CHUTE DE UEMPIRE DES HA-NEB-U RESTAURATION DE CELUI DES ÉGEENS
VP VII» et VIII« dynasties.
Malgré tous les égards qu'ils eurent pour les Égyptiens, les rois de la V* dynastie, ils ne purent se maintenir très longtemps dans leur pays*.
Arrivés au pouvoir avec le concours des prêtres et des potentats, ces rois durent augmenter le nombre de leurs partisans en leur créant des situations élevées; mais, au lieu de procéder avec mesure, ils se laissèrent entraîner par les courtisans, de sorte que, peu après leur installation sUr les bords du Nil, Tempire fondé par Kafra était déjà transformé en une féodalité, où le roi, pour garantir sa personne, était obligé de se faire entourer par ses propres créatures. L'Egypte se trouva alors posséder plus de seigneurs et de barons que de paysans, plus de grands prêtres que de simples desservants, et Tanarchie ne tarda pas à régner en maîtresse dans le pays^
Pour sortir de cette situation , un des derniers rois de cette dynastie, Assa, se vit obligé de partager le pouvoir avec un nommé Ouna, homme de mérite peut-être, mais qui n'était pas de la famille royale. Il appartenait plutôt au parti kémito-couchite, dont il partageait les idées politiques et religieuses. Ouna ne voulut jamais faire usage d'un nom composé de Rd^ ainsi que cela se faisait sous
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ses prédécesseurs. C'est aussi le seul roi de cette dynastie dont la pyramide ait été respectée par les Egyptiens, et les inscriptions qu'on y lit à l'intérieur expriment des idées religieuses qui, à cette époque, étaient en honneur dans la Thébaïde et non dans la Basse-Egypte^. Nonobstant, Ouna a pu occuper le trône pendant plus de vingt ans, et, sous son règne, l'Egypte a joui de la tranquillité. Mais, à sa mort, des troubles sérieux éclatèrent de tous côtés^ et ses successeurs immédiats, Im-hotpou et Atti, durent s^imposer au pays par les armes. Leurs règnes farent cependant de si courte durée qu'ils ne purent ériger aucun monument susceptible de rappeler leur mémoire *.
Le Roi qui vient après, Teta, parait avoir été de la famille de Ouna et, comme celui-ci, il partageait les idées politiques et religieuses des Kémito-Couchites. Suivant son exemple, Teta n'a pas voulu non plus faire usage du mot Râ dans une appellation royale. Il se fit appeler, sa vie durant, du nom sous lequel il était connu dès son enfance. Il se construisit une pyramide sur le modèle de ceUe de Ouna, et il y fit graver des inscriptions exprimant les mêmes idées religieuses, et souvent parles mêmes phrases*. Mais, tandis que Ouna devait son trône à la faiblesse d'Assa, Teta paraît l'avoir gagné à la suite de plusieurs combats sur les Ha-neb-u. Le scribe qui a été chargé de faire son éloge funéraire n'a pas oublié de parler de ces exploits qui, parait-il, ont été les plus importants de tous ceux qu'il a accomplie Cela n'a pas empêché cependant que ce Roi de même que son successeur fussent assassinés^, laissant le pays en pleine guerre civile, laquelle dura jusqu'à l'avènement de Pepi.
Le vrai fondateur de la VI® dynastie, celui qui entreprit et mena à bonne fin la guerre contre les Ha-neb-u, était donc Pepi et non Teta, ainsi que nous le donnent les listes officielles. Certes, les deux princes étaient Memphites; mais tandis que l'un appartenait au parti kémito-couchite, Pepi parait avoir été un des descendants éloignés des rois de la IIP dynastie, dont il avait conservé le type et les
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habitudes. Sa belle statue en bronze, entrée tout dernièrement dans le musée de Giseh^, ressemble, en effet, jusqu'à ridentilé, au roi Hossi *®. Comme celui-ci, Pepi était un grand et bel homme; il avait la tête allongée, couverte d^une chevelure épaisse ; il avait le front légèrement fuyant, le nez gros, aquîlin, les yeux fendus en amande, les épaules larges, etc. L'on peut en dire autant de son fils, Mélésouphis, dont nous possédons également la statue, et même la momie**. Le corps de cette relique est grêle et délicat, la tète fine, parée de la grosso tresse des adolescents, et les traits s'en discernent aisément, bien que la mâchoire inférieure ait disparu et que la pression des bandelettes ait écrasé le nez. Comme les rois de la IIP dynastie, Pepi se faisait appeler le fils ou raimé du Râ^ et érigea à cette divinité le premier obélisque dont Thistoire fait mention**. Ce fut sous ce roi, enfin, que fut constituée la fête de Set, c'est-à-dire la première époque du cycle de trente ans*^, et qu'Osiris, de dieu infernal qu'il était, devint subitement une Divinité solaire**.
