D’UNE
TESSÈRE ANTIQUE;
Tessère antique en plomb (i), longue de deux pouces et demi, et haute d’un pouce trois quarts, offrant sur sa face antérieure
(i) Le mot Tessère, dérivé, comme on sait, de Ttao*j>eî, quatre, sigiiiiiait, chez les anciens, toute figure à quatre côtés. On en distinguait de plusieurs sortes, savoir : Tessera militaris, mot d’ordre qui était tracé sur un morceau de métal ou de bois (Livius). Tessera hospitalUatis , tessère qui faisait accorder l’hospitalité aux voyageurs. Tessera liheralitatis , Te.ssêre qui se dounait au [leuple pour avoir part aux distributions qu’on lui faisait en blé, argent, etc. Celle pour le blé se nommait frumentaria; celle pour l’argent , nummaria. Beaucoup de médailles romaines offrent le nom et la figure de cette Tessère. Tessera lusnria , ilé à jouer (Cicér. ). Tessera thealralis, cube prolongé, destiné aux
Voy. le n“ i" de la plaDchc.
trois lignes en caractères grecs, ainsi qu’un trident auquel est enlacé un dauphin; le tout gravé en relief sur le fond.
Ce monument a été rapporté de Béryte , ville mai'ilirne de Phénicie , aujourd’hui connue sous le nom de Bcjroiit , par les deux savants Bruguière et Olivier, qui voyageaient en 1794 dans ces contrées , par mission du gouvernement français. On trouve dans l’ouvrage publié par Olivier en 1797, sous le titre de Fojage en Egjpte , en Syrie et en Perse, vol. II,pag. 219, la description de cette Tcssère, ainsi qu’il suit : « Plaque «de plomb trouvée dans des décombres, à « l’occident de la ville (de Béryte); elle porte « une rangée de lettres initiales, un dauphin « traversé d’un trident, et le nom d’un Denis,
gladiateurs qui se doiiiiaieut en spectacle. Tessera convivialis , espèce de billet qui se distribuait dans les festins. Tessera, dalle en marbre ou en pierre, carreau à carreler, ayant quatre pans (Sénèq. ). Tessella, Tesserula, diminutif de Tessera, pièce carrée pour les ouvrages de marqueterie (Pline). Tessellatum pavimentum, lieu pavé en dalles. Tessellarius , ouvrier en marqueterie. Tesserula, scrutin (Varron).
« inspecteur de marché ; le tout en relief, a Celte plaque a près de quatre lignes d’épais- « seur, y compris le rebord, deux pouces et tt demi de long, et un pouce neuf lignes de « large. La première ligne porte les lettres a suivantes : LAHPMZ. La première lettre, que a l’on doit supposer un E, ne paraît pour- « tant pas usée. Les deux dernières lignes « portent les deux mots suivants : Aioxrsior. a AroPAXO. »
Voilà tout ce que nous a[)prend le savant naturaliste sur ce monument, qui du reste est gravé dans l’atlas de son voyage.
L’obligeance d’un ami (i) in’en ayant rendu possesseur, j’ai senti tout de suite combien était insuffisante la description d’Olivier, et tout ce qu’elle laissait à dire après lui.
(t) Le chevalier Félix I>ajard, ancien secrétaire de légatioti en Perse, et qui s'occupe dans ses loisirs à assembler les matériaux d’un ouvrage archéologique qu'il se propose de publier sur la langue et le culte des Perses , au temps des Cambyse et des Cyrus.
J’entre en matière. Celle Tessère venait d’être trouvée dans des excavations faites sur le sol même de la ville ancienne de Bérvte, au moment où nos voyageurs y arrivaient. On y voit d’abord un type qui est tout maritime, un trident et un dauphin, ce qui convient à une ville bâtie sur le bord de la mer, telle que l’était Béryte qui, tirant toute sa splendeur et sa richesse de son commerce et do sa navigation , devait naturellement avoir adopté pour symboles les instruments de son opulence (i).
(i) Il existe ilaiis notre cabinet une autre Tessère antique qui, pour la forme et la graiuleur, ressemble beaucoup à celle-ci. Elle en diffère par une bélière qui servait à la suspendre, et par la matière qui est en bronze, au lieu d’être en plomb. Cette Tessère venait aussi d’être trouvée à Lampsaque, ville de rilellespout, quand nous y passâmes, il y a quelques années; et nous eu fîmes l’acquisition sur les lieux mêmes. Le sujet qui y est représenté est un hippocampe ou cheval marin. Ce type est tellement caractéristique de la ville de Lampsaque, qu’il n’est aucun antiquaire qui soit tenté d’attribuer ce monument à une autre ville, parce que le même type du cheval marin se voit très-fréquemment sur les médailles avérées de I.ampsaque , de même qu’on voit le trident et le dauphin sur celles de Béryte.
C’est ainsi qu’on reconnaît les médailles auépigraplies de la
Quant à l’inscription , le mot MONïxtoT est le nom au génitif d’un personnage appelé Dionjsius , nom propre très-commun chez les Grecs, et assez bizarrement traduit chez nous par Denis ( i ). Le mot AroPANo est évidemment l’abrégé d’AropANOMOï génitif d’Aro- PAN0M02, Præfectus annonœ , préfet des vivres, intendant du marché, comme l’a très-bien dit Olivier. Ainsi cette Tessère est marquée des nom et qualité d’un magistrat nommé Dionjsius, préposé aux vivres sous le titre diagoranome ou inspecteur du marché d’une ville maritime. Ceci est fort clair.
11 est impossible, quand on a quelque habitude du grec des inscriptions et surtout des médailles, de se méprendre sur la signification de la lettre latine L qui com-
Cyrénaïque, i\i silphium ; ceWes de Rhôdes, au ; celles
de Sélinus de Sicile, à la feuille d'ache; celles de Thébes, au bouclier béotien , etc. , parce que ce sont autant de types caractéristiques de ces villes, et qu’on possède les mêmes types avec épigraphe.
