INTRODUCTION
Un des plus intéressants résultats des études égyptologiques de ces dernières années, est d'avoir reculé de plusieurs siècles les limites de THellénisme égyptien, et de nous avoir fourni les moyens de mieux comprendre ses origines, ainsi que celles de THellénisme eii général*.
Il y a dix ans, on ne connaissait pas en Egypte de monuments grecs antérieurs à l'époque Alexandrine. Les textes hiératiques, relatifs aux invasions des Peuples de la Mer, existaient seuls; mais, ce qu'ils mentionnaient sur la provenance et la nationalité de ces peuples était tellement incertain et vague que personne n'osait les invoquer à l'appui d'une démonstration sérieuse ^
Il en était de même des récits d'Hérodote concernant les Caro-Ioniens du temps de Psammétique ; non pas que la véracité de ces récits fût contestée, mais personne ne voulait admettre que ces corps mercenaires, qui n'ont jamais su conquérir la sympathie et la confiance des Égyptiens, aient pu exercer sur ce peuple l'influence civilisatrice qu'Hérodote leur attribue. D'ailleurs, disait-on, les guerres continuelles qui ont illustré le règne de Psammétique et de ses successeurs, de même que le climat inhospitalier de l'Egypte, doivent avoir contribué à décimer de très bonne heure les rangs de ces mercenaires; et, ce qui en est resté, après la chute d'Aprias, ne tarda pas à s'assimiler aux Égyptiens, ou à être expulsé un peu plus tard par les Perses.
C'est ce qui explique pourquoi Égyptologues et Historiens soutenaient encore, il y a dix ans, que le seul Hellénisme
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égyptien dont on puisse parler sérieusement, était celui qui a été importé par les Macédoniens, ou par les Grecs qui les suivirent dans leurs conquêtes\
Les découvertes récentes des archéologues ont dissipé ces illusions. Des ruines de Naucratis^ de Daphné, de Gurob et de rUlahoun (pour ne citer que les localités dans lesquelles les recherches ont donné le plus de résultats) est sortie toute une nouvelle Grèce; une Grèce antérieure aux Ramsès, aux Tutmès et aux Usertesens; une Grèce contemporaine des Pepi et des Teta, fondateurs de la sixième dynastie; et, si les recherches se continuent, on ne tardera pas, nous en sommes convaincus, à acquérir la certitude, que les Grecs sont aussi anciens en Egypte qu'en Grèce même ; qu'ils se sont développés simultanément dans les deux pays, et que ce qu'ils ont produit dans les îles de la mer Egée et dans le Péloponèse, ils Font produit ég^alement sur les bords du Nil.
Le premier pas dans cet ordre d'idées a été fait par M. Flinders Pétrie. En 1885 et 1886, faisant les fouilles de Naucratis*, la ville que le roi Amasis a mise à la disposition des Grecs établis dans ses États, lé célèbre archéologue anglais a été assez heureux de mettre à jour non seulement les tombes, les temples et autres monuments publics des Naucratiens, mais encore leurs magasins de commerce, leurs factoreries et leurs dépôts. Il a réussi à découvrir les ateliers dans lesquels se fabriquaient les fameux vases Naucratiens, et ces beaux scarabées aux noms de Psammétique et d'Aprias qu'on retrouve de nos jours à Rhodes, à Chypre et dans plusieurs îles de l'Archipel.
Mais la plus intéressante de ces découvertes est indubitablement le grand nombre de fragments de poterie archaïque que M. Pétrie a recueillis dans une tranchée pratiquée dans le temple d'Apollon le Milésién. C'était l'endroit où l'on enfouissait les vases hors de service qui avaient contenu les offrandes des fidèles, et pour ménager la place, on les brisait avant de les y déposer. Or, au dire de M. Cécil Schmidt, qui
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a écrit rarticle sur la poterie peinte contenu dans Touvrage de M. Pétrie, la plupart de ces fragments se rattachent au style oriental. Ils rappellent et par leur matière, et par leurs décors, les types relevés par M. Salzmann dans les fouilles de Cameiros. Ils appartiennent à cette période de transition pendant laquelle certains dessins géométriques sont encore combinés avec des motifs d'origine asiatique ou égyptienne : animaux réels . ou fantastiques, lions, taureaux, cerfs, oiseaux et surtout oiseaux aquatiques, fleurs de lotus, etc. ; genre de composite qui se retrouve à Milo, à Santorin et dans d'autres îles de la mer Egée, et qui paraît avoir fleuri pendant des siècles dans toute T étendue du monde Gréco- Oriental.
Mais ce qui donne à ces fragments de poterie une valeur inattendue, ce sont les inscriptions grecques dont ils sont littéralement couverts. Ces inscriptions sont toutes en lettres de Talphabet ionien, de différentes localités ou époques ; et, si elles ne peuvent pas témoigner des modifications que cet alphabet a subies groiduellement à Naucratis, elles attestent certainement la variété des races grecques qui, à cette époque, ont émigré au pays des Pharaons.
Au dire de M. E. A. Gardner qui en a fait une étude à part, les plus archaïques de ces inscriptions seraient antérieures à celles d'Ipsamboul, ^t, par conséquent, à Psammétique I". Les lettres qui les caractérisent offrent en effet de si grandes ressemblances avec les originaux phéniciens qu'on est obligé de les reconnaître pour les plus anciens spécimens de récriture grecque, en les assimilant aux inscriptions de Théra et deCorinthe, lesquelles, selon les Archéologues, remonteraient au vu* siècle av. J.-C.
Il résulterait de ces faits que la ville de Naucratis existait comme centre hellénique bien avant Amasis et Psartimétique, et qu'elle était moins un poste militaire qu'une colonie industrielle et commerciale bien organisée, et en rapports suivis avec l'intérieur de l'Egypte, avec la Libye et les points les plus éloignés du monde grec de cette époque.
Cette conclusion est d'ailleurs en parfait accord avec