‹ Essai sur l'hellénisme égyptien et ses rapports avec l'hellénisme classiqueChapitre 36 sur 83 · Voir note · texte numérisé non relu

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62. La statue en bois de Scheik-el-Beled du musée de Ghizeh et celle du Scribe agenouillée du musée du Louvre, peuvent être considérées comme les meilleurs modèles du type anthropologique des Amou de la Basse-Egypte. Elles ont tous les caractères que la science accorde aux individus de cette race. La statue de Ra-hotep est au contraire celle d'un Amou plus ou moins altéré par le sang couchite. Si la belle Abyssinienne assise à son côté est réellement sa femme, sa mère ou sa grand'mère doit avoir été également de la même race. L'individu conserve néanmoins assez de son type primitif pour n'être pas confondu avec les Égyptiens. « Si la race égyptienne, dit Mariette, était à cette époque celle dont cette statue nous offre le type, il faut avouer qu'elle ne ressemble en rien à la race qui habitait le nord de l'Egypte quelques années seulement après Schnefrou » [Notice des principaux monuments du musée de Boulaq, p. 314).

Le type ibérien est bien mieux conservé dans Ifts 37 Amou figurant dans la salle funéraire de Khnum-hotep, à Beni-Hassan. Ils sont tous de taille au-dessous de la moyenne, ont la tête ronde, la chevelure noire; mais étant donnés leurs rapports continuels avec les Sémites, ils finirent' par subir, moralement et physiquement, leur influence. Leur chef a un nom sémite. Le nom du Dieu qu'ils invoquent est également sémite. Ils portent la barbe coupée en pointe et plusieurs parmi eux ont le nez aquilin* Toutes ces particularités n'ont pas empêché Champollion de prendre ces Amou pour des Grecs du vieux style, c'est-à-dire des Grecs de l'époque préheUénique. « Hommes et

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femmes, dit Téminent égyptologue français, sont habillés d'étoffes très riches peintes comme le sont les tuniques des dames grecques sur les vases, grecs du vieux style. Les tuniques, la coiffure et la chaussure ressemblent à celles des Grecques des vieux vases, et j'ai trouvé sur la robe d'une d'elles l'ornement enroulé, si connu sous le nom de grecque, peint en rouge, bleu et noir, et tracé verticalement. Ces hommes captifs, à barbe pointue, sont armés d'arcs et de lances, et l'un d'entre eux tient en main une lyre grecque du vieux style (phrygien). Sont-ce des Grçcs? je le crois fermement, mais des Grecs ioniens ou un peuple d'Asie Mineure voisin des colonies ioniennes et participant de leurs mœurs et de leurs habitudes. » Ghampollion le Jeune (Lettres d'Egypte et de Nubie en 1828-1829, Paris, 1833, p. 76).

JSous avons tenu à reproduire ici la description de l'habile observateur tout d'abord parce que son livre est devenu une rareté, et ensuite pour mieux prouver combien le type anthropologique des Âmou du temps de la douzième dynastie (2200 ans av. J.-G.) ressemblait à celui des Grecs préhelléniques, peints sur les vases du style antique, et combien on aurait raison de considérer le troisième élément de la population de l'ancienne Egypte comme un peuple ayant la même origine que les habitants préhelléniques de la péninsule grecque.

63. Les tombes archaïques fouillées dans ces derniers temps par MM. de Morgan et Amélineau, à Abydos, ont laissé voir un grand nombre de squelettes, dont l'étude pouvait jeter quelques nouvelles lumières sur la question. Malheureusement l'examen de ces squelettes n'a pas pu être fait sur place. On a dû les faire transporter au Caire, et nonobstant les précautions prises, ces précieuses reliques ont tellement souffert du transport que le résultat de leur examen est très médiocre. Voir De Morgan {Recherches sur les Orig. de VÉgypte, p. 242).

64. Les rois du Van (ancienne Arménie) nous ont laissé grand nombre d'inscriptions cunéiformes écrites dans l'ancienne langue du pays. Le déchiffrement de ces inscriptions, tenté inutilement par plusieurs orientalistes, a réussi enfm à M. Sayce [Le déchiffrement des inscriptions de Van, dans le compte reiidu du cinquième congrès international des Orientalistes à Berlin). Grâce à ce travail et à ceux de MM. Humbold, Abbadie et Ghabo, B. Gaddé, etc., nous savons aujourd'hui à quoi nous en tenir sur la langue parlée jadis par les Ibériens du Caucase.