(i) Denis, tyran d’Héraclée; Denis, tyran de Syracuse; Saint- Denis , etc.
mence de gauche à droite la ligne supérieure. C’est le lambda conservé dans sa forme primitive par archaïsme sur les monnaies grecques , et uniquement consacré , cotnme initiale de aïkAbaï (i), annus ^ à annoncer que les lettres qui le précèdent ou le suivent, sont des lettres numérales qui expriment une date. Les cinq lettres composant le chronogramme qui suit immédiatement le L, ne peuvent se lier entre elles, car elles ne présenteraient aucun sens. Il faut donc les diviser, sans perdre de vue que le L, Auwtê««, qui les précède, indique qu’elles doivent offrir une ou j)lusieurs dates. Notre embarras était d’abord de diviser ces lettres de manière à trouver la véritable date du monument; car si l’on prend isolément les deux premières AH, on aura l’an6i,ctles trois dernières PMZ, donneront l’an 147. Si au contraire on joint les trois premières lettres
(i) jinnum quoque velusiissimi Grœcorum XmaSsma appellant, TÔv ôirô toB Xûxou, id est, sole, etc. Macrob. Sat. L. I , c. 17.
ASP , on aura l’an i6i ; et pour les deux dernières MZ, l’an 47- Ainsi, soit que l’on suive la première ou la seconde division de ces cinq lettres numérales, le résultat sera toujours deux dates. Donc le monument est empreint de deux dates , ce qui appelle d’abord sur lui un haut degré d’intérêt.
Mais, par une bizarrerie non moins remarquable, et comme si l’on eût voulu embarrasser les Saumaise modernes, la lettre du milieu, le P, peut appartenir à la seconde comme à la première date. Cependant il s’agit d’établir en connaissance de cause à laquelle des deux dates doit se rattacher cette lettre indicatrice du nombre cent.
Il nous paraît extrêmement vraisemblable que cette Tessère avait été fabriquée pour la ville de Béryte; d’abord , parce qu’elle y a été trouvée; ensuite, parce que le type d’un dauphin et d’un trident se voit également sur les médailles de cette ville, portant les initiales bhpï, ou la légende entière BHPïTiftN, des Béry tiens. On sait que cette ville,
Voy. les n“ 2 et 3 de U planche.
(juTLtienne de Byzance désigne j>ar l’épithète remarquable de ktiima kpokoy, Safurni opiis , pour montrer sa haute antiquité, mundo ipso œtjualis , était sous la protection spéciale de Neptune, depuis que son aïeule Bérouth (i), qui donna son nom à la ville, avait préféré pour époux Neptune à Bacchus. Aussi voiton sur la plupart des médailles de Béryte, tant autonomes qu’impériales, Neptune de- .
bout, le pied sur une proue de vaisseau; tenant d’une main son trident, et sur l’autre un dauphin.
Il existe très-peu de médailles de Béryte avec époque. Celles qui jusqu’à-présent sont connues, portent, l’une l’an iq, l. le ( 2 ); l’autre , l’an 20 , L. K (3) ; quelques-unes portent l’an 53 , r. tn ( 4 ); Pt enfin la dernière, l’an loi , AP (5). On pourrait à la rigueur
(1) Euseh. ,lib. X , de Sanchoniathone ; et Nonrtus Dionjs. il. (a) Mionnet, descrip. de méd., vol. V, p. 330 , 11“ 10. '
( 3 ) Lièùe, Gotha numaria , pag. 168.
(4) Lièhe, /oc. cit. — .Mus. Ceesar. — Pellerin , tom. II, pl. 1.XXXI, 11° 10. Sestini. Descript. num. vet. , pag. . 53 a.
f5) Pellerin, loc. citât., n“ 9.
ne pas admettre comme date les deux lettres AP, inscrites sur cette dernière, attendu qu’elles ne sont pas précédées du X'jxâêa; qui se trouve constamment sur les autres médailles autonomes des Bérytiens avec époque.
Les Numismates qui se sont occupés de la j,j2VriieriV recherche de l’origine de l’ère marquée sur les monnaies de Béryte, n’ont jusqu’à -présent rien trouvé qui put servir à la déterminer d’une manière certaine; de sorte que l’événement qui a dù donner naissance à cette ère , est jusqu’à ce jour resté problématique. Il est bien évident d’abord que les années 19, 20 ^ 53, et même loi, ne peuvent se rapporter à l’ère des Séleucides ; car la Phénicie fit partie intégrante des possessions des rois d’Egypte pendant tout le premier siècle de celte ère et jusqu’au règne d’Antiochus-le-Grand qui , dévoré de la passion des conquêtes , revendiqua du roi d’Égypte cette province et la Célésyrie, comme des dépendances de son royaume.
Ptolémée-Philopator , qui occupait alors le
trône d’Egypte , lui répondit que son aïeul Ptolérnée , fds de Lagus, en associant ses armes à celles de Séleucus - Nicator pour combattre Antigone et Démétrius (i), avait mis à cette association d’armes, si la victoire couronnait leurs efforts (a), la condition expresse que la Phénicie et la Célésyrie appartiendraient en toute propriété à la famille des Lagides, et qu’à ce prix seul il abandonnait l’Asie aux Séleucides (3). Cette réponse aigrit Antiochus, et la guerre fut déclarée. La Phénicie et la Célésyrie, tour-àtour occupées par l’un ou l’autre de ces princes, selon que le sort des armes leur
I I) rioliooicifiTr.ç , cxpugnator urbiuin, surnom de Démétrius, fils d’Antigone.
(a) Démétrius ayant été vaincu à Gaza en Palestine, la première année de la CXVir olympiade (3i i avant J.-C. ), Eusèhe ; Séleucus courut aussitôt à Babylone , battit Nicanor , général d’Antigone, et par cette double victoire reconquit la Babylonie qu’il avait eue en partage dans la division des Etats d’Alexandre. C’est de cette année que date l’ère des Séleucides, bien que Séleucus ne commençât à régner sur la Syrie qu’après la célèbre bataille d’Ipsus, où Antigone perdit la vie, l’an 3oo avant J.-C.
(.3) Polyb . , lib. F.
était favorable ou contraire, passèrent enfin sous la domination syrienne après la mort de Ptolémée-Philopator.
Profitant de l’extrême jeunesse de Ptoléniée V Epiphane (i), à qui le royaume d’Egypte venait d’écheoir par la mort de Philopator son père , Antiochus se ligua avec Philippe V qui régnait en Macédoine, pour détrôner le jeune roi et partager entre eux ses États, Antiochus s’adjugeant pour sa part la Célésyrie avec la Phénicie , et laissant à Philippe l'Égypte et la Carie ( 2 ). L’inexpérience du jeune Ptolémée , et les
(1) Il avait à peine cinq ans.
