n'est que la répétition d'un geste ou d'une affirmation antérieure, — par raccommodation, quand il est un essai d'adaptation d'une habitude à un cas nouveau, — essai qui peut réagir sur l'habitude elle-même en la confirmant ou en la modifiant.

§ 5. — Or, si nos habitudes motrices ou intellectuelles sont, de par leur origine sélective, hiérarchisées des plus particulières aux plus générales, on comprend que leur variabilité soit en raison inverse de leur généralité. Celles, en effet, qui assurent notre contact le plus immédiat avec le monde sensible, doivent garder une certaine élasticité pour se prêter aux changements de l'expérience. C'est ainsi que nous sommes tenus de modifier nos habitudes toutes les fois que nous changeons de vêtements, d'outils de travail, de demeure, de régime alimentaire, de condition sociale. Moins concrète et plus rigide, l'image générique est susceptible encore, comme la règle de plomb des Stoïciens, de s'adapter aux contours des choses. Le savant n'imagine pas le schème du vertébré, de la fleur, du métal, de la même façon que l'enfant qull a été trente ans plutôt. Les mots ne sont pas suggestifs des mêmes images, quand nous sommes vieux ou souffrants, ou quand nous débordons de jeunesse et de santé. Et pourtant la déformation des images, comme celle des souvenirs, est si insensible qu'il faut une réflexion bien pénétrante pour sentir que, d'un âge à l'autre, les mots ne signifient plus exactement la même conception des choses.

§ 6. — A plus forte raison, nos concepts les plus abstraits correspondent-ils moins à la surface mou-

vante des choses qu*à leur dessous constant. Le retour très régulier de certaines attitudes reste nécessaire pour que notre attention s'adapte utilement aux choses, en dépit de leur diversité. La possibilité d'un minimum de réactions semblables est, pour notre nature routinière, à la fois une agréable économie d'efforts et le gage le plus sûr de notre empire sur les choses. Or aucune expérience psychologique ne dépasse celle-ci en constance et en généralité, car nos adaptations les plus nouvelles et les plus hardies elles-mêmes ne réussissent qu'autant qu'elles répètent, pour une large part, des adaptations antérieures, des habitudes. C'est pourquoi la croyance à l'identité, expression consciente de cette fonction constante de l'habitude, est la condition première de toute affirmation nouvelle. Et l'on pourrait, sans vain jeu de mots, définir le « principe d'identité » : l'habitude de fonder toute pensée sur une habitude, l'habitude même de l'habitude.

C'est encore en vertu d'une habitude que, dans la succession des phénomènes, notre attention se porte, de préférence, sur certains phénomènes et prépare la voie à la perception claire des suivants, ou même à des adaptations prévoyantes, utiles entre toutes. Car la sélection coulumière de certains percepts rend possible le succès habituel de la prévision et de l'action ; elle permet de retrouver une certaine identité dans la succession de phénomènes hétérogènes. De là l'habitude de distinguer des faits « prérogatifs », des antécédents et des conséquents, des causes et des effets ; de là la croyance que des modes semblables d'attention élective et d'action appropriée arriveraient, en cas de besoin, à prévoir et à dominer les faits innombrables qui s'écoulent autour de nous, mais qui intéressent de trop loin notre curiosité ou notre

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