65. La ville babylonienne, que les Sémites appelaient Larsam., portait chez les Sumériens le nom de Bab-Bar ou Bi-Bar (la demeure du Soleil). Une autre ville dédiée à la même divinité s'appelait Bar-Sip (la seconde ville de Bar). Ba-bel n'est que l'application de ce dernier nom à tout le pays. Voir Delitzsch (Wo log. das Paradies? p. 201, 216- 217 et 223).

66. Les Moscho-Ibériens paraissent avoir eu l'habitude de prononcer

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dans certaines circonstances Z au lieu de B, et cette habitude, nous la reIrouTons chez les Héléens du Péloponêse. lesquels, ainsi que nous le Terrons, étaient des colons phry^ens. Ces derniers disaient ^Éfsôpov au lien de ^£p£Op<«r, ^a/J^tv au lîeu de piÀÀitv, ^xsi»!* au lieu de ^zpÉco, etc. Voir M eyer Griech. Grammatik, p. 199 . En conséquence, ils appelaient leurs voisins 'A^âvz; au lieu de 'A-Ilivat^ ou 'A^ava;, et leur pays 'A^avî'a au lieu de 'A;:xv{a.

Dans la Mésopolamie, le mot Anzan s'appliquait au commencement à tous les peuples non-sumériens établis an delà du Tigre; mais plus tard on s>st servi de ses différentes formes pour distinguer ces diiïérents peuples. Cest ainsi que la forme Ha-bar ou Ha-ber, au pluriel Ha-biri, sen-il à désigner les Couchites sémitisés occupant la partie sud-ouest du Couchistan (Billerbeck, Susa, p. 23}, les Hébreux des temps postérieurs. La forme Anzan, ou Azar ou Azra, servit pour désigner les Sémites établis entre FEIam et le Couchistan, les Bcni- Azra-el des temps postérieurs, et Anchan ou Aschan s'appliqua aux Élamites et plus tard aux Perses.

Procédant ainsi, les Ibériens appelèrent la contrée montagneuse, connue plus tard sous le nora de Phrygie, Askan (*Aaxav{a), et ce même nom donné ensuite à la mer avoisinante devint F* AÇevo; IIovto; des Grecs. Ce même nom nous le trouvons encore en Syrie, sous la forme de 'A/va; ou Xvaç, désignant la contrée occupée plus particulièrement par les Couchites « Xva npoTcpov f, ^owîxt) m, et dont les Sémites tirèrent plus tard leur Kmaan, Enfin nous trouvons le nom en Ethiopie, *ACavg; (FAxum de notre temps) et le plus intéressant c'est que ceux qui Je portaient avaient pour voisin, ici aussi, un peuple qui s^appelait Ber-ber.

67. Tout ou Sow\ la Syrie, n'est pas un mot sémite, comme on l'a cru jusqu'à présent, pas plus que la forme raccourcie de AtouVy ainsi que le pense M. Éd. Meyer. Le pays qui le porte encore l'avait bien avant de connaître les Sémites et c'est à l'adresse de ces derniers qu'a été créé le terme d'exclusion Alour (Aaaupîa).

68. On aurait tort de croire que les 'Ajiaaioi, les 'A|xaatavo( et les 'A[jLaÇov£ç étaient des peuples apparentés aux Mèdes, auxquels les Ibériens donnaient le même nom. La seule chose que ces peuples avaient en commun, c'est qu'ils étaient tous, par rapport aux Ibériens, des Allophyles.

69. Sur l'origine étrangère des noms de l'Euphrate et du Tigre, voir Delitzsch, Parudies, p. 169, et Tiele, /. c, p. 52. Le nom assyrien de l'Euphrate était Pour-ra ou Pour-rat^ que les Sémites ont raccourci en Pkrat, et les Perses, en voulant le ramener à sa forme primitive, l'ont transformé en Our-phrat^ dont les Grecs firent EjçpaTYjç. On comprend alors combien est peu fondée l'étymologie qui fait de ce tleuve un cours d'eau tranquille et bienfaisant.

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70. Sur les fleuves Ka-ra ou Ka-Ia, Caroiim et KoTcpa-rY]?. Voir Xénoph. [Anabas.y I, iv, 9); Strab. (XV, 729); Delilzsch (/. c, p. 329).