( 2 ) Kat T«î xtîpaç tiri6a).).eiv, <ï>£Xi7:koç piiv toÎ( xar’ AïyuitTov, xai
Kxfixy, ÀyTi'o/of Toî; xxri K'jîXr.v 2vpiav xai Poljrb.,lib. III,
p. J 5g, edente Casaubono. — Justin., lib. XXX, c. a. — Livius, lib. XXXI et XXXII. — Joseph. , lib. XII, Jnt.,c. 3. — Chandler, Inscriptiones antiq.,p. i-j, pars i*, rapporte une inscription trouvée à Mytassa en Carie, où il est fait mention de la domination de Philippe B.\2IAEÏONT02 <l>IAinil... sur cette province; ce qui semble prouver que ce roi de Macédoine, par suite de son traité avec Antiochus , fut réellement maître pendant quelque temps de la Carie.
rivalités qui s’établirent entre ceux (i) qui voulaient exercer le pouvoir en son nom , ayant bientôt amené des troubles sérieux en Égypte, le roi de Syrie, qui épiait cette occasion d’étendre sa puissance , entra à main armée dans la Phénicie, qui ne lui opposa qu’une faible résistance. De là , il s’avança avec ses troupes victorieuses vers la Célésyrie et la Judée. La bataille décisive livrée à Panias ( 2 ) , aux sources du Jourdain, l’an n5, selon Frœlich , yinnal.
compendiar. ^ p. 38, mais plutôt l’an ii4 (3)
(t) Sosibe, Agathocle, Tiépolème et autres. Polybe, excerpt. voies. , désigne les deux premiers par le nom de YeuSexirpoiroi, faux tuteurs.
(a) Poljrbii fragmenta , lih. XVI, ex Josephi antiq., lib. ///, c. 3. — Uvius, lib. XXXII et XXXI H.
(3) 11 existe deux manières de supputer l'ère des Séleucides. Les Syriens occidentaux et les Jacobites la comptent de l’an 3ia avant J.-C. (44^ de Rome); et nous, à leur imitation, nous la comptons de la même année 3ia. Les Chaldéens, les Nestoriens et les Syriens orientaux la font ati contraire commencer de l'an 3ii avant J. C. (44^ de Rome). C’est d’après cette dernière manière de compter que sont réglées les dates du premier, du second livre des Macchabées, de Josepbc, et de diverses obser-
de l’ère des Séleucides , et dans laquelle l’armée égyptienne, commandée par Scopas, fut écrasée par celle d’Antiocluis , acheva la conquête de ces provinces qui , depuis cette célèbre victoire , restèrent incorporées au royaume de Syrie.
Toute médaille de Phénicie qui porte une date antérieure à l’an ii4 des Séleucides, ne peut donc s’appliquer à cette ère , puisque la Phénicie ayant jusqu’alors obéi aux rois
valions astronomiques consignées dans le livre IX, cliap. vu de l’Almagcste de Ploléinée. Nous pensons que ce système est le seul qui ait clé en usage en Syrie avant J.-C. , et que les deux dates exprimées sur la Tessère s’y rapportent indubitablement. L'autre méthode ne fut introduite en Syrie que sous la domination des Romains, et par suite d'une réforme dont le but était de soumettre les mois Macédoniens et SvTiens à l’année Jidiennc.
Si nous émettons avec quelque confiance cette opinion, c’est qu’elle a obtenu le suffrage d'un savant modeste et plein de mérite, M. Saint - Martin , déjà avantageusement eonnu par ses travaux scientifiques , et qui va incessamment publier une chronologie ancienne dans laquelle, par des aperçus neufs et des combinaisons qui avaient jusqu'ici échappé à tous les chronologistes ses devanciers, il assigne avec une scrupuleuse précision le commencement de l’année de chacun des peuples de laCrèce, et remonte d'àge en âge et par des dates certaines â plus de deux mille ans avant J.-C.
d’Égypte, ces princes n’auraient pas souffert sur la monnaie des Phéniciens, une date qui supposait une domination étrangère.
Maffei, qui avait vu l’année 53 , tn, sur une médaille autonome de Béryte, imagina que cette date indiquait la cinquante -troisième année depuis que cette ville avait passé sous le joug des Romains. Il n’avait pas fait attention que, du moment que Béryte devint colonie romaine (l’an y4o de Rome) (i), sous le règne d’Auguste qui y envoya deux légions (a)^ on ne vit plus sur ses monnaies que des légendes latines; et que les médailles de cette ville qui portent une date, ont une inscription grecque, cl sont par conséquent antérieures à la colonisation.
Lièbe, qui avait bien reconnu qu’aucune des
(i) I^a 3' année de la ic)i' olympiade, correspondant à l’an y4o de Rome. Euseb. in chronic.
(a) Le marbre d’Ancyre porte qtte les légions romaines furent envoyées sous le consulat de Crassus et de Lentulus; ce qui, selon les fastes, se rapporte exactement à l’an y4o Rome. Strabon, lib. XEI , dit que ce fut Agrippa qui installa à Béryte les deux légions.
dates marquées sur les médailles de Béryte , ne pouvait se rapporter à l’ère des Séleucides, pensa que Tévénement de la réunion de la Phénicie aux États soumis à Antiochus III, avait bien pu donner naissance, en Phénicie , à une ère nouvelle qui aurait commencé l’année même de cette réunion , que Vaillant avant lui avait calculé, d’après Polvbe, devoir être la ii5* de l’ère des Sélcucides. Pellerin, qui cite cette opinion, la combat par le seul motif qu’on ne trouve pas qu’aucune ère des autres villes de Phénicie ait eu cet événement pour origine (i).
Eckhel la combat aussi sur l’autorité de Pellerin, ipso etiarn judice Pellerinio , et persiste à regarder comme incertaine l’origine de l’ère de Béryte : ^ quo pnncipio hi anni procédant , definiri ex nummis hactenus notis non potest ( 2 ). Cet arrêt, prononcé par l’immortel auteur de l’ouvrage le plus érudit
(1) Pellerin y torn. Ily p. 21 5 e( 216,
(2) Eckhely doctrin. , vol. ///, p. 355 ,
qui ait été fait sur la mimismalique , avait jeté une telle défaveur sur l’opinion émise par Lièbe, que personne ne s’était présenté pour la ressusciter.
Il résulte de ces antécédents, que l’on n’avait pas cru jusqu’à ce jour pouvoir indiquer avec certitude (piel fut l’événement qui donna naissance à l’ère qui se voit sur quelques médailles autonomes de la ville de Béryte.
Serions-nous assez heureux pour avoir trouvé la solution de ce prohlème chronologique?
