ET CONJECTURES SUR L’ÈRE DE LA VILLE DE BËRYTE EN PHÉNICIE
Tessère antique en plomb (i), longue de voy.ien-i"
, i . « I, de la planche.
deux pouces et demi, et haute d un pouce trois quarts, offrant sur sa face antérieure
(i) Le mot Tessère, dérivé, comme on sait, de Téssaft? , quatre , signifiait, ebez les anciens, toute figure à quatre côtés. On en distinguait de plusieurs sortes, savoir : Tessera militons, mot d’ordre qui était tracé sur un morceau de métal ou de bois (Livius). Tessera hospitalitatis , tessère qui faisait accorder l’hospitalité aux voyageurs. Tessera liberalitatis , Tessère qui se donnait au peuple pour avoir part aux distributions qu’on lui faisait en blé, argent, etc. Celle pour le blé se nommait frumentaria; celte pour l’argent , nummaria. Beaucoup de médailles romaines offrent le nom et la figure de cette Tessère. Tessera lusoria , dé à jouer (Cicér. ). Tessera theatra/is, cube prolongé, destiné aux
trois lignes en caractères grecs, ainsi qu’un trident auquel est enlacé un dauphin; le tout gravé en relief sur le fond.
Ce monument a été rapporté de Béryte, ville maritime de Phénicie , aujourd’hui connue sous le nom de Beyrout , par les deux savants Bruguière et Olivier, qui voyageaient en 1794 dans ces contrées , par mission du gouvernement français. On trouve dans l’ouvrage publié par Olivier eu 1797, sous le titre de Broyage en Egypte, en Syrie et en Perse, vol. II, pag. 219, la description de cette Tessère, ainsi qu’il suit : « Plaque «de plomb trouvée dans des décombres, à « l’occident de la ville (de Béryte); elle porte « une rangée de lettres initiales, un dan ,hin « traversé d’un trident, et le nom d’un Denis,
gladiateurs qui se donnaient en spectacle. Testera convivialis , espèce de billet qui se distribuait dans les festins. Tessera, dalle en marbre ou en pierre, carreau à carreler, ayant quatre pans (Sénèq.). Tessella , Tesserula, diminutif de Tessera , pièce carrée pour les ouvrages de marqueterie (Pline). Tessellatum pavimentum, lieu pavé en dalles. Tessellarius , ouvrier en marqueterie. Tesserula , scrutin ( Varron ).
« inspecteur de marché ; le tout en relief.
« Cette plaque a près de quatre lignes d’épais- « seur, y compris le rebord, deux pouces et « demi de long, et un pouce neuf lignes de « large. La première ligne porte les lettres « suivantes : LASPMZ.La première lettre, que « l’on doit supposer un E, ne paraît pour- « tant pas usée. Les deux dernières lignes « portent les deux mots suivants : aiontxioy. tt ArOPANO. »
Voilà tout ce que nous apprend le savant naturaliste sur ce monument, qui du j’este est gravé dans l’atlas de son voyage.
L’obligeance d’un ami (i) m’en ayant rendu possesseur, j’ai senti tout de suite combien était insuffisante la description d’Olivier, et tout ce qu’elle laissait à dire après lui.
(i) Le chevalier Félix Lajard, ancien secrétaire de légation en Perse, et qui s’occupe dans ses loisirs à assembler les matériaux d’un ouvrage archéologique qu’il se propose de publier sur la langue et le culte des Perses , au temps des Cambyse et des Cyrus.
J’entre en matière. Celte Tessère venait d’ètre trouvée dans des excavations faites sur le sol même de la ville ancienne de Béryte, au moment où nos voyageurs y arrivaient. On y voit d'abord un type qui est tout maritime, un trident et un dauphin, ce qui convient à une ville bâtie sur le bord de la mer, telle que l’était Béryte qui, tirant toute sa splendeur et sa richesse de son commerce et de sa navigation, devait naturellement avoir adopté pour symboles les instruments de son opulence (i).