La grande ressemblance de la pyramide de Pepi et de ses inscriptions avec celle de Teta ne diminue en rien la valeur de cette opinion, étant donné que celte pyramide, après avoir servi à Pepi, a été usurpée par un autre roi de même nom, mais qui pensait différemment; ce fut ce roi qui fit modifier dans les inscriptions de Pepi tous les passages qui ne s'accordaient pas avec ses idées *^.
Quoi qu'il en soit, Pepi resta plus de vingt ans sur le trône, et dans cet intervalle, il déploya son activité dans tous les coins de son immense empire, et son autorité franchit la frontière à laquelle s'était arrêtée celle de ses prédécesseurs.
Secondé par son premier ministre, Ouni, Pepi engagea contre les Sha-su du Sinaï une série de campagnes qui réduisirent ces nomades à l'impuissance et établirent la suzeraineté de l'Egypte sur la péninsule entière. Mais de toutes ces campagnes, la plus importante, celle qui lui a valu des titres honorifiques exceptionnels, est incontes-
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tablement celle qu'il a entreprise contre les Ha-neb-u. A vrai dire, à Tavènement de Pepi, il n'existait plus sur le Nil un empire de Ha-neb-u. Les Ouna, les Imhotpou et les Teta Tavaient déjà détruit pour fonder sur ses ruines une dynastie kémito-couchite. Mais la continuation de la guerre civile, commencée à la mort de Ouna, et la courte durée du règne des rois qui se sont succédé dans cet intervalle, prouvent suffisamment, que, pour avoir perdu le trône d'Egypte, les Ha-neb-u n'en existaient pas moins dans le pays et qu'ils étaient encore assez forts pour reprendre de temps à autre l'offensive et faire beaucoup de mal à leurs adversaires. Aussi, Pepi n'est-il monté sur le trône d'Egypte qu'après avoir remporté plus d'une victoire sur eux. Le scribe qui a été chargé de faire passer à la postérité les exploits de ce roi, en parle très élogieusement, dans les inscriptions qui tapissent la chambre funéraire de sa pyramide, et d'une manière qui dénote autant de puissance et d'habileté chez l'assaillant que de courage et de résistance chez les vaincus**. Mais, en soldat expérimenté qu'il était, Pepi comprit, dès le premier moment, qu'il ne pouvait guère compter sur l'obéissance de ce peuple à moins d'anéantir les Sha-su, les Ha-neb-u et les Amou , demeurant au delà de l'isthme, en Syrie et dans la Palestine, peuples apparentés à ceux de la Basse-Égyptc, et qui, souvent, faisant cause commune avec eux, mettaient en péril l'empire des Pharaons. Voyant que l'entreprise n'était pas facile, Pepi n'hésita pas à mettre sur pied toutes les forces militaires de son pays. La fameuse inscription funéraire de Ouni*^, le premier texte historique que nous fournissent les monuments, et que la science de M. de Rougé a mis à la portée de tous, nous apprend que, dans cette occasion, Pepi a fait lever des soldats, au nombre de plusieurs ipiyriades, dans tous les coins de son immense empire, sans en excepter les pays limitrophes de la Nubie, de l'Arabie et de la Libye, et appela sous les drapeaux tous les Egyptiens, auxquels l'art de la guerre était plus ou moins familier. Il y avait là, dit l'inscription, des marne-
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hicks du 7*01 ; il y avait là des Amis Uniques du gi'and château; il y avait là des princes et des régents des châteaux du Midi et du Nord, des amis dorés^ des directeurs des prophètes^ des directeurs de districts à la tête de milices du Midi et du Nord, etc., etc.; mais le commandement suprême n'a été confié qu'au premier ministre, dont le roi a eu plus d'une fois l'occasion d'apprécier la bravoure et l'habileté.
