‹ Essai sur l'explication d'une tessère antique portant deux dates; et conjecturesChapitre 2 sur 5 · IO · texte numérisé non relu

IO

qu’Étienne de Byzance désigne par l'épithète remarquable de ktjïma kponoï, Satumi opus, pour montrer sa haute antiquité, mundo ipso œcjualis , était sous la protection spéciale de Neptune, depuis que son aïeule Bérouth (i), qui donna son nom à la ville, avait préféré pour époux Neptune à Bacehus. Aussi voiton sur la plupart des médailles de Béryte, tant autonomes qu'impériales, Neptune debout, le pied sur une proue de vaisseau; tenant d’une main son trident, et sur l’autre un dauphin.

Il existe très-peu de médailles de Béryte avec époque. Celles qui jusqu a-présent sont connues, portent, l’une l'an 19, i„ ie (2); l’autre, l’an 20, L. K ( 3 ); quelques-unes portent l’an 53, l. tn (4); et enfin la dernière, I an 101, AP ( 5 ). O11 pourrait à la rigueur

( 1 ) Euscb. , h h. X, de Sanchomathone ; et Nonnus Dionys. 4i.

(a) Mionnet , descrip. de mèd., vol. V, p. 336, n° 10 .

(3) Lièbe, Gotha numaria, pag. 168 .

(4) Lièbe, loc. cit. — Mus. Ceesar. — Pellerin , tom. II, pl. lxxxi , n 10 . Sestini. Descript. tiurti. vet., p;ig. 53a.

(5) Pellerin, loc. citât., n° 9 .

ne pas admettre comme date les deux lettres AP, inscrites sur cette dernière, attendu qu’elles ne sont pas précédées du qui

se trouve constamment sur les autres médailles autonomes des Bérytiens avec époque.

Les Numismates (*) qui se sont occupés de la recherche de l’origine de l’ère marquée sur Eckh * 1 ’ e,c les monnaies de Béryte, n’ont jusqu’à-présent rien trouvé qui put servir à la déterminer d’une manièrecertaine; de sorte que l’événement qui a du donner naissance à cette ère , est jusqu’à ce jour resté problématique. Il est bien évident d’abord que les années 19, 20^ 53 , et même 101, ne peuvent se rapporter à l’ère des Séleucides; car la Phénicie fit partie intégrante des possessions des rois d’Égypte pendant tout le premier siècle de cette ère et jusqu’au règne d’Antiochus-le-Grand qui , dévoré de la passion des conquêtes , revendiqua du roi d’Égypte cette province et là Célésyrie, comme des dépendances de son royaume.

Ptolémée-Philopator , qui occupait alors le

trône d’Egypte , lui répondit que son aïeul Ptolémée, fils de Lagus, en associant ses armes à celles de Séleucus - Nicator pour combattre Antigone et Démétrius (i), avait mis à cette association d’armes, si la victoire couronnait leurs efforts ( 2 ), la condition expresse que la Phénicie et la Célésyrie appartiendraient en toute propriété à la famille des Lagides, et qu’à ce prix seul il abandonnait l’Asie aux Séleucides (3). Cette réponse aigrit Antiochus , et la guerre fut déclarée. La Phénicie et la Célésyrie, tour-àtour occupées par l’un ou l’autre de ces princes, selon. que le sort des armes leur

( 1 ) IïtùuofixrTZî , expugnator urbium, surnom de Démétrius, fils d'Antigone.

(a) Démétrius ayant été vaincu à Gaza en Palestine, la première année de la CXVII' olympiade (3n avant J.-G. ), Eusèbe; Séleucus courut aussitôt à Babylone , battit Nicanor , général d’Antigone, et par cette double victoire reconquit la Babylonie qu’il avait eue en partage dans la division des États d’Alexandre. C’est de cette 'année que date l’ère des Séleucides, bien que Séleucus ne commençât à régner sur la Syrie qu’après la célèbre bataille d’Ipsus, où Antigone perdit la vie, l’an 3oo avant J.-C. (3) Polyb. , lib. V.

était favorable ou contraire, passèrent enfin sous la domination syrienne après la mort de Ptoléinée-Philopator.

Profitant de l'extrême jeunesse de Ptolémée V Épiphane (i) , à qui le royaume d’Egypte venait d’écheoir par la i^çrl de Philopator son père , Antiochus se ligua avec Philippe V qui régnait en Macédoine, pour détrôner le jeune roi et partager entre eux ses États, Antiochus s’adjugeant pour sa part la Célésyrie avec la Phénicie , et laissant à Philippe l’Egypte et la Carie (2). L’inexpérience du jeune Ptolémée , et les

( 1 ) Il avait à peine cinq ans.

(a) Ko» rôt; jftîpaç inbaî),>eiv, «tû.iitîrGç p.tv toi; x«t’ AlyjxTc.v, xst Kapictv , Àvtici/o; St roE; asc-ri KoîXïiv Sapiov xai «fraivwy.v. Polyb. , lib. III, p. i5g, edentc Casaubono. — Justin., lib. XXX, c. a. — Livius, lib. XXXI et XXXII. — Joseph. , lib. XII , Xnt. , c. 3. — Chandlcr, Inscriptiones antiq.,p. %’j, pars 1 *, rapporte une inscription trouvée à Mj lassa en Carie , où il est fait mention de la domination de Philippe BA2IAEÏ0NT02 $IAII111... sur cette province; ce qui semble prouver que ce roi de Macédoine , par suite de son traité avec Antiochus, fut réellement maitre pendant quelque temps de la Carie.

rivalités qui s’établirent entre ceux (i) qui voulaient exercer le pouvoir en son nom , ayant bientôt amené des troubles sérieux en Égypte, le roi de Syrie, qui épiait cette occasion d’étendre sa puissance , entra à main^rmée dans la Phénicie, qui ne lui opposa qu’une faible résistance. De là , il s’avança avec ses troupes victorieuses vers la Célésyrie et la Judée. La bataille décisive livrée à Panias ( 2 ) , aux sources du Jourdain, l’an ii5, selon Frœlich , Annal, compendia r . , p. 38, mais plutôt l’an 114 (3)

( 1 ) Sosibe, Agathocle, TIépolème et autres. Polybe, excerpt. voies. , désigne les deux premiers par le nom de U'EuStm'-rpoirot , faux tuteurs.