(i) Il existe dans notre cabinet une autre Tessère antique qui, pour la forme et la grandeur, ressemble beaucoup à celle-ci. Elle eu diffère par une bélière qui servait à la suspendre, et par la matière qui est en bronze, au lieu d’ètre en plomb. Cette Tessère venait aussi d'être trouvée à Lampsaque, ville de l’Hellespont, quand nous y passâmes, il y a quelques années; et nous en fîmes l'acquisition sur les lieux mêmes. Le sujet qui y est représenté est un hippocampe ou cheval marin. Ce type est tellement caractéristique de la ville de Lampsaqtic, qu'il n'est aucun antiquaire qui soit tenté d’attribuer ce monument à une autre ville, parce que le même type «lu che\al marin se voit très-fréquemment sur les médailles avérées de I .ampsaque , de même qu’on voit le trident et le dauphin sur celles de Béryte.
C’est ainsi qu’on reconnaît les médailles anépigraphes de la
Quant à l’inscription, le mot aionysiot est le nom au génitif d’un personnage appelé Dionjsius , nom propre très-commun chez les Grecs, et assez bizarrement traduit chez nous par Denis ( i ). Le mot atopano est évidemment l’abrégé d’AropANOMor génitif d’Aropa.vo.mo2 , Prœfectus annonce, préfet des vivres, intendant dn marché, comme l’a très-bien dit Olivier. Ainsi cette Tessère est marquée des nom et qualité d’un magistrat nommé Ùionysius , préposé aux vivres sous le titre . d 'agoranome ou inspecteur du marché d’une ville maritime. Ceci est fort clair.
11 est impossible, quand on a quelque habitude du grec des inscriptions et surtout des médailles, de se méprendre sur la signification de la lettre latine L qui com-
Cyrénaïque, au silphium ; celles de Rhodes, au balaustium ; celles de Sélinus de Sicile, à la feuille d’ache; celles de Thèbes, au bouclier béotien, etc., parce que ce sont autant de types caractéristiques de ces villes, et qu'on possède les mêmes types avec épigraphe.
(i) Denis, tyran d'Héraclée; Denis, tyran de Syracuse; Saint- Denis , etc.
mence de gauche à droite la ligne supérieure. C’est le lambda conservé dans sa forme primitive par archaïsme sur les monnaies grecques , et uniquement consacré , comme initiale de aïkàjbas (i), annus , à annoncer que les lettres qui le précèdent ou le suivent, sont des lettres numérales qui expriment une date. Les cinq lettres composant le chronogramme qui suit immédiatement le L, ne peuvent se lier entre elles, car elles ne présenteraient aucun sens. Il faut donc les diviser, sans perdre de vue que le L, AuxaÊa*, qui les précède, indique qu elles doivent offrir une ou plusieurs dates. Notre embarras était d’abord de diviser ces lettres de manière à trouver la véritable date du monument; car si l’on prend isolément les deux premières AH? on aura l’an 6 1 , et les trois dernières PMZ, donneront l’an 147. Si au contraire on joint les trois premières lettres
( 1 ) Annum quoque vetustissimi Grcecorum iuxaSavra appellant , tôv àiro tou %ûxsv, id. est, sole, etc. Macrob. Sat. L . I, c. 17.
ASP, on aura l’an 1 6 1 ; et pour les deux dernières MZ, l’an 47 • Ainsi, soit que l’on suive la première ou la seconde division de ces cinq lettres numérales, le résultat sera toujours deux dates. Donc le monument est empreint de deux dates , ce qui appelle d’abord sur lui un haut degré d’intérêt.
Mais, par une bizarrerie non moins remarquable, et comme si l’on eût voulu embarrasser les Saumaise modernes, la lettre du milieu, le P, peut appartenir à la seconde comme à la première date. Cependant il s’agit d’établir en connaissance de cause à laquelle des deux dates doit se rattacher cette lettre indicatrice du nombre cent.
Il nous parait extrêmement vraisemblable que celte Tessère avait été fabriquée pour la ville de Béry te ; d’abord , parce qu’elle y a été trouvée; ensuite, parce que le type d’un dauphin et d’un trident se voit également sur les médailles de celte ville, portant les initiales bhpt, ou la légende entière
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BHPïTiflN, des Bé/jtiens. O11 sait que cette ville, de u