Ce ne fut pas sans difficulté que Ouni encadra cette foule disparate, qu'il l'équipa et qu'il l'approvisionna; mais, à force d'industrie et de patience, il finit par lui donner tout ce qu'il lui fallait ; chacun prit le biscuit et ses sandales pour la route ; chacun prit des pains dans les bourgs, les chèvres chez les paysans. Ainsi préparée, cette immense armée se réunit dans le coin N.-E. du Delta, entre la Porte de Im-hotpou et la forteresse de Snefrou^^, d'où elle s'élança dans le désert.
N'ayant rencontré aucune résistance sérieuse, Ouni ne larda pas à arriver dans le pays de l'ennemi et se mit immédiatement à l'œuvre. Il hacha, dit l'inscription, les champs des Haroushas, pulvérisa leurs villes, démolit leurs douars, coupa leurs figuiers et leurs vignes, incendia leurs maisons, fit égorger leurs milices par myriades nombreuses, etc., etc. L'ennemi se soumit enfin, mais les tribus qui l'avoisinaient au Nord et qui, sans doute, lui avaient prêté aide, menaçaient de disputer à l'Egypte la possession du territoire qu'elle venait de conquérir. Comme ces tribus touchaient à la Méditerranée, Ouni s'avisa de les attaquer par mer et par terre. Il rassembla donc une flotte sur laquelle il embarqua son monde et la fit aborder sur la côte du canton de Ti-ba*^, au nord du pays des Haroushas. L'ennemi* se voyant entouré, se rendit à discrétion, et plusieurs myriades de captifs, ramenés en Egypte, furent employés immédiatement aux constructions et aux carrières.
Le roi ne marchanda pas les honneurs et les distinctions à son généralissime. Il le combla de titres et de présents, et lui accorda la plus grande faveur de l'époque : le privi-
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lège de porter une canne et de garder ses sandales dans le palais, en présence de Pharaon. Mais les peuples que Ton croyait anéantis ne tardèrent pas à se révolter, et Ouni se vit obligé de faire cinq fois de suite cette formidable campagne^ ce qui prouve la vitalité et la force de résistance de l'ennemi.
Nous avons tenu à reproduire ici la plus grande partie de rinscription funéraire de Ouni pour mieux faire comprendre au lecteur, que les peuples contre lesquels Pepi a dû faire ces expéditions, ne pouvaient pas être les Bédouins du désert arabique, les maîtres du sable ^ ainsi que Ton traduit ordinairement le mot Haroushas*®, mais les peuples asiatiques qui, à cette époque, occupçiient la Syrie et la Palestine. En effet, c'est en Phénécie et en Palestine, et non dans le désert arabique, que l'armée de Ouni pouvait trouver des bois de figuiers et d'immenses vignobles*^ C'est là qu'elle pouvait rencontrer des villes à piller et une armée nombreuse conduite par des officiers disciplinés; tandis que les Bédouins du désert étaient, à cette époque, ce qu'ils sont encore, des nomades errants, ne possédant ni ville, ni maison, ni culture. Or, la Syrie et la Palestine étaient à cette époque occupées en partie par les Kasdo-Akkades et les Sha-su, en partie par les populations sumériennes venues avec Sargon de la Mésopotamie, et que les Égyptiens ont confondu avec les Amou. Ce fut donc de ces trois peuples, ennemis séculaires des Égyptiens et non des Bédouins, que Pepi voulut débarrasser, une fois pour toutes, rÉgypte en mobilisant toutes les forces de son immense empire.
Mais, ainsi que nous le verrons tout à Theure, son succès n*a été qu'éphémère.
L'administration intérieure de Pepi n'est pas moins remarquable que ses exploits à l'étranger. Ce roi sut tirer le meilleur parti possible des mines du Sinaï; la mission qu'il y envoya l'an XIII de son règne laissa, comme trace de son passage, un bas-relief gravé dans le roc d'el-Wadi-el-Magharali, indiquant et les victoires remportées sur les ennemis, et
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les concessions de territoire faites à la déesse Hathor. Le travail prit un grand développement dans les carrières et les constructions se multiplièrent. Dans la contrée, où le roi fit élever sa pyramide, surgit une ville nouvelle qui a été appelée du nom de la pyramide : « Memphis. » Il en a été de même à Abydos, où la tombe d^Osiris attirait déjà de nombreux pèlerins; à Tanis, à Bubastis, et plus particulièrement à Héliopolis, où le roi fit élever le premier obélisque dont parle Thistoire.