(a) Polybii fragmenta , lib. XVI, ex Joseph i antiq. , lib. III , c. 3. — Livius , lib. XXXI I et XXXIII.

(3) 11 existe deux manières de supputer l’ère des Séleucides. Les Syriens occidentaux et les Jacobites la comptent de l’an 3ia avant J.-C. (44 2 de Rome); et nous, à leur imitation, nous la comptons de la même année 3ia. Les Chaidéens, les Nestoriens et les Syriens orientaux la font au contraire commencer de l’an 3 1 1 avant J. C. ( 443 de Rome). C’est d’après cette dernière manière de compter que sont réglées les dates du premier, du second livre des Macchabées, de Josephe, et de diverses obser-

de l’ère des Séleucides , et dans laquelle l’armée égyptienne, commandée par Seopas, fut écrasée par celle d’Antiochus , acheva la conquête de ces provinces qui, depuis cette célèbre victoire , restèrent incorporées au royaume de Syrie.

Toute médaille de Phénicie qui porte une date antérieure à l’an 1 1 4 des Séleucides, ne peut donc s’appliquer à cette ère , puisque la Phénicie ayant jusqu’alors obéi aux rois

vations astronomiques consignées dans le livre IX , cliap. vu de l’Almagestc de Ptolémée. Nous pensons que ce système est le seul qui ait été en usage en Syrie avant J.-C. , et que les deux dates exprimées sur la Tessèrc s’y rapportent indubitablement. L’autre méthode ne fut introduite en Syrie que sous la domination des Romains, et par suite d'une réforme dont le but était de .soumettre les mois Macédoniens et Syriens à l’année Julienne.

• Si nous émettons avec quelque confiance cette opinion, c'est qu’elle a obtenu le suffrage d'un savant modeste et plein de mérite, M. Saint - Martin v déjà avantageusement connu par scs travaux scientifiques , et qui va incessamment publier une chronologie ancienne dans laquelle, par des aperçus neufs et des combinaisons qui avaient jusqu'ici échappé à tous les chronologistes scs devanciers, il assigne avec une scrupuleuse précision le commencement de l’année de chacun des peuples de la Grèce, et remonte d'âge en âge et par des dates certaines à plus de deux mille ans avant J.-C.

d’Égypte, ces princes n’auraient pas souffert sur la monnaie des Phéniciens, une date qui supposait une domination étrangère.

Maffei , qui avait vu l’année 53 , tn, sur une médaille autonome de Béryle, imagina que cette date indiquait la cinquante -troisième année depuis que cette ville avait passé sous le joug des Romains. Il n’avait pas fait attention que, du moment que Béryle devint colonie romaine (l’an 74° de Rome) (1), sous le règne d’Auguste qui y envoya deux légions (2)^ on ne vit plus sur ses monnaies que des légendes latines; et que les médailles de cette ville qui portent une date, ont une inscription grecque, et sont par conséquent antérieures à la colonisation..

Lièbe, qui avait bien reconnu qu'aucune des

(1) La 3 ' année île la 191 'olympiade, correspondant k l'an 740 de Rome. Euseb. in chrome.

(a) Le marbre d’Ancyre porte que les légions romaines furent' envoyées sous le consulat de Crassus et de Lentulus ; ce qui, selon les fastes, se rapporte exactement à l'an 740 de Rome. Strabon , lib. XFl , dit que ce fut Agrippa qui installa à Béryte les deux légions.

dates marquées sur les médailles de Béryte, ne pouvait se rapporter à Père des Séleucides, pensa que l’événement de la réunion de la Phénicie aux États soumis à Antiochus III, avait bien pu donner naissance, en Phénicie, à une ère nouvelle qui aurait commencé l’année même de cette réunion , que Vaillant avant lui avait calculé, d’après Polybe, devoir être la n5' de Père des Séleucides. Pellerin , qui cite cette opinion , la combat par le seul motif qu’on ne trouve pas qu’aucune ère des autres villes de Phénicie ait eu cet événement pour origine (i), Eckhel la combat aussi sur l’autorité de Pellerin, ipso etiam judice Pellerinio , et persiste à regarder comme incertaine l’origine de l’ère de Béryte : A quo principio hi anni procédant , definiri ex nummis hactenus notis non potest ( 2 -). Cet arrêt, prononcé par Pim* mortel auteur de l’ouvrage le plus érudit

( 1 ) Pellerin, tom. II, p. ai5 et a 16 .

(a) Eckhel, doctrin. , vol. III, p. 355.

qui ait été fait sur la numismatique, avait jeté une telle défaveur sur l’opinion émise par Lièbe, que personne ne s’était présenté pour la ressusciter.

Il résulte de ces antécédents, que l’on n’avait pas cru jusqu’à ce jour pouvoir indiquer avec certitude quel fut l’événement qui donna naissance à l’ère qui se voit sur quelques médailles autonomes de la ville de Béryte.

