‹ Essai sur l'hellénisme égyptien et ses rapports avec l'hellénisme classiqueChapitre 34 sur 83 · CHAPITRE PREMIER LES ORIGINES ÉGYPTIENNES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LES ORIGINES ÉGYPTIENNES

Les Rebou, les Couohites et les Amou.

L'Egypte, dit Hérodote, est habitée depuis qu'il existe des hommes sur la terre, et ses habitants y ont afflué de tous les points de l'Univers \

Nous trouvons, en effet, ce pays occupé, dès la plus haute antiquité, par quatre peuples différents qui s'en disputent continuellement la possession; ce sont les Gouchites au Sud, lés Kémites au Nord de la vallée, les Rebou ou Lebou à l'Occident, et les Amou à l'Orient du Delta ^

Aucun de ces peuples n'était originaire de l'Afrique; tous venaient d'Asie ou d'Europe et appartenaient à des races essentiellement différentes^.

Les Rebou ou Lébou, que les Grecs ont si mal rendus par Aiêusç, sont incontestablement les premiers occupants, au teint blanc, de l'Egypte et du littoral de l'Afrique du Nord. Aussi passaient-ils, dès la plus haute antiquité, avec les Éthiopiens pour des « autochtones. Atêue; ;ca( AtOtoTusç xÙTOjj^Boveç* ». Mais, si ce n'est cette dénomination, ils n'avaient rien de commun avec les peuples d'origine africaine.

A en juger par les monuments, les Rébou étaient des grands et beaux hommes; ils avaient le corps souple, la peau blanche, joliment tatouée, le crâne ovale (légèrement dolichocéphale)^ la chevelure blonde, les yeux bleus, les

L HELLENISME EGYPTIEN.

traits du visage fins^; bref , tous les caractères que la tradition et la science accordent aux plus anciens peuples de la Syrie, de l'Asie Mineure et du Caucase ; et tout porte à croire qu'ils appartenaient à ce grand peuple hyperborrhéen d'où semblent être sortis les premiers habitants de TAsie occidentale, des îles de la mer Egée, et des deux grandes péninsules de l'Europe : la Grèce et l'Italie, et dont les descendants des temps historiques étaient les Lèges et les Lélèges^ En effet, les Lebou des monuments ressemblent aux Lélèges des temps historiques à un tel point qu'il est difficile de ne pas les considérer comme leurs très proches parents.

Le nom de Rebou ou Lebou y sous lequel ce peuple était connu chez les Egyptiens, se rapproche beaucoup plus, au point de vue grammatical, de celui de A^yeç, dont on se servait dans l'antiquité grecque pour désigner un des plus anciens peuples du Caucase, les Lèges^ que de celui de Aiêugç. En effet, nous le rencontrons dans les mots A^dêoç et Asyoç et tel quel dans celui de Taiêot et Heppatêoi, les Rhèbes et les Perrhèbes^ lesquels, ainsi que nous le verrons plus loin, désignaient également des tribus Lélèges"^; tandis que le mot Atêus; n'est en réalité qu'une transcription littérale du mot Liboua, en usage dans l'ancienne Ibérie occidentale comme nom d'une tribu ligurienne, et s'appliquerait par conséquent plus exactement aux Libyens occidentaux, les Punt des Egyptiens, les Atêueç écrTcspïTat des auteurs grecs ^

Le type anthropologique des Rebou, tel que nous venons de le relever sur les monuments, caractérise également les plus anciens habitants de la Syrie, de l'Asie Mineure et du Caucase ^

Le nom de la ville qu*ils se sont construite sur les bords du Nil, "AvSpcov ^0, que les Grecs ont transformé plus tard en 'AvSp67i:o>.t<; et en "Ap^avSpoç, se retrouve dans l*Asié Mineure et dans les îles de la mer Egée désignant des localités occupées jadis par des Lélèges".

Comme les Lélèges, les Rebou d'Egypte étaient des Sélénolâtres. Ils adoraient la Lune sous le nom de Neïlh;,

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et en gens vivant de la guerre ou de la chasse, ils se la figuraient comme une Vierge chasseresse ou belliqueuse.

A l'appui de la thèse que nous soutenons, nous relèverons enfin les sacrifices humains communs aux deux peuples, la fable d'Hélène et de Ménélas attachée dès la plus haute antiquité à la pointe nord-ouest du Delta, et la légende qui fait du Ailsl du Péloponèse tantôt un Égyptien, tantôt un Libyen *^

Considérés au point de vue linguistique, les Lélèges paraissent avoir appartenu à la famille des peuples Oxigriens ou Touraniens. Leur nom, Leg ou Lagon Dag^ exprime dans tous les idiomes touraniens la montagne^ et plus particulièrement le Caucase oriental, le Lak-estân ou le Daghestan de nos jours. Le dédoubtement des noms, soit pour former le pluriel soit pour en faite des noms collectifs, est aussi un procédé propre aux langues touraniennes. 11 est enfin à noter le grand nombre de toponymies caucasiennes qu'on rencontre dans les localités occupées jadis parlesLélèges:''lSSaErf-rfa9' (la montagne par excellence). "O.uixTTo; {El'Bouz), Aat8a>.ov {Dag-Dag)y TaûyTsoç [Tau- Tag)^ n6VTaSà/.TuXov, Pench-Dag (en russe Pentagora^, les cinq montagnes) *% etc. Mais à force de servir comme mercenaires chez les autres peuples, les Lélèges de TAsie Mineure finirent par perdre leur idiome de même que leurs habitudes pour adopter ceux des autres peuples, de sorte que, déjà dans l'antiquité, on ne savait pas en quoi ce peuplé différait des Cariens, des Hellènes ou des Sémites.

Or, ce qui est arrivé aux Lélèges de l'Asie Mineure est arrivé également à leurs frères installés dans la Basse-^ Egypte. Nonobstant leurs protestations réitérées contre la propagande égyptienne, les Lebou d'au delà du Nil diffèrent à peine, aux temps d*Hérodote, de leurs voisins les Égyptiens **.

Non moins grande était la ressemblance des Rebou préhistoriques avec les premiers habitants du Caucase et de TAsie Mineure, les ancêtres des Lèges et des Lélèges.

Gomme ces derniers, les Rebou ont habité, et durant une

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longue série de siècles, pêle-mêle, les grottes et les cavernes, ignorant l'agriculture, se nourrissant presque exclusivement de la chasse et de la pêche, et menant une vie aussi sauvage que celle des Cyclopes et des Lestrygons décrits par le Poète *\ Nonobstant cet état sauvage qui, dans certaines localités, s'est maintenu jusqu'aux temps historiques, ce peuple avait en lui les germes d'une civilisation particulière, civilisation qu'il ne tarda pas à développer sur les bords du Nil et qu'il a conservée plus ou moins intacte à travers les siècles.

Comme tous les peuples primitifs qui ignoraient l'emploi des métaux, les Rebou d'Egypte fabriquaient leurs armes et leurs outils tantôt en pierre dure, taillée par éclats, tantôt en os et en corne d'animaux*®. Mais tandis que les Troglodytes de l'Europe occidentale s'arrêtaient vile à leurs premiers essais, les populations primitives de l'Egypte et de la Libye continuaient à perfectionner de plus en plus leur industrie, et ils arrivèrent à fournir des instruments si bien appropriés à l'usage que l'on voulait en faire, que l'on a continué à s'en servir même après l'apparition des outils en métal, et jusqu'à la plus basse époque de l'histoire de leur pays*^

Il en a été de même de leurs incisions sur l'os et la pierre, le point de départ du bas-relief, dont les Egyptiens se sont tant abusé dans la suite. Il y en a qui sont faites avec une telle précision qu'à première vue on les prendrait facilement pour des imitations modernes.

Les Rebou savaient en plus, et de très bonne heure, utiliser la peau des animaux pour s'en faire des vêtements et de la chaussure, et leur laine pour la fabrication ties tissus : trois industries qui ont toujours été leur industrie nationale. « L'art de façonner et de polir la pierre, dit Strabon, est, dès la plus haute antiquité, l'apanage de l'ancienne population de la ville de Pan. » " « La ville libyenne de la Basse-Égyple, appelée No-grath, dit Brugsch, la même dont les Grecs firent plus tard leur Naucratis, devait son nom à son industrie spéciale : la

confection des sandales, et selon Mallet, la grande divinité de la ville de Sais a été appelée Neith pour avoir créé l'art de tisser qui était Tapanage de cette ville ^^

On se tromperait fort cependant. en attribuant le développement des Rebou uniquement à leur initiative. Uétude de ce qui nous reste de leur industrie nous porte à croire que le passage de ce peuple de Tâge de la pierre taillée à celui de /« pierre polie et des monuments mégalithiques^ a eu lieu sous Tinfluence de nouveaux venus. Comme nou§ allons le voir à Tinstant même, ce sont les Couchites qui ont apporté en Egypte le premier modèle de couteau en silex, le premier vase en terre durcie au soleil; ce sont les» Amou qui ont enseigné aux anciens habitants du pays du Nil remploi des métaux, la construction des monuments mégalithiques et la plupart des métiers dans lesquels il§ ont ensuite excellé. Autrement ils auraient dû attendre, à rinstar des Libyens émigrés en Europe, une sériq interminable de siècles avant de sortir de Tétat sauvage des premiers jours *^

Mais si le sol de l'Egypte nous montre volontiers les restes des industries de ses premiers habitants, il nous dérobe obstinément leurs tombeaux. La pioche du fouilleur n est pas encore parvenue à mettre à jour la tombe d'un Rebou de cette époque. Celles des nécropoles préhistoriques de Darchour et d'Abydos que nous ont fait connaître tout récemment MM. Amélineau et De Morgan sont toutes d'époques relativement modernes *^ Par leur forme et par leur contenu elles appartiennent indubitablement aux Amou, peuple qui, ainsi que nous le verrons bientôt, était de plusieurs centaines de siècles postérieur aux Rebou. Ces tombes sont toutes ovales, le défunt y est accroupi et n'a pour mobilier que quelques misérables vases de terre cuite; tandis que les Libyens continuèrent jusqu'au temps d'Hérodote à enterrer leurs morts selon la mode grecque, c'est-à-dire le corps allongé dans un ;sépulcre rectangulaire formé de quelques pierres non ouvrées -•. Qr ce genre de sépulture, encore assez fréquent en Syrie, en Asie

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Mineure et dans le Caucase, fait complètement défaut dans la vallée du Nil. Est-ce parce que les Rebou ont renoncé de irhs bonne heure à leur ancien système pour adopter celui de leurs voisins? Est-ce parce qu'ils ont contracté rhabitude d'incinérer leurs morts? Faut-il admettre plutôt que ce n'est qu'une conséquence des fouilles limitées à la vallée du Nil, alors que les Rebou avaient leur domaine au delà de la montagne qui borne cette vallée à l'ouest? Ce sont là autant de questions que l'avenir est appelé à résoudre ".

11 est impossible de fixer le temps pendant lequel les Rebou sont restés les seuls occupants du pays du Nil ; mais s'il faut en juger par le grand intervalle qui sépare en Europe l'âge de la pierre taillée de celui de la pierre polie et des monuments mégalithiques, on admettra facilement que ce temps a été excessivement long; mais si long qu'il ait été, il a encore été insuffisant pour permettre à ce peuple de concevoir Tidée de cultiver la terre et d'en exploiter les richesses. Ainsi que nous venons de le dire, les Rebou n'aimaient pas l'agriculture, et la crainte des inondations leur faisait toujours préférer le séjour du désert à celui de la vallée; aussi lorsqu'un certain jour ils virent un peuple au teint basané, les Couchites^ affluer de tous les points dans la vallée, ils n'en firent aucun cas; ils le laissèrent s'installer à son aise se retirant eux-mêmes dans le désert, où ils existent encore, menant toujours leur vie nomade et cherchant leur subsistance dans les produits de la chasse et souvent dans ceux du brigandage.

Les Coiichites, les ancêtres des Égyptiens, n'étaient pas, par conséquent, les plus anciens occupants de la vallée du Nil, mais ceux qui les premiers en ont apprécié la valeur et ont su en tirer partie ; et comme aucun peuple n'a réussi par la suite à les déloger, ils ont acquis le droit à V atitochtonie que l'antiquité leur a accordé.

Gomme les Rebou, les Couchites n'étaient pas un peuple africain. A part la couleur de la peau qui leur a valu chez les Sémites le nom de Chamites, chez les Grecs celui d'AlôtoTTg; (hommes au visage brûlé) ^^ les ancêtres des

Égyptiens présentaient dans leur conformation des particularités qui ne laissent aucun doute sur leur origine asiatique ; mais ils différaient également de leurs voisins les Rebou, de même que des peuples qui, dans la suite, vinrent s'installer auprès d'eux, et cela à un tel point qu'ils doivent être considérés comme une race d'hommes asiatique à part.

Au dire d'Hérodote, les Couchites étaient de grands et beaux hommes, et les monuments nous les représentent ayant le corps souple, le crâne ovale, le front légèrement bombé, les yeux grands, en amande, le nez droit, les lèvres épaisses mais non retroussées, les épaules larges, les extrémités longues, les hanches, par contre, très peu développées, ce qui leur donnait un aspect tout particulier 2*.

Non moins caractéristique était leur langue. Tel qu'il se laisse reconnaître dans l'ancien Égyptien et le Copte, le Couchite paraît avoir été un idiome monosyllabique, sans inflexions, exprimant les modalités par des exposants groupés, non agglutinés autour de la racine ; particularités qui le rapprochent beucoup plus du Chinois que du Sémite ^^

De même que la langue , la religion des Couchites différait essentiellement de celles des autres peuples.

Les premiers occupants de la vallée du Nil étaient des Fétichistes. L'objet le plus insignifiant de la nature qui pouvait attirer l'attention d'un Couchite était considéré par lui comme doué de forces surnaturelles et voué immédiatement à l'adoration. Les pierres, les cailloux, les fragments de bois ou de poterie, les arbres, les animaux, enfin tout ce qui constitue la nature animée ou inanimée a été tour à tour adoré par ce peuple et l'est encore aujourd'hui par ses descendants, les Coptes et les Fellahs ^^

La tradition faisait venir les Couchites, tantôt du sud, de l'Ethiopie; tantôt de Fest, de l'Arabie ; tantôt du nord, de la Syrie " ; et les bas-reliefs gravés sur les monuments attestent d'une manière frappante l'extrême ressemblance des habitants de ces contrées avec les Couchites de la vallée du NiP». Mais l'existence dans l'Asie centrale d'un peuple de même nom, de même type et ayant les mêmes habitudes, les Kis-

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siens ou Koiissiens, les Kicçiot, ou Kouadaïot des géographes grecs, nous oblige à chercher leur berceau beaucoup plus loin, sur les hauts plateaux de ïlndocousch^ et à reconnaître que la première étape de leurs nombreuses migrations a été la contrée actuelle de Caboul *•. C*est là, en habitant les bords fertiles du'Kef ou Kof, la rivière au courant rapide, le KaxpY); ou Kcoç-îovoi; des géographes grecs ^®, que ce peuple a dû ajouter à son ancien nom. celui de Kef (KviÇTîvgç, les Cephènes)^ ou Koft (KoTUTat), sous lequel nous le rencontrons dans la plupart de ses émigrations ultérieures, et qu'il adonné, à son tour, à tous les cours d'eau rapide qu'il a connus : Tlndus, le Tigre, le NiP*.

