RÉSUMÉ
La tablette ou Tessère en plomb sur laquelle se lit le nom de Vagoranome Dlonysius, a été faite pour Béryte, Nous l’avons suffisamment prouvé par la parfaite ressemblance qu’il y a entre le type des médailles authentiques de cette ville, et le sujet représenté sur la Tessère. Cette Tessère offre de plus une ligne de lettres numérales formant deux dates. Nous avons expliqué la manière dont nous pensons qu’elles doivent être lues. La première date, ASP, i6i , se rapporte incontestablement à l’ère des Séleucides. La seconde, MZ, 47? <^oit indubitablement se rapporter à une ère particulière à la ville pour laquelle la Tessère a été faite : oi-, Béryte étant la seule ville de cette contrée dont le type de ses monnaies soit semblable au sujet gravé sur la Tessère, cette seconde date offre donc l’ère de Béryte.
Nous avons fait voir que le nombre 47 >
MZ,dont est formée celte seconde date, étant soustrait du nombre i6i, AiP, qui forme la première, donnait pour origine à Tère particulière à Bérytc l’année ii4 des Séleucides, laquelle correspond exactement à la première des quarante-sept années de l’ère des Bérytiens. Nous avons dû en conclure que cette année ii4 ( 55^ et 558 de Rome) avait fait époque dans les annales de la Phénicie.
Et l’histoire nous apprend en effet que, dans celte même année ii4) Antiochus III remporta sur les généraux de Ptolémée Y, aux sources du Jourdain , une victoire éclatante et tellement décisive, que toutes les villes de la Phénicie, de la Célé- Syrie et de la Judée se soumirent au vainqueur; et que ces trois contrées, jusque là tour-à-tour envahies et reprises par les divers souverains d’Egypte et de Syrie qui se les disputaient , furent cette fois irrévocablement et définitivement incorporées au royaume de Syrie.
Il est à présumer que c’est pour éterniser le souvenir d’un événement politique de
cette haute importance, qui avait créé des intérêts nouveaux entre les divers peuples de ces contrées, que les Bérytiens adoptèrent pour leur ville I’ère qui sc lit sur notre monument. Cette ère ne peut pas avoir eu d’autre origine, puisque l’année ii 4 des Séleucides, correspondante à l’an premier de celle de Béryte, n’olTre aucun autre événement de l’importance de celui-ci, et qui tienne une place aussi distinguée dans l’histoire de ces peuples.
Après l’explication qui vient d’être donnée d’un des monuments chronologiques les plus remarquables par la réunion précieuse qu’il offre de deux dates , dont la première , appartenant d’une manière aussi certaine à l’ère des Séleucides , a tout naturellement conduit à découvrir l’origine et le motif de la seconde , et toutes deux à assigner, pour commencement de l’ère des Séleucides, l’an 443 au lieu de l’an 442 de Rome, ou, ce qui est la même chose, l’an 3 ii au lieu de l’an 3 i 2 avant J.-C. , il résulte que les médaille*
de Béryte, qui sont marquées d’une époque, appartiennent sans nul doute à la seconde ère inscrite sur le monument, puisqu’il a été bien prouvé qu’elles ne pouvaient appartenir à la première; et qu’elles ont, comme cette seconde ère, pour origine incontestable, l’année où la Phénicie, dont Béryte était une des villes principales, fut détachée de l’Égypte et réunie au royaume de Syrie, ce qui arriva, d’après l’autorité irréfragable de la Tessère, en l’année 114 des Séleucides (5^7 et 558 de Rome. )
Ainsi donc la fabrication de cette Tessère remonte à l’année 161 , ASP, de l’ère séleucienne, et à la 47 % MZ, de l’ère de Béryte, qui, l’une ainsi que l’autre, correspondent aux années i5i* et iSo*" avant l’ère vulgaire, pendant lesquelles Démétrius I"et Alexandre- Bala occupaient à -la- fois et se disputaient le trône de Syrie.
Puisse notre opinion avoir été établie sur des présomptions assez fortes, pour faire cesser l’incertitude où l’on était sur l’origine
de l’ère de Béryte, et déterminer les savants à reconnaître avec nous que Père marquée sur les médailles de cette ville n’a et ne peut avoir d’autre origine que la conquête de la Phénicie par Antiocluis-le-Grand , en l’année ii4 des Séleucides, correspondante aux années 198 et IQ7 avant l’ère chrétienne !
Nota. Il existe des médailles autonomes de Béryte, qui, avec les initiales du nom de cette ville, ont dans le champ, les unes A-V , d'autres AA*, et d’autres AA* {Pellerin^ tom. II, pl. i.xxxi , et Mionnet, tom. V, p. 335). 1,’explication de ces lettres a exercé plusieurs numismates. Pellerin , page de son quatrième supplément, avoue qu’on n’a pas encore pu découvrir la signification de ces trois lettres grecques. Eckhel (^Doctrin. ru/m. veter., vol. III, p. 354 et 355) était assez disposé à y voir une date ; mais il convenait aussi qu’en prenant pour une date les trois lettres AA*, cela ferait remonter beaucoup trop haut l'ère de Béryte; et il avait grandement raison, puisque ces médailles étant évidemment frappées au temps de la république romaine, l’année 53 1 qu’elles exprimeraient dans l’hypothèse d’Eckhel, reporterait au second siècle de Rome le commencement de cette i-re, ce qui répugne trop à l’histoire, aucune ville n’ayant inscrit d’époque sur ses monnaies avant le règne d’Alexandre et antérieurement à son expédition d’Asie. D’ailleurs on voit ces memes lettres ,\A et le monogramme * sur des médailles d’Antiochus IV, frappées à Béryte (wy
Pellerin^ Rois , pag. 82 , pl. ix , et Mionnet, descript . ^X.om. V, pag. 4o, n" 346 , 347 , 348 , et 349 ); et, par une singularité assez remarquable, si l’on voulait considérer sur les médailles de ce roi les lettres AA comme une date , et le monogramme 4> comme renfermant les lettres <J>OI initiales de 401N1KH, on pourrait, avec quelque apparence de raison, en conclure que cette date AA exprime l’an 3i de l’ère de la Phénicie : car ces 3i années, ajoutées aux ii4 de l’cre des Séleucides, donnent l’an i45 de l’ère de ces princes, qui correspond au règne d’Antiochus IV, selon l’histoire d’abord , et selon les médailles de ce roi , qui portent la même année i43, EMP, {Mionnet., descript. , tom. V, pag. 38 et 4t )• Mais , ce qui détruit absolument cette hypothèse et prouve, de la manière la plus convaincante, que les lettres AA ne sont pas des lettres numérales, et n’expriment conséquemment pas une date, c’est qu’on les retrouve au règne de Démétrius II , accompagnées du même monogramme ♦ que nous avons déjà vu sur les médailles d’Antiochus IV. Or, comme il y avait vingt ans qu’Antioehus IV était mort quand Démétrius II monta sur le trône, la même date ne saurait convenir aux deux règnes. Il y a plus, les mêmes lettres AA, toujours accompagnées du même monogramme «I», reparaissent encore sur des médailles frappées aussi à Béryte, avec le nom et la tête d’Alexandre-Zébina , autre successeur d’Antiochus IV. Donc ces lettres AA ne sont pas là pour exprimer une date; et, jusqu’à ce que quelque savant trouve leur véritable signification, Eckhel aura eu raison de dire (vol. III, p. 355) : Ilanim Utterarum sensus adkuc occultas est.
Mionnet, toL
Mionnet , toI.