Serions-nous assez heureux pour avoir trouvé la solution de ce problème chronologique?

Nous ne contestons pas qu’il est très-vrai qu’aucune autre ville de la Phénicie ne paraît avoir mis sur ses monnaies 1ère de sa réunion au royaume de Syrie; mais nous croyons fermement que Béryte a fait usage de cette ère , tout en convenant que nous ne devinons pas pourquoi elle a été la seule des villes phéniciennes qui paraisse en avoir fait usage. Le monument authentique que nous présentons, fournirait-il assez de lumières, pour qu’on pût en déduire la conséquence, i° que les Bérytiens faisaient usage

de Père des Séleucides ( ce qui est déjà prouvé par les médailles de rois, frappées à Béryte ) ; 2 ° qu’ils avaient en outre une ère particulière à leur ville ? C’est ce que nous allons tacher d’établir. Et d’abord nous répétons que nous nous croyons trèsfondés à attribuer à la ville de Béryte ce monument, pour deux raisons : la première, parce qu’il y a été trouvé; la seconde, parce que le sujet qui y est représenté se retrouve figuré exactement de la même manière sur plusieurs médailles de cette ville, et notamment sur une qui a été publiée par Pellerin (i), avec les initiales bhpï; sur une autre qui est décrite dans Hunter ( 2 ) avec la légende entière BHPrraiN, des Bcrj tiens ; ainsi que sur deux autres décrites également avec la légende entière (3). Ces deux dernières médailles ont de plus que les précédentes le L-«*ëa ; qui indique

( 1 ) Tom. I , pi Lxxxi,n°3.

(») Nummor. veler., tab. XIII, n° i.

(3) Ilaym , Tesoro Britan. , vol. //, />. i o i . — Mionnet , vol. F, p. 33G, n° i3.

Voy. le n° 3 de la planche.

( at > )

qu’elles portaient une date. Oblitéré par le frai , dévoré par le temps, ce qui reste de la date est illisible; mais on la retrouve intacte dans Lièbe (i) ; et là , avec le type du trident et du dauphin, et la légende hhpïtuîn, on lit très-distinctement : L. K. année 20.

Il a été démontré plus haut que la réunion des cinq lettres numérales qui suivent le Lwx«Êa< sur notre Tessère , ne pouvait, dans son ensemble, former une seule date; qu’il fallait absolument les diviser; et que cette division en deux et en trois lettres, ou en trois et en deux lettres, donnait également deux dates. Ne nous occupant pour le moment tpie des dates formées par la réunion de trois lettres , c’est-à-dire, AîPet PMZ, nous trouvons que l’une ou l’autre de ces dates s’adapte très-bien à 1 ère des Séleueides , soit qu’on la compose de la réunion des trois premières lettres, soit qu’on la compose de la réunion des trois dernières; car les trois

fi) Gotha nummar. , p. 1G8.

( aI )

premières lettres ASP donnent l’année 161 correspondante à l’avant-dernière année du règne de Démétrius I", et à la seconde de celui d’Alexandre-Bala, ainsi que le prouvent le$ témoignages historiques et les médailles qui existent de ces deux princes, avec la même date ASP, 161, et qu’on peut voir dans divers cabinets, et notamment dans la collection du Roi (i). Les trois dernières lettres PMZ donnent l’année 147 qui correspond au règne d’Antiochus IV, ainsi que cela est prouvé par l’hisioire, et encore mieux par les médailles qu’on a de ce prince avec la même date 147 , PMZ (2).

Les lettres AS et MZ, l’an 61 et l’an 47 > n'ayant et 11e pouvant avoir rien de commun avec 1 ère des Séleucides, puisque la

( 1 ) La description des médailles gravées sous les n M 4 et 5 de la planche, se trouve à la fin de cette dissertation. On peut voir aussi le v*f. V, p. 45, n°* 386 à 390 , et pag. 48 , n° 419 de l’ouvrage de M. Mionnet, intitulé : Description de médailles , etc.

(a) Froèlich , Annales compendiar. , p. 53. — Mionnet , vol. V,

Voy. Irt n"' 4 et 5 de la planche»

Phénicie ne cessa d’appartenir aux Ptolémées qu’en l’année 1 1 4 de cette ère, ainsi qu’on va tout-à-l’heure en avoir la preuve la plus convaincante, nous avions bien senti qu’il était inutile de s’occuper de l’origine des deux dates qu’elles offrent , tant que nous n’aurions pas réussi à démêler l’apparente ambiguité de la date essentielle, de celle qui doit se rapporter à l’ère des Séleucides ; et qu’il fallait pouvoir s’appuyer de motifs très - plausibles , pour se décider à opter entre l’année 147 et l’année 161 de celle ère.

Nous étions dans cet état de perplexité que laisse un problème à moitié résolu, n’osant prendre parti entre ces deux époques, puisque l’une ou l’autre pouvait également convenir au monument. D’un autre

côté, nous avions peine à concevoir comment les magistrats qui avaient ordonné la confection de cette Tessère pour un*ervicé public, avaient pu y laisser consigner une ambiguité aussi choquante que celle de

deiufedates qui, à volonté, se convertissaient en deox autres, selon la manière dont, en les lisant, on en assemblait ou divisait les

caractères ; lorsqu’enfin un examen plus attentif de la disposition de ces énigmatiques lettres et de leur inégal espacement, a été pour nous un trait de lumière.