Chassés de Caboul, très probablement par les Ariens, les enfants de Couch longèrent l'Indus, et après avoir tourné la Gedrosie et la Karmanîe, s'installèrent dans le pays limité par le golfe Persique, les monts Gordiens et le Tigre, Kiaçta x^P* ^^ AlOiOTuta des anciens Grecs, le Coiichistan de nos jours, et y construisirent Koussa que les Perses transformèrent en Soussa^'.

Encore une fois émigrants, les Couchites se dirigèrent, en partie vers le Nord-Ouest, en partie vers le Sud ; et après avoir occupé successivement d'un côté la Mésopotamie^' sur les Sémites, la Syrie et la Palestine sur les Lèges, de l'autre l'Arabie du Sud et TAbyssinie, les deux colonnes opérèrent leur jonction dans la vallée du NiP*. Ils s'y établirent, et à la suite de cette occupation, la vallée du Nil fut appelée par les Sémites le jmys des enfants de Couch ou de Cham^ alors que ses habitants mêmes lui donnaient le nom de Keft ou de Koft^ soit de leur propre nom, soit de celui delà rivière qui le traverse ; et ce fut de cette appellation, transformée par les Arabes en el-Kopt ou el-Gypt^ que les Grecs ont formé leur Aïyu^TTOi;, nom que le pays porte encore de nos jours *%

Il est impossible de fixer l'époque vers laquelle les Couchites firent leur apparition sur les bords du Nil. A en juger cependant par le fait que, à leur arrivée, ils n'avaient aucune connaissance de Vécriture cunéiforme^ qui bientôt devait remplacer les hiéroglyphes en Babylonie, et que ce

nouveau genre d'écriture était, dès le cinquantième siècle, en plein usage dans ce dernier pays, on ne se tromperait pas beaucoup en faisant remonter l'arrivée des Couchites en Egypte au delà du soixantième siècle avant notre ère. Mais ce qui est certa;in et bon à noter, c'est qu'à son arrivée ce peuple portait aVec lui les germes d'une civilisation nouvelle : la civilisation dé la Babylonie couchile^ tout à fait différente de celle des autres peuples, et qu'il a pu développer à l'abri de toute influence étrangère ^^

Venant de la Mésopotamie les Couchites apportaient avec eux la plupart des céréales originaires de ce pays, qu'ils n'eurent pas grand'peine à faire prospérer sur les bords du NiP\ Ils y connurent, à leur arrivée, plusieurs nouvelles plantes, nourricières, des arbres portant des fruits et un grand nombre d'animaux faciles à domestiquer ^^ Le désert les protégeait contre les invasions des peuples étrangers et le climat le plus tempéré leur permettait les travaux des champs hiver comme été. Les Couchites de la vallée du Nil avaient, par conséquent, tout ce qu'il fallait pour se développer vite en un Etat ayant pour base l'indépendance individuelle et le travail de chacun. Malheureusement leur religion ou, pour mieux dire, ceux qui faisaient d'elle un métier ne le leur ont jamais permis.

Comme nous venons de le dire, les ancêtres des Égyptiens étaient des Panthéistes ou des Fétichistes^^. Ils croyaient que l'espace était rempli d'Esprits et de Démons et que chaque objet de la nature pouvait servir à ces Êtres surnaturels de corps ou de demeure. L'opinion qui fait des Couchites des Héliolâtres ou des Nilolâtres^ n'est vraie que pour les temps relativement modernes, et, ainsi que nous espérons le démontrer tout à l'heure, ces deux doctrines étaient d'origine étrangère. Pour les Égyptiens de l'époque dont il s'agit, le soleil était un grand Fétiche servant de corps à deux Êtres surnaturels de nature diff'érente. Comme source de la lumière, il représentait Râ^ l'Esprit bon, qui chaque matin chassait les ténèbres de l'horizon; comme source de la chaleur, il représentait l'Esprit méchant. Set

ou Sit^ le Typhon des Grecs, le producteur des vents du Midi et de ces tourbillons de feable embrasé qui très souvent transformaient leurs champs fleuris eh désert *^ Aussi le représentait-on tantôt par une lampe ayant la forme d'un petit obélisque dressé sur un support : fétiche connu dans rÉgyptologie sous le nom de Ben-Ben; tantôt par un animal sauvage, le crocodile ou l'hippopotame. Il en était de même du Nil. Le fleuve était considéré comme l'incarnation de deux Êtres surnaturels dont l'un faisait couvrir la terre de fleurs, de plantes et de fruits; l'autre détruisait par des inondations excessives non seulement la végétation, mais le sol même en le transportant ailleurs. Aussi le représentait-on tantôt comme un jeune homme pourvu de mamelles, tantôt comme un serpent monstre. Les seules divinités donc des anciens Égyptiens étaient les Fétiches, et ceux qui se faisaient forts d'en connaître la langue et d'en diriger les actions, les Magiciens ou les Prêtres, exerçaient nécessairement la plus grande autorité morale sur le pays.

C'est ainsi que les prêtres sont parvenus à concentrer tout le pouvoir entre leurs mains; et pour le conserver, pour pouvoir mieux exploiter la crédulité du peuple, ils ne tardèrent pas à se constituer en Collèges et à fonder le régime théocratique qui depuis n'a jamais cessé de peser sur le pays.

Le pouvoir temporel s'est développé relativement plus tard sur les bords du Nil, et il a toujours été d'une importance secondaire. Les prêtres n'ont senti le besoin de l'exercer que le jour où le peuple s'est permis de discuter leurs opinions. Ce n'est qu'alors qu'ils ont eu l'idée de s'entourer de satellites, et pour être certains de leur fidélité, ils les firent recruter non dans le pays, mais parmi les peuples errants de la Libye, de l'Arabie et de l'Ethiopie ; et ce système, de se faire servir par des mercenaires, nous le retrouvons à toutes les époques de l'histoire égyptienne**.

Les Couchites croyaient encore qu'en mourant l'homme, de même que les animaux domestiques, devenaient des Esprits, bons pour les leurs, méchants pour les étrangers : et leur corps passaient pour les plus précieux des Fétiches*-.

LES OBIGINES lÊGYPTIENNES. H

C'est de là que sont sortis le ctilte des ancêtres et celui des animaux sacrés^ les plus anciens cultes de la vallée du Nil. De là la coutume de conserver les cadavres et de les repror duire par la sculpture.

Procédant ainsi, les Couchites se trouvèrent un moment sur la piste de la plus pure des croyances : de celle qui fait du Créateur le Père de THumanité, et des différents peuples les membres d'une et même famille. Mais un culte qui rapprochait de plus en plus le peuple de ses divinités^ ne pouvait être admis par les prêtres; aussi firent-ils tout leur possible pour l'étouffer dans son berceau, et ils y réussirent en réservant le titre divin aux seules personnes qui avaient rendu des services au Temple, aux seuls animaux qui avaient servi de corps à un Esprit, et que les prêtres seuls étaient en état de connaître *^ De cette manière, il ne leur a pas été difficile de devenir les maîtres des divinités de leur pays et de leur faire dire ce qui convenait le mieux à leurs intérêts, système qui devait nécessairement avoir pour résultat Tabrutissement complet et la servilité du peuple égyptien.

Mais si la religion a condamné les Couchites à une servitude perpétuelle, leur langue les a conduits à la plus belle des découvertes qui aient contribué à Tanoblissement du genre humain : Vécritiire.

En effet, il n'y a pas un idiome plus propre que le Couchite à être reproduit par le dessin. Constitué presque exclusivement de monosyllabes indéclinables, exprimant ses modalités en groupant non en agglutinant ses éléments, le Couchite se laissait très facilement exprimer par les images des objets nommés mis dans Tordre dans lequel ils se suivent dans le langage**. Aussi la première écriture égyptienne fut-elle Idéographique, Pour écrire soleil, on figurait un disque cintré ; pour désigner la lune, on dessinait un croissant : l'homme y était donné par la figure d'un homme, le taureau par celle d'un taureau et les idées abstraites par des symboles conventionnels.

En parcourant cette écriture, le lecteur était obligé, pour

il h*faSLhksISItE B6TFTIKV.

deviner la pensée de Fécrivain, de Iradnire an à un les symboles qu^il avait sons les yeux, par des mois appropriés à chacun d'eux dans la langue courante, et à force de retrouver dans chacun de ces symboles une prononciation constante, il finit par oublier leur valeur idéographique pour ne voir en eux que des notations de sons, de simples signes phonétiques ou syllabaires, et il s'en servit pour exprimer ses idées à la façon de nos rébus. C'est ainsi que Ton est passé de l'écriture idéographique à l'écriture phonétique ou syllabaire.

Si avantageuse cependant et si logique qu'elle fut, cette manière d'exprimer les idées par des signes avait encore un grand inconvénient. La plupart des mots Couchites ayant plusieurs significations et par conséquent plusieurs prononciations, le lecteur se trouvait très souvent embarrassé ne sachant quelle prononciation donner, dans un cas concret, à un symbole. Aussi on a vile pris l'habitude de faire suivre les mots écrits phonétiquement par leurs idéogrammes réels ou conventionnels, et ce genre d'écriture, en partie phonétique en partie idéographique, nous le retrouvons dans les plus anciens textes de l'ancien Empire.

Tout en reconnaissant les Couchites comme les inventeurs de l'écriture hiéroglyphique^ nous ne croyons pas cependant que cette invention ait vu le jour sur les bords du Nil. Tout porte à croire, au contraire, que les Couchites ont importé cet art tout fait de leur pays, la Bactriane, où ils l'avaient en commun avec les ancêtres des Chinois, et les autres peuples de l'Extrême-Orient, qui, comme eux, parlaient des langues isolantes. Tous ces peuples, et plus particulièrement les Chinois, se servent encore de nos jours d'écritures idéographiques, basées sur les mêmes principes que les hiéroglyphes égyptiens. Les idées les plus élémentaires sont rendues dans ces langues de la même manière que dans l'égyptien. Parfois même les deux systèmes se rencontrent dans le choix de certains symboles; et nonobstant l'énorme distance qui sépare la Chine des pays du Nil, les deux écritures ont suivi dans leur développement ultérieur

tout à fait la même marche*». Les études assyrîologiques nous enseignent de plus qu'avant l'invention de Pécriturô cunéifornie, les anciens Babyloniens faisaient usage d'une écriture idéographique analogue à cellie des Égyptiens ; et le plus intéressant, c'est que la plupart des symboles de cette écriture ressemblaient jusqu'à l'identité aux idéogrammes des Égyptiens**.

Malheureusement cette invention merveilleuse, qui seule pouvait relever l'intelligence et Tamour-propre des Couchites et faire d'eux un peuple sensé et libre, resta durant des siècles l'apanage exclusif du temple et n'a servi qu'à laisser dans l'ombre plutôt qu'à révéler au peuple la volonté de ses divinités. Il a fallu que des centaines de siècles se soient écoulés et qu'une série d'invasions étrangères BÛt lieu, avant que les prêtres se décidassent à simplifier un peu leur système d'écriture et de le mettre à la portée de toutes les intelligences, en créant VHiératiqu€j le Démotiqiie et plus tard le Copte ^\

Les Couchiles n'étaient pas un peuple industriel. Ils construisaient leurs demeures en roseaux qu'ils recouvraient d'une ou deux couches de limon du Nil, ou bien avec des briques durcies au soleil**. Ils enterraient leurs morts dans des tombes revêtues intérieurement de briques, ainsi que cela se fait encore de nos jours. Toute leur préoccupation dans cette circonstance était de faire creuser leur dernière demeure sur un terrain plus ou moins élevé, et de donner au défunt la position longitudinale, la tête au nord regardant lé sud**. La pierre n'entrait qu'accidentellement dans leurs constructions. On la chercherait en vain dans leurs tombeaux de même que dans les amas de terre qui indiquent remplacement de leurs anciens villages. D'ailleurs c'était une matière qu'il fallait extraire de la montagne, façonner ensuite, etc., travaux qui ont toujours répugné aux Couchites. Ceux qui voulaient se donner ce luxe faisaient construire leurs tombeaux par les Rebou, auxquels ce travail était plus familier.

H l'hellénisme égyptien.

11 enâ été de même des ustensiles journaliers. Les Couchitès, qui ne pouvaient pas avoir les beaux vases en pierre duré fabriqués par les Rebou, les reproduisaient en terre cuite, mais toujours d'une façon si grossière que leur poterie des plus belles époques de leur histoire ne diffère pas beaucoup de celle des temps préhistoriques.

Les ancêtres des Égyptiens excellaient par contre dans lés travaux de Tagriculture de même que dans V élevage des bestiaux. Les plus beaux tableaux qui ornent les chambres funéraires de l'ancien Empire ne représentent que dés scènes de la vie agricole de l'époque, et si minutieusement qu'il suffit de parcourir une seule fois les tombeaux de Ti et de Mera^ à Saqqarah, pour se faire une idée exacte de l'Egypte vivante et agissante de cette époque en même temps que du bien-être matériel dont on y jouissait.

; Tel était à peu près dans ses grandes lignes Tétat des choses en Egypte à l'arrivée de son troisième élément ethnique^ les Amou.

- Sous le nom de AmoUy on entendait en Egypte tous les peuples à peau blanche qui vivaient au delà de Tlsthme, et dont le plus ancien, celui dont il s'agit ici, n'appartenait point à là famille des peuples sémites (les émigrations sémites n'ont commencé que beaucoup plus tard), mais à ce gratid peuple hyperboréen connu de nos jours sous le nom dé MQScho'Ibériens ou Moscho-Phrygiens^ ou Alarodiens, lequel, avant l'apparition des Indo-Germains et des Sémites, paraît avoir dominé dans toute l'Asie occidentale, les îles de la mer Egée, et sur une grande partie du continent européen ^^

Descendus, à une époque préhistorique, de Textrême r«Iord, où ils formaient avec les Myso-Tyras du Pont et les Massagètes un et même grand peuple, les Amyrgiens (les SîcùOat 'Appyio'. d'Hérodote) ^^, les Moscho-Ibériens en question ont occupé, sur les Lèges, tout le pays qui s'étend au sud du Caucase^ entre la mer Caspienne et le Pont^ et y

ont formé trois États : c'étaient le Gouvj le pays des Groiisiensy les ancêtres de Géorgiens ; celui de Ban ou Van^ le pays des Alarodiens, les prédécesseurs des Arméniens ; et celui des Massiens ou Moschiens, dont le nom sert encore à désigner la chaîne de montagnes qui relie au grand Caucase le plateau bien moins élevé de TArménie (Moa^ioc opv)) ^*.