Nous ne contestons pas qu’il est très-vrai qu’aucune autre ville de la Phénicie ne pai’aît avoir mis sur ses monnaies l’ère de sa réunion au royaume de Syrie; mais nous croyons fermement que Béryte a fait usage de cette ère , tout en convenant que nous ne devinons pas pourquoi elle a été la seule des villes phéniciennes qui paraisse en avoir fait usage. Le monument authentique que nous présentons, fournirait-il assez de lumières , pour qu’on put en déduire la conséquence, 1° que les Bérytiens faisaient usage
do Père des Séleucides ( ce qui est déjà prouvé par les médailles de rois, frappées à Béryte ) ; 2 ° qu’ils avaient en outre une ère particulière à leur ville ? C’est ce que nous allons tacher d’établir. Et d’abord nous répétons que nous nous croyons trèsfondés à attribuer à la ville de Béryte ce monument, pour deux raisons ; la première, parce qu’il y a été trouvé; la seconde, parce que le sujet qui y est rej)résenté se retrouve figuré exactement de la même manière sur plusieurs médailles de cette ville, et notamment sur une qui a été publiée par Pellerin (i), avec les initiales bhpy; sur une autre qui est décrite dans Hunter ( 2 ) avec la légende entière mvrnm, des Béry tiens ; ainsi (jue sur deux autres décrites également avec la légende entière (3). Ces deux dernières médailles ont de plus que les précédentes le L’JXïêa; qui indique
( 1 ) Tom. l, pl. Lxxxi , n" 3.
(a) Nummor. veter., tab. XIII, n“ i.
(3) HayTti, Tesoro Britan., vol. //, p. loi. — Mionnet, vol y, p. 336, n“ i3.
Vo7- le n® 3 <lc )a plaoche.
qu’elles portaienl une date. Oblitéré par le frai, dévoré par le temps, ce qui reste de la date est illisible; niais on la retrouve intacte dans Licbe (i); et là, avec le type du trident et du dauphin, et la légende BHi>niftN, on lit très-distinctement : L. K. année 20.
Il a été démontré plus haut que la réunion des cinq lettres numérales qui suivent le Lux»e«{ sur notre Tessère , ne pouvait, dans son ensemble, former une seule date; qu’il fallait absolument les diviser; et que cette division en deux et en trois lettres, ou en trois et en deux lettres, donnait également deux dates. Ne nous occupant pour le moment (pie des dates formées par la réunion de trois lettres , c’est-à-dire, AZP et PMZ, nous trouvons que l’une ou l’autre de ces dates s’adapte très-bien à l’ère des Séleucides , soit ([u’on la compose de la réunion des trois jiremières lettres, soit qu’on la compose de la réunion des trois dernières; car les trois
' 1 ) Gotha nurnmar. , p. i68.
premières lettres ASP donnent l’année i 6 i corrcs[K)ndante à l’avant-dernière année du règne de Démétrius I", et à la seconde de celui d’Alexandre-Bala , ainsi cpie le prouvent les témoignages historiques et les médailles qui existent de ces deux princes, avec la même date ASP, i 6 r, et qu’on peut voir dans divers cabinets, et notamment dans la collection du Koi ). Les trois dernières lettres PMZ donnent l’année 147 qui correspond au règne d’Antiochus IV, ainsi que cela est prouvé par l’histoire , et encore mieux par les médailles qu’on a de ce prince avec la même date 147 , PMZ (2).
Les lettres AS et MZ , l’an 61 et l’an 47 ?
n’ayant et ne pouvant avoir rien de commun avec l’ère des Séleucides , puisque la
(i) La description des médailles gravées sous les n®* 4 et 5 de la planche, se trotive à la fin de cette dissertation. On peut voir aussi le vol. V, p. 45, n“* 3S(J à 390 , et pag. 48 , n° 4 >9 de l'ouvrage de M. Mionnet , intitulé : Description de médailles , etc.
(a) Froèlich , Annales compendiar. , p. 53. — Mionnet, vol. F,
Voy. Il'» II" 4 Cl 5 de la planche.
Phénicie ne cessa d’appartenir aux Ptolémées qu’en l’année 114 de cette ère, ainsi qu’on va tout-à-l’heure en avoir la preuve la plus convaincante , nous avions bien senti (ju’il était inutile de s’occuper de l’origine des deux dates qu’elles offrent , tant que nous n’aurions pas réussi à démêler l’apparente ambiguité de la date essentielle, de celle qui doit se rapporter à l’ère des Séleucides ; et (ju’il fallait pouvoir s’appuyer de motifs très - jîlausibles , pour se décider à ojiter entre l’année 147 et l’année i 6 i de cette ère.
Nous étions dans cet état de perplexité que laisse un problème ii moitié résolu, n’osant jîrendre parti entre ces deux éj)o- (jues , puisque l’une ou l’autre j)ouvait également convenir au monument. D’un autre c(')té, nous avions peine à concevoir comment les magistrats qui avaient ordonné la confection de cette Tessère pour un service public, avaient pu y laisser consigner une ambiguité aussi choquante (jue celle de
deux dates qui, à volonté, se convertissaient en deux autres, selon la manière dont, en les lisant, on en assemblait ou divisait les caractères ; lorsqu’enfin un examen plus attentif de la disposition de ces énigmatiques lettres et de leur inégal espacement, a été pour nous un trait de lumière.
En effet il existe entre la troisième et la quatrième lettre numérale , c’est-à-dire*, entre le P et le M un intervalle plus ^rancl (ju entre j' ïï pianc-hè" les autres lettres, lesquelles sont respectivement à des intervalles égaux. Cette première remarque est déjà un indice que les tiois premières lettres qui suivent le Luxaêa; , doivent ne point être séparées, non plus que les deux dernières. Dès -lors le point de difficulté sur le mode de division du double cbroiiogramrne , disparait totalement. Les trois premières lettres numérales forment une des dates que nous cberchons; les deux dernières forment l’autre. INous nous croyons d’autant plus fondés à regarder comme résolue la difficulté que présentait la lecture
de ces deux dates, dans lesquelles il s’agissait de réunir le P à la première ou à la seconde, sans avoir plus de raisons pour préférer l’une de ces réunions à l’autre; que, nonobstant l’intervalle plus grand qui se .ir^piLdiè" •'cmî'i’que entre le P et le M, qu’entre le S et le P, l’examen que nous avons fait des médailles des rois de Syrie contemporains de cette époque, présente toujours les lettres formant la date dans un ordre rétrograde semblable à celui qui exprime sur notre monument la première date , la date la plus importante, celle qui était destinée à marquer l’année de l’ère des princes qui régnaient alors sur la Syrie et sur la Phénicie, et qui, par la raison do cette importance, se présente immédiatement à la suite du Et cette date, c’est AEP , l’an i6r.