En effet il existe entre la troisième et la

quatrième lettre numérale , c’est-à-dire, entre le P et le M un intervalle plus grand qu’entre “ c ° h ' c " les autres lettres , lesquelles sont respectivement à des intervalles égaux. Cette première remarque est déjà un indice que les trois premières lettres qui suivent le Uu^{ , doivent ne point être séparées, non plus que les deux dernières. Dès -lors le point de difficulté sur le mode de division du double chronogramme , disparait totalement. Les trois premières lettres numérales forment une des dates que nous cherchons; les deux dernières forment l’autre. Nous nous croyons d’autant plus fondés à regarder comme résolue la difficulté que présentait la lecture

de ces deux dates, dans lesquelles il Agissait de réunir le P à la première oua la seconde, sans avoir plus de raisons pour préférer l’une de ces réunions à l’autre; que, nonobstant l’intervalle plus grand qui se planche" remarque entre le P et le M , qu’entre le S et le P, l’examen que nous avons fait des médailles des rois de Syrie contemporains de cette époque, présente toujours les lettres ~ formant la date dans un ordre rétrograde semblable à celui qui exprime sur notre monument la première date , la date la plus importante, celle qui était destinée à marquer l’année de l’ère des princes qui régnaient alors sur la Syrie et sur la Phénicie, et qui, par la raison de cette importance, se présente immédiatement à la suite d U L Et cette date, c’est AZP, l’an 161.

Et, comme si l’intervalle plus grand qui a été certainement mis à dessein entre la troisième et la quatrième lettre numérale, pouvait ne pas 'suffire pour indiquer assez clairement où finit la première date et où

commence la seconde , les lettres MZ qui dôivent former la seconde date, sont disposées dans un ordre opposé aux trois premières, c’est-à-dire, qu’elles se lisent de gauche à droite, au lieu de se lire comme les premières de droite à gauche; ce qui, pour les , 1 ' n n r ’ ll , e * r Grecs sur-tout, dont les yeux étaient bien autrement familiarisés que les nôtres avec les lettres numérales, ne laissait pas la plus petite équivoque sur la manière dont devaient se lire ces deux dates. Celle des Séleucides, comme étant la plus ancienne, se présentait naturellement la première et dans l’ordre inverse de l’écriture grecque, à l’époque du monument; et cela, en conformité de l’usage qui avait réservé cet ordre inverse ou rétrograde aux lettres qui servaient à exprimer Père royale , ainsi que le prouvent les médailles déjà citées de Démétrius I er et d’Alexandre -Bala, qui ont été frappées la même année que la Tessère, et qui, comme vo T .i«n~4

n . , A , . . . , et 5 de U plan-

elle, présentent la meme disposition rétro- dégradé des lettres de l’ère des Séleucides.

D’ailleurs, depuis que la Phénicie avait dér finitivement passé sous la domination (tes rois de Syrie après la victoire de Panias (i), l’ère qui rappelait, dans les actes publics de cette contrée, l’époque de la fondation de la dynastie de ces rois, devait nécessairement, et par toutes les convenances possibles, précéder toute antre date particulière à telle ou telle ville des pays soumis à ces Princes.

Quant aux deux lettres MZ qui terminent le chronogramme et forment la seconde date, elles doivent nécessairement exprimer une de ces époques mémorables qui sont particulières à telle ville ou contrée, et qui , ayant eu une très-grande influence sur les destinées

de ses habitants, aura été consacrée comme ère nouvelle dans leurs fastes, pour perpétuelle souvenir de l’événement le plus extraordinaire de leur histoire.

Nous avons plus haut donné les raisons qui nous portent à regarder le monument

(i) Poljrb. excerpt. légat. LXXII. Édition de Casaubon.

qui est ici livré à la discussion, comme ayant été ordonné spécialement pour la ville de Béryte dont il porte les emblèmes caractéristiques (i), outre qu’il a été trouvé sur le sol même et parmi les ruines de la ville ancienne de ce nom. N^is avons aussi déduit les motifs qui , entre les deux manières de lire cette double date, nous ont déterminé à donner la préférence «à l’une plutôt qu’à l'autre. Notre hypothèse est , à ce qu’il nous semble , appuyée sur des raisons assez plausibles, pour oser espérer qu’elle portera la conviction dans l’esprit de nos lecteurs. Nous en tenant donc à celte dernière leçon, la seule qui réunisse toutes les probabilités dont on a besoin de s’étayer pour expliquer ce double chronogramme, il nous paraît démontré qu’il doit être lu ainsi : L. AHP-MZ. années 161* et 47 e .

Quand la Phénicie fut conquise à Panias,

(a) T rifle rite con del/ino, simbolo di Nettunno, e spéciale di detta città maritima ( Berito ). Haym , Tesoro Briiann. Edition de Londres , vol. II, p. ioi et ioa.

et réunie aux États d’Antiochus-le-Grand , ce prince desira sans doute que ses nouveaux sujets adoptassent dans leurs annales, archives et autres actes publics , Fère de la fondation de la monarchie des Séleucides, qu’il venait lui- même le pr<%iier de consacrer publiquement sur ses monnaies (i).

Faut-il s’étonner si l’on trouve sur la plaque d’un officier public, d’un inspecteur de marché, l’année 161 de lere des Séleucides? Cet officier exerçait sa place dans une ville qui appartenait aux rois de Syrie; il l’exerçait, sinon par l’autorité directe, au moins sous le bon plaisir d’un des deux princes qui, cette même année, régnaient concurremment en Syrie , et dont les monnaies étaient em-

(i) Les monnaies des rois de Syrie, avec époque, commencent sous le règne d’Antiochus 111, dit le Grand; on n’en voit aucune sur les monnaies des princes antérieurs à ce règne ; et l’époque la plus reculée qu’on y trouve est l'an lia, PIB, de l’ère des Séleucides, a5 e année du règne d’Antiochus. Froèlich , Annales compendiarii, p. 3q, tab. V. — Pellerin , Ilots, p. 71 . — Eckhel, Doctrin. num. vet. , vol III, p. a ai.

preintes du même signe chronologique (i).