Trois grandes routes étaient ouvertes à ces peuples. L'une, longeant le littoral du Pont-Euxin, conduisait directement à rOuest; les deux autres contournant le Massîus, s'ouvraient vers le Sud.

Engagée dans la première de ces routes, une assez grande partie des Moscho-Ibériens occupa successivement le territoire de la Phrygie, la Troade, la Propontide, et traversant le Bosphore elle finit par s'installer en partie en Macédoine (M6(jj^otvoi), en partie en Thrace (Ilociovg; ou ndvovg;), et sous le nom de Fp^at ou Fpatot elle occupa la plus grande partie de la Grèce continentale. C'est l'émigration MysQ-Teukrienne dont Hérodote nous a conservé la tradition et sur laquelle nous comptons revenir.

Mais le gros du peuple en quittant le plateau de l'Arménie se dirigea vers le Sud, et suivant le cours de TEuphrate et du Tigre il s'installa dans le Mésopotamie où il forma également trois États : la Mastienne^ ou le pays de Matta^ le Our ou Gour et le Bar ou Bal^ États dont les limites ont plus d'une fois changé à travers les siècles.

De la Mésopotamie les Moscho-Ibériens envahirent la Syrie où nous les trouvons sous les noms à'Amaour^ de Tours et de Dan ou Tan (les Tn ou Rotenu des Égyptiens), et de là, divisés en deux colonnes, ils passèrent d'un côté dans les îles de la mer Egée, en Crète surtout (Koup-^rai, Teuxpot ou 'ET86xpY)T6(; Aôvsç ou Aôpsç), de l'autre en Egypte {HoriteSy Amou^ Ténao). pays qu'ils conquirent en grande partie sur les Couchites^^ Ce fut enfin en quittant ce pays que les Moscho-Bériens ont dû aller s'établir, plusieurs siècles plus tard, dans l'Afrique du Nord {Mashaousha ou Maccae, les MàÇueç d'Hérod., Ber-ber ou Maures)^ tandis que les Ibériens, chassant devant eux les Rebou, passèrent en

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Europe, où ils se fixèrent les uns dans la Péninsule qui porte encore leur nom (Ibérie) ; les autres au delà du Rhône dans la Gaule cisalpine, ce qui a valu à cette contrée le nom de Libye eiiropéemie^''.

Le nom général de ces trois peuples, conservé dans les inscriptions cunéiformes de la Perse ^% était Mourg ou A-mourg, qu'Hérodote a si bien traduit par 'A(JLupYtot, et dans lequel il est difficile de ne pas reconnaître Torigine des noms AmoUy Amour ou Amaur^ et Maures^ de même que de celui de Muçri^ que les Assyriens donnaient aux Moscho-Ibériens, hors de TAssyrie, et dont les Grecs firent leur Mudoî, les Sémites leur Misraïm^ les Arabes leur Misr. Mais, au dire de Pline, le mot Amourg était relativement moderne. Chez les anciens, ce peuple était connu sous le nom de Armenos, Araméoson Amoreos; et, si le naturaliste romain a raison, on est forcé d'admettre que les trois peuples qui, dans les temps, historiques, étaient désignés sous ces noms, appartenaient également à cette même famille^.

Les nom3 Ber^ Gour et Dan ou Tan, avec lesquels les trois tribus moscho-ibériennes se présentent dans leurs migrations ultérieures, paraissent avoir été également leurs noms anciens, contractés, très probablement, à la suite du séjour prolongé de ces peuples aux bords de trois grands fleuves hypcrboréens, le Wirg ou Wyrg (le Wolga), le Cyr ou Goûr (le Sir-Daria) et le Dan ou Tan (le Tanaïs), noms en usage jusqu'à nos jours pour la désignation des habitants de ces contrées. Quant aux noms d'Ibères et de Teiikres^ sous lesquels les deux premiers de ces peuples sont cités dans les auteurs classiques, ils ne sont que les transcriptions littéraires de deux termes d'exclusion et de dédain, h-ber-*'' et Te-grous que ces peuples se donnaient réciproquement, pour indiquer soit que l'un habitait à l'Est ou à rOue»t de l'autre, soit qu'il ne voulait pas reconnaître les chefs religieux et politiques en honneur chez l'autre^. C'étaient le» premiers Orientaux et Occidentaux que les intérêt» politiques et cléricaux ont transformés en catholiques et en schismaliques.

Si intéressantes cependant, et si concluantes qu'elles soient, ces synonymies ne constituent pas la seule ni la meilleure preuve de l'origine ibérienne des Amou d'Egypte, et de leur proche parenté avec les Amorrhéens de la Syrie, et la population Pré-Touranienne de la vallée de l'Euphrate. L'étude comparative du type de ces peuples, de leurs langues, de leurs religions, de leurs institutions politiques et religieuses, etc., nous fournit une autre série de preuves bien plus intéressantes et décisives.

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de se faire une idée du type anthropologique des Ibères préhistoriques en étudiant les populations actuelles de la Mingrélie. Le pays que ce peuple a habité a été occupé, à travers les siècles, par des populations tellement diverses que la race primitive, si elle n'a pas disparu tout à fait, a certainement subi des altérations telles qu'elle est devenue méconnaissable.

Il n'eiî est pas de même des Ibériens occidentaux. Retranché dans les Pyrénées, ce peuple belliqueux a pu repousser les invasions des Ligures, des Celtes des Gaules, des Romains, et conserver jusqu'à nos jours le type, la langue et les mœurs de ses ancêtres. Tous ceux qui Font étudié s'accordent à reconnaître chez ce peuple les caractères essentiels de la race ancienne. « Les Basques des Pyré- « nées, dit M. Broca, sont une des plus pures, peut-être « la plus pure des races caucasiques que nous connaissions. « On ne trouve nulle part population plus homogène. « Ils sont tous de petite taille, mais bien constitués et « agiles. Ils ont la tête arrondie, un beau teint plutôt blanc « que brun, les cheveux et les yeux très foncés ou tout « à fait noirs, les épaules et le cou bien faits. Ils sont la « réfutation vivante de tout ce qu'on a dit sur l'influence « du séjour dans les régions des montagnes, car ils sont plus « petits que les habitants des plaines voisines et Tair des « Pyrénées n'a eu garde de rendre leurs cheveux blonds. »

Or ce que dit Broca des Basques est en parfait accord avec ceqiie nous apprennent les Klaproth, les Chantre et les Virchow siir l'ancienne population de la Mingrélie et du

18 L*HELLÉXI.^>]EB ÉGYFTIES.

Haat-Caacase. Le type anlhropolog:iqae des Basques se retrouve tel quel parmi les populations actoelles de FOssethie, de même que dans les pins anciennes tombes préhistoriques du Coban et de la Géorgie. Il suffit de lire les belles pages écrites à ce sujet par M. Virchow pour être convaincu que ceux qui y étaient enterrés appartenaient à une race d'hommes de laille au^essous de la moyenne, ayant la tète ovale, les traits du visage fins, le système osseux de constitution délicate; bref, possédant tous les caractères des Basques^.

Or, ce même type, nous le retrouvons dans la Mésopotamie et dans TÉlam chez les Sumériens**, en Syrie, chez les Touriens, les Araméens et les Érembes (Arabes)**, et enfin en Egypte, caractérisant les quelques statues archaïques qui nous restent du temps des trois premières dynasties, de même que les 37 Amou figurant dans la salle funéraire de Khnum-hotep, à Beni-Hassan*'.

II ne peut, par conséquent, subsister aucun doute sur le type particulier des Amou primitifs de la Basse-Egypte pas plus que sur leur extrême ressemblance avec les populations préhistoriques de la Mingrélie, de même qu'avec les survivants de Tancienne population de la péninsule ibérienne. L'opinion généralement admise que les Amou étaient des Sémites n'est vraie que pour ce qui concerne les Amou du temps du nouvel Empire et provient de ce qu'à cette époque ce nom était donné indistinctement à tous les peuples à teint blanc qui vivaient au delà de l'Isthme. Tous ces pays étaient alors, en efiFet, occupés par des Sémites*^.

Venons à la langue.

Guidés par les nombreuses toponymies, que les Moscho- Ibériens nous ont laissées un peu partout sur leur passage, et aussi par les inscriptions cunéiformes du Van qui ont fait Tobjet de l'étude si remarquable de M. Sayce, les linguistes de nos jours arrivèrent à la conclusion que la langue parlée par ce peuple était un idiome infléchi, essentiellement différent de l'Aryen et du Sémite et constituait avec ribérien occidental, l'Etrusque, et, avec l'Hittite^ une famille

de langues à inflexions à part, dont le Basque et le Géorgien de nos jours seraient les seuls survivants. Malheureusement, importé dans la Mésopotamie, dans la Syrie et dans la Basse-Egypte, cet idiome ne tarda pas à être absorbé par les laûgues existant dans le pays autant que par celles des peuples qui s'y sont succédé plus tard, si bien, qu'à rheure actuelle on ne pourrait avancer, sans témérité, qu'après le Couchite, ce fut libérien qui fût parlé dans les trois pays «*.

Cependant, tout porte à croire qu'il en a été ainsi.

Presque toutes les toponymies de la Mésopotamie étaient Ibériennes. Le plus ancien nom de Babylone était, comme celui de Flbérie, Bar^ ou Bal ou Ban^% tandis que le pays allophyle de l'autre côté du Tigre s'appelait An- Bar ou An- Bariy ou An-Zan^ noms qui ne diffèrent en rien de ceux que les.Ibériens donnaient à leurs voisins allophyles, les Lèges, au Caucase aussi bien que dans le Péloponèse«^ La vaste contrée comprise entre les deux affluents de TEuphrate, le Habour et le Schagour, s'appelait de même que le second district de Tlbérie, Gour ou Tou7'^\ et la contrée allophyle, située de l'autre côté du fleuve, portait le nom de As-Tour ou Assour^ presque copié sur celui de Asgoiir ou Isgour^ par lequel les Gouriens de Tlbérie désignaient leurs voisins allophyles de l'Ouest (les Taures), La partie supérieure enfin de la Mésopotamie, qui était habitée plus particulière* ment par les Massiens, s'appelait Matta, et le pays allophyle, situé au delà du Tigre, portait le nom de Amatta ou Amada (Hamadan) ; or, ce nom ne diffère pas de celui d'A[i.à(7iot, d"A;jLa(ytavoi, d''A(/-a^6vsç, dont les Massiens de l'Ibérie se servaient pour désigner les peuples allophyles ou non qui les avoisinaient au nord ®^

Les noms des deux grands fleuves du pays, l'Euphrate et le Tigre, inexplicables par l'Aryen et le Sémite, se laissent facilement comprendre comme Ibériens. Le pre^ mier est une transcription en partie sémitisée, en partie iranisée du mot Gour-Râ, le fleuve Gour (KOpoç), le fleuve par excellence de l'Ibérie, que son peuple a répandu un peu

20 l'hellénisme égyptien.

partout dans ses émigrations**; tandis que celui de Tigre [Tig-Ra ou Tiff-La) est le nom que les anciens Arméniens donnaient à tous les fleuves à cours impétueux. Et s'il faut en croire les auteurs grecs, il y en avait en Arménie un grand nombre portant le même nom et pour la même raison.

Une autre série de fleuves de la Mésopotamie portait des noms composés de leurs anciennes appellations couchîtes et du mot ibérien i?a, qui, comme nous venons de le dire, signifiait le fleuve. Un de ces fleuves s'appelait Ka-Ra ou Ka-La, dont les Grecs firent leur KàXa; et les Turcs leur Kara-sou. Un autre, connu aujourd'hui sous le nom de C«roim, était appelé dans Tantiquité grecque KoTupàinoç, nom qui nous laisse entrevoir l'existence d'un thème Kof-Ra^^] un troisième enfin s'appelait Kef-Ra ou Kef-la^ dont les Grecs firent leur K^cpaXo;, nom qui désigne encore le poisson qu'on y péchait très probablement en grande quantité '*.

.Tout concourt donc à nous faire croire que les Moscho- Ibériens devenus maîtres de la Mésopotamie, non seulement y ont introduit leur langue , mais l'ont encore si bien fait accepter par ce pays que leurs toponymies* principales ont pu parvenir jusqu'à nous.

Mais la preuve la plus concluante de ce que nous avançons est fournie par l'ancienne langue du pays. Tous ceux qui l'ont étudié reconnaissent que le Sumérien, la langue dans laquelle sont rédigées les plus anciennes inscriptions cunéiformes de la Babylonie, abonde en termes et en expressions usités jusqu'à nos jours chez les Géorgiens du Caucase de même que chez les Basques des Pyrénées. Et personne, croyons-nous, ne pensera que l'un de ces trois peuples a pu les emprunter aux autres '^*.

Or, les mêmes choses se répètent presque identiquement en Syrie, en Palestine et en partie dans la Basse-Egypte. Comme nous venons de le dire, il y avait en Syrie trois grands districts V Amour ^ le Tour et le Tan^ dont les noms ne difl'éraient en rien de ceux de l'Ibérie. L'un des deux grands fleuves du pays, ÏOronte^ dont l'étymologie a tant intrigué les hébraïsants, se retrouve dans les textes égyptiens sous

le nom de A-Our-antiy qui diffère à peine de celui que les Babyloniens donnaient à TEuphrate. L'autre porte encore de nos jours le nom composé de son appellation ibérienne Dan ou Tan, précédée du mot sémite Jor, et signifie le fleuve Dan ou des Dans^^.

La Syrie avait en plus un grand nombre de toponymies en commun avec le Péloponèse, telles que Hermon, *Ep[Aatov; Enach/'hoiyoç; Zarat, XàpaSoç; Leschen^ Axcgol; Dany Tàvoç ; Tour^ &\}féoL ; Hazor^ "Apyo;; etc., etc., toponymies qui ne s'expliquent ni par 1q Sémite, ni par l'Aryen; et au dire de M. Renan, tels étaient aussi la plupart des mots, soi-disant sémites, admis dans le dictionnaire grec. Ils n'appartiennent ni au Sémite ni à l'Aryen; Hellènes et Sémites les ont empruntés à un peuple allophyle qui les avait précédés dans ces pays, et ce peuple ne pouvait être que les Ibériens^*.

En Egypte, les toponymies ibériennes sont beaucoup plus rares. Il semble qu'à l'arrivée des Amou, le pays était par trop couchitisé pour oublier les anciens noms de ses localités. Mais les trois ou quatre qu'il en a adoptées se présentent dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur leur signification et leur origine.