Et, comme si l’intervalle plus grand qui a été certainement mis à dessein entre la troisième et la quatrième lettre numérale, pouvait ne pas suffire pour indiquer assez clairement où finit la première date et oii
commence la seconde, les lettres MZ qui doivent former la seconde date , sont disposées dans un ordre opposé aux trois premières, c’est-à-dire, qu’elles se lisent de gauche à droite, au lieu de se lire comme les premières de droite à gauche; ce qui, pour drïï,L":,r Grecs sur-tout, dont les yeux étaient bien autrement familiarisés que les nôtres avec les lettres numérales, ne laissait pas la plus petite équivoque sur la manière dont devaient se lire ces deux dates. Celle des Séleucides, comme étant la plus ancienne, se présentait naturellement la première et dans l’ordre inverse de l’écriture grecque , à l’époque du monument; et cela, en conformité de l’usage qui avait réservé cet ordre inverse ou rétrograde aux lettres qui servaient à exprimer l’ère royale, ainsi que le prouvent les médailles déjà citées de Démétrius 1" et d’Alexandre -Bala, qui ont été frappées la même année que la Tessère, et qui, comme voj.iMn- /,
Il . IA T • • . *t 5 de U plau-
elle , présentent la meme disposition rétrograde des lettres de l’ère des Séleucides.
D’ailleurs, depuis que la Pliénieie avait définitivement passé sous la domination des rois de Syrie après la victoire de Panias (i), l’ère qui rappelait , dans les actes publics de cette contrée, l’époque de la fondation de la dynastie de ces rois, devait nécessairement, et par toutes les convenances possibles , précéder toute autre date particulière à telle ou telle ville des pays soumis à ces Princes.
Quant aux deux lettres MZ qui terminent le cbronogramme et forment la seconde date, elles doivent nécessairement exprimer une de ces époques mémorables qui sont particulières à telle ville ou contrée, et qui , ayant eu une très-grande influence sur les destinées de ses habitants, aura été consacrée comme ère nouvelle dans leurs fastes, pour perpétuer le souvenir de l’événement le plus extraordinaire de leur bistoire.
Nous avons plus baut donné les raisons qui nous portent à regarder le monument
(i) Polyb. excerpt. légat. LXXlt. Edition de Casaubon.
qui est ici livré à la discussion, comme ayant été ordonné spécialement pour la ville de Béryte dont il porte les emblèmes caractéristiques (i), outre qu’il a été trouvé sur le sol même et parmi les ruines de la ville ancienne de ce nom. Nous avons aussi déduit les motifs qui , entre les deux manières de lire cette double date, nous ont déterminé à donner la préférence à l’une plutôt qu’à l’autre. Notre hypothèse est , à ce qu’il nous semble , appuyée sur des raisons assez plausibles, pour oser espérer qu’elle portera la conviction dans l’esprit de nos lecteurs. Nous en tenant donc à cette dernière leçon, la seule qui réunisse toutes les probabilités dont on a besoin de s’étayer pour expliquer ce double chronogramme, il nous paraît démontré qu’il doit être lu ainsi : L. AîP-MZ. années i6i' et 47'.
Quand la Phénicie fut conquise à Panias,
(a) Tridente con deljîno, simbolo di /Vettunno, e spéciale di detta città maritima (Berito). Haym, Tesoro Britann. Édition de Londres, vol. II, p. 101 et loa.
et réunie aux États d’Antiochus-le-Grand ,'ce prince desira sans doute que ses nouveaux sujets adoptassent dans leurs annales, archives et autres actes publics , l’ère de la fondation de la monarchie des Séleucides, qu’il venait lui- même le premier de consacrer publiquement sur scs monnaies (i).
Faut-il s’étonner si l'on trouve sur la plaque d’un officier public, d’un inspecteur de marché, l’année i6i de l’ère des Séleucides? Cet officier exerçait sa place dans une ville qui appartenait aux rois de Syrie; il l’exerçait, sinon par l’autorité directe, au moins sous le bon plaisir d’un des deux princes qui, cette même année, régnaient concurremment en Syrie , et dont les monnaies étaient ern-
(i) Les monnaies des rois de Syrie, avec époque, commencent sous le règne d’Antiochus III, dit le Grand; on n'en voit aucune sur les monnaies des princes antérieurs à ce règne ; et l’époque la plus reculée qu’on y trouve est l’an lia, PIB, de l’ère des Séleucides, a 5 * année du règne d'Antiochus. Froèlich, Annales compendiarii, p. 39, tab. V. — Pellerin , Ilots, p. 71. — Eckhel, Doctrin. num. vet., vol. III, p. aai.
preintes du même signe chronologique (i).
L’usage institué par Antiochus III ^ de melti-c sur ses monnaies l’année de l’ère des Séleucides’, usage suivi par la plupart de ses successeurs (2) , inspira probablement aux Phéniciens, satisfaits d’être réunis à la monarchie syrienne, et de ne plus dépendre, pour leur existence politique, du hasard des combats qui, trop long-temps, les avaient tour-à-tour livrés à la discrétion des princes syriens ou des Ptolémées , inspira , dis -je, probablement aux Phéniciens, l’idée de consacrer aussi , par une ère qui leur fut propre, l’année de leur délivrance du joug des Lagides et de leur soumission à la dynastie des Séleucides. Cet événement était assez mémorable pour qu’il méritât d’être consacré dans les archives publiques et dans tous
(i) Mionnet , Description, etc. , vol. F, pag. , n" 3’ji et 3'ji; pag. 45 , ra" 386 à 3^0, et pag. 48, n* 4>9-
(a) Les rois de Syrie, successeurs d’ Antiochus III, dont les monnaies qui sont arrivées jusqu'à nous ne portent aucune date, sont : Achæus, Antiochus V, Scleucus A'I, Antiochus X, Antiochus XI, Philippe et Antiochus XII.
Voy. les II** 4 et 5 de )« planche.
les actes de l’autorité municipale de chacune des villes nouvellement réunies au royaume de Syrie. Il est possible aussi que Béryte seule, parmi les villes de Phénicie, eût sollicité et obtenu ce privilège de la faveur spéciale du prince pour cette antique cité, dont l’origine se perdait dans la nuit des temps.
Voilà sans doute le motif de la seconde date exprimée sur notre Tessère par les lettres numérales MZ , année 47 '- Et nous nous croyons d’autant plus fondés à voir dans ce nombre 47 i l’année commémorative d’un événement aussi important pour tout un peuple que le passage d’une domination à une autre, tel que le fut la prise de possession de la Phénicie par Antiochus -le- Grand ; que, si l’on retranche ce nombre 47?