L’usage institué par Antiochus III ^ de mettre sur ses monnaies l’année de 1ère des Séleucides , usage suivi par la plupart de ses successeurs ( 2 ) , inspira probablement aux Phéniciens, satisfaits d’être réunis à la monarchie syrienne, et de ne plus dépendre -, pour leur existence politique, du hasard des combats qui, trop long-temps, les avaient tour-à-tour livrés à la discrétion des princes syriens ou des Ptolémées , inspira , dis -je, probablement aux Phéniciens, l’idée de consacrer aussi , par une ère qui leur fut propre, l’année de leur délivrance du joug des Lagides et de leur soumission à la dynastie des Séleucides. Cet événement était assez mémorable pour qu’il méritât d’être consacré dans les archives publiques et dans tous

(1) Mionnet , Description, etc. , vol. V, pag. /| 3 , «“ 3 ? i et 37a; pag. 45 , n“ 386 à 390, et pag. 48, n‘ 419-

(a) Les rois de Syrie, successeurs d’ Antiochus III, dont les monnaies qui sont arrivées jusqua nous ne portent aucune date, sont : Achæus, Antiochus V, Séleucus VI, Antiochus X, Antiochus XI, Philippe et Antiochus XII.

Yoy. les n®' 4 et 5 de la planche.

les actes de l’autorité municipale de chacune des villes nouvellement réunies au royaume de Syrie. II est possible aussi que Béryte seule, parmi les villes de Phénicie, eut sollicité et obtenu ce privilège de la faveur spéciale du prince pour cette antique cité, dont l’origine se perdait dans la nuit des temps.

Voilà sans doute le motif de la seconde date exprimée sur notre Tessère par' les lettres numérales MZ , année 47 *• Et nous nous croyons d’autant plus fondés à voir dans ce nombre 47 ? l’année commémorative d’un événement aussi important pour tout un peuple que le passage d’une domination à une autre, tel que le fut la prise de possession de la Phénicie par Antiochus -le- Grand ; que, si l’on retranche ce nombre 47»

MZ, d<* l’année 16 1, AiP, qui le précède, et qui appartient bien incontestablement à l’ère des Séleucides, il reste tout juste 1 1 4 pour 1 ère des Séleucides. Donc cette année 1 1 4 (1)

(1) Si Vaillant, Seleucidar. imper., a placé dans l’année it 5 , au lieu de l’an 114 de l’crc des Séleucides, la réunion à la

lut l’année à jamais mémorable pour, le peuple phénicien , celle de la conquête de

Syrie des contrées de Phénicie, Célé- Syrie et Judée, c’est qu’il avait pris pour guide le système des . Jaeobites et des Syriens occidentaux, qui en effet comptent celte ère de l’an 3ia avant J. -C. ( 44 » de Rome ). Mais ou a vu plus haut, page i4 , que les Cbaldéens, les Nestoriens et les Syriens orientaux la comptent de l’an 3ii avant J. -C. (443 de Rome). Et ce qui semble prouver que le calcul de ces derniers est plus conforme que celui des Jaeobites et des Syriens occidentaux, à l’usage qui était suivi par les Phéniciens, au temps des rois Séleucides, c’est que laTessère de Bérytc , monument contemporain de ces rois, et le premier peut-être qui fasse véritablement autorité par la réunion infiniment précieuse de ses deux dates, assigne positivement, comme on vient de le voir, l’an u4 à la réunion de la Phénicie aux États de Syrie. Dès-lors ce n’est plus en l'année 44» . mais bien en l’an 443 de Rome, trois cent onze ans avant J.-C., que commença 1ère des Séleucides. La différence d’un an qui se trouve entre le calcul de Vaillant et la Tessèrc , ne prouve pas au reste que Vaillant se soit trompé. Cette différence vient seulement de ce qu’il a suivi le système chronologique généralement adopté, qui fait remonter l’ère des Séleucides à l’an 44» de Rome, c’està-dire, un an plutôt qu’elle ne commence selon les auteurs orientaux ; car, s’il eût suivi le système de ceux-ci, il serait arrivé exactement au même résultat que donne la Tessère , c’est-à-dire , à l’an 1 14 des Séleucides, comme époque de la réunion de la Phénicie à la monarchie syrienne. Donc l’erreur de Vaillant n’en est une que relativement au point de départ du système chronologique qu’il a suivi.