Une des villes principales des Amou, située à la pointe N.-E. de la Basse-Egypte, s'appelait Tour^ en égyptien Taru^ nom qui a été adopté, comme dans la Syrie, par toute la contrée qui en dépendait ^^ Tour était le chef-lieu du pays des Horites, les Xoppaïot des auteurs de la Bible, le siège principal des Héracléopolitains. Le pays compris entre le désert arabique et la branche orientale du Nil était connu jusqu'aux derniers moments de l'Empire égyptien, sous le nom de Dan ou Tan, et la branche du Nil qui le traversait porte encore le nom de la branche Tanitique ou de Damiate^ tandis que le pays compris entre les deux grandes branches du fleuve portait le. nom assyrien des Muçri, dont les Arabes firent leur Misr,

Il en a été de même du Nil. A l'instar des fleuves de la Mésopotamie qui, ainsi que lui, s'appelaient Kef ou Kof

22 l'hellénisme égyptien.

ou Ka^ le fleuve de TÉgypte a reçu des Amou trois ou quatre différentes appellations. Tout d'abord, ils l'appelèrent Râ, le fleuve par excellence; ensuite Kaf-ra ou Kaou-ra ou Ka-ra (le fleuve Ka)^ et en dernier lieu Sir a ou Sila^ du nom du fleuve principal de leur mère patrie, appellation qui est encore en usage chez les Abyssiniens"^^; et, lorsque ce fleuve a été assimilé au Dieu créateur des Moscho-Ibériens, tous ces noms devinrent naturellement les noms propres des divinités du Panthéon égyptien, M^\ (0) Sirn^\ Horus^K

Mais autant le pays était rebelle aux toponymies étrangères, autant sa langue se pliait aux exigences de Tidiome des Amou. Tous ceux qui ont étudié à fond l'égyptien s'accordent à reconnaître qu'un très grand nombre de ces termes ressemblent identiquement aux racines des langues indogermaines et plus particulièrement du grec^^. Mais la plupart des exemples qu'ils citent à l'appui, ^4^ = Isis, en vieux grec : AI<ia ; Af^ ''Oçk; ; Ked^ KeS-poç ; Bac^ Baxrpov ; etc. , ne sont pas des mots hellènes; ils appartiennent tous à cette catégorie de termes que les anciens considéraient comme les restes du vieux fond de la langue grecque, c'est-àdire de la langue parlée avant l'arrivée des Hellènes dans le pays. Circonstance qui nous ramène de nouveau à l'Ibérien.

On peut donc conclure de ces faits que tout s'est passé en Egypte et en Phénicie comme dans la Mésopotamie, et que parmi les langues absorbées par le Couchite, il nous faut comprendre l'Ibérien et, très probablement, en première ligne.

Mais ce qui est arrivé en Egypte ne s'est pas produit partout. Comme nous le verrons plus loin, les Moscho-Ibériens qui ont émigré en Grèce et plus particulièrement dans Tîle de Crète se sont trouvés dans de bien meilleures conditions, sous ce rapport. La vie isolée et pour ainsi dire nationale qu'ils y menèrent pendant une longue série de siècles, leur a permis non seulement de mieux conserver leur langue, mais de la développer et de la rendre susceptible d'exprimer toutes leurs idées. Aussi, lorsqu'à l'arrivée

des Hellènes, ils ont été obligés de la changer contre celle de leurs maîtres, il leur a été possible de conserver un grand nombre de leurs anciennes exjpressions, d'où il résulte que la langue grecque contient beaucoup plus de termes ibériens qu'on ne croit, et ces termes, bien étudiés, pourront indubitablement nous aider un jour, sinon à reconstituer la langue qui nous intéresse, du moins à découvrir les termes et les expressions que les anciens Égyptiens ont empruntés à la langue parlée jadis par les Amou^*.

Les Amou étaient-ils initiés à l'art de l'écriture ?

Il y a trois ans, on n'eut pu soulever cette question sans encourir quelque ridicule. Aujourd'hui, grâce aux découvertes récentes et plus particulièrement aux travaux de M. Evans, elle s''imppse. Nous allons donc examiner sommairement les faits qui iriilitent en faveur de cette opinion.

La tradition égyptienne reconnaît comme l'inventeur de l'écriture Thot, personnage d'origine moscho-ibérienne, non oouchite ; il était apparenté à Osiris et servait comme premier ministre de son fils, Horus, cinq siècles environ avant l'avènement de Menés sur le trône d'Egypte ^^ Si cette tradition a quelque fond de vérité, les lettres inventées par Thot ne pouvaient pas être les hiéroglyphes que les Couchites avaient importés plusieurs siècles avant l'arrivée des Amou dans le pays. Elles doivent avoir été d'un autre genre.

Nous savons, d'autre part, que dans les pays occupés par les Moscho-Ibériens , l'Asie Mineure , les îles de la mer Egée , la Crète et le Péloponèse, il existait, dès la plus haute antiquité, un système d'écriture différent des hiéroglyphes égyptiens et dont les vestiges ont été recueillis tout dernièrement par M. Evans ^^ Or, à en juger par les découvertes de M. Pétrie et par le récit déjà cité de Plutarque, une écriture semblable doit avoir existé également en Egypte dès la XIP dynastie, et des ouvrages écrits avec ces caractères auraient figuré dans les rayons de la Bibliothèque du temple de Phtah^ à Memphis, jusqu'aux temps de Nectenabe.

Les renseignements puisés en Assyrie ne sont pas moins

24 i/hellékismb éoyptiek.

probants. Les assyriologues les plus autorisés de nos jours s'accordent à reconnaître que Vécriture cunéiforme est une invention sumérienne^*. C'est peut-être la première des modifications qu'on a dû apporter à l'ancienne écriture idéographique des Babyloniens pour la rendre propre à exprimer les termes et les expressions d'une autre langue. Mais la maestria avec laquelle cette modification a été faite atteste d'une manière frappante que, en fait d'écriture, les Sumériens n'étaient pas alors à leurs premiers essais. Ils doivent avoir connu et exercé de très bonne heure Fart de graver leurs pensées sur la pierre.

Une tradition libyenne, recueillie par Diodore, nous apprend, enfin, que l'usage de l'écriture était introduit en Libye du temps du roi Triton, c'est-à-dire dès la plus haute antiquité, et dans des circonstances qui ne laissent aucun doute sur sa provenance hyperboréenne.

De retour de leur voyage au pays des Hyperboréens, et pour s'acquitter envers le roi Triton d'un service qui leur avait été rendu, les Argonautes lui auraient offert un trépied en cuivre portant une inscription en lettres archaïques, trépied que les Libyens avaient conservé jusqu'aux temps modernes : « SwpTiaadOat jraXxoOv TptTcoSa tov àpj^aiotç jxèv xej^apay(;,6vov ypà(/.[jLa<7i [/.ej^pt 8è tûv vewTspwv j^povwv 8iaj/.6tvavTa Tuapà Toï<; EuÊffTcéptToct;. » [Diod., IV, 56). Or, ce qui est arrivé en Libye ne pouvait pas manquer de se produire de l'autre côté de la Méditerranée, dans le pays occupé par les Ibériens. Et, si nous ne nous trompons pas, c'est à ce genre d'écriture archaïque qu'il faudrait rapporter l'inscription découverte, il y a une trentaine d'années, dans la Sarthe, à rentrée de la chambre sépulcrale d'un tumulus datant de l'époque néolithique, et dont personne n'a tenu compte jusqu'à ce jour^^

Mais le plus intéressant est ce que dit Strabon (C, p. 139) des Tourdetaines : « Ils sont les plus lettrés parmi les Ibériens; ils possèdent une littérature, des ouvrages anciens et des poésies datant de six mille ans. » a SotpwTaTot S' èÇeTà^ovToct tg>v 'lêripwv ouTOt xat rpa(X[jLaTtXYi j^pôvTai xat

LES ORIGIKBS ÉGYPTIENNES. 25

vojxouç è[JL(A^Tpouç eÇàîCKjj^tXtwv 6TÔV, (bç (px<it. ))

Tout concourt donc à nous faire croire que les Amou possédaient, dès leur arrivée dans la vallée du Nil, une écriture particulière et qu'ils s'en sont servi tout le temps qu'ils ont dominé le pays. $i. cette écriture n'a pas pu supplanter les hiéroglyphes comme en Assyrie, si elle ne nous a pas laissé de traces plus visibles de son passage, c'est qu'en Egypte l'élément couchite a conservé, à travers les siècles, avec son caractère national, toute sa répugnance traditionnelle des étrangers, et toutes les fois qu'il a pu reprendre le pouvoir, il a eu comme premier souci de faire disparaître tout ce qui pouvait rappeler leur souvenir. Tandis que, en Mésopotamie, les Couchiles n'ont eu qu'une seule fois le pouvoir en mains et les peuples qui les ont dominés dans la suite ont donné la préférence à l'écriture bien plus facile à comprendre de leurs prédécesseurs immédiats qu'à celle en usage chez les anciens Babyloniens.

Passons maintenant à la Religion.

LesMoscho-Ibériens étaient des Physiolè très ; ils adoraient le dieu Nature en l'assimilant les uns à la terre {Mâ)^ les autres à l'élément fluide (JR^ ou Goiir-Râ), les troisièmes au soleil {Bar ou Bal). Or, tant que ces peuples vivaient séparés, chacune de ces divinités traduisait l'idée d'un Dieu créateur omnipotent; mais dès qu'ils se furent réunis pour former un grand État et que l'un d'eux fût parvenu à dominer les autres, leurs divinités durent subir le sort de leurs rois : et tandis que l'un. concentrait dans ses mains tout le pouvoir, les autres se voyaient réduits à des rôles secondaires. C'est ainsi que la trinité primitive des Moscho- Ibériens s'est transformée une première fois en celle de la Terre-Mère desservie par Gour et Ban {les Korybantesy^; ensuite, sous le règne de Gordius^ en celle de Gour-Râ (K6po<; ou Kp6vo<;)8^ uni à sa sœur (KopT) ou *P^a), et en dernier lieu, sous le règne de Attes, à celle du Dieu de la lumière et de la chaleur, uni à sa sœur At(^^^.

26 Ig^HELLÉSnSHB S&YFTIES.

Or eetle croyance en trois divinités dn même rang, ainsi que les transformations qn*elle a subies succèssÎTement dans son pays se retrouvent telles quelles fmrUmi on les Moscho-Ibériens ont dominé : en Mésopotamie soos le nom de Sana^ de Ea et de Bal; en Syrie sous celui S'AsUtHé^ de Moioeh et de Baal; en Crète sous celui de la Terre-Mère {Bheà) de Kronos, de Jupiter; et en Egypte sous celui de Isis^ d'Horus et d'Aléa; et le plus intéressant c'est que dans tous ces pays la distribution ethnographique de ces divinités ne différait en rien de celle de ribérie. Le culte de la Terre-Mère se trouve partout l'apanage des tribus d'origine moschéenne, celui de l'élément fluide chez les descendants des Gouriens et celui du Soleil chez ceux des Bériens ou Amou ; ce qui ne laisse aucun doute sur l'origine commune de ces différents peuples *^

Les Moscho-lbériens ou Phrygiens qui, selon les Égyptiens, étaient le plus ancien peuple du monde, avaient aussi, les premiers, su bâtir en pierre, creuser des habitations dans le roc et élever des tombes monumentales à leurs rois. Les plus anciennes grottes artificielles, les plus archaïques constructions cyclopéennes , le plus grand nombre de tumulus et de monuments mégalithiques que nous connaissions se trouvent dans l'ancienne Phrygie et pour mieux dire dans les pays qui ont été occupés par les Phrygiens **.

Or ces trois genres de constructions se retrouvent en Egypte, dans les temps les plus reculés de l'ancien Empire, et comme il est impossible de les attribuer aux Couchites ni aux Lebou, on est obligé de reconnaître qu'ils ont été importés par les Amou.

Mais la construction qui ne laisse aucun doute sur son origine ihérienne est certainement ce geïire de tombes ovales que nous avons signalé un peu plus haut, tombes dans lesquelles le mort, un petit homme à tête arrondie, a la pose de Tenfant dans le sein de la mère : les. genoux repliés sur le ventre, les bras levés, les mains recouvrant le

visage, et est entouré de vases grossiers en terre cuite, Ce. genre de tombes, spécial aux anciens cimetières de la Mingrélie et du Coban, est aussi fréquent en Egypte que dans son propre pays**.

Un autre service, non moins important, que les Amou ont rendu aux Égyptiens et en même temps ^ tout Tancien monde, c'est d'avoir fait connaître l'usfitge des métaux. Toute l'antiquité, en commençant par Homère et l'auteur de la Genèse jusqu'à Strabon, considéraient les pays souscaucasiens comme la patrie des métaux, ipyupou yv^l^ln ; et ses habitants, les Saspires, les Tibarénes ou Tubal, les Chalybes, etc., comme les plus anciens métallurgistes. Scbliemann a trouvé dans les fondations de la plus ancienne; defs villes qu'il a eu la chance de découvrir à Hissarlik, des objets en or, en cuivre et en élain; et d'après Un passage d'Ezéchiel, ]a plus grande partie de l'or, de l'argent et de l'étain que les Phéniciens fournissaient aux Égyptiens provenait du Caucase**. Mais la preuve la plus décisive de l'origine caucasienne de la métallurgie de l'ancien monde, c'est que les métaux les plus anciennement connus, l'or, l'argent et l'étain, portent dans toutes les langues iijdogermaniques, sémites et hamitiques, des noms ibériens; Grus-u, XpuGoç, (rXoOpo; en Phrygien) Ghithj Gold\ Zor ou Zar-aniy Aurum, etc. As-gour^ Ar-cur-u^ Ap-yup-oç, argent, etc. Comme si l'on avait voulu dire que c'étaient là des produits spéciaux au pays des Gours^i àe^As-Gours^ Et il ne pouvait pas en être autrement puisque les mines d'or et d'argent de ces deux pays étaient les premières connues dans le monde ancien *^

Il en est de même du Ka<7GtT6po<;, le plus ancien npm de l'étain. Nonobstant les nombreuses transformations que le mot a subies en passant d'un peuple à l'autre, il est encore possible de remonter à son origine.

Nous ne nous attarderons pas à savoir si le métal a pris le nom de la localité dont il était tiré, ou s'il le lui a donné; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il ne vient ni du Celte ni du

28 l'hellénisme égyptien.

Sanscrit, comme on s'est plu à le croire, mais il est. le nom même des premiers habitants de la contrée, les Ha-Sbers^ les Ibériens occidentaux, les 'EdTrcptTai des auteurs grecs. Or, ce nom transmis par les Phéniciens aux Égyptiens et aux Arabes s'est transformé successivement en Ka-Sber^ Kasder, Gasdir, Kaster; et c'est de cette dernière forme, encore en usage chez les Abyssiniens, que les Grecs firent leur KaaertTgpoc. Le nom serait par conséquent équivalent de : produit par excellence du pays des Ha-Sbers**.