MZ, de l’année 16 r, AHP, qui le précède, et qui appartient bien incontestablement à l’ère des Séleucides, il reste tout juste 114 pour l’ère des Séleucides. Donc cette année 114 (i)
( 1 ) Si Vaillant, Seleucidar. imper., a placé dans l'année ii5, au lieu de l'an ii4 de l'ère des Séleucides, la réunion à la
fut l’année à jamais mémorable pour le peuple phénicien , celle de la conquête de
Syrie «tes contrées de Phénicie, Célé- Syrie et Judée, c’est qu’il avait pris pour guide le système des Jacobites et des Syriens occidentaux, qui en effet comptent cette ère de l’an 3ia avant J. -C. (44* de Rome). Mais on a vu plus haut, page i4 , que les Chaldéens, les Nestoriens et les Syriens orientaux la comptent de l'an 3ii avant J.-C. ('443 de Rome). Et ce qui semble prouver que le «^Icul de ces derniers est plus conforme que celui des Jacobites et des .Sjxiens occidentaux, à l'usage qui était suivi par les Phéniciens, au temps «les rois Séleucides, c’est que la Tessère de Réryte , monument contemporain de ces rois , et le premier peut-être qui fasse véritahlemcnt autorité par la réunion infiniment précieuse de ses deux dates, assigne positivement, comme on vient «le le voir, l’an 1 14 à la réunion de la Phénicie aux États de Syrie. Dès-lors ce n’est plus en l'année 44* » tttais hien en l’an 443 de Rome, trois cent onze ans avant J.-C., que commença l’ère «les Séleucides. I.a différence «l’un an qui se trouve entre le calcul de Vaillant et la Tessère, ne prouve pas au reste que Vaillant se soit trompé. Cette différence vient seulement de ce qu’il a suivi le système cliron«)logiqiic généralement adopté, qui fait remonter l’ère des Séleucides à l’an 44* de Rome, c’està-«lire, un an plutiit qu’elle ne commence selon les auteurs orientaux; car, s’il eût suivi le système de ceux-ci, il serait arrivé exactement au même résultat que «lonne la Tessère , c’est-à-dire , à l'an ii4 des Séleucides, comme époque de la réunion de la Phénicie à la monarchie syrienne. Donc l’erreur «le Vaillant n’en est une que relativement au point de départ du système chronologique qu’il a suivi.
Dans sa Description de l’Arabie, toni. l,j>ap. i5q, Niébuhr
la Phénicie sur ses anciens maîtres les rois d’Égypte, et sa réunion à l’empire des Séleucides. Et puisque l’année 47 inscrite sur la Tessère de Béryte , à la suite de l’année iGi de l’ère îles Séleucides, est la preuve la plus convaincante que les Bérytiens avaient, outre l’èrc royale, une ère qui leur était particulière et qui prenait son origine de
cite un fait qui doit tenir ici sa place par la parfaite coïncidence qu’il a avec notre opinion sur la manière dont les Syriens orientaux ont toujours compte et comptent encore les années de l’ère des Séle\icides. 11 vit dans une église des Nestoriens à Mossoul , ville de la Mésopotamie , une inscription qui portait deux dates , l'an i y44 et l’an ao55. La première, lui dirent les prêtres de cette église, marque l'ère de la naissance de J.-C. ; la seconde , une ère qui a suivi de près le règne d’Alexandre. On l’assura que tous les chrétiens d'Orient se servaient des deux ères dans tous les actes d’une certaine importance, et que la plus ancienne remontait à l’an 3i i avant J.-C. N’est-il pas évident que, ce que les prêtres uestoriens nomment ère qui a suivi le règne eV Alexandre, est la même ère que les astronomes chaldécns de Babylone et de Séleucie nommaient œra Grœcorum; et que cette ère, dont l'usage s’est maintenu de siècle en siècle parmi les Nestoriens jusqu’à nos jours, n’est autre chose que l’ère des Séleucides, quoiqu’elle ne porte pas ce nom dans leur langue? N’est-il pas enfin bien'certain qu’ils la font commencer trois cent onze ans avant l’ère vulgaire, puisque en ôtant 1744 de ao55, il reste précisément 3ii ?
l’époque de la réunion de leur contrée au royaume des Séleucides ; n’est-il pas évident que les médailles autonomes de Béryte, sur lesquelles se trouve une date (qui ne peut en aucune manière appartenir à l’ère des Séleucides, par les raisons déduites plus haut), marquent les années de l’ère de cette ville, ère qui avait commencé l’an 1 14 de celle des Séleucides , époque de la réunion de la Phénicie aux États des rois de Syrie? Ainsi les dates iq, 9.0, 53 , et loi, les seules jusqu’à présent connues sur les médailles de Béryte, ont pour origine l’an ii 4 des Séleucides, et correspondent aux années i 33 , i 34 , 167, et 2 1 5 de cette ère , pendant lesquelles régnaient Séleucus IV, Alexandre-Bala , et Antiochus IX.
On pourrait peut-être croire que l’année 161, AiP, inscrite sur notre monument, avait été la dernière du règne de Déinétrius I", et la première de celui d’Alexaiidre- Bala , puisqu’on a des médailles de ces deux princes avec la meme date AiP, an loi , et 4 s <ie u
* plaoche-
qu’il serait assez naturel d’en conclure que
le règne de Tiin avait commencé immédiatement après (jiie celui de Taulre avait fini; mais il n’en était pas tont-à-fait ainsi pai’mi les rois de Syrie. Plusieurs de ces princes ont occupé le trône à des intervalles différents. Et, pour ne citer qu’un seul exemple, on a des médailles de Déméti’ius II, depuis l’année 167 jusqu’à l’an 187 de l’ère des Séleucides; et l’on en a d’autres avec les noms d’Antioclius VI, d’Aiitiochus VII, et d’Alexandre-Zébina, qui portent <Ies dates intermédiaires entre les années 167 et 187. Mais revenons à notre sujet. Une médaille du cabinet du roi, portant l’effigie de Démétrius I", et l’année 162, bïp (i), servirait elle seule de preuve que ce prince occupait encore le trône de Syrie l’an 162, si le texte sacré (2) ne venait aussi confirmer le témoignage déjà irrécusable de la médaille. En effet, il dit positivement que l’an 162 fut le
(i ; y aillant, Histor. Seleuc.,p. i33. — Mionnet , Descr.,vol. V, p. 45, 11® 3()i.