Dans sa Description de l'Arabie, tout. /. jxtg. 1 5q, Niébuhr

la Phénicie sur ses anciens maîtres les rois (l’Égypte, et sa réunion à l’empire des Séleueides. Et puisque l’année 47 inscrite sur la Tessère de Béryte , à la suite de l’année ,161 de l’ère des Séleucides, est la preuve la plus convaincante que les Bérytiens avaient, outre l’ère royale, une ère qui leur était particulière et qui prenait son origine de

cite un fait qui doit tenir ici sa place par la parfaite coïncidence qu’il a avec notre opinion sur la manière dont les Syriens orientaux ont toujours compté et comptent encore les années de l’ère des Séleucides. Il vit dans une église des Nestoriens à Mossoul , ville de la Mésopotamie, une inscription qui portait deux dates, l'an 17/(4 et l’an ao 55 . La première, lui dirent les prêtres de cette église, marque l’èrc de la naissance de J.-C. ; la seconde , une ère qui a suivi de près le règne d’Alexandre. On l'assura que tous les chrétiens d’Orient se servaient des deux ères dans tous les actes d’une certaine importance, et que la plus ancienne remontait à l’an 3 i 1 avant J.-C. N’est-il pas évident que , ce que les prêtres nestoriens nomment ère qui a suivi le règne d' Alexandre , est la même ère que les astronomes chaldéens de Babylone et de Séleucic nommaient fera Grœeorum ; et que cette ère, dont l’usage s’est maintenu de siècle en siècle parmi les Nestoriens jusqu’à nos jours, n’est autre chose que l’ère des Séleucides, quoiqu’elle ne porte pas ce nom dans leur langue? N’est-il pas enfin bien'certain qu’ils la font commencer ti*ois cent onze ans avant l’ère vulgaire, puisque eu ôtant 1744 ao 55 , il reste précisément 3 1 1 ?

l'époque de la réunion de leur contrée au royaume des Sëleucides; n’est-il pas évident que les médailles autonomes de Béryte, sur lesquelles se trouve une date (qui ne peut en aucune manière appartenir à 1 ère des Séleucides , par les raisons déduites plus haut), marquent les années de l'ère de cette ville, ère qui avait commencé l’an 1 1 4 de celle des Séleucides, époque de la réunion de la Phénicie aux Etats des rois de Syrie? Ainsi les dates iq, 20 , 53 , et 101, les seules jusqu’à p. osent connues sur les médailles de Béryte, ont pour origine l'an 114 des Séleucides, et correspondent aux années i 33 , 1 34 » 167, et 21 5 de cette ère, pendant lesquelles régnaient Sçleucus IV, Alexandre-Bala, et Antiochus IX.

On pourrait peut-être croire que l’année 161 , AIP, inscrite sur notre monument,

avait été la dernière du règne de Démétrius I", et la première de celui d’Alexandre-

Bala , puisqu’on a des médailles de ces deux

• 1 » 1 k -r» Vo y- ,cs n "‘

princes avec la meme date Ail , an 101 , et 4 <■> s <ic i>

1 planche.

qu’il serait assez naturel d’en conclure que

le règne de l’un avait commencé immédiatement après que celui de l’autre avait fini; mais il n’en était pas tout-à-fait ainsi parmi les rois de Syrie. Plusieurs de ces princes ont occupé le trône à des intervalles différents. Et, pour ne citer qu’un seul exemple, on a des médailles de Démétrius II, depuis l’année 167 jusqu’à l’an 187 de l’ère des Séleucides; et l’on en a d’autres avec les noms d’Antiochus VI, d’Antiochus VII, et d'Alexandre-Zébina , qui portent des dates intermédiaires entre les années 167 et 187. Mais revenons à notre sujet. Une médaille du cabinet du roi, portant l’effigie de Démétrius 1", et l'année 162, bïp (i), servirait elle seule de preuve que ce prince occupait .encore le trône de Syrie l’an 162, si le texte sacré (2) ne venait aussi confirmer le témoignage déjà irrécusable de la médaille. En effet, il dit positivement que l’an 162 fut le

( 1 ) F aillant, Histor. Seleuc.,p. (33. — Mionnet , Descr. ,vol. V, p. 45, n° 39 a.

(a) Macchab., lib. I., cap. 10 , v. 4 8 et seq.

terme du règne et de la vie de Démétrius.

C’est ainsi que l'histoire et les médailles se prêtent un mutuel appui.

On lit au commencement du chapitre dix du livre premier des Macchabées, et anno centesimo sexagesimo ascendit Alexander Antio c/ii fdius qui cognominatus est nobilis , et occupavit Ptolemaïdem , et reçeperunt èum , et reg/iavit i/lic (i). Ce passage établit l’époque précise . de la rébellion d’Alexandre-Bala. Ce fut en l’année 160 (de l’ère des Séleucides) que ce fils légitimé ou naturel (2) d’Antiochus (Epiphane) leva pour la première fois l’étendard de la révolte contre Démétrius I"; qu’il fut

(1) Kai <v frit xal éxïToçô, àvi'Cr kli ;«vSpo{ ô toG ÀvTto'you

i s^içavïi;; xai xaTîXaÇtro IlToXtaiiAa , xai £— «ii'avTi aÙTÔv , xat iÊaaî- Xs’j'îev Èxtï. Macchab. , toc. citât. — Voy. aussi Potjb. légat. i38 et i^o. — Joseph . , lib. XI 11, c. a. — Justin., lib. XXXI’, c. i.

(a) Parmi les auteurs profanes, il y en a plusieurs qui ont regardé comme une imposture l'origine royale d'Alexandre, et sa prétention à passer pour le fils d'Antioclius I.pipliane. On vient pourtant de voir que le texte sacré le désigne sous les nom et qualité d A).t^*vàfo; o t&G Àvtio^ou Polybe, Diodore, Strabon , et Eusèbe en parlent dans les mêmes termes; le premier,

reçu et salué à Ptolémaïs du nom de Roi , et qu’il y établit sa résidence. Son premier soin fut de s’occuper des moyens de détacher la Judée du parti de Démétrius, qui venait de faire aux Juifs les plus belles promesses, pour s’assurer leur alliance. Alexandre y réussit en élevant à la dignité de grand pontife de la nation juive, Jonalhas, qui en était déjà le chef militaire. El, pour achever complètement la séduction de ce prince Asmonéen , le nouveau roi lui envoya la couronne d’or et la robe de pourpre (i), emblèmes de la souveraineté, et le qualifia du nom de son ami. Enivré d’une si liante faveur, le grand pontife se hâta d’abandonner la cause du légitime souverain Démétrius , pour se livrer entièrement à la fortune de l’usurpa-

in excerpt. leg. CXXX/'llI « CXL; le second, in excerpt. de vit. et vit., p. 5ç)3, édition de Wesseling ; le troisième, lib. XI 11; et F.usèbe in chronico. Quant au surnom de Bala , l'opinion la plus vraisemblable est que c’était le noin de la «mère d’Alexandre. En effet , /la/a est un nom de femme dans la Géuèse , c. XXX, vers. 3.