Il ne faut pas oublier cependant que, ce même nom, nous le trouvons bien plus anciennement dans Tlbérie du Caucase sous la forme de Sàcnreipot, de Kà<x7not et peut-être sous celle de Kàêetpot; et le plus important c'est que le pays que ces peuples habitaient était aussi riche en métaux que l'Ibérie occidentale. Or, comme l'Egypte était en relations avec les peuples du Caucase bien avant l'installation des Ibériens dans l'Europe occidentale, il est à présumer que les rares objets en étain qu'on trouve dans les tombes archaïques de la vallée du Nil, de même que le nom de ce métal, lui provenaient de l'Ibérie asiatique et non de l'Ibérie d'Europe '\

L'origine mosco-ibérienne des Amou d'Egypte, ainsi établie, essayons, en fouillant la Légende, d'esquisser leur histoire sur le bord du Nil.

Ainsi que nous venons de le dire, les Moscho-Ibériens, dès leur première apparition sur les bords du Nil, étaient divisés en trois grandes tribus, ayant chacune son territoire, son chef-lieu et son Dieu-Roi, et chacun de ces Dieux-Rois représentait l'un des trois éléments primordiaux de la nature, telle qu'on la concevait dans la Phrygie. Mais la nature en Egypte est si différente de celle de la Phrygie qu'un système religieux et politique créé dans un de ces deux pays ne pouvait subsister longtemps dans l'autre sans subir des modifications importantes. En effet, pour peu qu'on séjourne en Egypte, on ne peut manquer d'observer que la terre, qui dans l'Ibérie constitue l'élément principal de la nature, est

ici tout à fait subordonnée à Télément fluide. Comme Ta très bien remarqué Hérodote, la terre d*Égypte est un don du Nil, et si grasse qu'elle soit elle ne produit qu'à la condition d'être préalablement fécondée. Il en est de même du soleil. N'ayant ni froid ni neige à dissiper, il ne pouvait acquérir dans ce pays l'importance qu'on lui donnait dans l'autre. Rien n'était donc plus naturel que de voir Gour-Râ, le Horus des Égyptiens s'identifiant au Nil, le créateur par excellence de l'Egypte, faire de sa sœur son épouse, et réduisant son frère, lé Soleil, à la simple mission d'éclairer le monde, s'approprier tout le pouvoir temporel et spirituel dans le pays®^

De là la première dynastie divine dont Manéthoh fait mention dans ses écrits.

Les Scribes égyptiens ne sont pas d'accord sur la durée de cette dynastie ni sur le nombre de rois qu'elle comporte; mais ils s'accordent tous à reconnaître que ce fut sous ces rois, d'origine moscho-ibérienne, que les Couchites et les Rebou ont été tirés de l'état de barbarie dans lequel ils vivaient. Ce fut M ou Gour-Râ , T Horus des Héliopolitaines, qui jeta les premiers fondements de la vie sociale, et qui enseigna aux Couchites la vraie manière de reconnaître Dieu dans la nature. C'est Osiris qui leur fit abandonner les mœurs sauvages et les sacrifices humains ; qui leur apprit l'art d'élever des maisons, d'aménager la terre, de cultiver la vigne; c'est Isis qui, la première, préconisa le mariage et enseigna aux femmes à moudre le grain et à préparer le pain*\ Ce fut enfin Thot qui leur enseigna l'arithmétique, l'astrologie et l'art de guérir les maux. Aussi le règne de ces rois était-il regardé par lés Égyptiens des temps postérieurs comme l'âge d'or, comme le bon vieux temps des prêtres égyptiens pendant lequel les dieux faisaient commerce avec les hommes et prenaient part volontiers à leurs modestes festins.

Si heureux cependant et si bienfaisant que fût le règne de ces Dieux-Rois, il fut tout aussi rempli d'événements que celui des Pharaons réels. Aien ou Bar, l'ex-Dieu-Roi des

30 l'hellénisme egyptibn.

Héliopolitains, que les Égyptiens par dérision identifiaient à leur lSe^(^Esprit méchant) '% ne pouvant supporter la situation misérable à laquelle l'avait réduit son frère, en vint plus d'une fois aux mains avec lui, et la vallée du Nil a vu le sang couler à flots. Devenu vieux, Râ céda sa place à son fils Osiris et TEgypte, sojus son gouvernement paternel, a joui de nouveau, pendant un certain temps, des bienfaits de la paix'®. Mais Set^ qui n'avait jamais renoncé à ses droits sur le trône, continua ses intrigues et ses révoltes jusqu'à ce qu'il fût parvenu à se défaire d'Osiris et à s'emparer du pouvoir.

Ce coup d'Etat surprit l'Egypte, mais ne la souleva pas, et Isis, la femme du roi assassiné, craignant l'usurpateur, s'enfuit avec ses partisans dans la Haute-Egypte. Là elle mit au monde un enfant, le jeune Horus, appelé un jour à venger la mort de son père et à expulser l'usurpateur dû territoire. Mais cette guerre de vengeance, à laquelle s'est associée toute la race Couchite, loin d'avoir pour résultat Texpulsion de l'usurpateur, n'a fait qu'asseoir plus solidement sa dynastie.

Épuisés par une série de combats sans résultats, les deux partis ont été obligés de s'en remettre à un arbitrage, et Siboii, le plus grand génie du Panthéon égyptien, décida 1(3 partage du pays entre les belligérants. L'Egypte forma alors deux royaumes distincts. Celui de la Haute-Egypte, le pays des Couchites, fut donné à Horus ; la Basse-Egypte, occupée presque exclusivement par les Amou, fut reconnue comme étant le domaine légitime de Set *°<'.

Langue, religion, aspirations politiques, tout était différent dans ces deux pays et s'opposait à une entente cordiale prolongée. Nonobstant cet état dé choses, la puix conclue sous les auspices de Sibou a duré plus de trois siècles, et, dans cet intervalle, TEgypte parait avoir fait un très grand pas dans la voie du progrès et de la civilisation. C'est aux serviteurs de Horus^^^ que la tradition attribue la construction de la plupart des villes de la vallée du Nil, l'érection des sanctuaires funéraires d'Osiris à Abydos, de

LES OUIGINES ÉGYPTIENNES. 31

Hathor à Dendera, de Horus à Edfou; c'est alors qu'ont été institués les cultes de ces princes bienfaisants et que leurs noms ont pris la première place dans le Panthéon égyptien. C'est d'alors que datent la plupart des constructions préhistoriques que l'ancienne Egypte reconnaissait à Héliopolis : le grand temple de Aten, les somptueux palais de ses rois, la tour dont on poursuivait la marche des étoiles ; et s'il faut en croire la tradition, c'est alors qu'ont été rédigés, sous l'inspiration de Thot même, les premiers chapitres du Livre des morts, le livre le plus sacré des Égyptiens, de même que les plus anciennes hymnes d'Isis.

Les arts, les lettres, les sciences, tout avait donc prospéré à cette époque dans le pays du Nil, et c'eût été réellement un très grand bienfait pour le pays si cet état de choses avait persisté encore quelques siècles. Malheureusement la destinée ne le voulut pas.

L'an 363, dit la Légende *o^ Typhon »«3, le maître de la Basse-Egypte, voulant s'emparer de la vallée du Nil, surprenait les Egyptiens par une expédition formidable. Ses armées, victorieuses partout, s'acheminaient vers Coptos, et tout faisait prévoir un succès imminent, quand les Couchites, secondés par les Éthiopiens, réussirent à lui infliger une défaîte telle que l'agresseur fut obligé de regagner vite la Basse-Egypte. Les vainqueurs l'y poursuivirent et après plusieurs combats le forcèrent à quitter le pays*''*. Les Moscho-Ibériens émigrèrent alors en masse dans la Libye, où ils se sont installés au delà du fleuve Triton, les Moschiens à l'Est {Mashaousha, Maxyes), les Bériens (Ber-Ber ou Maures) à l'ouest, tandis que les Ibériens poussant devant eux les Lebou passèrent par la Sardaigne en Europe et s'installèrent, les uns dans les Pyrénées, les Rebou plus à Test, entre le Rhône et les Alpes, apportant avec eux les germes de la civilisation développée sur les bords du Nil.

Ce furent ces deux peuples, les Ibériens et les Lebou, qui ont porté les premiers coups aux races barbares qui, jusqu'alors, occupaient seules te pays ; ce furent eux qui, les premiers, ont enseigné Tart de construire les maisons, de

32 l'hellénisme égyptien.

fabriquer des outils plus appropriés à leurs besoins, de cultiver la vigne, de domestiquer les animaux, d'honorer les morts en leur élevant des tombes monumentales; ce furent eux, enfin, qui en se mélangeant avec les populations barbares, émigrés dans la suite, du Nord, ont contribué puissamment à l'amélioration des races et à la formation de ces petites unités* ethniques, les Celtes, les Celtibères, les Aquitains, etc., que les Romains ont eu tant de peine à assujettir.

Cette manière de comprendx'e l'histoire légendaire de rÉgypte et les débuts des peuples et de la civilisation de TEurope occidentale n'est pas aussi spéculative qu'on serait tenté de le croire. Elle se base sur une série de faits et de considérations dont il serait difficile de méconnaître la valeur.

Il y a à observer tout d'abord que cette guerre d'Horus contre Typhon, qui a été la cause principale de l'émigration des Moscho-Ibériens vers l'occident, ne paraît pas être une simple fable. Elle est décrite dans les textes qui tapissent le grand temple d'Horus, à Edfou, avec une profusion de détails qu'on chercherait en vain dans les inscriptions relatant les exploits des plus grands Pharaons du nouvel Empire. En parcourant ces textes, que M. Naville a su mettre à la portée de toutes les intelligences, on ne peut se défendre d'y reconnaître la description officielle d'une grande guerre d'indépendance que les Egyptiens ont dû faire peu avant la fondation de leur Empire, afin de délivrer leur pays des étrangers, et ces étrangers ne pouvaient être que les Amou. Set est un Dieu bien connu dans l'histoire égyptienne ; c'est le Dieu des ennemis et plus particulièrement des peuples présémitiques de la Syrie, connus sous le nom de Chananéens; et il n'y a aucun doute que dans le récit des textes d'Edfou, ce Dieu couvre de son nom le peuple qui l'adorait, de même qu'Horus représente les Égyptiens *°*.

Il y a ensuite à signaler la présence dans l'Afrique du Nord et dans l'Europe méridionale de trois peuples appa-

reniés ayant les noms, les types, les dialectes, les idées religieuses des trois peuples moscho-ibériens, qui, avant la fondation du premier empire égyptien, ont dominé sur les bords du Nil. Tout près du lac Triton habitaient les Mashaousha, les Maxyes d'Hérodote, lesquels, à Tinstar de Muçri de la Basse-Egypte, adoraient la Tère-Mère sous sa dernière forme , cTépoiise d'Aten, Un peu plus à Fouest se trouvaient les Ber-Ber ou les Maures, adorateurs fervents du soleil **^% tandis que de l'autre côté de la Méditerranée étaient installés leurs frères schismatiques et ennemis acharnés, les Is-Ber ou Is-Ban (les Espagnols), divisés, comme en Egypte, en adorateurs d'Isis et d'Horus ^''^ Les indigènes de l'Afrique du Nord considéraient ces peuples comme des Amou originaires de l'Ethiopie ou de l'Egypte et les appelaient Nas-amou^ c'est-à-dire des Amou éthiopiens ; mais eux-mêmes ils se disaient originaires de la Phrygie ou de la Troade et se faisaient appeler

. Les linguistes les plus accrédités de notre temps nous apprennent enfin que tous ces peuples parlaient sinon ta même langue, du moins trois idiomes apparentés semblables aux trois dialectejs basques de nos jours, et que ces idiomes contenaient grand nombre de mots et d'expressions communs à l'Égyptien *°®.

Mais les faits qui militent le plus en faveur de la thèse que nous soutenons, c'est la coïncidence de l'apparition de ces peuples dans l'Europe occidentale avec l'exode des Moschoibériens d'Egypte, environ 5000 ans avant J.-C.**^ et la grande ressemblance de la civilisation néolithique avec celle développée sur les bords du Nil. C'est à cette époque que nous rencontrons pour la première fois dans le midi de la France deux nouvelles races d'hommes essentiellement différentes de celles qui jusqu'alors existaient dans le pays*"; les uns brutiets, de petite taille, à tête arrondie. aux traits de visage très réguliers, des gens élevant à leurs morts des tombes mégalithiques ; les autres blonds,dolichocéphales, de taille élancée, très habiles dans l'art

84 l'hellénisme égyptien.

de tailler et de polir la pierre. Les plus anciens dépôts de silex polis se trouvent en effet dans le Midi, en Indreet-Loire et près des embouchures du Rhône, pays occupé presque exclusivement par des Libyens, et dans ces dépôts on trouve, pour la première fois,- à côté du silex, genre paléolithique^ des couteaux, des pointes de lances et des flèches en silex semblables à ceux qu'on retire des plus anciennes tombes égyptiennes*'*. Le pays situé entre la Garonne et les Pyrénées, pays occupé encore de nos jours par des Ibères, abonde au contraire en monuments mégalithiques dont la plupart ressemblent jusqu'à Tidentilé à ceux que nous rencontrons en Sardaigne, dans TAfrique du Nord et dans la Syrie "'\ Et s'il faut en croire Ephore, il y en avait un de son temps, que les indigènes considéraient comme le premier temple élevé en l'honneur d'Hercule***. C'est encore à cette époque et dans les contrées occupées par ces deux races, que nous commençons à trouver, avec les ossements humains, des squelettes des animaux domestiques, des pièces de poterie bien mieux confectionnées que par le passé, des outils d'agriculture et de fabrication du pain et, un peu plus tard, des statuettes des divinités génésiques ou phalliques ^^^.