(■x) Macchab., lib. , cap. io,v. 48 et seq.
terme du règne et de la vie de Démétrius.
Cest ainsi que l’histoire et les médailles se prêtent un mutuel appui.
On lit au commencement du chapitre dix du livre premier des Macchabées, et. anno centesimo sexagesimo asccndit Alexander Antio chi fdius qui cognominatus est nobilis , et occupavit Ptolemaïdem , et recepenint eum , et régnavit iUic (i). Ce passage établit l’époque préc’ise de la rébellion d’Alexandre-Bala. Ce fut en l’année i6o(de l’ère des Séleucides) que ce fils légitime ou naturel ( 2 ) d’Antiochus (Épiphane) leva pour la première fois l’étendard de la révolte contre Démétrius I"; qu’il fut
(1) K«i iv tTti ijuxoî-û xsî éxotToçû, àvt'Siii A).^;«vîpo; ô TaO AyTiayou à ; xal X2 TeXx€cto IlTaXepLxtja, xsl (irijt^avTO aÙTàv , xaî êëasî-
\iu«(v ixtî. Macchab. , loc. citât. — Voy. aussi Polyb. légat. i38 et il\o. — Joseph. , lib. Xlll, c. i. — Justin., lib. XXXF, c. i.
(a) Parmi les auteurs profanes, il y en a plusieurs qui ont regardé comme une imposture l’origine royale d’Alexandre , et sa prétention à passer pour le fils d’Aiitiochus Kpiphane. Ou vient pourtant de voir que le texte sacré le désigne sous les nom et qualité d AliSavipoî a toù AyTia'yau. Polybe, Diodore, Strabon, et Eusèbe en parlent dans les mêmes termes; le premier,
reçu et salué à Ptolémaïs du nom de Roi, et qu’il y établit sa résidence. Son premier soin fut de s’occuper des moyens de détacher la Judée du parti de Démétrius, qui venait de faire aux Juifs les plus belles promesses, pour s’assurer leur alliance. Alexandre y réussit en élevant à la dignité de grand pontife de la nation juive, Jonatbas,qui en était déjà le chef militaire. Et, pour achever complèteineni la séduction de ce prince Asmonéen , le nouveau roi lui envoya la couronne d’or et la robe de pourpre (i), emblèmes de la souveraineté, et le qualifia du nom de son ami. Enivré d’une si haute faveur, le grand pontife se hâta d’abandonner la cause du légitime souverain Démétrius , pour se livrer entièrement à la fortune de l’usurpa-
in excèrpt. leg. CXXXVIII et CXLt le second, in excerpt. de vit. et vit. , p. 593, édition de Wesseling ; le troisième, lib. XIII; et Eiisèbe in chronico. Quant au surnom de Bala , l'opinion la plus vraisemblable est que c’était le nom de la mère d’Alexandre. Eu effet, Balae^X. un nom de femme dans la Génèse, c. XXX, vers. 3 .
(l) AwiVeA*v aÙTÜ TCopçûpocv xsii j^usoçtçavov. Macchab. , lib. /, c. 10.
leur. La cérémonie de Finstallation de Jonalhas en sa nouvelle dignité de grand pontife, se fit à Jérusalem le jour de la fête des Tabernacles, dans le mois de TiW (i) de la même année 160 (2). Un premier engagement eut lieu Tannée suivante entre les troupes de Démétriiis et celles de Bala. Ce dernier fut battu ( 3 ); mais ni Joseph, ni les Macchabées n’en font mention. Ce silence vient peut-être de ce que les troupes juives ne prirent aucune part au combat. Le reste de Tannée 161 se passa en négociations et nouveaux préparatifs de guerre. Enfin, au commencement de Tannée 162, appuyé dans ses prétentions par le sénat, et fort des alliances (ju’il avait contractées avec Ptolémée - Pbilométor J roi d’Égypte; avec Ariaratbe, roi de Cappadoce; avec Attale, roi de
(i) Ce mois de Tisri était, comme on sait, le septième de l’année religieuse des juifs, qui commençait au printemps, et le premier de leur année civile , qui commençait en automne.
(a) Macchab.y lih. c. lo, vêts 3.
(3) Justinus, lib. XXXr, c. i.
Pergame, et avec Jonalhas, grand pontife des juifs; Bala , cet heureux compétiteur dont le parti s’était encore accru de tous les mécontents qui avaient déserté la cause de Démétrius , attira ce prince dans les plaines de Damas, et remporta sur ses troupes, à la vue de cette ville, la victoire la plus complète. Démétrius vaincu y perdit à-la-fois et le trône et la vie (i). Ainsi, le règne de ce prince dura jusqu’à l’an 162 inclusivement, ainsi que le confirment Joscphe , Justin , les Macchabées et les médailles.
Immédiatement après cette victoire , qui le rendait maître du royaume entier de la Syrie, Bala demanda et obtint la main de Cléopâtre, fille de Ptolémée-Philométor ; et, pour récompenser la ville de Ptolémaïs de ce que , la première entre toutes les villes du royaume, elle l’avait reconnu et lui avait ou-
( 1 ) Macchab. , lib. I, c. lo, v- /(8 et seq. — Justinus, lib. XXXV, c. 1.
vert ses portes, il voulut que vSon mariage y Ait célébré, et que la plus grande pompe Ait déployée à cette occasion dans les fêtes et réjouissances publiques. Cléopâtre arriva a Ptolémaïs, accompagnée du roi son père.
Le texte sacré ajoute que Jonathas, prince et grand pontife' des juifs, invité d’assister aussi à la solennité des noces , se rendit à Ptolémaïs dans toute la pompe sacerdotale, et s’y rencontra avec les deux rois, xa'i èTroptuOi)
(itTa Jo^Tiç e»ç IlTo>S(Jiatôa , >cal ctit^vTTice toÎç iual 6aci).èuffi ; abiit
cum glorid Ptolemcudem et occurrit ibi duobiis regibm (^i).
Il n’est sans doute pas sans intérêt de rechercher sous lequel des deux rois qui régnèrent concurremment en Syrie dans l’année i6i , a été fabriquée la Tessère de XAgoranome Denis. Nous avons quelques raisons de croire que ce fut sous Alexandre- Bala.