(l) Àwér eOiev aitû -cp^ûf av xai ypusoTtoaiov. Macchab . , lib. I, C. Kl.

leur. La cérémonie de l'installation de Jonathas en sa nouvelle dignité de grand pontife, se fit a Jérusalem le jour de la fête des Tabernacles, dans le mois de Tisri (i) de la meme année 160 (2). Un premier engagement eut lieu l’année suivante entre les troupes de Démétrius et celles de Bala. Ce dernier fut battu ( 3 ); mais ni Joseph, ni les M acchabées n’en font mention. Ce silence vient peut-être de ce que les troupes juives ne prirent aucune part au combat. Le reste de l’année 161 se passa en négociations et nouveaux préparatifs de guerre. Enfin, au commencement de l’année 1G2, appuyé dans ses prétentions par le sénat, et fort des alliances qu’il avait contractées avec Ptolémée- Philométor roi d’Égypte; -avec Àriarathe, roi de Cappadoce; avec Attale, roi de

(1) Ce mois de Tisri était, comme on sait, te septième de l'année religieuse des juifs, qui commençait au printemps, et le premier de leur année civile , qui commençait en automne.

(a) Macchab. , lih. /, c. 10, vers 3 .

, ( 3 ) J us ti nus , lib. XXX f' , c. i .

Pergame, et avec Jonathas, grand pontife des juifs ; Bala , cet heureux compétiteur dont le parti s’était encore accru de tous les mécontents qui avaient déserté la cause de Démétrius , attira ce prince dans les plaines de Damas, et remporta sur ses troupes, à la vue de cette ville, la victoire la plus complète. Démétrius vaincu y perdit à-la-fois et le trône et la vie (i). Ainsi , le règne de ce prince dura jusqu’à l’an 162 inclusivement, ainsi que le confirment Josephe , Justin, les Macchabées et les médailles.

Immédiatement après cette victoire, qui le rendait maître du royaume entier de la Syrie, Bala demanda et obtint la main de Cléopâtre,' fille de Ptolémée-Philométor ; et, pour récompenser la ville de Ptolémaïs de ce que, la première entre toutes les villes du royaume, elle l’avait reconnu et lui avait ou-

(1) Macchab. , lib. 1 , c. 10, v. /|8 et seq. — Juslinus, lib. XXX F, c. i.

vert ses portes, il voulut que son mariage y fût célébré, et que la plus grande pompe* fût déployée à cette occasion dans les fêtes et réjouissances publiques. Cléopâtre arriva à Ptolémaïs, accompagnée du roi son père.

Le texte sacré ajoute que Jonathas, prince et grand pontife des juifs, invité d’assister aussi à la solennité des noces , se rendit à Ptolémaïs dans toute la pompe sacerdotale, et s’y rencontra avec les deux COIS , xai ixiftidu

tu t à îo;r.î (i; IlToXefzauia , x*î àutvTnce toùj îuci êacOùuai; dblît

cum gloriâ Ptolcmaïdem et occurrit ibi duobus regibus (ï).

Il n’est sans doute pas sans intérêt de rechercher sous lequel des deux rois qui régnèrent concurremment en Syrie dans l’année 161 , a été fabriquée la Tessère de XAgoranome Denis. Nous avons quelques raisons de croire que ce fut sous Alexandre- Bala.

L’avènement de ce prince au trône de Syrie fut un événement qui, nonobstant l’attrait s

(i) Macchab., lib. I , c. 10.

de lu nouveauté pour des peuples fatigués d’obéir depuis dix ans à un maître superbe, cruel et intempérant (i), avait encore l’avantage de faire espérer que le nouveau roi serait doué de toutes les qualités opposées aux vices qui avaient fait détester la domination de son prédécesseur. Il est d’ailleurs probable qu Alexandre, une fois reconnu à Ptolémaïs, faisant sa résidence dans cette ville , et la comblant de ses faveurs pour entraîner les autres villes maritimes «à le reconnaître aussi , Béryte ne fut pas des dernières à se ranger du parti d’un prince que la politique de Rome appuyait dans ses prétentions; qui venait en outre de se lier par des traités offensifs et défensifs avec l’Egypte, la Cappadoce, la Mysie et la Judée, et dont l’ar-

(i) L’intempérance de Démélrius, avant même qu'il régnât, était en lui une passion tellement impérieuse , que la nuit même où il s’évada de Rome pour aller conquérir l’iiéritage «le son père, l'historien Polybe, son ami, fut obligé de le rappeler à la sobriété par des vers qu’il Itÿ adressa au milieu des fumées bachiques du repas d'adieux. Excerpt. le g . , n" ira , p. 1 3 1 1 de l’édition de Cronovius. — Polyb. leg. — Athentrus , lib.X, c. n.

mée se grossissait chaque jour de tous les mécontents du parti de Démétrius.