Il y a encore à observer que les individus de deux nouvelles races faisaient une guerre acharnée aux races barbares qu'ils avaient trouvées dans le pays. Les musées préhistoriques abondent en ossements appartenant à des individus de ces dernières races, percés des flèches meurtrières de leurs envahisseurs*^* ; et le fait que ces derniers ont persisté dans le pays est la meilleure preuve que ce furent eux qui ont eu à la fin le dessus. Or, au fur et à mesure que les anciennes races disparaissent du sol, nous voyons surgir des nouvelles populations, des Celtes, des CeltibèreS) des Aquitains, des Galato-Ibères, et des types anthropologiques qu'on chercherait en vain à trouver de l'autre côté du Rhin. « Les Aquitains, dit Strabon, « diffèrent des Gaulois, non seulement par la confor- « mation du corps, mais aussi par la langue et dans les

« habitudes. Ils se rapprochent beaucoup plus des Ibères « que des Galates. »

Or, ce qui est arrivé aux Ibériens dans le Sud est arrivé également aux Libyens ou pour mieux dire aux Lèges dans le Nord. « Ceux qui ont connu les Cabyles de l'Algérie, « dit M. Sayce, ne peuvent pas manquer d'être frappés de f< leur ressemblance avec une certaine partie de population « de rîle britannique; leur peau blanche couverte détaches « rousses, leurs yeux bleus, leur chevelure blonde, leur « taille élevée lui rappellent les beaux Celtes d'un village « irlandais ; et lorsque nous découvrons que leurs crânes « sont semblables à ceux qui ont été recueillis dans les (< cromlechs préhistoriques du pays qu'ils habitent encore, « il nous est permis de conclure que ce sont là les repré- « sentants des descendants modernes des Lebou à peau « blanche sculptés sur les monuments égyptiens "\ »

Tout porte donc à croire que les populations historiques de l'Europe occidentale sont des races mixtes, créées en place par le mélange de Lesgo-Ibériens venus de l'Afrique avec les différents peuples descendus plus tard du Nord**^ et que ceux qui leur ont donné la vie, les ont également initiés aux mystères de la civilisation, qu'ils avaient apportée de la vallée du Nil"^

Mais revenons à l'Egypte, et voyons ce qu'elle est devenue après le départ des. Typhoniens.>

Débarrassés de ces étrangers qui depuis plus de dix siècles dictaient la loi dans leur pays, les Couchites ont résolu de remettre les choses dans l'élat où elles se trouvaient avant. Ils commencèrent donc par détruire les sanctuaires élevés par les expulsés**^. Ils rayèrent leurs cultes de leur jituel, remplacèrent Osiris par Nou, Isîs par Sibou, Horus par Set, Hator, la femme de Horus, par Nephtys et à la place de Ber ou Aten, le grand Dieu solaire des Héliopolitains, ils mirent leur propre Râ, qui, ainsi que nous l'avons dit, n'avait nullement la signification du Râ Héliopolitain.

Nous ne savons pas combien de temps les Couchites sont

36 l'hellbKisme égyptien.

restés maîtres absolus de leur pays, mais il est certain que le peuple qui est venu ensuite leur disputer la vallée du Nil et qui leur a imposé le joug qu'ils n'ont jamais pu secouer est venu de la Libye, et à en juger par la réapparition soudaine des Amou dans la Basse-Egypte et par le rôle qu'ils ont joué dans la suite, on peut parfaitement conclure que ce furent les expulsés de la Basse-Egypte qui ont engagé ce peuple à venir et qui lui ont indiqué la route; et cette tactique a pris si bien dans le pays que rhistoire de TÉgypte n'est qu'une suite de guerres d'extermination entre les Coucliites et les habitants au teint blanc de la Basse-Egypte, guerres dans lesquelles les parties font intervenir tantôt les Éthiopiens, tantôt les Libyens ou les Asiates, et qui finissent toujours par l'installation d'une nouvelle domination étrangère dans le pays"**

LES OBiaiNES ÉGYPTIENNES (NOTES). 37

NOTES

i. « *A}X 0UT6 AîpTCxîowç 5ox£<o ajjia tw Aé^xa tô 67:0 tûv 'Icovwv xaXso[Jiév(o YêvédOai, aîei ts elvai, sÇ ou ûtvOpcoîiwv ylvoç sy^veto. 'npoYou<jr); Ôs T7)ç X.^'^paç TCoX^oùç [jiE^ Yevl<j6at toùç ûtto^êitcojjlévouç ttoXXoù; 8è toùç 67coxaTa6aivovTa;. » Hérod., II, 15. Au dire des naturalistes, la plus ancienne trace de l'homme connue jusqu'à ce jour en Egypte, le silex taillé, genre paléolithique y trouvé sur les collines derrière Esneh, appartiendrait à la période de la grande submersion de la terre qui succéda au creusement de sa surface actuelle. Les dépôts qu'on voit sur ces collines démontrent, en effet, que la mer s'étendait alors à au moins cinq cents pieds au-dessus de son niveau actuel, et c'est dès cette époque que l'homme parait avoir existé dans ces parages. Voir Fiinders Pétrie {Ane, History of Egyply t. I, p. 5); De Morgan (Recherches sur les Origines de l'Egypte, p. 55 et suiv.).

2. L'auteur de la Genèse, qui relate les plus anciennes traditions hébraïques, dit (chap. x, 13) que les, premiers habitants de l'Egypte étaient les Loudim, les Uanamim, les Lehabim et les Naphluhim, Telle est aussi la tradition arabe. Mizraïm laissa quatre enfants : Eschmun, Atrib, Sa et Copt, et il leur partagea l'Egypte en parties égales. Copt eut toute l'étendue de pays comprise entre Iswan (Assouan) et la ville de Coptos. Il donna à Eschmun la partie comprise entre la ville de Coptos et celle de Menouf (Memphis). Atrib eut en partage le ventre de fÉgypte, ce que nous appelons le Delta, et Sa la contrée qui de la province de Beheira va jusqu'à la Barbarie. Voir Vansleb (Nouvelle relation d'wn voyage en Egypte, Paris, i698).

3. Le type anthropologique des peuples africains diffère essentiellement de celui des Asiates. Grands ou petits de taille, les Africains ont la tête longue (dolichocéphale), comprimée sur les côtés, le front étroit, la mâchoire inférieure proéminente (prognathe), le nez épaté, les lèvres épaisses, retroussées, la peau, les yeux, les cheveux noirs; ces derniers crépus. Oî TcXeidioi M toutojv (twv AîOiÔTitov) xatç {lèv ypoaiç sîat [jiéXav£ç, taïç tï îôsaiç cti(xo(, toïç M Tpr/w[JLa(jiv ouXoi. Diodore (III, 8).

4. Dans l'antiquité, le mot AîOiotte; servait à désigner les peuples d'origine africaine, les Nègres: ce n'est que plus tard qu'il a été appliqué aux seuls Éthiopiens installés au sud de TÉgypte (Strabon, p. 33). Or, il suffirait de lire une seule fois en entier le passage d'Hérodote, cité en partie dans notre texte, pour se convaincre

38 l'hkllénisme égyptien.

que les Libyens y sont donnés pour un peuple aussi ancien dans l'Afrique du Nord que les Nègres dans TAfrique centrale.

5. Notre type anthropologique des Rebou est copié sur le tableau ethnologique figurant dans la tombe de Séti I*% et reproduit par Brugsch dans ses Historisch. Insch-ift., t. III.

6. Les Lèges ou Dèges (ils s'appelaient A^yc; et Afi^eç) se présente ni dans THisloire comme un peuple Scythe, habitant les vallées du Caucase oriental, ayant pour voisins les Albanes au sud, les Ama- Eones au nord. Voir Plutarque, Vie de Pompée, 35 ; Strab., XI, 504, et Pline, Hist. nat., VI, 16-18. Mais sou nom étant également le nom séculaire du Caucase oriental (Dag-e-stan ou Lak-e-slan), il nous est permis de croire que ce peuple était un des plus anciens habitants de cette montagne et en même temps la souche de tous les peuples de l'antiquité qui portaient le même nom et avaient les mêmes habitudes. Or, les plus importants de ces peuples étaient les Lélêges du littoral de l'Asie Mineure, des îles de la mer Egée et du Péloponèse; les Dahi ou Daghi de la Syrie, les Rehou de l'Egypte, les Libyens de l'Afrique du Nord. Le général Faidherbe, qui le premier a signalé Texistence de ce peuple atix yeux bleus dans cette partie du continent africain, le considère comme originaire du nord de l'Europe et lui fait envahir la Libye par pier. Mais si les faits que nous venons de citer ont la valeur que nous leur attribuons, il serait bien plus rationnel de les considérer comme les ancêtres de ceux qu'on rencontre dans l'Europe occidentale, plutôt que comme leurs descendants. D'ailleurs les auteurs grecs font mention de leur premier passage de Libye en Sardaigne (Pausan., X, 27), à une époque excessivement reculée et dans des conditions qui expliqueraient parfaitement Tétat sauvage dans lequel nous les trouvons pour la première fois (voir note, n« lli).

?• Pour les mutations de -y ^^ -6> ^^^^^ ^- Meyer (Gi'iechische Grammatikj § 153). L'île de Lesbos, avant d'être occupée par les Pélasf^^es thessaliens, appartenait aux Léléges et s'appelait Asa^ia ou Asaix. Pour ce qui est de 'PatCoî et de IlsppaiCoi, nous en parlerons plus loin.

8. Les anciens Égyptiens distinguaient des Libyens orientaux, connus plus particulièrement sous le nom de Rebou ou Lebou^ et des Libyens occidentaux, At6u£; écnrepîTai, autrement dits les Punt, demeurant au delà du lac Tritonis et du fleuve Phut (Joseph. Flav., Anf. Jud,, 1, 6, 40 j. Aucun lien de parenté ethnique n'unissait les deux peuples. Les uns étaient de grands et beaux hommes, les autres des courteaux d'une conformation particulière. Les Punt, établis sur les bords de la mer Rouge, étaient, paraît-il, de cette dernière race, et avaient occupé la contrée presque en même temps que les EéniHe> occupaient la vallée du Nil. Voir Max Mûller (Asien uwi Europa, p. 106 et suiv.) ; Phillips {Die Einwandemng der Iberer in die Pyrenaische

LES ORIGINES ÉGYPTIENNES (nOTES). 39

lialbinselydvins les Sitzungsbericht, d. kk. Akad, d. Wiss, zw Vien, 1870, p. 545).

9. La plus ancienne population de la Syrie, les Bahi ou Baghi^ les Xkiges, que les Hébreux ont confondus avec les Amorrbéeus, avaient comme les Rebou, la taille élancée, la tête ovale, les yeux bleus, la chevelure blonde (Àmos, II, 5). Le môme type caucasien distinguait également, la population primitive de la Kilikie (Max MUUer, L. G., p. 252). Tel était aussi le type des Lélèges de l'Asie Mineure, que les Égyptiens ont confondus avec les Dardaniens, les Schardana des monuments, et que M. Pétrie, considère, avec raison, comme l'anneau qui reliait les populations des îles de la mer Egée avec les Libyens orientaux de l'Afrique du Nord.

10. Le mot "A8pwv ou "AvBpoç n'a rien de commun avec àvT)p-àv8p6ç. Il se rapproche plutôt du mot àVrpy (caverne) et signifierait une contrée riche en cavernes, par conséquent bonne à habiter ou déjà habitée,

il. En Asie Mineure,, dans la contrée occupée jadis par les Lélèges, il y avait dans l'antiquité une ville nommée "AvBpoç, qui pour avoir été située presque en face d'une île du même nom, a dû être surnommée "AvTavSpoç (Pline, Hist. nat,, XII, 22). Une autre ville située de l'autre côté de l'eau, dans la Ghalcidique, portait le nom de Kaaaav- 8po5, lequel très probablement exprimait, dans la langue du pays, ce que les Grecs ont voulu dire en transformant "AvBpo; en "AvTavopoç. Or, ces trois noms se rencontrent, comme noms de villes, dans la partie de la Basse-Egypte qui a été habitée par les Rebou, et dans des conditions qui nous permettent de croire que ces dernières étaient la reproduction de celles de l'Asie Mineure. La première de ces villes, nommée 'AvSpoTroXtç, le chef-lieu du Nome Andropolite (Ptolém.,IV, 46) se trouvait à trois lieues à l'ouest de la branche canopique du Nil (De Rougé, Géograph. ancienne de la Basse-Egypte, p. 11-12), juste à la hauteur de la ville de Saïs, qui était de l'autre côté du fleuve. Étant donné donc que cette dernière ville se retrouve sur les monuments, désignée par un groupe d'idéogrammes, qui se laissent facilement traduire en grec par 'AvBptôv tuoXiç (Mallet, Le culte de Neith, p. 2), il s'en suivrait que les Rebou, dans la Basse-Egypte, avaient, à l'instar des Lélèges de l'Asie Mineure, deux villes du nom de "AvBpoç, et comme elles étaient situées en face l'une de l'autre, l'une d'elles a dû être surnommée "AvTavSpoç, nom qu'il n'était pas difficile de transformer, à un moment donné, en "ApyavBpoç. Non loin de cet endroit il existait enfin une autre ville nommée Kassa, et tout porte à croire que ce nom n'était que la première partie synthétique du mot KaddavSpoç ; mais ayant été pris par les Grecs, du temps des Psammétiques, pour un mot égyptien, il a été traduit par Tuvaixàiv ::dXiç, et le département dont elle était le chef-lieu prit le nom de Nofxdç ruvaixoruoXiTrjç. Voir De Rougé, L. G., p. 56.

40 l'hellénisme égyptien.

. 12. .Sur. les croyances religieuses dés Lélèges, voir Demling (Die Leleger, p. 165). Les Lélèges et leur chef Aé^eÇ prétendaient être des autochtones non seulement en Egypte et en Libye, mais aussi dans le Péloponèse et dans FAsie Mineure, ce qui indique que ce peuple était installé, dès la plus haute antiquité, dans ces trois pays.

13. Pour la langue des Lélèges, voir plus loin. Au sujet de celle des Lèges actuels. De Morgan {Mission scientifique au Caucase, 1. 1, p. 200).

14.. Hérodot. (IV, 168^172 ; Strabon, p. 321 et 611), Renan (Hist. d^es Langues sém., p, 49).

15. Les annales abyssiniennes rapportent que Jes premiers Asiates émigrés dans la vallée du Nil étaient des Troglodytes. (Bruce, Voyage aux sources du Nil, .etc., trad. franc., t. II, p. 173-176.) Pàusanias (X, 17, 2) nous confirme le fait pour les Libyens qui sont allés s'installer dans la Sardaigne, et Strabon qui décrit la vie des Troglodytes de tous les pays (p. 225, 506, 776), nous informe que ceux de l'Ethiopie formaient un véritable peuple, quoique nomade. La communauté des femmes et des enfants y était établie, sauf pour les chefs, etc. Mais la meilleure description des Lebou de l'Afrique du Nord nous est fournie par Diodore (liv. IIÏ, 49). Or, ces Troglodytes n'étant que les représentants attardés des habitants primitifs de ces contrées, peuvent parfaitement nous servir de modèle pour leurs ancêtres des temps préhistoriques.