71. Cette étymologie du mot KIçaXoç nous paraît justifiée tout d'abord par le fait qu'il n'en existe pas une autre, et ensuite par rhabitude des anciens Grecs de donner aux poissons les noms des localités dont on tirait les meilleures espèces. C'est ainsi qu'on appelait Maiiùraç (Aelian, V. Hist, Z,, 881), un genre de poissons abondant plus particulièrement dans lejlac de ce nom; Tairlaç^ les beaux goujons péchés le long du littoral de' Canope, connu dans l'antiquité sous le nom de Taivîa (Ptolém.) et SiXoupouç, le poisson particulier au fleuve Salouaray nom qui, paraît-il, avait la même signification chez les Assyriens. Au dire de M. Halévy, Saloua-ra signifierait dans cette langue la Hvière des anguilles.

72. Au sujet de la langue suméro-accadienne et de ses rapports avec le Géorgien et le Basque de nos jours, voir f.enormant (La langue accadienne); Sayce {Philologie comparée, p. 50); Eichoff (Parallèle des langues d'Europe et de Vlnde); plus particulièrement Hommel (Gesch. BabyL und Assyriens y p. 41-47, et Die Sumer-Arcadische Sprache, dans la Zeilschrift fur Keilforschung.y t. I, p. 330).

73. Sur l'étymologie de ïOronte, voir De Rougé (Le poème de Pentaour, p. 8). Celle de Jourdain est nôtre. On pourrait peut-être expli- . quer de la même manière le Na-tana des textes égyptiens par la « ville de Dan ».

74. L'origine non sémitique des noms d'une partie des villes de la Syrie du nord est admise par le plus grand nombre de savants qui se sont occupés de cette question. Lenormant (Les Chngines de VHistoire, t. III, p. 315). Max Mûller (Asien und Europa, p. 286-285), contrairement à ce que dit Halevy (Recherches bibliques, § 12, p. 270- 280), pour établir Torigine sémitique. Voir Maspero (Hist. des peuples d'Orient, t. II, p. 15).

75. Une faut pas confondre, à l'exemple de M. Brugsch, la ville de Tor ou de Zor, dont il est question, avec Tanis, la ville construite par les Hyxos, au nord du lac de Menzalès et embellie plus tard par Ramsès H. La ville dont il s'agil, était située tout près de la mer, sur la pointe nord-est du Delta, dans les environs de Péluse. Elle était connue chez les Égyptiens sous le nom de Ta-ru et avait le sanctuaire du dieu Horus-Set. Voir Dumichen Geograph., p. 256, et De Rougé, Géographie de la Basse-Egypte.

76. Les plus anciens noms Théophores égyptiens se rapportent au Nil et ont pour base une de ses nombreuses appellations. Les Neb-ka et les Neb-ka-ra, les Nofer-ka et Nofer-ka-ra, de même que User-Kef, etc., sont des personnages historiques qui se sont distingués par les travaux qu'ils ont fait faire pour régulariser le cours du fleuve et dont les noms peuvent être logiquement traduits en grec par Neuliâai. Les

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villes et villages qui, dans rantiquité, possédaient des sanctuaires du Nil, les PO'Sii-is, les Bou-siris et les Ka-ra-o, portaient sous les Ptolémées le nom de NeUôzzo.Uc: (De Rou^é, Géograph, ancienne de la Basse- Egypte, p. 87-88). Le mot Sira ou Sifa se retrouve dans les mots Sil-Sili et Kerha-sira, noms de deux localités bien connues en Egypte et dont l'une marque Tendroil où le Nil se trouve resserré entre les deux montagnes ; l'autre celui où le fleuve se partage en deux grandes branches pour former le Delta. Voir Ghampollion le Jeune [Egypte sous les Pharaons, p. 1^0). Brugsch {Hist. Inschrift,,^, 76).