Pour justifier de plus en plus tout ce que promettaient de si beaux commencements, Alexandre dut signaler ses premiers pas dans l’exercice d’une souveraineté encore mal affermie, et qui avait besoin de nonv breux appuis, par des largçsscs, des actes de clémence, et une organisation nouvelle dans toutes les parties de l'administration qui n’étaient pas régies munieipalement, et relevaient directement de l’autorité royale. Son intérêt lui commandait ce moyen d’augmenter ses partisans, au nonibre desquels on peut supposer qu’était notre inspecteur du marché de Béryte, qui, s’il ne tenait pas précisément son emploi du prince^ lui en devait au moins fa conservation.

Quant à la manière dont Ærvait celle Tessère à celui qui était revêtu de 1 ' agora nomat, il n’est pas probable qu elle fût jamais destinée à être portée suspendue au cou, sur la poitrine, ou ailleurs; il n’y. a point de bé-

Hère pour* la suspendre. Elle est d’ailleurs d’un poids qui eut été incommode, et d’une matière trop commune pour la dignité du personnage qui aurait été obligé de la porter.

Ce .qu’il y a de plus vraisemblable, c’est quelle était encastrée dans la partie extérieure de la porte de la maison de l 'vigora- * nome , et qu’elle servait à indiquer la demeure de ce magistrat à ceux qui avaient besoin - * de son ministère.

Si Béryte eut à s’enorgueillir de la pros- * périté de son commerce sous le règne d’Alexandre -Bala, cette prospérité ne fut pas de longue durée;, car Tryphon, tuteur du jeune Antiochus VI fils d’Alexandre , s’étant emparé du trône de Syrie en l’an 170 des Séleucides, après avoir fait périr par le poison son pupille -roi, ordonna la destruction (1) de font! en comble de la ville de Béryte, pour la punir d’avoir osé prendre parti pour Antiochus \I contre lui; et on

( 1 ) Strabo, lib. XVI.

ne la voit reparaître sur la scène du monde ' et y jouer un nouveau rôle que 128 ans.

après, l’an 740 de Rome., sous le règne d’Auguste. Il semblerait pourtant, par une médaille décrite dans Vaillant (1), que Béryte étâit déjà devenue colonie romaine sous Jules-César; car cette médaille offre les traits de J. César et la légende col.ivl.ber. colonia Julia • Berÿtensis . Pline (2) vient à l’appui de la médaille , lorsqu'il dit : Bcrytus co/onia , quœ fÿix Julia appellatur. Ainsi la médaille et le texte de Pline sont en faveur de la colonisation cfe Béryte par César. Maïs Ulpien, de censibus, la nomme colonta augustana ; Strabon ( 3 ), le marbre d’Ancyre (4)1 et Eusèbe ( 5 ) s’accordent atissi pour attribuer à Auguste La colonisation de cette ville, et pour

(4 ) Nummi in col. perçus. »

(a) Lib. V, c. ao.

(3) Strabo , loc. cit.

(4) Chishull, antiq. asiat. •

«(5) tn Chronico. Cet auteur dit positivement que Béryte et Patras furent colonisées la troisième année de la CXCl c olympiade, qui répond à l'an 740 de Rome. • ’ •

prouver qu’il y envoya deux légions. Il parait que ce fut alors qu’elle ajouta l’épithète $ siugusta à. celle de Julia, qu’elle devait au bienfait de sa colonisation par Jules-César qui en avait fait une colonie urbaine; tandis qu’Augusle, par l’envoi de deux légions, la ^cinquième: et la huitième, en fit une colonie militaire qu’ Agrippa son gendre eut ordre d’y installer (i) , et q*i’il y installa en elfet Tan 740 de Rome.

La Série des têtes impériales, frappées sur * les monnaies de Béryte, s’étend depuis Jules- César jusqu’à Gallien (a^f, dernier prince dont celte ville nous ait conservé les traits (3). A cette époque l’Empire romain fut en proie à des dissensions, pendant lesquelles il s’éleva une trentaine de tyrans qui s!en disputèrent les lambeaux. Il est probable que cet

( 1 ) Strabo , lib. XFI.

(a) Ce qui embrasse un intervalle d'à-peu-prés trois siècles.

• (3) Béryte eut encore 'sous Théodose quelques jours de gloire.

Elle devint le rendez-vous «les gens de lettres, et sur-tout des plus babfles jurisconsultes, et mérita d'etre honorée par ce prince du nom «le Métropole, L bd., lib. XI, lit. ai ; mais cet état ne fut que passager.

état convulsif de l’Empire avait ébranlé* la puissance romaine dans toutes ses colonies, tant en Europe à l’orient du Golfe Adriatique, qu’en Asie; car, après le règne orageux de Gallien,qui finit l’an 268 de notre ère, les monnaies coloniales, à très-peu d’exceptions près, n’offrent plus l’efïigie d’aucun des successeurs de ce prince; soit que la monnaie romaine se trouvât alors répandue en assez grande abondance dans les colonies, pour y tenir lieu des monnaies coloniales; soit qu’on eut établi dans quelques métropoles, comme à Antioche, des hôtels de monnaies ou l’on frappait des pièces qui étaient communes à toutes lés' provinces de l'Empire. Enfin, sous le règne d’Héraclius^ au septième siècle de notre ère, la Syrie, là Phénicie et les autres contrées voisines du Liban furent* démembrées de l’Empire grec, qui avait succédé à celui des Romains ; et depuis lors , malgré la diversion opérée par les Croisades , ces provinces sont restées sous le joug musulman.

Page 1