. 16. On a beaucoup discuté sur l'ancienneté et l'importance archéologique des silex taillés trouvés en Egypte. MM. Arcelin, Hamy et Lenormant, qui les premiers en ont signalé l'existence, leur reconnaissent une origine très reculée et une valeur paléontologique égale à celle des silex figurant dans les musées préhistoriques de l'Europe. Les Égyptologues insistent, au contraire, pour les considérer comme les produits d'une industrie des temps historiques. Mais grâce aux recherches récentes de MM. Pétrie, Lajard et De Morgan, on est porté aujourd'hui à croire que si la majeure partie de ces objets date des temps historiques, une autre partie, non moins considérable, lés silex surtout, genre paléolithique, qu'on trouve sur les colliues limitant la vallée du Nil, remonte à une époque excessivement reculée et peut être considérée comme représentant ïâge de pierre delà vallée nilotique. Voir {Bullet, de Vînst, égypt., ann., 1865-1871); Hamy et Lenormant (Comptes rendus de VAcad, des scien., 1869); Lajard (Bullet, de Vînst, ^gryp^, 1894) ; De Morgan (Recherches sur les origines de V Egypte).

17. Sur cette persistance de l'art de tailler et de polir la pierre jusqu'aux plus basses époques de l'Histoire égyptienne, voir Hérodote, (II, 35-36; VII, 65, 130) ; Wilkinson (Manners and Customs of ancieiit Égypt.y t. I, p. 183; t. III, p. 385).

18. Xlavôv TcoXi;, vetustissima totius Aeyypti civitatum (L. Africain), XivoupYôv xai Xiôcup^ûv xaioixta 7:aXaià (Strab., XVIII„ p. 813); Brugsch

(Zeitschrift fur die Aeg. Spraeh,, 1879) ; Mallet (Le culte de Neilh, p. 178).

19. Les silex taillés d'Egypte se laissent diviser^ à l'instar de ceux de TEurope, en silex paléolithiques et en silex néolithiques. Ceux de la première catégorie qu'on recueillit sur les plateaux des montagnes qui encaissent la vallée du Nil, ressemblent aux silex.de Chelles à un tel point qu'on ne saurait leur refuser l'âge et l'importance que la science accorde à ces derniers.. On est; par conséquent, en droit de Les considérer comme représentant l'industrie des Lebou durant la longue période pendant laquelle ils ont été les sçuls occupants de la contrée. : Les silex de la seconde catégorie se trouvent; au contraire, dans les tombes historiques et préhistoriques, presque toujours accompagnés de vases de terre cuite très grossièrement faits, et tout porte à croire que ce furent les Gouchiles qui ont importé les premiers modèles de ces derniers objets. Les vases de terre cuite et les couteaux en silex figurent en effet parmi les idéogrammes, que les Couchites ont apportés de la Mésopotamie (voir plus bas), fait qui démontre que bien avant son arrivée en Egypte ce peuple connaissait ces deux genres d'industrie et en faisait usage. Quant aux monuments mégalithiques et plus particulièrement aux dolmens, contenant des objets en métal, ces monuments» qui, en Syrie et dans l'Afrique du Nord, trahissent la présence des Moscho-Ibériens ou Phrygiens, font complètement défaut en Egypte. Mais pour un pays dans lequel on voit surgir de toutes parts des constructions cyclopéennes et des tombes pyramidales, l'absence des dolmens n'a pas d'importance. On observe la même chose en Grèce et en Italie, où l'architecture s'est développée de très bonne heure.

20. Voir De Morgan [Recherches sur les Origines, p. 77) ; Amélineau {Les nouvelles fouilles d'Abydos dans les comptes rendus de VAcad, de l'Inscript., 1896).

21. ©ûtTiTOUdi 8s Toùç à;ïo6vr[(jxovTaç oi NojjiàBsç (Al6ueç) xaTa::ep oi "EXXîiveç (Hérod., IV, 190).

22. Ces lignes étaient tracées lorsque nous avons pris connaissance des belles fouilles faites récemment par M. Pétrie près de Thèbes. Sur une colline à 1 400 pieds au-dessus du fleuve, le célèbre égyptologue anglais a exploré plus de 2 000 tombes archaïques, lesquelles ne contenaient pas un objet spécialement égyptien, pas une seule momie ni ihscription, mais des corps accroupis, entourés d'instruments très simples en cuivre, des couteaux en silex admirablement bien faitSj des vases et des perles en pierre, de la poterie peinte, faite à la main. Les inhumés étaient de grande taille; quelques-uns dépassaient six pieds. M. Pétrie leur attribue des cheveux blonds, ondulés, la barbe pointue, le nez aquilin, et trouve qu'ils ressemblaient fort aux Libyens et aux Amorites. Voir (Academy, 1895, I, p. 341).

42 l'hellékisme égyptien.

23. Tous les Kxégètes de la Bible s'accordent à reconnaître que Cham est un mot sémite signifiant « noir » et qu'il a été appliqué aux Gouchites à cause de leur teint basané.

24. Notre type anthropologique est copié sur les monuments de l'ancien Empire. Il ressemble jusqu'à l'identité à celui des Bischarins de nos jours, les « eùOjTpi/e; AiOiottsç » d'Hérodote, dont notre ami M. Schveinfurth a donné une si belle description dans la Zeitschrift fur Allgem. Erdkunde, 1865.

Ce qui distingue le plus les Goucbites égyptiens des autres peuples, c*est la largesse excessive des épaules par rapport à leurs hanches, qui ordinairement sont peu développées : particularité qui leur a valu de la part des Grecs le sobriquet d' « AiYU7:Tia xXrjjiaTÎç » (Suidas).

25. On a cru longtemps que l'Égyptien était de la famille des langues sémitiques. Grâce aux recherches assidues de MM. Quatramère, Ewald, Renan, Maspero et tout dernièrement de M. Erman de Berlin, on est aujourd'hui convaincu que la plupart des termes et des expressions sémitiques contenus dans l'Egyptien ont été introduits à une époque relativement moderne, entre la XV* et la XX' dynastie, alors que l'Egypte se trouvait dans ses plus intimes rapports avec les Sémites. Au contraire plus on remonte vers son état primitif plus on trouve une langue analogue au Chinois, monosyllabique, exprimant, comme nous l'avons dit, les modalités par des exposants groupés, non agglutinés, autour de la racine : fait qui l'éloigné autant du Sémite que de l'Aryen. « Dans la famille des langues hamitiques, dit M. Wittney {La vie du langage, p. 209), l'Égyptien occupe la position proéminente qui appartient au Ghinois dans les langues monosyllabiques de l'Extrême-Orient. » Quant à ses ressemblances grammaticales avec le Sémite, il ne faut pas oublier que les Gouchites, avant de venir s'installer en Egypte, ont séjourné longtemps dans l'Arabie, le berceau des Sémites, et dans cette circonstance les deux langues, encore très jeunes, doivent avoir emprunté l'une de l'autre certains modes propres à la grammaire de l'autre. Voir Renan [Hist, des Lang. sémit,, p. 80-92) ; Hommel [Die Semitisck, Vôlker und Sprachen, p. 94 et 439) et plus particulièrement Erman {Bas Veràhltniss des Aegyptischertf etc., dans la Zeitschrift der M. L. Gesellschaft, XLVI, p. 85-129).

26. Sur le Fétichisme égyptien, voir Pitschmann (Der Aegyptische Fetisch'dienst und Gœlterglaube, dans la Zeiischnft fur die Ethnologie X, p. 152). Le Page Renouf {Vorlesungen ùber Urspi*ung und Entwikelung dei' Aegyptischen Religion, trad. française, Paris, 1882), et Maspero (Hist. des peupl. d'Orient, p. 122). Tiele (History of the Egyptian Religion, 1882) a soulevé la question, à laquelle personne n'a encore répondu, à savoir : Si en dehors des divinités et des idées religieuses étrangères il en existait aussi d'indigènes dans le pays du Nil.

27. Voir Mûhlberg {De antiquiss» Aegypt. Histor,y i838), où l'on peut trouvertout ce qui a été dit dans Tantiquité sur ce sujet ;Champollion Figeac (VÉgypte ancienne, p. 26). Ebers (VÊgypte, trad. franc., t. II, p. 230); Dumichen [Geschichte des allen Aegyptens, p. 118). Brugsch, dans la {Deutsche Retue^ 1881). De Rougé {Recherches sur les monuments des six premières dynasties). Et en faveur de la provenance africaine : Hartmann {die Nigritier, 1. 1, p. 180). Pruner-Bey {Mémoires de la Soc. d'Anthrop., 1860-63). Hamy {Aperçu sur les races humaines de la basse vallée du Nil, dans le BulL de la Soc, d'AnthropoL, 1886). Birch [Sur roiHgine des ÉgyptienSy dans le compte rendu du Congrès intern. des Orientalistes, Paris, II, 61-66). Un égyptologue de Vienne, Af. Reinisch, a soutenu môme Torigine africaine non seulement des Égyptiens, mais de toutes les races humaines de l'ancien monde,

28. Les Couchites représentés sur les monuments de Tancien Empire ressemblent à ceux de la Nubie. Ce n'est que plus tard, à partir de la XVIII' dynast., lorsque leur nom a été appliqué pour désigner les peuples viv>ant au delà de TÉthiopie, que les monuments nous donnent, sous le nom de Couchites, des individus qui n'ont rien de commun avec eux. Il en a été de même des anciens habitants du littoral méridional de la mer Rouge, que les Égyptiens considéraient, même dans les époqties les plus illustres de leur histoire, comme leurs plus pi<oches parents, et leur pays, comme la patrie de leurs divinités. Les monuments ne nous donnent pas le type des Couchites installés dans la Syrie. Lorsque les Égyptiens la virent pour la première fois^ cette contrée était occupée par les Sémites. Toutefois, si Ton prend en considération que les Grecs ont désigné ses premiers habitants par le même nom (AtôtoTreç) qu'ils avaient donné aux Couchites de la vallée du Nil, et que les Sémites les ont toujours rattachés à la famille des Cham, on peut parfaitement admettre que ce peuple ne différait pas beaucoup de ses voisins d'au delà d:e l'isthme.

29. L'auteur de la Genèse reconnaît les Couchites de l'Ethiopie et de l'Egypte, les Couchites de l'Arabie et de la Syrie et ceux du Tigre et de l'Indus, ce qui justifie parfaitement partout la division, adoptée par Homère, en Éthiopiens orientaux et en Éthiopiens occidentaux.

• Le même auteur place le berceau de ce peuple dans l'Edem, c'està-dire sur le haut plateau de quatre grands fleuves de l'Asie centrale : le Gange, l'Indus, TOxus et l'Iaxarte, et considère comme leur première étape le pays limité à l'est par l'Indus. Manéthon, qui représente les traditions égyptiennes, les fait également venir des bords

de l'Indus. Al^ioiZti àlZO "IvBoU nOTOL^OÎj àva<JTaVT6; TipÔç T^ AlfUTIToi

coxr)aav. (Mûller, Frag, Histor, Grœc, t. II, p. 606). Les anciens Grecs, Megasthène, Hérodote et Arrien, ont signalé la grande ressemblance des peuples demeurant à l'ouest de l'Indus avec les

44 l'hellénisme égtptien.

habitants de la vallée nilotique. Ce même fait a été confirmé de notre temps par les savants et les naturalistes anglais (W. Jones, PritcUard, etc.) pour les habitants des montagnes du Bengale; et tous ceux qui ont connu les Çudras affirment que ce peuple ressemble absolument aux Bischarins de nos jours qui, comme nous venons de le dire, correspondent aux « EùôuToiyaç AlUionai » d'Hérodote.

L'identité des langues parlées par ces peuples se laisse également entrevoir par la ressemblance des loponyinies qu'ils ont laissées un peu partout sur leur passage. Les villes Cousch et Caschy les fleuves appelés Kef, Kof ou Chabor et les ethniques Gissien, Gussiens, Gephèhe, etc., se suivent, à partir de Gaboul jusqu'en Abyssinie et en Egypte.

Voir sur toutes ces questions Baron iVEckstein (Les Émigrations des CouchiteSj dans ÏAthenœum français, 4854), et Ebers (Mgypten und die Bûcher Moses),

30. Sur le fleuve Kfo?r)ç, voir Arrien (Ind, C, I, 4 ; Anabas,, IV, 22, 5) ; Strabon (p. 697). Sur l'état actuel du pays, Ritter [Die Erdkunde voLIII,420; V. 445 ; VII, i97).

31. Dans le vocabulaire Gopte, l'ancien nom de l'Inde était Kofir et celui de son fleuve Kof, Le nom du Tigre n'est probablement que la traduction ibérienne du Kef ou Kof, le nom couchite de ce fleuve. Il signifiait, ainsi que celui-ci, le fleuve au courant impétueux. Le nom couchite de l'Euphrate paraît avoir été également Ko/l Autrement on ne pourrait s'expliquer pourquoi les Grecs ont appelé son premier canal Uapaxôczaç. Quant au Nil, son plus ancien nom (l'Africain ?) était Oukanat ou Oukamat, dont les Grecs firent leurs 'UxsàfjLïjç et 'ûxearôç. Il signifiait noir, ce qui explique sa désignation grecque MéAaq. Mais son nom couchite élait, ainsi que nous le dirons plus loin, Kef ou Kofy que les Arabes ont transformé ensuite en el-Kypt et les Grecs en AVy'jtttoç. Voir Ghampollion le Jeune (L'Egypte sous les Pharaons, t. I, p. 128 et suiv.).

32. Sur les Kiadiot et Kuma /oSpa, voir Hérod., III, 91 ; V, 49, 52; VI, 119. Sur le Gouchistan et sa population ancienne et moderne, voir Houssay (Les races humaines de la Perse, p. 28-45); Dieulafoi (L'anthropologie de Suze, p. 7-8 et 10-11); Ebers (Aegypt, und die Dùch-Moses, p. 61) et plus particulièrement Billerbeck (Susa, Leipzig, 1893, p. 23).

33. Les traditions juives et grecques s'accordent à reconnaître les Gouchites non seulement comme les premiers conquérants de la Mésopotamie, mais aussi comme les fondateurs de la plupart des villes de ce pays. Voir Genèse, X, 8-13; Millier (Frag., Hist. gr., t. I, p. 67).