Les vassaux rivalisaient d'activité avec le souverain; ils édifiaient un peu partout de nouvelles villes, dont plusieurs conservent encore leurs anciennes appellations.
Une autre industrie que TÉgypte doit auxÉgéens, et plus particulièrement à ceux de Tépoque de Pepi, est la construction de navires susceptibles de servir aux transports comme à la guerre. Cette industrie, que les rois de la V® dynastie avaient acquise ^e leurs prédécesseurs aussi bien que des Egéens avec lesquels ils se trouvèrent en rapport, lors de leur séjour en Syrie, ne commence, en réalité, à prendre de Tessor en Egypte, qu'à partir des successeurs de Pepi. Ce fut Ouni qui fit construire la première flottille qui transporta, de la Syenne, le bloc de granit nécessaire à la construction de la pyramide du roi, et qui ensuite servit au transport des troupes. Nommé gouverneur général de la Haute-Egypte, Ouni fut chargé, plus particulièrement, d'abattre les arbres de quatre forêts du Midi pour construire trois vaisseaux larges et quatre remorqueurs, véritable innovation à cette époque^*.
C'est encore sous le règne de Pepi qu'on voit renaître Tart qui distingua les œuvres de la IIP dynastie. La statue en bronze de ce roi, de même que celle de son fils et successeur Métésouphis, que nous avons eu occasion dq signaler plus haut, sont d'une conception et d'une finesse de travail qui égalent celles de la statue de Sheik-el-Beled, et des bas-reliefs figurant du sarcophage du roi Hossi. La pyramide de Pepi, de même que celle de son successeur immédiat, sont également d'une exécution supérieure à
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celle des rois de la Y*' dynastie, el parmi les mastabas de cette époque, découverts tout dernièrement à Saqqârah, il y en a dont la peinture et la gravure dépassent en précision et en finesse toutes celles figurant sur les monuments antérieurs, aussi bien que postérieurs *^
Somme toute, le roi Pepi ressemble aux rois de la IIP dynastie, à un tel point qu'on est tenté de le considérer comme un de leurs descendants directs, de même que son règne, comme la Restauration de fEmpire égéen^ si brusquement interrompu par l'invasion des Sha-su et des Ha-neb-u. Ainsi s'expliquerait également le fait, que l'un des Usurtasen prétendait descendre de Pepi, alors que l'autre se recommandait de Thosôrthos.
Malheureusement, aucun des successeurs de Pepi ne fut de sa taille.
Son fils aîné, Métésouphis, était presque enfant lorsqu'il monta sur le trône, el, s'il n'avait pas eu à son côté Ouni, il aurait eu souvent à en découdre avec les Kasdo- Akkades.
Néanmoins, ce roi ne nous a laissé en souvenir que sa pyramide et son nain qui savait si bien danser le Dieu^^.
Il en a été de même de son second fils, Pepi II ; la mort de Ouni arrivée un peu avant son avènement, fit reprendre immédiatement du courage aux Sha-su et aux Hanebu, et le roi se trouva dans la nécessité d'envoyer contre eux une armée respectable, commandée par un des plus vaillants seigneurs de l'Elephantine. Mais, moins heureux que Ouni, Papinakiti fut massacré ainsi que le corps d'armée qu'il commandait, à la veille même de son retour en Egypte. Le reste de ses soldats ramena son cadavre dans son pays, où il fut enterré dans la montagne en face de Syenne, à côté des autres princes de la localité.
Le temps ne manqua pas, certes, à Pepi II pour venger la mort de son féal, si vraiment il a vécu quatre-vingt-dix ans, mais les monuments sont presque muets sur son compte.
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Après ces rois, la tradition nous donne encore deux souverains.
Métésouphis II fut tué, dit-on, dans une émeute, peu après son avènement. Sa sœur, Nitokris, la Belle aux joues de rose^ qu'il avait épousée, selon les coutumes des Égyptiens, lui succéda et le vengea. Elle bâtit une immense salle souterraine, puis, sous prétexte de l'inaugurer, elle invita à un grand repas bon nombre d'Égyptiens, qu'elle considérait comme les instigateurs du crime. Pendant la fête, elle détourna les eaux du Nil dans la salle par un canal qu'elle avait tenu caché ; puis, pour éviter le châtiment, cette reine se jeta dans une chambre remplie de cendres et y mourut asphyxiée ^^
Ce fait, raconté par Hérodote, ne paraît pas être une légende. Manéthon termine sa VP dynastie par une reine nommée Nitocrite, laquelle, d'après lui, a régné douze ans. Le papyrus de Turin, confirme également l'existence de cette reine. Sur l'un de ses fragments, qui se rapporte à la VP dynastie, on lit clairement son nom égyptien Nitakiuse qui précède ses trois derniers successeurs**.