77. Avant de devenir dieu solaire, Râ représentait l'élément fluide et plus particulièrement le Nil. Dans le texte relatant la destruction du genre humain par les Dieux, texte dont la traduction est due à M. Naville, Rà déclare en effet être issu de l'eau, et dit qu'avant de devenir Râ il s'appelait Tiou et représentait . l'élément fluide de la nature. Aussi avait-il à sa disposition deux barques, sur lesquelles il faisait ses excursions journalières (Plut., De ïsid. et Osirid,, § 34), et ces barques faisaient à ce point partie de sou culte que Ton a dû les lui conserver m^me lorsque de dieu du Nil il devint la principale divinité solaire. Aussi le dieu-soleil des Égyptiens était-il censé faire ses courses en barque, ce qui amena tout naturellement l'idée bizarre d'un Nil céleste, l'ancêtre de TaXaÇia;. Or, étant donné que cette transformation de Râ-Nil en Rà-Soleil n'a eu lieu qu'après la VI' dynastie, il s'ensuit que partout où l'on rencontre le nom de cette divinité avant cette époque, c'est au Nil qu'il faut le rapporter et non au Soleil, ainsi que Ta si bien établi M. Bunsen (II, p. 185).

78. De même que Rà Siris ou Osiris, comme on l'appelait plus tard, représentait dans l'antiquité l'élément fluide et plus particulièrement le Nil. « Les plus instruits des prêtres, dit Plutarque (De Isid, el Osirid.y § 33) appelaient Osiris non seulement le Nil, mais tous les fluides qui sont en état de féconder. » Oî 8s aoçtotepot tôv îepétov où |xovov Tov NêîXov "Oaifiiv xaXoCfffi àXX' a;:a(jav tt)v u^poTioiàv àp'/Tjv xat 8uvaji.iv xal aÎTÎav ^svéastoç. Aussi son nom sert-il de base à ceux des localités et des villes dédiées à ce fleuve (voir note 76) et dans lesquelles on fêlait annuellement les mystères de son union avec la lene, Comnne dieu solaire, Osiris ne joue pas un grand rôle dans la théologie égyptienne. Il représente non le Soleil, mais l'astre de la canicule, qui préside à la crue du Nil, l'astre dont le nom est passé également chez les Grecs (Islpioç clatTfp),

79. Il ne faut pas confondre VHorus Héliopolitain, dont il s'agit, avec son synonyme de la Haute-Egypte. Le premier était un dieu créateur ithyphalique, Hor-ka, ressemblant sous tous les rapports à Rd, Il est même très probable que les deux dieux n'en faisaient qu'un. L'Horus de la Haute-Egypte, le flls d'Osiris, était au contraire une création- des prêtres essentiellement différente de son synonyme de la

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Basse-Égypte. Il se présente comme un fils appelé à venger la mort dé son père, comme un prince qui se bat pour l'indépendance et l'intégrité de son pays. Aussi l'un a servi de modèle pour la création de Amon-ra, l'autre pour celle du dieu charc^é de l'exécution des volontés de ce dernier. Voir Naville (Textes relatifs au Mythe d'Horus) et Éd. Meyer (Sit-Typon),

80. Brugsch (Hist. d'Égypt,, P- 6) ; Abel [Einleitung in ein JSgyptisch- Semitisch-Indoeiiropaïsches Wùrzelwortei'buth, IV. Abtheil., p. 36^) ; Dell Izsch [Indogermanisch'Semitisch' Wûrzeldenvandeschaft,)

81. Lorsque nous aurons occasion de parler des Moscho-Ibériens établis en Crète, nous tâcherons de prouver, une seconde fois, que la langue qu'on parlait, avant l'arrivée des Hellènes dans cette île, était le Phrygien et que Finscription non-hellène qu'on a trouvée à Praisos, en Crète, de même que celles de l'Ile de Lemnos, sont écrites dans les différents dialectes de cet idiome. M. Pauli aura certes le niérite d'avoir relevé, dans ces inscriptions, un certain nombre de ressemblances très frappantes avec la langue des inscriptions étrusques, et de nous avoir fourni la meilleure preuve de la proche parenté de ce dernier peuple de l'Italie du Nord avec les Moscho-Ibériens de l'Asie occidentale. Mais il se trompe fort en croyant que ceux qui nous ont laissé ces inscriptions étaient de» Pélasges ou des Étrusques. Comme nous l'avons dit ailleurs, ces gcns-là n'étaient que des Ibères de la branche orientale ou sous-caucasienne, tandis que les Étrusques faisaient partie de la branche occidentale, des Ibériens du Pont, que nous aurons occasion d'étudier plus loin.

82. L'histoire du ThQt est donnée tout au long dans VHist, des peuples d^Orientf t. I, p. 44, par Maspero.

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