34. Les Sémites passent pour les plus anciens habitants de la Mésopotamie. Ils est probable qu'ils ont été précédés des Lèges; mais à part les quelques silex ouvrés qu'on y trouve plus ou moins

semblables à ceux de la Syrie et de l'Egypte, rien ne nous autorise à affirmer ce fait. Il n'en est pas de même de la Syrie. Le plus ancien nom de cette contrée était Daha et ses plus anciens habitants s'appelaient Dabi ou Daghi, nom qui, comme nous venons de voir (note, n° 6) n'était qu'une forme dialectale de Lèges. Le type anthropologique de ce peuple était celui que la science accorde aux peuples caucasiens, et le pays conserve encore quelques-uns de ces monuments préhistoriques connus dans l'antiquité sous le nom de Lekgia,

35. Dans l'Ancien Testament, l'Egypte est souvent citée sous le nom du pays de Cham, tandis que les Assyriens lui donnaient celui du pays de Couch (voir Delilzsch, Wo lag das Paradies? p. 309), nom que les Égyptiens ont appliqué en dernier lieu à leurs voisins les Éthiopiens. L'extrême ancienneté de son nom Keft ou Koft nous est attestée par les auteurs arabes. L'auteur du Mircat dit : « De même que le mot Misr vient de l'Hébreu (Mizraïm), le mot Kibth vient de l'ancien Égyptien. » Voir D'Herbellot (Bibliothèque orientale, p. 1003 6), et c'est précisément à cause de son ancienneté que ce mot a été choisi par les Arabes, de même que par les Romains, pour désigner l'ancienne population de l'Egypte et de la Nubie. Son dtymplogie du mot Kef ou Kof, le nom couchile du Nil, répond parfaitement à l'habitude des anciens peuples orientaux et plus particulièrement des Couchites de tirer les noms des pays de ceux des rivières qui les traversent. Caboul de Ghabour; Inde de l'Indus; Ouratu, le nom que les premiers Babyloniens donnaient à l'Arménie, de Qour ou Our, et au dire des auteurs grecs, l'ancien nom du Gouchistan était Kr)<pr)v(a et celui de son roi était KrjÇÊu;. Il était par conséquent tout naturel que les Couchites émigrés en Egypte* appelassent le tleuve qu'ils y trouvèrent Kef ou Kof et le pays Kef-t ou Kof-t, le pays arrosé par le Kof,

Dans toute cette nomenclature, la seule chose qui soit arabe, et par conséquent très moderne, est la transformation du mot Keft ou Koft en El'Gypt et sa transcription grecque en AV^utitoç. En effet, le plus ancien texte grec qui fait mention de ce dernier mot est VOdyssée, IV, 355 ; XIV, 257, 258. L'auteur de VIliadey le vrai Homère, ne parait pas l'avoir connu. Il appelle le Nil, de son ancien nom, 'ûxEavdç, III, 2, 7, et le pays qu'il traverse AîOioîria, I, 423, fait qui ne nous permet pas de donner au mot Alyu^To; une ancienneté antérieure au sixième siècle.

On comprend, dès lors, combien est peu fondée l'étymologie qui fait de ce mot une transcription de Ha-Ka-Phtah et lui donne la signification de « résidence de Phtah ou des doubles de Phtah ». Avant d'être adopté pour la désignation du pays traversé par le Nil, le mot AiyjTTToç a servi, de même que le couchite Kef, de nom à ce tleuve, et Phtah n'a jamais été une divinité fluviale. Il habitait alternativement le Ciel et la Terre, mais jamais le Nil. D'ailleurs, l'équivalent grec de Ha-Ka-Phtah est 'llçaiaiia et celui de Phtah-noumi 'ETriavojxiç.

46 l'hellénisme égyptisn.

Voir Reinisch (Uber die namen Aegyptens bei den Semiten und Gneeken, Vien^ 1859); Brugsch {Geographisch, imchrift., t. I, p. 73); Curtius {Lie loner von der lonischen Wanderung^ n. 25).

Qaant au nom de Loudin donné aux anciens Égyptiens par les Sémites, ce n'est qu'une transcription hébraïque du nom Ruten, par lequel les Égyptiens désignaient la population préséraitique de la Syrie du Sud; population que les Hébreux ont confondue, dès leur arrivée, avec les Couchites de la vallée du Nil (De Bougé).

36. Sur la civilisation couchite, voir baron d'Fk^kstein {Les Émigrations des Couchites dans VAthenxum français, 1854); Renan (Hist. des Langues sémit., p. 502); Hommel (Der babylonische Ursprung der Aegyptïschen Kultur, Mûnchen, 1892).

37. L'origine mésopotamienne des diverses espèces de froment et d'orge est admise par A. De Gandolle [Oi'ig. des plantes cultivées, p. 354- 361), tandis qu'Olivier (Voyage dans l'Empire ottoman, l. IIl, p. 460) est enclin à croire que le froment, l'orge et l'épautre qu'il a rencontrés à l'état sauvage, n'étaient que des plantes redevenues sauvages.

38. D'après M. Brugsch (Communication écrite à Af. Schweinfurth), les trois espèces de céréales, citées dans les plus anciens textes des pyramides, portent des noms tout à fait égyptiens. D'après lé même botaniste (Bull, d, Vlnst. égypt,, 1873, p. 200), à l'arrivée des Couchites, le sol d'Egypte était couvert de cette môme végétation, qui d$ nos jours pousse spontanément sur le Haut-Nil. Les plantes^ dont la culture s'est perpétuée en Égypjte, sont celles qui, spontanées autrefois, ont été conservées comme des plantes utiles. Il en a été de même des animaux. Ceux qu'on rencontre à Tétat domestique en Egypte aujourd'hui se rencontrent aussi à l'état sauvage dans l'Afrique centrale.

39. La plus ancienne religion d'Egypte, dit M. Tiele dans son excellente Histoire des Religions comparées, était, comme celle de la Mésopotamie et de la Chine, un Panthéisme ou Polydémonisme effréné. Les Esprits remplissaient l'espace, se retrouvaient partout, hantaient également les hauteurs solitaires et les cités peuplées. Mais ils habitaient surtout le désert. Toutes les mauvaises actions leur étaient attribuées, tous les maux, toutes les maladies provenaient d'eux. Les morts aussi pouvaient se changer en mauvais esprits et revenir sous la forme de spectres, de fautômes et de vampires, pour tourmenter les hommes*

40. Tyçôva Se ttSv tô auyjxrjpov x«i KupfijSeç xal ÇyjpoivTixôv oXoJç xai 7ro)is{jLiov T^ uYpoTTjTi. (Plut., Lc Isid, et Osirid,, § 33.)

4i. Sur le recrutement de la milice égyptienne parmi les peuples étrangers, voir Lepsius (Briefe aus Aegypten, p. 97, et DM, II, p. 141) et Max Mûller (Asien und Europa, p. 6-10).

42, Voir Tiele, T.* C;, p* 168*

43. La découverte d'un bœuf ayant tous les attributs d'Apis, était une affaire d'État dans l'ancienne Egypte et exposait le pays aux plus cruelles épreuves. Pour faire renaître ia tranquillité dans ses États et ramener ses sujets à leurs champs, Darius a dû dépenser la ronde somme de 100 talents, pour faciliter l'élection de la bête indispensable à la tranquillité des esprits et à la marche des affaires dans ce pays. Voir Hérod. (III, 27-28); Polyène (VII, II, 7).

44. On ne peut attribuer au hasard le fait que l'écriture idéographique se rencontre précisément appliquée aux deux langues qui, par leur structure, appelaient pour ainsi dire ce genre de notation. Une langue habituée à donner à chaque idée et à chaque rapport son expression isolée devait être amenée à choisir un système graphique analogue, peignant les choses et leurs rapports par un signe indivis. Renan {Hist. des Langues sémit., p. 88).

45. Sur l'écriture égyptienne, voir Maspero {Rist. des peuples d'Orient, p. 220) ; Wiedemann [Aegypt. Gesckisth, p. 32 et suiv,).

Sur les rapports intimes de l'écriture égyptienne avec celle des Chinois, voir Tiele {BabyL und. Ass. Geschist, t. II, p. 56i); Hovelaque (Linguistique, p. 42) ; Berger (Histoire de VÊcriture dans V antiquité, p. 52).

46. Hommel {Der babylonische Ursprung der Aegyptischen Kultur, p. 61).

47. L'écriture hiératique n'était que la cursive des hiéroglyphes. Elle servait à désigner les mêmes expressions, les mêmes mots, par conséquent la même langue, par des caractères plus faciles à tracer que les hiéroglyphes. L'écriture démotique, que Clément d'Alexandrie appelle V écriture de correspondance ('E;ci<jTOÂi{jLata), la stèle de Rosette, Yécritxire vulgaire ('EYXwpia ypaH^H^aTa) et la stèle de Canope, V écriture égyptienne (At^ujcTia YpaH^H^a^a), est bien plus moderne et essentiellement différente de la précédente. Elle servait à écrire un nouveau dialecte égyptien développé dans le commencement du nouvel Empire à la suite de grands changements politiques et ethnologiques arrivés dans cet intervalle dans le pays, et ses caractères diffèrent de ceux de l'Hiératique, Aussi Manéthon et Joseph Flavius Tappellent-ils Végyptien modeime, nom que M. Erman a remis de nouveau en usage. Ce fut Brugsch qui, le premier, a ouvert la voie de son étude par la publication d'une grammaire et d'un recueil de textes. M. Erman en a publié une seconde.

Mais c'est à M. Revillout que revient tout le mérite d'avoir pénétré ses secrets et popularisé, pour ainsi dire, ses richesses.

48* Sur l'art de construction couchite, voir Maspero [Architecture égyptienne, p. 2 et suiv.).

49. En s'orientant vers le sud et en donnant à leurs morts la pose qui leur permettait d'avoir les yeux tournés de ce côté, les Égyptiens reconnaissaient l'Ethiopie comme leur pays d'origine. Les Amou et

48 l'hellénisme égyptien.

les Lebou plaçaient au contraire leurs morts de manière à avoir le visage tourné vers le nord, circonstance qui nous permet de reconnaître facilement les tombes égyptiennes de celles des autres peuples.

50. Dans son excellent ouvrage, Asien undEuropa^ Leipzig jiS9^, p. 123, M. Max Mûller a relevé combien est insoutenable l'opinion jusqu'ici en crédit, qui fait de Amou un mot sémite et de ceux qui le portaient comme nom, un peuple sémite. Brugsch aussi est {Hist. d'Ègypt,^^. 9.) de l'opinion que la plupart des Amou d'Egypte n'avaient aucune parenté etbuique avec les Sémites, mais qu'ils appartenaient à ce grand peuple de la Syrie du Nord, auquel les Égyptiens donnèrent plus tard le nom de Khar ou Khal ou Routen, et qui se distinguait, dès la plus haute antiquité, par un certain degré de civilisation faisant tout à fait défaut à ses voisins. M. Kiepert a démontré de son côté {Lehrhiich, p. 73-90) que toutes les toponymies en -nd- et en -ss- qu'on rencontre en Asie Mineure, dans les îles de la mer Egée et sur la péninsule grecque, appartiennent à un peuple qui a précédé les Sémites, de même que les Aryens, dans ces contrées, et qui n'avait aucune relation de parenté ethnique avec eux. Grâce enfin aux travaux des assyriologues et plus particulièrement de M. Hommel (ArcMv fur AnthropoL, 1891, t. XIX, p. 260), il est aujourd'hui acquis à la science, qu'avant l'apparition des Sémites et des Aryens sur la scène du monde, toute l'Asie occidentale, la Grèce et une grande partie du continent européen étaient occupés par un peuple tout à fait distinct des Aryens et des Sémites et que M. Kiepert, faute d'un nom historique, a qualifié le premier de Moscho-Ibériens.

51. Sous le nom de Scythes Amyrgiens, ilxuôai 'AjxùpYioi d'Hérodote, on entendait dans l'antiquité les populations en partie nomades, en partie sédentaires, qui vivaient au delà de l'Iaxarte, ayant les Sacas iraniens au sud, les Scythes proprement dits (les Scythes touraniens), au nord, « Toiiiouç 8è IdvTaç SxuOa; 'Aj^up^iouç, dit Hérod., VII, 64. Sflcxaç sxàXouv. Oî yàp Ilépaai 7:avTa; toù; l]xu6aç Sàxa; xaXéouui. »* Mais tout porte à croire qu'à une époque plus reculée, les possessions de ce peuple s'étendaient plus au sud. Les Amyrgiens doivent avoir occupé tout le pays entre l'Iaxarte et le Tigre, d'où ils ont été délogés plus tard par les Aryens ou Iraniens. La plupart des contrées qui se trouvaient comprises dans .ce vaste rayon portent encore leurs .noms Alarodiens. Margiane, Giirdistan, Beluchistan (?).

52. Ces trois États Alarodiens existaient jusqu'au temps de Darius, portant leurs anciennes limites et noms. Au dire d'Hérodole (III,. 94), ils constituaient le dix-septième département de l'Empire persan. NofjLo; £68o[jLo; xal 8éxa-o; outoç : MaTiTjvol xal Saajisipoi xat 'AXapoBioi. Le nom de Is-gour et celui de sa ville principale Vls-goiina (Aïojxoupîa^ sont encore conservés dans la Mingrélie; l'un, sous la forme d'Eg)Hsiy

l'autre sous celle de Scuria ou hcuria, et indiquent comme dans Fanti. quité Tun, l'ancien pays des Is-gour, Taulre, les ruines xle la ville de même nom (Kieperl, Manuel d'ancien, gôograph,, p. 31-52).

53. Ces conquêtes n'ont pas eu lieu cependant en une seule irruption, mais en plusieurs et sous la conduite des chefs appartenant tantôt à Tune, tantôt à l'autre des trois grandes tribus du peuple phrygien. L'histoire n'en connaît que trois. La première paraît avoir eu lieu sous la conduite de Manesy le plus ancien et le plus grand des conquérants phrygiens, ainsi que Plutarque l'appelle {De Isid. et Osirid., § 24). Le nom de ce prince se retrouve en eiïet dans la Mésopotamie, la Syrie, l'Egypte, la Crète, bref dans tous les pays qui ont été occupés par la race phrygienne, désignant tantôt le premier grand roi, tantôt la plus ancienne divinité du pays, le dieu Min. La deuxième irruption a eu lieu sous la conduite de Gour (FôpÔ'.oç) ou Goiu*-ra (Kpovoç), le ElrGour ou Er-Goul des Phéniciens, ï Hercule des peuples italiques, VHéraclès des Grecs, conquérant dont les exploits sont trop connus pour être signalés une autre fois. A la tête de la troisième expédition, nous trouvons enfin "Azzijç, prince de la tribu des Bers, que nous rencontrons dans la Mésopotamie sous le noni de Bel, en Syrie sous celui de Ba«/, en Grèce sous celui de Ilspasuç, en Egypte sous celui de Aien.

54. Tous les auteurs anciens s'accordent à faire de la Gaule cisalpine un pays ligure et du Rhône la limite naturelle de ce pays de celui des Ibères. 'I6r)p{av utzo [xèv twv TipOTÉotov zaXsïaôai 7:àaav ttjv IÇoj toO" TioiapioO' 'PwSavoj (Strab., III, 138). Mais d'après un passage de Philéas, auteur grec du v* siècle avant notre ère, passage qui nous a été conservé par Festus Avienus (Ora marntima, vers 686-689), le Rhône formait dans l'antiquité la limite occidentale non de la Ligurie, mais de la Libye, et au dire de Pline (Hisl, nat,, éd. Littré, III, ch. xxii), les deux bouches orientales du Rhône étaient connues dans Fantiquité sous le nom des embouchures libyennes « Libyca appellantur duo ejus ora modica. »

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