Suivant Manéthon, ce fut cette même reine qui fit construire la troisième pyramide de Gizeh que les monuments attribuaient à Mykérinus. Les recherches contemporaines ont démontré que la pyramide en question a été réellement restaurée et que la personne qui l'a rétablie, pour s'y faire enterrer, respecta le sarcophage en granit de son ancien propriétaire, en faisant placer le sien dans la salle qui précède celle du roi *\
Après Nitokris, la légende même s'évanouit, et l'histoire d'Egypte s'interrompt pendant plusieurs siècles. Manéthon admet encore deux dynasties memphites, mais la suite des règnes manque de noms et de détails. On connaît cependant plusieurs de ces rois, et certains faits de leur histoire nous permettent encore d'entrevoir la marche générale des événements.
Sur le papyrus de Turin, les successeurs de Nitokris ne font, en effet, qu'apparaître sur le trône. Nofir-Kéri régna
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un an, un mois, un jour; Nofirous, quatre ans, deux mois, un jour; Abou, deux ans, un mois, un jour; etc. Chacun d'eux espéra, sans doute, jouir du pouvoir plus longtemps que ses prédécesseurs, et ordonna, dès son avènement, que Ton jetât les bases d'une pyramide. Aucun n'eut le temps d'achever la construction, ni môme de la pousser assez loin pour que les traces en soient restées. Comme ils n'avaient pas de tombeaux pouvant les rappeler à la postérité, le souvenir de ces rois s'éteignit avec la génération qui les vit régner. L'autorité royale s'amoindrit à force de passer demain en main; sa faiblesse favorisa l'accroissement des familles féodales et encouragea leur ambition. Les descendants de ces seigneurs, qui se creusaient de si beaux hypogées sous Pepi I et sous ses successeurs immédiats, ne supportaient plus que nominalement la suprématie du suzerain officiel. Memphis déchut, s'appauvrit, se dépeupla. On n'y construisit plus ces immenses mastabas en pierre, où la richesse de ses habitants s'étalait avec orgueil. On construisit des mastabas en brique, où la décoration se limite à une niche étroite *^
Bientôt même on renonça aux mastabas et les villes n'eurent plus que des cimetières mesquins, semblables à ceux des cités provinciales. Le centre de gravité de l'Egyplc se déplaça enfin, descendit au sud, et la Basse-Égyple, de môme que son ancienne capitale, restèrent à la discrétion des peuples de la Syrie et devinrent le champ favori de leurs exploits.
Malheureusement les détails sur ces invasions nous manquent; mais nous savons par les monuments qu'un des rois de la VIP dynastie, nommé Nefer-ka-ra, était surnommé Neb-bi; un autre, cité dans la table d'Abydos sous le nom de Nefer-ka-ka, était surnommé Ha-neb^ et sur un scarabé qui nous appartient, on peut lire très distinctement, Nefer-af-Ha-neb^^' d'où l'on peut conclure que les peuples asiatiques, et plus particulièrement les Nebu et les Hanebu de la Syrie, ont été, dans cette période, les ennemis les plus acharnés des Égyptiens ; aussi ceux des Pha-
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raons qui parvenaient à repousser ou à mettre ces peuples à la raison, prenaient leurs noms comme titre honorifique, usage que nous constaterons également chez les Pharaons du nouvel Empire ^^.
Nonobstant les succès des Pharaons de la VHP dynastie, les Sha-su et les Ha-neb-u de la Syrie n'en restèrent pas moins les plus puissants ennemis des Egyptiens, et tout porte à croire que les deux dynasties, dites Héracléopolitaines, qui mirent fin à la guerre civile commencée à la mort de Pepi, et sous lesquelles l'Egypte a pu de nouveau se relever, s'ils n'étaient pas les descendants des rois de la IV® et de la V® dynastie, étaient, certes, leurs compatriotes, plus ou moins civilisés par leur séjour prolongé dans la Syrie.