L’avènement de ce prince au trône de Syrie fut un événement qui, nonobstant l’attrait
(i) Macchab., Ub. /, c. lo.
de la nouveauté pour des peuples fatigués d’obéir depuis dix ans à un maître superbe, cruel et intempérant (i), avait encore l’avantage de faire espérer que le nouveau roi serait doué de toutes les qualités opposées aux vices qui avaient fait détester la domination de son prédécesseur. Il est d’ailleurs probable qu’Alexandre , une fois reconnu à Ptolémaïs, faisant sa résidence dans cette ville, et la comblant de ses faveurs pour entraîner les autres villes maritimes à le reconnaître aussi , Béryte ne fut pas des dernières à se ranger du parti d’un prince que la politique de Rome appuyait dans ses prétentions; qui venait en outre de se lier par des traités offensifs et défensifs avec l’Égypte, la Cappadoce , la Mysie et la Judée, et dont l’ar-
(i) L'intempérance de Démétriiis, avant mriuc qu'il régnât, était en lui une passion tellement impérieuse , que la nuit même où il s’évada de Rome pour aller conquérir l’héritage de son père, l’historien Polybe , son ami , fut obligé de le rappeler à la sobriété par des vers qu'il lui adressa au milieu des fumées bachiques du repas d'adieux. Excerpt. leg., n° i\i, p. i 3 ii de l'édition de Gronovius. — Polyb. leg. iiij. — jdlhenteus , lih. X, c. 1 1.
mée se grossissait chaque jour de tous les mécontents du parti de Démélrius.
Pour justifier de plus en plus tout ce que promettaient de si beaux commencements, Alexandre dut signaler ses premiers pas dans l’exercice d’une souveraineté encore mal affermie, et qui avait besoin de nombreux appuis , par des largesses , des actes de clémence , et une organisation nouvelle dans toutes les parties de l’administration qui n’étaient pas régies municipalement, et relevaient directement de l’autorité royale. Son intérêt lui commandait ce moyen d’augmenter ses partisans, au nombre desquels on peut supposer qu’était notre inspecteur du marché de Béryte, qui, s’il ne tenait pas précisément son emploi du prince, lui en devait au moins la conservation.
Quant à la manière dont servait cette Tessère à celui qui était revêtu de Y agoranomat , il n’est pas probable qu’elle fiit jamais destinée à être portée suspendue au cou, sur la poitrine, ou ailleurs; il n’y a point de bé-
Hère pour la suspendre. Elle est d’ailleurs d’un poids qui eût été incommode, et d’une matière trop commune pour la dignité du personnage qui aurait été obligé de la porter. Ce qu’il y a de plus vraisemblable , c’est qu’elle était encastrée dans la partie extérieure de la porte de la maison de \ Agoranome, et qu’elle servait à indiquer la demeure de ce magistrat à ceux qui avaient besoin de son ministère.
Si Béryte eut à s’enorgueillir de la prospérité de son commerce sous le règne d’Alexandre -Bala, cette prospérité ne fut pas de longue durée; car Trypbon, tuteur du jeune Antiochus VI fils d’Alexandre, s’étant emparé du trône de Syrie en l’an 170 des Séleucides , après avoir fait périr par le poison son pupille -roi, ordonna la destruction (i) de fond en comble de la ville de Béryte, pour la punir d’avoir osé prendre parti pour Antiochus VI contre lui; et on
(i) Strabo, lih. XVI.
ne la voit reparaître sur la scène du monde et y jouer un nouveau rôle que 128 ans après, Fan 740 de Rome , sous le règne d^\uguste. Il semblerait pourtant, par une médaille décrite dans Vaillant (i), que Béryte était déjà devenue colonie romaine sous Jules-César; car cette médaille offre les traits de J. César et la légende col. ivl.be r. colonia Julia Beijlensis. Pline (2) vient à Fappui de la médaille , lorsqu’il dit : Berjtus colonia , quœ felix Julia appellatur. Ainsi la médaille et le texte de Pline sont en faveur de la colonisation de Béryte par César. Mais Ulpien, de censibus, la nomme colonia augus-
tana; Strabon ( 3 ), le marbre d’Ancyre (4), et «
Eusèbe ( 5 ) s’accordent aussi pour attribuer à Auguste la colonisation de cette ville, et pour
( I ) Nummi in col. perçus.
(a) Lib. V, c. ao.
(3) Strabo, loc. cit.
(4) Chishully antiq. asiat.
(5) In Chronico. Cet auteur dit positivement que Béryte et Fatras furent colonisées la troisième année de la CXCl* olympiade, qui répond à l’an 740 de Rome.
prouver qu’il y envoya deux légions. Il paraît que ce fut alors qu’elle ajouta l’épithète ^ Au^usta à celle de Julia, qu’elle devait au bienfait de sa colonisation par Jules -César qui en avait fait une colonie urbaine; tandis qu’Augusle, par l’envoi de deux légions, la cinquième et la huitième, en fit une colonie militaire qii’Agrippa son gendre eut ordre d’y installer (i), et qu’il y installa en effet l’an de Rome.
La Série des têtes impériales, frappées sur les monnaies de Béryte, s’étend depuis Jules- César jusqu’à Gallien ( 2 ), dernier prince dont cette ville nous ait conservé les traits (3). A cette époque l’Empire romain fut en proie à des dissensions, pendant lesquelles il s’éleva une trentaine de tyrans qui s’en disputèrent les lambeaux. Il est probable que cet
( 1 ) Strabo, lib. Xl'I.
(a) Ce qui embrasse uii intervalle d’à-peu-près trois siècles.
(3) Béryte eut encore sous Théodose quelques jours de gloire. Elle devint le rendez-vous des gens de lettres, et sur-tout des plus habiles jurisconsultes, et mérita d’ètre honorée par ce prince du nom de Métropole , Cod . , lib. XI j tit. ai ; mais cet état ne fut que passager.
état convulsif de l’Empire avait ébranlé la puissance romaine dans toutes ses colonies, tant en Europe à l’orient du Golfe Adriatique, qu’en Asie; car, après le règne orageux de Gallien, qui finit l’an 268 de notre ère, les monnaies coloniales, à très-peu d’exceptions près, n’offrent plus l’effigie d’aucun des successeurs de ce prince ; soit que la monnaie romaine se trouvât alors répandue en assez grande abondance dans les colonies, pour y tenir lieu des monnaies coloniales; soit qu’on eût établi dans quelques métropoles, comme à Antioche, des hôtels de monnaies oii l’on frappait des pièces qui étaient communes à toutes les provinces de l’Empire. Enfin, sous le règne d’Hcraclius, au septième siècle de notre ère, la Syrie, la Phénicie et les autres contrées voisines du Liban furent démembrées de l’Empire grec, qui avait succédé à celui des Romains; et depuis lors, malgré la diversion opérée par les Croisades , ces provinces sont restées sous le joug musulman.