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NOTES
1. En admettant, comme nous l'avons fait, que la V* dynastie débutât par Kafra et clôturât par Assa, elle doit avoir duré environ quatre siècles (3900-3520 avant notre ère).
2. La IV' dynastie a duré si peu de temps, qu'à peine signale- t-on chez elle quelques preuves d'existence de grands barons. C'est dans la domesticité et dans la famille même du souverain que les chefs de l'administration pharaonique se recrutaient, et non parmi les possesseurs de fiefs. Il semble que ces derniers rentrèrent en faveur sous les rois de la V' dynastie et qu'ils prirent le dessus peu à peu. On les trouve plus nombreux autour des rois Anou, Menkaouhorou et Assa (Maspero), et il ny a pas de doute que ce furent leurs conspirations et leurs révoltes qui obligèrent ce dernier roi à s'associer dans le pouvoir un individu étranger à sa famille, Ouna.
3. Ouna est le roi qui a remis en honneur la construction de grandes pyramides interrompue depuis Kafra, et celle qu'il a fait construire pour son usage, servit de modèle à celles de Teta, de Pepi, de Métésouphis. Toutes ces pyramides, conservées jusqu'à nos jours à Saqqârah, ont exactement la même construction. Leurs portes s'ouvrent au nord ; un canal oblique conduit à une antichambre qui communique avec la chambre en granit contenant le sarcophage; les murs qui avoisinent le sarcophage sont décorés, chez Ouna, de ces ornements multicolores et de ces portes sculptées et peintes qui imitent la façade d'une maison. Les inscriptions sont destinées, de même que les tableaux des hypogées, à fournir au souverain défunt des provisions, à écarter loin de lui les serpents, les scorpions et les dieux malfaisants, à empêcher son âme de mourir; bref, nous y retrouvons tout ce que nous avons connu dans les chambres souterraines de l'époque de Nagadeh.
4. Sur les troubles qui ont éclaté après la mort de Ouna, voir Ed. Meyer {Gesch. des Alten Aegypt.y p. 132 et suiv.); Maspero {Hist. des peuples d'Orient, 1. 1, p. 415).
5. Depuis qu'on a découvert la pyramide de Ouna, on a pris l'habitude de considérer le Mastaba-el-Pharaouni comme le tombeau du roi Atli. Cette admission ne repose cependant sur aucune preuve monumentale. On suppose que le monument appartenait à Atti par la raison que ce roi est le seul de la famille dont on n'a pas encore
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reconnu Je tombeau. Voir Maspero {loc. ctï., p. 415, note 6). Mais si Ton iprend en considération , que la plupart des blocs de Mastaba-el-Pharaouni portent le cartouche de Ouna et que tous les rois étrangers qui ont adopté les idées religieuses des Kémito-Coushites, ont adopté également le double ensevelissement en honneur chez eux, on aura plus de droit, il nous semble, de considérer ce monument comme appartenant également à Ouna.
6. La pyramide de Teta est exactement pareille à celle de Ouna, mais elle a souffert davantage des destructeurs. Les textes qui en recouvrent les murs montrent la décroissance de la grandeur de l'écriture, comparée à celle de Ouna : changement qui alla en augmentant jusqu'aux petits hiéroglyphes de Pepi. Les sujets sont religieux et d'un rituel moins précis que sous Ouna, quoique plusieurs passages restent identiques. Voir Maspero (Recueil de trav,, vol. V, 1).
7. Le passage de l'inscription funéraire de Teta concernant ses exploits contre les Ha-neb-u a été cité ci-devant, p. xvni.
8. Voir Manéthon, apud Africanus « '06dT)ç stt) X', oç dizo Bopuçdpwv àvïipéÔTj. »
9. Cette magnifique statue de Pepi de même que celle de son fils Métésouphis ont été découvertes en 1898, par M. Quibele, à Hiéraconpolis, dans les ruines d'un temple construit par Usertesen III, non loin d'un sanctuaire élevé par un roi de la VP dynastie, très probablement Pepi. Actuellement ces deux statues sont exposées dans le musée de Gizeh, dans la salle affectée aux rois et aux monuments de la VP dynastie.
10. Sur le bas-relief représentant le roi Hossi, voir ci-devant, p. 137 et 156.
11. La momie en question fut découverte dans une des pyramides de Saqqârah. Elle est actuellement exposée sous verre, dans le musée de Gizeh, et très bien reproduite dans VHistoire de M. Maspero, p. 435.